{"id":271,"date":"2016-03-28T18:04:56","date_gmt":"2016-03-28T18:04:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/?p=271"},"modified":"2022-05-22T10:32:16","modified_gmt":"2022-05-22T10:32:16","slug":"journal-de-nuit-1978-1984","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/journal-de-nuit-1978-1984\/","title":{"rendered":"Journal de nuit (1978 \u2013 1984)"},"content":{"rendered":"<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>Par Jan Fabre<\/strong><br \/>\n232 p. Paris : L&#8217;Arche, 2012<\/h6>\n<p style=\"text-align: right;\">Compte rendu d\u2019<strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> (France)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"272\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/journal-de-nuit-1978-1984\/attachment\/1299078307\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/1299078307.jpg\" data-orig-size=\"322,500\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"1299078307\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/1299078307.jpg\" class=\"size-full wp-image-272 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/1299078307.jpg\" alt=\"1299078307\" width=\"322\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/1299078307.jpg 322w, https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/1299078307-193x300.jpg 193w\" sizes=\"auto, (max-width: 322px) 100vw, 322px\" \/><\/p>\n<p>Performeur, chor\u00e9graphe, metteur en sc\u00e8ne, auteur et plasticien, cr\u00e9ateur polymorphe, Jan Fabre est un des artistes les plus controvers\u00e9s de la sc\u00e8ne internationale. Tout au long de son parcours de plus de 30 ans, les spectacles de Jan Fabre ont fait souvent scandale, opposant violemment ses partisans et ses d\u00e9tracteurs qui y voient une escalade de l&#8217;obsc\u00e9nit\u00e9 et de la perte du sens.<\/p>\n<p>Jan Fabre apporte l&#8217;\u00e9clairage sur l&#8217;\u00e9laboration de sa d\u00e9marche dans son <em>Journal de nuit (1978 &#8211; 1984).<\/em> Il s&#8217;agit des six ann\u00e9es d\u00e9cisives durant lesquelles le jeune apprenti artiste se d\u00e9couvre lui-m\u00eame, anim\u00e9 par sa volont\u00e9 in\u00e9branlable de cr\u00e9er.<\/p>\n<p>Dans ce journal constituant la premi\u00e8re partie de l&#8217;ensemble des notes prises jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui, il consigne avec sinc\u00e9rit\u00e9 et d\u00e9termination ses r\u00e9flexions insomniaques, les notes sur ses exp\u00e9rimentations, ses performances apparent\u00e9es au <em>Body Art<\/em>. Les conceptions de l&#8217;art de l&#8217;artiste se m\u00ealent \u00e0 ses notes de voyages et \u00e0 des faits de sa vie intime.<\/p>\n<p><em>Journal de nuit<\/em> d\u00e9bute le 7 f\u00e9vrier 1978 \u00e0 Anvers ; les notes dat\u00e9es, avec indication du lieu, se suivent \u00e0 intervalles irr\u00e9guliers, parfois quotidiennes, parfois assez espac\u00e9es, tra\u00e7ant un double itin\u00e9raire \u00e0 la fois int\u00e9rieur et professionnel de l&#8217;artiste que l\u2019on suit dans une recherche artistique et g\u00e9ographique le menant d&#8217;Anvers \u00e0 Amsterdam, en Am\u00e9rique, \u00e0 Paris, \u00e0 Lyon, \u00e0 Venise.<\/p>\n<p>Le 8 f\u00e9vrier 1978 il note : \u00ab La nuit m&#8217;appartient. J&#8217;y dessine tous mes fantasmes. La nuit est un espace sans tabou. \u00bb Sans tabou ni limite, il en fera le principe moteur de sa vie et de sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Il ne cesse de dessiner, \u00e9crit et pratique des performances solo qui se terminent souvent aux postes de police. Dans ses performances on trouve d\u00e9j\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments qui deviendront des th\u00e8mes r\u00e9currents dans sa cr\u00e9ation : recherche de la cruaut\u00e9 (l&#8217;influence d&#8217;Artaud qu&#8217;il reconna\u00eet comme ma\u00eetre), sang vers\u00e9, mise \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve du corps aux limites de la r\u00e9sistance physique, \u00e9vocation d&#8217;un rituel primitif, exploration des fronti\u00e8res entre l&#8217;humain et l&#8217;animal.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de ses exp\u00e9rimentations sa conception du th\u00e9\u00e2tre se pr\u00e9cise. Il \u00e9crit le 14 f\u00e9vrier \u00ab Nous devons r\u00e9introduire des c\u00e9r\u00e9monies. Des rites sp\u00e9ciaux. Des nouvelles initiations. Car l&#8217;artiste futur se remettra \u00e0 &#8221; fabriquer &#8221; des vrais objets. Et lui seul d\u00e9tiendra le secret de la fabrication. \u00bb<\/p>\n<p>Fabre prend tous les risques pour explorer l&#8217;esprit et le corps, repoussant leurs limites. Le 2 mai 1981 \u00e0 Saint-Louis, aux \u00c9tats-Unis, il d\u00e9crit les effets, la douleur atroce, les visions et les cauchemars hallucinants \u00e9prouv\u00e9s apr\u00e8s des prises de plantes hallucinog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit au sujet de son spectacle performance qu&#8217;il pr\u00e9sente \u00e0 Saint-Louis \u00ab Il faut que ce soit un attentat physique contre la pens\u00e9e r\u00e9actionnaire \u00e0 propos de l&#8217;art. \u00bb Le lendemain, 7 mai 1981, il constate : \u00ab Un succ\u00e8s parce que : la performance a atteint son but. Durant celle-ci de domaine public je me suis tout \u00e0 coup transform\u00e9 en danger public. Je me suis fait arr\u00eater, sur sc\u00e8ne, par deux policiers et j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 menott\u00e9. C&#8217;\u00e9tait le pied ! J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre un gangster et j&#8217;en \u00e9tais fier. \u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9mesure, tout d\u00e9passement, m\u00eame le plus \u00e9prouvant, sont pour lui fertiles. Les controverses autour de son travail, son refus de supprimer des sc\u00e8nes et des actions extr\u00eamement violentes, les interventions de la police largement m\u00e9diatis\u00e9es, contribuent au succ\u00e8s et \u00e0 la r\u00e9putation de Fabre en Am\u00e9rique, artiste r\u00e9volt\u00e9, \u00e0 l&#8217;odeur de soufre qui ne manque cependant ni d&#8217;assurance ni de sens des affaires dans la gestion de son parcours.<\/p>\n<p>Il note le 19 mai 1982 \u00e0 New York : \u00ab Je suis arriv\u00e9 dans un nouveau territoire inconnu. Il est de mon devoir de l&#8217;explorer avec s\u00e9rieux. Et de concevoir une grammaire du plaisir. \u00bb<\/p>\n<p>Les r\u00e9p\u00e9titions en \u00e9t\u00e9 1982, avec ses acteurs et danseurs \u00e0 Herental, de sa premi\u00e8re grande cr\u00e9ation fleuve de huit heures <em>C&#8217;est du th\u00e9\u00e2tre comme c&#8217;\u00e9tait \u00e0 esp\u00e9rer et \u00e0 pr\u00e9voir, g\u00e9n\u00e8rent un certain nombre de r\u00e9flexions sur le jeu des acteurs, sur l&#8217;art, sur le th\u00e9\u00e2tre, sur ses m\u00e9thodes de travail. Ainsi par exemple \u00ab Je ne crois pas que tout th\u00e9\u00e2tre, tout art plastique, doivent \u00eatre accessibles au plus grand nombre. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 le 17 octobre 1982 \u00e0 Anvers, <em>C&#8217;est du th\u00e9\u00e2tre comme c&#8217;\u00e9tait \u00e0 esp\u00e9rer et \u00e0 pr\u00e9voir<\/em> est repr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 New York le 11 juin 1983 : \u00ab La presse a brill\u00e9 par son absence \u00bb, note Fabre dans son journal. Et quelques jours plus tard, \u00e0 Milwaukee, \u00ab bon accueil, tant personnel que professionnel. \u00bb<\/p>\n<p>Sa conqu\u00eate des grandes sc\u00e8nes internationales ne fait que commencer. Le 27 octobre 1983, \u00e0 Paris, il note : \u00ab Cela fait chic de faire partie de la programmation du Festival d&#8217;Automne. (C&#8217;est ce que pensent les Fran\u00e7ais du moins.) La premi\u00e8re parisienne de <em>C&#8217;est du th\u00e9\u00e2tre\u2026<\/em> \u00e9tait fantastique aux yeux du public et des programmateurs. (\u2026) Je suis parfois impressionn\u00e9 de tout ce beau monde qui vient assister \u00e0 ma repr\u00e9sentation. Parmi les rencontres que je n&#8217;oublierai jamais, il y a celle de l&#8217;artiste de th\u00e9\u00e2tre am\u00e9ricain, Bob Wilson. (\u2026) Un homme exceptionnel qui a de la classe. \u00bb La presse encense son spectacle et loue son g\u00e9nie artistique.<\/p>\n<p>C&#8217;est un triomphe, les places se vendent au march\u00e9 noir.<\/p>\n<p>Le 6 mars 1984, \u00e0 Anvers, Fabre \u00e9crit : \u00ab La compagnie th\u00e9\u00e2trale doit pratiquer un &#8220;art herm\u00e9tique&#8221;. Se servir des mots difficiles et d&#8217;un jargon incompr\u00e9hensible (pour le monde ext\u00e9rieur). \u00bb<\/p>\n<p>En juin 1984, Fabre participe \u00e0 la Biennale de Venise avec son spectacle <em>Le pouvoir des folies th\u00e9\u00e2trales<\/em> qui consacre cet artiste pas comme les autres.<\/p>\n<p>\u00c0 son retour \u00e0 Paris, en octobre et novembre 1984, l&#8217;accueil est enthousiaste, les salles combles, Fabre, conscient de sa position, sait qu&#8217;il peut d\u00e9sormais imposer ses conditions et refuser de se plier \u00e0 la volont\u00e9 des programmateurs.<\/p>\n<p>Le Journal s&#8217;ach\u00e8ve par la description, le 21 d\u00e9cembre 1984 \u00e0 Anvers, de sa performance pour le Zoo o\u00f9 il s&#8217;enferme dans une cage, nu, s&#8217;enduit de mousse \u00e0 raser, se rase compl\u00e9tement, attache \u00e0 son cou une pancarte \u00ab JE NE TRAHIS JAMAIS LA BEAUT\u00c9 \u00bb et reste ainsi pendant 15 jours et 15 nuits, se faisant nourrir par le public.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"22\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/editorial-8\/guillon\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon.jpg\" data-orig-size=\"800,676\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Guillon\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-22\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg\" alt=\"Guillon\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/8\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/03\/Guillon-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><br \/>\n<a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong> est critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb, \u00c9changes franco-hispaniques des dramaturgies contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2013 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jan Fabre 232 p. 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