{"id":224,"date":"2016-03-08T19:37:00","date_gmt":"2016-03-08T19:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/?p=224"},"modified":"2022-05-29T08:07:06","modified_gmt":"2022-05-29T08:07:06","slug":"congre-et-homard-de-gael-octavia-un-exercice-de-haute-ecole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/congre-et-homard-de-gael-octavia-un-exercice-de-haute-ecole\/","title":{"rendered":"Congre et homard de Ga\u00ebl Octavia :  un exercice de haute-\u00e9cole"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Congre et homard<\/em> de Ga\u00ebl Octavia, directed by Dominik Bernard, seen in Avignon, July 2011.<\/h4>\n<p><strong>Selim Lander<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-226\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-238x300.jpg\" alt=\"1233923466\" width=\"238\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-238x300.jpg 238w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466.jpg 336w\" sizes=\"auto, (max-width: 238px) 100vw, 238px\" \/><\/p>\n<p><em>Abstract<\/em><\/p>\n<p>Congre et homard (<em>The Eel and the Lobster<\/em>) <em>is not the first foray into dramatic writing by Martinican Ga\u00ebl Octavia, but it is the first of her works that has been staged and it reveals her astonishing command of the genre. The play, directed by Dominik Bernard from Guadeloupe, is perfectly constructed with successive unexpected twists that set the plot off in various directions. The language is brilliant, sprinkled with various registers of popular vocabulary and even creole, spoken by the vast majority of people in the French Caribbean. Here it concerns two characters: a fisherman and a\u201djobeur\u201d \u2013 a \u201cofficially\u201d unemployed young man hired to perform small tasks on a daily basis. The third character, who is the fisherman\u2019s wife, and no doubt the most important person in the play, is absent. The battle lines are drawn, the verbal exchanges sparkle, and the result is more than surprising.<\/em><\/p>\n<p>Ga\u00ebl Octavia, est une jeune femme d\u2019origine martiniquaise.<em>Congre et Homard<\/em> n\u2019est pas son premier essai d\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale mais sa premi\u00e8re pi\u00e8ce mont\u00e9e. Elle y r\u00e9v\u00e8le une \u00e9tonnante ma\u00eetrise. Construction parfaite (dans le genre des pi\u00e8ces \u00e0 tiroir avec des rebondissements successifs qui relancent l\u2019action), langue brillante avec quelques rares p\u00e9pites emprunt\u00e9es \u00e0 un vocabulaire plus populaire, voire cr\u00e9ole puisque nous avons affaire respectivement \u00e0 deux repr\u00e9sentants du petit peuple antillais : un p\u00eacheur et un \u00ab jobeur \u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire un ch\u00f4meur \u00ab officiel \u00bb faisant des petits boulots). L\u2019intrigue tourne autour de la femme du p\u00eacheur, laquelle pourtant n\u2019appara\u00eetra jamais. Dans cette joute verbale entre les deux hommes, les r\u00e9pliques fusent et la tension ne cesse de monter jusqu\u2019au d\u00e9nouement.<\/p>\n<figure id=\"attachment_225\" aria-describedby=\"caption-attachment-225\" style=\"width: 567px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-225\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1315841673.png\" alt=\"Jo\u00ebl Jernidier et Dominik Bernard \u00a9 Daniel Goudrouffe\" width=\"567\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1315841673.png 567w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1315841673-300x201.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-225\" class=\"wp-caption-text\">Jo\u00ebl Jernidier et Dominik Bernard \u00a9 Daniel Goudrouffe<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le p\u00eacheur, le type m\u00eame du macho-grande-gueule a une bonne raison d\u2019en vouloir au jobeur et lui fera passer de tr\u00e8s mauvais moments. Ce dernier, n\u00e9anmoins fera preuve d\u2019une belle r\u00e9silience et parviendra m\u00eame, par moments, \u00e0 renverser la situation \u00e0 son avantage. Et la pi\u00e8ce se terminera sur un <em>happy end\u00a0<\/em>ind\u00e9cis qui laisse le spectateur avec davantage de questions que de r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Le m\u00e9rite principal du texte se trouvant dans sa construction, cela justifie l\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e qui est pr\u00e9sent\u00e9e ci-dessous sous la forme d\u2019un synopsis.<\/p>\n<blockquote><p>Synopsis<\/p>\n<p>C est seul en sc\u00e8ne puis H entre tenant une lettre \u00e0 la main. H s\u2019efforce vainement d\u2019obtenir de C qu\u2019il lui dise pourquoi il lui a donn\u00e9 rendez-vous. Il r\u00e9it\u00e8re sa demande pendant que C ne cesse de faire diversion, racontant en particulier, par \u00e9pisodes, l\u2019histoire du poulpe qui chasse le homard et du congre qui en profite pour manger le poulpe. Apr\u00e8s que H a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sa question pour la cinqui\u00e8me fois, la r\u00e9ponse vient enfin : \u00ab Parce que tu es l\u2019amant de ma femme, comp\u00e8re \u00bb (<em>premi\u00e8re surprise<\/em>, p. 13). Qui entra\u00eene une nouvelle question de H \u2013 \u00ab Bon vous voulez quoi, pourquoi ? \u00bb \u2013 et la r\u00e9ponse de C : \u00ab Eh bien, je te r\u00e9pondrai que je ne le sais pas moi-m\u00eame, comp\u00e8re \u00bb (<em>deuxi\u00e8me surprise<\/em>, p. 14).<\/p>\n<p>H d\u00e9clare qu\u2019il veut s\u2019en aller. M\u00eame jeu que pr\u00e9c\u00e9demment, il aura beau r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 cinq reprises qu\u2019il veut partir, C s\u2019arrangera toujours pour le retenir avec de beaux discours. Il raconte comment il a d\u00e9couvert la liaison entre sa femme et H ; il se moque de H \u00ab jobeur-ch\u00f4meur perp\u00e9tuel \u00bb. Piqu\u00e9 au vif, H revient sur ce qu\u2019il a dit pr\u00e9c\u00e9demment, il n\u2019est plus ch\u00f4meur, il a trouv\u00e9 \u00ab un vrai travail, un bon travail \u00bb (<em>troisi\u00e8me surprise<\/em>, p. 23). Le rapport de forces entre C et H se modifie alors subtilement. H apparait soudain plus digne par sa volont\u00e9 de m\u00e9riter la belle gr\u00e2ce \u00e0 une situation plus r\u00e9mun\u00e9ratrice et plus stable que celle qu\u2019il avait jusque-l\u00e0 (\u00ab j\u2019ai trouv\u00e9 un travail et vous crevez de peur \u00bb, p. 26).<\/p>\n<p>Cependant H avoue qu\u2019il n\u2019a pas encore sign\u00e9 de contrat pour ce travail dont on ignorera d\u2019ailleurs le contenu jusqu\u2019au bout. Malgr\u00e9 tout, C n\u2019est plus aussi fier. Il avoue que sa femme a chang\u00e9 depuis qu\u2019elle a un amant : \u00ab elle est plus belle que jamais, donc je suis plus amoureux, et donc plus malheureux \u00bb (p. 27). Il sanglote. H en profite pour annoncer \u00e0 nouveau qu\u2019il s\u2019en va. C\u2019est alors que C fait savoir \u00e0 H d\u2019une part qu\u2019il ne peut pas sortir, puisque c\u2019est lui, C, qui a la clef du restaurant d\u00e9sert et boucl\u00e9 (<em>quatri\u00e8me surprise<\/em>), et d\u2019autre part que ce n\u2019est pas la peine que H se d\u00e9p\u00eache de retrouver sa ma\u00eetresse car elle est morte : C l\u2019a tu\u00e9e (<em>cinqui\u00e8me surprise<\/em>, p. 28).<\/p>\n<p>C aura beau lui confirmer son crime, H, reprenant son jeu habituel de r\u00e9p\u00e9tition mais maintenant avec une plus grande intensit\u00e9 dramatique, interrogera alors jusqu\u2019\u00e0 dix fois \u00ab vous ne l\u2019avez pas tu\u00e9e ? \u00bb, finissant effondr\u00e9, en pleurs, quand C sort de sa poche un soutien-gorge ensanglant\u00e9. Lorsque H se rel\u00e8ve, c\u2019est pour demander la mort, assumant ainsi sa condition de proie, de \u00ab homard \u00bb, en face de C, le \u00ab congre \u00bb : \u00ab J\u2019ai compris, vous savez. C\u2019est un traquenard, une nasse. Je suis entr\u00e9 dans la nasse, je suis condamn\u00e9. J\u2019accepte ? Faites \u00e7a rapidement qu\u2019on en finisse \u00bb (<em>sixi\u00e8me surprise<\/em>, p. 31).<\/p>\n<p>C refuse, il veut seulement bavarder et se lance \u00e0 nouveau dans le r\u00e9cit quelque peu hallucin\u00e9 (il n\u2019a cess\u00e9 de boire du rhum, contrairement \u00e0 H qui n\u2019a pas accept\u00e9 le moindre verre) de l\u2019histoire du congre, du homard et du poulpe. Il est interrompu brutalement par H : \u00ab Vous avez menti \u00bb, (<em>septi\u00e8me surprise<\/em>, p. 32) ; C, en effet, n\u2019a pu tuer sa femme sur un coup de t\u00eate, ainsi qu\u2019il l\u2019a racont\u00e9, il a pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 son coup, comme le prouve la convocation qu\u2019il a envoy\u00e9e \u00e0 H plusieurs jours \u00e0 l\u2019avance. Ce n\u2019est plus un crime passionnel, c\u2019est un assassinat. Un assassinat inutile puisque H n\u2019a jamais touch\u00e9 la femme de C (<em>huiti\u00e8me surprise<\/em>, p. 33) ; il n\u2019\u00e9tait que son confident, s\u2019estimant indigne d\u2019elle tant qu\u2019il \u00e9tait au ch\u00f4mage. N\u00e9anmoins H demande encore la mort (huit fois) : \u00ab \u00c9ventrez-moi avec le couteau qui l\u2019a \u00e9gorg\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Mais C sort un revolver : \u00ab Arr\u00eate avec ton r\u00eave de sangs m\u00eal\u00e9s sur un couteau, comp\u00e8re ! Je l\u2019ai tu\u00e9e avec \u00e7a \u00bb (<em>neuvi\u00e8me surprise<\/em>, p. 37). Il pose le revolver sur la table qui les s\u00e9pare, ainsi le premier qui voudra s\u2019en servir l\u2019aura-t-il \u00e0 sa disposition. H reprend alors \u00e0 son compte l\u2019histoire du congre et du homard en la transformant : les deux animaux n\u2019en peuvent plus d\u2019\u00eatre encha\u00een\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, \u00ab ils sont fous, ils veulent mourir \u00bb (p. 39). H a d\u00e9sormais la situation bien en main, il explique que s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0, la femme de C l\u2019aurait quitt\u00e9, \u00ab c\u2019est pourquoi vous me tol\u00e9riez \u00bb. Puis il ajoute \u00ab Je vous ai menti\u2026 quand je vous ai dit que je ne l\u2019avais jamais touch\u00e9e \u00bb (<em>dixi\u00e8me surprise<\/em>, p. 41).<\/p>\n<p>C s\u2019avoue perdu ; il ne sait plus si sa femme l\u2019a tromp\u00e9 ou non et ne sait plus, du coup, s\u2019il doit ou non tuer H. Il demande alors \u00e0 C d\u2019appeler sa femme au t\u00e9l\u00e9phone pour qu\u2019elle les rejoigne et qu\u2019il en ait enfin le c\u0153ur net. Elle n\u2019est donc pas morte (<em>onzi\u00e8me surprise<\/em>, p. 42). H commence par se r\u00e9jouir puis se met \u00e0 douter, d\u00e9sempar\u00e9. Il essaye \u00e0 nouveau de sortir mais la porte est cadenass\u00e9e. H sort la clef de sa poche : il faudra le tuer pour s\u2019en emparer. H a le revolver en main, les deux hommes se battent, le coup part, C s\u2019effondre, il est mort. Mais non ! Il se rel\u00e8ve au bout de quelques instants, indemne (<em>douzi\u00e8me surprise<\/em>, p. 45). Il raconte alors \u00e0 H que tout cela n\u2019\u00e9tait qu\u2019une plaisanterie, qu\u2019ils vont aller retrouver la femme, laquelle choisira qui elle voudra. Il lui tend la clef. Fin.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le th\u00e8me de l\u2019adult\u00e8re n\u2019est pas original. Mais le th\u00e9\u00e2tre se satisfait de retraiter ind\u00e9finiment les m\u00eames th\u00e8mes ; tout est dans la mani\u00e8re. Ici, le huis-clos entre les deux hommes, d\u00fb \u00e0 l\u2019absence de la femme d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, cr\u00e9e les conditions d\u2019une tension dramatique qui se poursuivra jusqu\u2019\u00e0 la fin, gr\u00e2ce aux rebondissements savamment m\u00e9nag\u00e9s par Ga\u00ebl Octavia. Et la pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sans que nous ayons la moindre certitude sur des questions essentielles \u00e0 la compr\u00e9hension des personnages : C a-t-il ou non tu\u00e9 sa femme ? H a-t-il ou non couch\u00e9 avec elle ? H a-t-il ou non trouv\u00e9 un \u00ab vrai travail \u00bb ? L\u2019auteure a le bon go\u00fbt de nous laisser choisir les r\u00e9ponses les plus ad\u00e9quates \u00e0 notre perception de sa pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>L\u2019introduction de la fable aquatique s\u2019av\u00e8re \u00e9galement productive sur le plan dramatique, en amenant le spectateur \u00e0 s\u2019interroger pendant un bon bout de temps \u2013 qui est le congre, qui est le homard ? \u2013 jusqu\u2019\u00e0 ce que chacun des protagonistes assume explicitement l\u2019identit\u00e9 de son double marin.<\/p>\n<p>Mais les Antillais affectionnent les combats de coqs. On pourrait \u00e9galement filer cette m\u00e9taphore \u00e0 propos d\u2019une pi\u00e8ce qui met face \u00e0 face deux hommes pr\u00e9tendant chacun \u00e0 la m\u00eame femme. Le comportement des hommes antillais est souvent assimil\u00e9 en effet \u00e0 celui d\u2019un coq passant sans remords d\u2019une poule \u00e0 l\u2019autre. \u00ab Coqueur \u00bb est un nom commun, \u00ab coquer \u00bb un verbe qui font partie du vocabulaire sexuel antillais. Dans <em>Congre et homard<\/em>, C endosse clairement la personnalit\u00e9 du coq (est-ce un hasard si C est aussi l\u2019initiale de \u00ab coq \u00bb ?). Sa femme se r\u00e9sume \u00e0 ses yeux essentiellement \u00e0 son \u00ab \u00e9minence charnue \u00bb (pour parler comme Brassens). Ne se vante-t-il pas \u00e0 plusieurs reprises d\u2019avoir \u00e9pous\u00e9 \u00ab la plus belle paire de fesses de la commune \u00bb ? A c\u00f4t\u00e9 de C, H est celui qui fait preuve d\u2019humanit\u00e9 (H comme \u00ab humain \u00bb ?) ; la femme n\u2019est pas pour lui un objet ; il est capable d\u2019aimer, pas seulement de d\u00e9sirer ou de poss\u00e9der. Les deux personnalit\u00e9s n\u2019en sont pas moins complexes, le chagrin de C n\u2019\u00e9tant pas feint et H se r\u00e9v\u00e9lant moins na\u00eff qu\u2019on le croit au d\u00e9but.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e en 2011, pr\u00e9sent\u00e9e au festival d\u2019Avignon (\u00e0 la chapelle du Verbe incarn\u00e9, salle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019outre-mer) cette m\u00eame ann\u00e9e, dans une mise en sc\u00e8ne de Dominik Bernard qui tient \u00e9galement \u2013 et avec quelle autorit\u00e9 ! \u2013 la partie de C. Il est accompagn\u00e9 par son camarade guadeloup\u00e9en, Jo\u00ebl Jernidier, lequel, dans le r\u00f4le plus ingrat d\u2019une victime le plus souvent passive, d\u00e9montre une belle int\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons eu la chance de voir la pi\u00e8ce d\u2019abord en Avignon puis en tourn\u00e9e en Martinique dans la m\u00eame mise en sc\u00e8ne. Dominik Bernard et le d\u00e9corateur (Pascal Catayee), ont choisi de placer les deux hommes (tous deux v\u00eatus d\u2019une combinaison de travail) face \u00e0 face, de part et d\u2019autre d\u2019une table qu\u2019on pourrait imaginer dans un bistrot branch\u00e9, cubique de forme et d\u2019o\u00f9 surgit par moment une lumi\u00e8re bleut\u00e9e. Le bleu est d\u2019ailleurs la tonalit\u00e9 dominante et cette lumi\u00e8re froide n\u2019est pas sans contribuer \u00e0 la tension qui domine le spectacle de bout en bout. Un bleu qui contraste avec le rouge qui accompagne le tout d\u00e9but du spectacle lorsque le p\u00eacheur, seul en sc\u00e8ne, esquisse une valse. Premi\u00e8re fausse piste ; il y en aura bien d\u2019autres, comme on l\u2019a vu !<\/p>\n<p>Des images le plus souvent abstraites sont projet\u00e9es \u00e0 certains moments du spectacle ; elles contribuent, avec la musique, \u00e0 renforcer l\u2019impression d\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui ressort d\u2019un texte o\u00f9 abondent les non-dits, les fausses pistes et les contradictions. Pour accompagner le monologue de C d\u00e9crivant son \u00e9pouse, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par son nouvel amour, en train de s\u2019habiller, l\u2019image est simplement celle des deux jambes nues d\u2019une femme, longilignes, ce qui contribue incontestablement \u00e0 la force \u00e9motionnelle du passage en question.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, ce spectacle para\u00eet exemplaire parce qu\u2019il r\u00e9unit toutes les qualit\u00e9s que l\u2019on attend du th\u00e9\u00e2tre : 1) un vrai texte, \u00e9crit pour le th\u00e9\u00e2tre, utilisant de mani\u00e8re magistrale les proc\u00e9d\u00e9s propres \u00e0 cet art. 2) des com\u00e9diens talentueux. 3) une mise en sc\u00e8ne rigoureuse et une sc\u00e9nographie qui ne trahit pas le texte sans chercher pour autant \u00e0 l\u2019illustrer servilement.<\/p>\n<p><em>Congre et Homard<\/em> de Ga\u00ebl Octavia est publi\u00e9 chez Lansman \/ Emile&amp;Cie (Carni\u00e8res-Morlanwelz, Belgique, 2011, 45 p., 9 \u20ac).<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-226\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-150x150.jpg\" alt=\"1233923466\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Selim Lander<\/strong> lives in Martinique (French West Indies). His theatre reviews appear in the following webjournals: <em>mondesfrancophones.com<\/em> and <em>madinin-art.net<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2012 Selim Lander<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Congre et homard de Ga\u00ebl Octavia, directed by Dominik Bernard, seen in Avignon, July 2011. Selim Lander[1] Abstract Congre et homard (The Eel and the Lobster) is not the first foray into dramatic writing by Martinican Ga\u00ebl Octavia, but it<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":226,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-224","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1233923466.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7kGC0-3C","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=224"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":627,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224\/revisions\/627"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media\/226"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}