Margareta Sörenson, Presidente d’ AICT[1]

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Le point tournant : l’avons-nous déjà dépassé ? Ou est-ce qu’on s’en approche encore ? Les critiques des arts du spectacle vivant sont déjà en ligne, les médias traditionnels aussi, la plupart d’entre eux préparant un avenir où l’imprimé ne sera qu’un complément. Qu’est-ce que cela signifie ? En quoi cela change-t-il le monde et le travail de milliers de critiques ? Et quel impact y aura-t-il sur les formes de l’art scénique ?

Rien n’est sûr. Il s’agit des questions en attente des réponses. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a toujours un souhait et un désir pour la critique, pour le dialogue et l’expertise. Il est donc évident pourquoi l’Association Internationale des Critiques de Théâtre a fait de cette question le principe organisateur de ses deux derniers congrès, tous deux tenus en 2014 (l’un en Inde et l’autre en Chine) et pourquoi Critical Stages/ Scènes critiques, sa revue électronique, publie dans ce numéro une sélection des communications présentées lors de ces deux événements.

Depuis que je suis critique, on discute de changements dans la profession, en rapport avec les nouveaux moyens techniques. Aujourd’hui, cependant, toutes ces évolutions sont en train de transformer radicalement la profession elle-même, ou bien, en termes plus dramatiques, la profession est en train de se transformer en une passion à cultiver quand on en trouve le temps.

Le critique «traditionnel », celui qui écrit pour la presse écrite quotidienne, sera bientôt un souvenir. L’avenir semble nous ramener au 19e siècle, quand le critique était un rédacteur pigiste, combinant la critique avec d’autres travaux d’écriture, souvent pour la scène. Que l’on pense à Théophile Gautier, par exemple ! Il y arrivait bien, lui ; et nous ?

Notre tâche principale serait à présent de réfléchir sur les vertus journalistiques classiques, telle l’indépendance, par exemple. Les jeunes critiques en ligne, qui travaillent avec des festivals, semblent remettre en question la vieille pratique qui consistait à garder ses distances à l’égard des grandes institutions théâtrales, autant que des metteurs en scène. Mais voilà que maintenant, même ces institutions se cherchent de nouveaux rôles.

Une des tâches les plus importantes d’une association des critiques de théâtre aujourd’hui consiste à procurer un forum pour la publication des travaux critiques sérieux et stimulants, qui serviraient à la fois les formes artistiques elles-mêmes ainsi que les attentes et l’éducation du public.

Ce nouveau numéro de Critical Stages / Scènes critiques (#11) constitue la preuve du travail excellent de nombreux critiques aussi enthousiastes que qualifiés. Le lecteur international est donc invité ici à rencontrer le monde du théâtre et des arts de la scène à travers les yeux, les réflexions, les compétences analytiques et les commentaires des critiques du monde entier.


[1] Critique suédoise de danse et de théâtre, écrivain et chercheure en histoire de la danse. Elle écrit dans le quotidien national Expressen et est l’auteure de plusieurs livres sur les arts de la scène, dont le dernier sur Mats Ek, avec des photographies de Lesley Leslie-Spinks. Son intérêt particulier pour la danse et le théâtre de marionnettes l’a poussée à s’intéresser aux arts théâtraux classiques en Asie et a suscité sa curiosité pour leurs adaptations contemporaines.

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