{"id":137,"date":"2016-03-08T17:10:04","date_gmt":"2016-03-08T17:10:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/?p=137"},"modified":"2023-03-21T17:33:21","modified_gmt":"2023-03-21T17:33:21","slug":"la-parodie-dans-le-k-pop-une-analyse-de-nobody-clip-de-jyp-avec-les-wonder-girls","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/la-parodie-dans-le-k-pop-une-analyse-de-nobody-clip-de-jyp-avec-les-wonder-girls\/","title":{"rendered":"La parodie dans le K-POP : Une analyse de \u00ab NOBODY \u00bb, clip de JYP avec les WONDER GIRLS"},"content":{"rendered":"<p><strong>Patrice Pavis<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-140\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-199x300.jpg\" alt=\"1261050696\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-199x300.jpg 199w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696.jpg 531w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><br \/>\n<strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p>A video clip showing a little girl imitating the Wonder Girls was the starting point for a clarifying speculation on theoretical concepts such as parody, satire, irony and pastiche in Korean K-pop. The film by Jin Young Park is analyzed as (limited) parody of the artist creating K-pop.<\/p>\n<p><strong>LA PARODIE DANS LE K-POP : UNE ANALYSE DE \u00ab NOBODY \u00bb, CLIP DE JYP AVEC LES WONDER GIRLS<\/strong><\/p>\n<p>La notion de parodie est habituellement appliqu\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature. Elle vaut cependant aussi pour les autres arts, les m\u00e9dias, toutes sortes de productions culturelles et la vie quotidienne. N\u2019est-elle pas devenue un principe fondamental de la vie en soci\u00e9t\u00e9 et de notre rapport \u00e0 l\u2019autre ? Dans la parodie nous nous situons toujours plus \u00e0 c\u00f4t\u00e9 qu\u2019en face de l\u2019autre. Si cela ne facilite pas l\u2019\u00e9change, cela permet du moins de regarder dans la m\u00eame direction.<\/p>\n<p>Quels sont donc les proc\u00e9d\u00e9s et les fonctions de la parodie, les raisons de son \u00e9norme popularit\u00e9 dans les m\u00e9dias et les spectacles musicaux contemporains ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, il faudrait partir de la d\u00e9finition la plus large possible de cette notion, en examinant pourquoi et comment elle s\u2019\u00e9tend, au-del\u00e0 de la litt\u00e9rature, \u00e0 toutes les pratiques culturelles. Partons, pour ce faire, des d\u00e9finitions de deux tr\u00e8s bons sp\u00e9cialistes de la question : Linda Hutcheon et Simon Dentith. Selon Hutcheon (2000), la parodie est \u00ab A form of repetition with ironic critical distance, marking difference rather than similarity<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a> \u00bb. Cette d\u00e9finition s\u2019applique avant tout \u00e0 la parodie litt\u00e9raire, mais elle s\u2019\u00e9largit \u00e0 d\u2019autres pratiques culturelles. Cette d\u00e9finition est compl\u00e8te, m\u00eame si certains termes m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9s : la r\u00e9p\u00e9tition insiste trop sur la reprise \u00e0 l\u2019identique, or on trouve des parodies assez \u00e9loign\u00e9es de leur cible, qui sont donc plus des satires que des allusions \u00e0 un objet donn\u00e9. Quant \u00e0 l\u2019ironie de cette distance, elle ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles qu\u2019il faut justement distinguer de celles de la parodie. Enfin, les notions de diff\u00e9rence et de similarit\u00e9 sont elles-m\u00eames relatives, peu pertinentes et difficiles \u00e0 \u00e9tablir.<\/p>\n<p>La d\u00e9finition de Dentith (2000 : 9) est mieux appropri\u00e9e \u00e0 une enqu\u00eate sur les diverses parodies qui, au-del\u00e0 de la litt\u00e9rature, prennent aujourd\u2019hui pour cible tous les domaines de la vie sociale et culturelle : \u00ab Any cultural practice which provides a relatively polemical allusive imitation of another cultural production or practice<a href=\"#end3\"><sup>[2]<\/sup><\/a> \u00bb. Particuli\u00e8rement bienvenu est le retour de la vieille notion d\u2019imitation, au sens de r\u00e9\u00e9criture, pastiche, hommage, intertextualit\u00e9. Quant aux termes un peu neutres de pol\u00e9mique, relatif et allusif, ils n\u2019emp\u00eachent pas de distinguer entre production et pratique : la pratique concerne une activit\u00e9 sociale en g\u00e9n\u00e9ral, une mani\u00e8re de proc\u00e9der, un endroit o\u00f9 \u00ab a lieu \u00bb la parodie, tandis que la production concerne un objet donn\u00e9, une occurrence o\u00f9 un objet est parodi\u00e9, que ce soit dans un texte, un geste, une image, une quelconque manifestation culturelle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_139\" aria-describedby=\"caption-attachment-139\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-139\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1238743657.jpg\" alt=\"Wonder Girls \u00a9 JYP Entertainment\" width=\"700\" height=\"507\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1238743657.jpg 740w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1238743657-300x217.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-139\" class=\"wp-caption-text\">Wonder Girls \u00a9 JYP Entertainment<\/figcaption><\/figure>\n<p>Qu\u2019on nous permette une synth\u00e8se de ces deux d\u00e9finitions : on consid\u00e8re comme parodie toute pratique culturelle faisant allusion de mani\u00e8re satirique \u00e0 une pratique culturelle ant\u00e9rieure, dans le but de la critiquer et d\u2019amuser le r\u00e9cepteur. Si l\u2019objet parodi\u00e9 n\u2019est pas connu ou reconnu du r\u00e9cepteur, la parodie ne fonctionne pas comme telle, elle devient un texte ordinaire \u00e0 prendre au premier degr\u00e9.<\/p>\n<p>On gagne beaucoup de temps \u00e0 \u00e9tudier les origines et les traditions de la parodie litt\u00e9raire, depuis Aristophane jusqu\u2019aux critiques de l\u2019\u00e9poque classique europ\u00e9enne, aux dix-septi\u00e8me et dix-huiti\u00e8me si\u00e8cles. Chez les Grecs, le terme <em>par\u00f4dein<\/em> ou <em>par\u00f4dia<\/em>, c\u2019est le fait de chanter \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mais aussi de chanter faux : donc d\u2019imiter tout en se pla\u00e7ant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du texte parodi\u00e9 afin de produire un effet comique par une diction, une interpr\u00e9tation volontairement erron\u00e9es et donc ridicules. Enfin, il faut se souvenir que la parodie n\u2019est pas devenue un genre litt\u00e9raire, comme la trag\u00e9die ou la com\u00e9die, mais qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 une figure de style : elle doit donc \u00eatre \u00ab consid\u00e9r\u00e9e plut\u00f4t comme une <em>figure<\/em>, ornement potentiel du discours (litt\u00e9raire ou non), que comme un <em>genre<\/em>, comme une classe d\u2019\u0153uvres<a href=\"#end4\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.\u00bb Cette propri\u00e9t\u00e9 stylistique (et non g\u00e9n\u00e9rique) explique la facilit\u00e9 avec laquelle la parodie est transposable sur n\u2019importe quelle production culturelle, d\u00e8s lors qu\u2019on est en mesure de dissocier l\u2019action parodique et l\u2019objet parodi\u00e9. En revanche, la parodie ne s\u2019est peut-\u00eatre pas \u00e9tablie comme genre, parce que son objet dispara\u00eet vite et qu\u2019elle doit sans cesse trouver de nouvelles cibles, ce qui ne facilite pas son enracinement comme genre.<\/p>\n<p>Il convient de bien distinguer la parodie de notions proches mais diff\u00e9rentes comme la satire, le travestissement, le pastiche, la caricature.<\/p>\n<p>La <u>satire<\/u> ne se limite pas, comme la parodie, \u00e0 un objet directement identifiable. Le <u>travestissement burlesque<\/u> (comme par exemple l\u2019<em>Hom\u00e8re travesti<\/em>, de Marivaux, 1714) \u00ab r\u00e9crit donc un texte noble, en conservant son \u00ab action \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois son contenu fondamental et son mouvement (en termes rh\u00e9toriques, son <em>invention<\/em> et sa <em>disposition<\/em>), mais en lui imposant une tout autre <em>\u00e9locution<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un autre \u00ab style \u00bb, au sens classique du terme<a href=\"#end5\"><sup>[4]<\/sup><\/a> \u2026 \u00bb. Le <u>travestissement<\/u> traite d\u2019un sujet noble de mani\u00e8re triviale. Le <u>burlesque<\/u> se moque de th\u00e8mes s\u00e9rieux de mani\u00e8re grossi\u00e8re, grotesque, absurde.<\/p>\n<p>Le <u>pastiche<\/u> imite seulement la mani\u00e8re d\u2019un auteur, il \u00e9crit ou cr\u00e9e dans la m\u00eame \u00ab p\u00e2te \u00bb (<em>pasticcio<\/em>), imite un style, sans toutefois s\u2019en moquer, s\u2019amusant seulement \u00e0 \u00e9pingler quelques in\u00e9vitables tics de langage. Loin de chercher \u00e0 ridiculiser l\u2019auteur ou le producteur du texte, il imite, non sans admiration, ses proc\u00e9d\u00e9s, auxquels il rend ainsi hommage. Le pastiche peut cependant \u00eatre satirique, si le pasticheur imite le style d\u2019un auteur en lui faisant dire des choses inattendues et comiques. Le pastiche invente un nouvel objet, tandis que la parodie a toujours dans le collimateur le m\u00eame texte ou l\u2019objet \u00e0 parodier, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 transformer radicalement l\u2019\u0153uvre parodi\u00e9e. En r\u00e9sum\u00e9 : le pastiche modifie le sujet en imitant le style ; tandis que \u00ab le travestissement burlesque modifie (donc) le style <em>sans modifier le sujet<\/em> ; inversement la \u00ab parodie \u00bbmodifie le sujet<em> sans modifier le style<\/em><a href=\"#end6\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019autres cat\u00e9gories, sous des noms diff\u00e9rents, nous ram\u00e8nent \u00e0 l\u2019aspect caricatural de la parodie, selon le m\u00eame crit\u00e8re de d\u00e9formation comique ou de mouvement, ainsi la <u>caricature<\/u> du dessinateur ou de l\u2019acteur. Comme l\u2019indique Bergson, \u00abl\u2019art du caricaturiste est de saisir ce mouvement parfois imperceptible, et de le rendre visible \u00e0 tous les yeux en l\u2019agrandissant<a href=\"#end7\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.\u00bb<\/p>\n<p>En transposant ces cat\u00e9gories logiques dans l\u2019univers du spectacle et du <em>show business<\/em>, on s\u2019efforcera de sp\u00e9cifier leur mode de fonctionnement dans le nouveau m\u00e9dia. Notre hypoth\u00e8se est que la parodie est partout, notamment dans les productions des mass m\u00e9dias, du <em>show business<\/em> et des clips pour les m\u00e9dias, et bien s\u00fbr aussi dans la mani\u00e8re dont nous parlons et \u00ab agissons \u00bb avec les autres. Prenons un exemple, presqu\u2019au hasard, celui du clip de Jin Young Park (JYP) et de son groupe Wonder Girls<a href=\"#end8\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Dans ce petit film de 6 minutes, JYP nous retrace la gen\u00e8se fictive de <em>Nobody<\/em>. Il le fait en suivant les \u00e9tapes de la cr\u00e9ation de cette chanson, en imaginant l\u2019incident qui impose le style des Wonder Girls, conduit \u00e0 leur triomphe, remplace les vieilles recettes du jazz, du rock par la chor\u00e9graphie et la mani\u00e8re plus douces du K-pop. Que s\u2019est-il pass\u00e9 ? De mani\u00e8re burlesque, JYP a \u00e9t\u00e9 retenu dans les toilettes \u00e0 cause du manque de papier, ce qui l\u2019emp\u00eache de rejoindre ses chanteuses ( !). Lorsqu\u2019il arrive finalement en sc\u00e8ne (sans qu\u2019on sache exactement comment il a au juste r\u00e9solu son probl\u00e8me technique), celles-ci triomphent : pouss\u00e9es par les producteurs, elles ont d\u00fb \u00ab improviser \u00bb une nouvelle mani\u00e8re de danser. Apr\u00e8s la \u00ab prise de pouvoir \u00bb des Girls, il ne reste plus \u00e0 JYP, pour obtenir sa part du succ\u00e8s, qu\u2019\u00e0 faire comme si il \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de ce nouveau style, \u00e0 quitter la sc\u00e8ne et \u00e0 g\u00e9rer le succ\u00e8s sc\u00e9nique et m\u00e9diatique de ses interpr\u00e8tes.<\/p>\n<p>Ce petit film, tr\u00e8s bien con\u00e7u, poss\u00e8de tous les ingr\u00e9dients d\u2019une parodie et d\u2019une fable ironique sur la cr\u00e9ation. Il convient cependant de d\u00e9m\u00ealer ce que recouvrent ces notions, de distinguer diff\u00e9rents moments et diverses attitudes dans ces situations comiques et critiques, malgr\u00e9 l\u2019apparente simplicit\u00e9 du r\u00e9cit. JYP se moque de lui-m\u00eame dans cette \u00e9vocation de la cr\u00e9ation d\u2019une chanson, en donnant \u00e0 voir tous les dessous (c\u2019est le cas de le dire) d\u2019un succ\u00e8s avec ses Wonder Girls. Il se moque de lui-m\u00eame en \u00e9voquant l\u2019incident grotesque et presque scatologique du manque de papier toilette. On flirte avec le travestissement burlesque qui nous donnerait \u00e0 voir le K-Pop id\u00e9alis\u00e9 et mi\u00e8vre avec les yeux du corps grotesque \u00e0 demi d\u00e9nud\u00e9. Le message subliminal reste le m\u00eame : c\u2019est au manque de papier toilette que l\u2019on doit l\u2019invention du K-Pop et la prise du pouvoir, sans doute tr\u00e8s provisoire, des Wonder Girls. Gr\u00e2ce \u00e0 cette aventure scatologique de JYP, les Girls passent de la figuration chorale en fond de sc\u00e8ne \u00e0 une chor\u00e9graphie chant\u00e9e, o\u00f9 toutes leurs qualit\u00e9s vocales et physiques sont pleinement mises en valeur. Pointe finale, de nouveau ironique : apr\u00e8s le concert qui a vu la cons\u00e9cration de ses artistes, JYP, savourant cette invention d\u2019un genre nouveau, se retrouve dans sa position de d\u00e9part : sur les toilettes. Mais le papier &#8212; retour ironique, voire tragique de la mal\u00e9diction ?&#8211; n\u2019est toujours pas au rendez-vous. Notre JYP, de nouveau bloqu\u00e9, se sent abandonn\u00e9 de tous. <em>De profundis clamavi<\/em>\u2026 Cette situation embarrassante de l\u2019artiste maudit est-elle parodique ? Oui et non, il faut nuancer !<\/p>\n<p>Reprenons la chronologie du film, ne serait-ce que pour mieux appr\u00e9cier la vari\u00e9t\u00e9 des regards, tour \u00e0 tour ironique, parodique, pastichant, grotesque et burlesque, etc. Constatons d\u2019entr\u00e9e que le film ne fait nullement une parodie de la chanson <em>Nobody<\/em>. On ne touche pas aux paroles et \u00e0 la musique, toujours jou\u00e9e en playback, on ne se moque pas de la chor\u00e9graphie, on ne ridiculise pas une mani\u00e8re de chanter et de bouger ; au contraire on insiste assez lourdement et narcissiquement sur le succ\u00e8s public et m\u00e9diatique, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1950. Cette autocongratulation, cette glorification, cette <em>success story<\/em> \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine sont le contraire m\u00eame de la parodie, laquelle ne fait pas l\u2019\u00e9loge mais la critique de son objet. Ce n\u2019est que dans le d\u00e9tail du r\u00e9cit \u00e9difiant qu\u2019on trouve des moments parodiques ou ironiques, pastich\u00e9s ou burlesques.<\/p>\n<p>Moments d\u2019ailleurs fort jolis et amusants qui d\u00e9montrent, s\u2019il en \u00e9tait besoin, la virtuosit\u00e9 du <em>show business<\/em>, la capacit\u00e9 de se commenter, de s\u2019auto-analyser, voire de se d\u00e9construire. On trouve une assez belle reconstitution du spectacle de vari\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1950, avec les st\u00e9r\u00e9otypes habituels : impresarii et managers tyranniques, gourmands et stupides ; bo\u00eete de nuit tr\u00e8s chic ; micros \u00e0 l\u2019ancienne (un brin phalliques) ; photos en noir et blanc prises au flash ; appareil de t\u00e9l\u00e9vision des ann\u00e9es 50 ; orchestre de jazz tr\u00e8s \u00ab swing \u00bb ; ch\u0153ur des chanteuses qui se tr\u00e9moussent lat\u00e9ralement, entre rock et gospel ; annonceur emphatique ; pianiste et r\u00e9p\u00e9titrice aux ordres ; artiste endormi qui se r\u00e9veille pour cr\u00e9er une de ces belles m\u00e9lodies qui le poursuivent ensuite en tous lieux\u2026<\/p>\n<p>On assiste aux premiers balbutiements de la chor\u00e9graphie, \u00e0 sa mise en place selon les codifications du genre : rythme \u00e0 la fois corporel (mouvements lat\u00e9raux des hanches, poses et arr\u00eats, geste des bras pour indiquer une direction) et musical. On comprend la force phatique de la gestuelle K-Pop : les mouvements des bras et des jambes n\u2019imitent pas un objet, ils sont des contacts rythm\u00e9s avec le public, selon un syst\u00e8me simple mais extr\u00eamement pr\u00e9cis ; le corps est \u00e0 la fois livr\u00e9 au regard \u00e9rotique et contr\u00f4l\u00e9 selon une \u00e9tiquette parfaitement codifi\u00e9e de la coquetterie d\u00e9cente.<\/p>\n<p>Le showbiz am\u00e9ricain des ann\u00e9es 40 et 50 est joliment \u00e9voqu\u00e9 avec maints d\u00e9tails pertinents bien observ\u00e9s. La sc\u00e9nographie, le jeu et le son constituent un pastiche tr\u00e8s r\u00e9ussi : pastiche car les chanteuses tout en bougeant, en chantant, en adoptant le look de ces ann\u00e9es-l\u00e0, indiquent aussi qu\u2019elles ne sont pas dupes d\u2019un style qui n\u2019est pas le leur, qu\u2019on leur a impos\u00e9, qu\u2019elles sugg\u00e8rent avec pr\u00e9cision et talent. Ce pastiche est une imitation de la culture am\u00e9ricaine, avec les habituels st\u00e9r\u00e9otypes stylistiques et \u00ab philosophiques \u00bb. Les d\u00e9hanchements lat\u00e9raux en groupe, une des armes de guerre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es du K-Pop, mais aussi les coiffures (ou perruques ?), le c\u00f4t\u00e9 <em>glamour<\/em> des robes-fourreau argent\u00e9es, parach\u00e8vent cette imitation de l\u2019Am\u00e9rique mythique. Les citations du pastiche ne sont jamais ouvertement ironiques, et encore moins parodiques. Elles ne sont pas le signe d\u2019absence d\u2019id\u00e9e, mais une r\u00e9activation critique, un persiflage ironique des codes culturels ou esth\u00e9tiques dominants. Ce film documente aussi ce transfert culturel, ce regard amus\u00e9, presque critique et distanci\u00e9, sur une autre culture dont on tente difficilement de se d\u00e9tacher. Est-ce une marque de la relation ambivalente, voire schizophr\u00e9nique de la culture cor\u00e9enne vis-\u00e0-vis de la culture nord-am\u00e9ricaine ? Toujours est-il que le pastiche, la citation, le transfert culturel sont toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le K-Pop, comme dans un laboratoire de chimie ou d\u2019alchimie. Selon Stephen Greenblatt, la connaissance de la culture aide \u00e0 mieux comprendre la litt\u00e9rature, \u00ab for Western literature over a very long period of time has been one of the great institutions for the enforcement of cultural boundaries through praise and blame. This is obvious in the kinds of literature that are explicitly engaged in attack and celebration: satire and panegyric<a href=\"#end9\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u00bb. En transposant cette remarque sur le plan du K-Pop, on pourrait dire que le m\u00e9lange de satire et d\u2019\u00e9loge contenu dans le pastiche caract\u00e9rise l\u2019invention de l\u2019esth\u00e9tique du K-pop, comme on le constate dans ce passage ici entre les vari\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines \u00ab classiques \u00bb et le K-Pop contemporain. Le pastiche qui en r\u00e9sulte porte les marques du post-moderne, qui, selon Fredric Jameson<a href=\"#end10\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, est une \u00ab parody without purpose \u00bb (une \u00ab parodie sans but \u00bb) : une parodie non pour ridiculiser l\u2019objet parodi\u00e9, mais pour s\u2019approcher du mod\u00e8le, pour briller dans l\u2019imitation de la vari\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine tout en sugg\u00e9rant que le K-Pop est mieux en prise sur notre temps, et surtout mieux \u00e0 m\u00eame de s\u00e9duire le public mondial de <em>l\u2019entertainment<\/em>. La parodie, le pastiche et m\u00eame le burlesque apparaissent indispensables pour \u00e9tablir une circularit\u00e9 entre raillerie et \u00e9loge, parodie et hommage. Attitude et circularit\u00e9 que nous allons plus loin retrouver dans les imitations de la danse (jamais des chansons) par les fans, partag\u00e9s dans le d\u00e9sir admiratif de faire aussi bien que leur mod\u00e8le et l\u2019envie secr\u00e8te de ridiculiser et d\u00e9loger les idoles. La parodie est n\u00e9cessaire au bon fonctionnement du show business, puisqu\u2019il faut sans tr\u00eave mobiliser les fans, leur permettre, comme au carnaval, de se d\u00e9fouler en imitant de mani\u00e8re burlesque les artistes \u00ab \u00e9lus \u00bb, avant de r\u00e9int\u00e9grer le rang des admirateurs et des clients payants.<\/p>\n<p><strong>UN EXEMPLE D\u2019IMITATION PAR LES FANS : WONDER GIRLS VS WONDER BABY<\/strong><\/p>\n<p>On trouve sur Internet des centaines d\u2019imitations des clips des Wonder Girls. Un genre particulier est celui des enfants, parfois tr\u00e8s jeunes (quatre ans), capables de parodier, gr\u00e2ce \u00e0 on ne sait quel training acharn\u00e9 avec Maman et Papa, ou avec un \u00ab teacher \u00bb, plusieurs chansons des Girls.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?feature=endscreen&amp;v=iLdsC4338Xs&amp;NR=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?feature=endscreen&amp;v=iLdsC4338Xs&amp;NR=1<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est le cas de ce petit enfant de quatre ans, qui \u00ab interpr\u00e8te \u00bb plusieurs danses, avant d\u2019\u00eatre rejointe par les Wonder Girls, contraintes elles-m\u00eames \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 l\u2019imitation de la petite fille pour danser avec elle<a href=\"#end11\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Il s\u2019agit d\u2019un cas indiscutable de parodie, destin\u00e9 \u00e0 divertir le public de la t\u00e9l\u00e9vision : pastiche satirique qui reprend \u00e0 la fois la gestuelle et la mimique des Wonder Girls et caricature, en les soulignant et allongeant, certaines poses, une d\u00e9marche, des regards et des \u0153illades tr\u00e8s \u00ab f\u00e9minines \u00bb. Cette reconstitution va dans le sens d\u2019une sexualisation, qui certes \u00e9chappe \u00e0 cette petite fille qui se borne, on l\u2019imagine, \u00e0 reproduire les traits que les adultes lui sugg\u00e8rent. Cette stylisation parodique retrouve en effet quelques tics de comportements. En particulier, ce qui provoque un \u00ab rire jaune \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un rire un peu forc\u00e9, qui trahit un certain malaise, ce sont les poses tr\u00e8s sexy, imit\u00e9es des Girls, les d\u00e9monstrations de charme sexuel, qu\u2019on a du mal (ou bien, est-ce culturel ?) \u00e0 admettre chez un tr\u00e8s jeune enfant comme cette petite fille. La parodie consiste ici \u00e0 exag\u00e9rer les trucs et les tics de s\u00e9duction. Ce qui (me) met mal \u00e0 l\u2019aise, c\u2019est l\u2019aspect \u00ab chien savant \u00bb, \u00ab chien de cirque \u00bb de ce sketch, car il est clair que la petite fille se borne \u00e0 imiter ces signes de s\u00e9duction que les adultes lui ont inculqu\u00e9s pour faire rire le public, ce qui encourage le cabotinage naturel de l\u2019enfant. C\u2019est une parodie tr\u00e8s r\u00e9ussie, mais comme malgr\u00e9 l\u2019enfant, \u00e0 son corps d\u00e9fendant. D\u00e8s lors les adultes rient aussi de cette innocence de l\u2019enfant, de ce que les parents ont \u00ab r\u00e9ussi \u00bb \u00e0 lui enseigner : faire de la parodie sans s\u2019en rendre compte et pour le compte des autres qui en retirent les fruits.<\/p>\n<p>Lorsque les \u00ab vraies \u00bb Wonder Girls viennent en sc\u00e8ne et dansent gentiment sur leur chanson en accompagnant l\u2019enfant, on observe comment elles s\u2019adaptent \u00e0 lui, simplifient, stylisent, \u00e9bauchent, assagissent leur gestuelle dans\u00e9e habituellement coquette. C\u2019est l\u00e0 aussi un exemple de parodie, mais att\u00e9nu\u00e9e, rentr\u00e9e, sch\u00e9matique, destin\u00e9e \u00e0 seulement \u00e9voquer leur chor\u00e9graphie, comme un danseur qui r\u00e9p\u00e8te pour lui-m\u00eame un encha\u00eenement. Ce sont maintenant, non sans ironie, les Wonder Girls qui font une parodie att\u00e9nu\u00e9e d\u2019elles-m\u00eames et de la petite fille en train de les imiter. On a coutume d\u2019associer la parodie au comique, et il est vrai qu\u2019elle fonctionne dans ce sens de l\u2019exag\u00e9ration risible, mais on devrait envisager le trajet inverse : du comique vers le s\u00e9rieux. La parodie irait alors vers la simplification, vers l\u2019effacement des effets comiques, la r\u00e9tractation corporelle, le r\u00e9sum\u00e9 s\u00e9rieux \u00e0 la place de l\u2019expansion comique. On voit que la parodie est pour ainsi dire la norme et le parcours oblig\u00e9 : on parodie toujours quelque chose qui pr\u00e9c\u00e8de. En interpr\u00e9tant en <em>playback<\/em>, les chanteuses doivent mouler leurs mouvements dans un sch\u00e9ma rythmique, une dur\u00e9e, une \u00e9nergie d\u00e9cid\u00e9es depuis longtemps : leur performance est toujours en retrait par rapport \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 m\u00e9caniquement, elle en est donc la parodie, le commentaire venant apr\u00e8s, quoiqu\u2019aspirant \u00e0 se fondre dans l\u2019enregistrement original. Dans un mass m\u00e9dia, un produit culturel industriel aussi complexe qu\u2019un clip ou une performance <em>live<\/em> de vari\u00e9t\u00e9 en <em>playback<\/em>, la parodie porte sur cette machine industrielle inalt\u00e9rable et elle a pour mission de transformer les rep\u00e8res tout pr\u00eats aux al\u00e9as du corps en direct et en sc\u00e8ne. Tout le syst\u00e8me gestuel, les marques de s\u00e9duction, les \u0153illades, les adresses \u00e0 la cam\u00e9ra et au spectateur sont pr\u00e9vus dans l\u2019enregistrement de la bande\u2013son et ils doivent \u00eatre incarn\u00e9s, \u00ab perform\u00e9s \u00bb, reconstitu\u00e9s en fonction du plan original, qu\u2019on ne peut changer, mais qu\u2019on doit en m\u00eame temps remplir, animer et, qu\u2019on le veuille ou non, adapter au public <em>live<\/em>, aux partenaires, aux changements de chacun, en un mot que l\u2019on d\u00e9place n\u00e9cessairement, telle une parodie ou un pastiche.<\/p>\n<p>Si la parodie sc\u00e9nique comme adaptation aux contraintes de l\u2019enregistrement fonctionne bien ainsi dans le sens d\u2019une interpr\u00e9tation <em>live<\/em> qui \u00ab performe \u00bb, adapte, et <em>volens nolens<\/em> pastiche l\u2019objet fabriqu\u00e9 industriellement qu\u2019est le clip, c\u2019est bien s\u00fbr parce que la chor\u00e9graphie est fix\u00e9e avec une extr\u00eame pr\u00e9cision et que le syst\u00e8me des \u00e9motions, des interpellations de la machine \u00e0 musique, \u00e0 mouvement et \u00e0 s\u00e9duction est parfaitement coordonn\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9. Le syst\u00e8me vivant est tellement bien ma\u00eetris\u00e9, qu\u2019il appara\u00eet comme un corps social collectif, un corps et une machine \u00e9rotiques r\u00e9gl\u00e9s au millim\u00e8tre, un corps qui d\u00e9passe les individualit\u00e9s aussi int\u00e9ressantes soient-elles par ailleurs&#8230; Ce corps collectif est \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. Nous ne sommes plus dans la psychologie individuelle, mais dans une machine de s\u00e9duction dangereusement efficace. Le d\u00e9sir individuel, la volont\u00e9 d\u2019authenticit\u00e9, l\u2019esprit critique sont comme malax\u00e9s et pulv\u00e9ris\u00e9s dans une sorte de machine \u00e0 m\u00e9dium : m\u00e9dium de masse et m\u00e9dium de fantasmes<a href=\"#end12\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_138\" aria-describedby=\"caption-attachment-138\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-138\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1064305396.jpg\" alt=\"Wonder Girls \u00a9 JYP Entertainment\" width=\"400\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1064305396.jpg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1064305396-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-138\" class=\"wp-caption-text\">Wonder Girls \u00a9 JYP Entertainment<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>QUELLES CONCLUSIONS ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut r\u00e9sister \u00e0 la tentation de tirer de cette universalisation de la parodie des conclusions trop rapides. Cette universalisation n\u2019explique en effet pas \u00e0 elle seule l\u2019\u00e9volution de nos soci\u00e9t\u00e9s, elle ne r\u00e9v\u00e8le pas miraculeusement une tendance lisible, pertinente et indiscutable.<\/p>\n<p>On ne saurait cependant \u00e9viter de se poser une question : pourquoi cette promotion, cette obsession de la parodie, dans les m\u00e9dias, dans les arts et dans nos vies ? L\u2019attention des \u00ab masspectateurs \u00bb et des cr\u00e9ateurs semble davantage attir\u00e9e par la satire et la parodie d\u2019une chose que par cette chose en soi. Est-ce \u00e0 cause d\u2019une fuite du r\u00e9f\u00e9rent que l\u2019\u0153uvre ne nous para\u00eet plus rattachable \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, mais au mieux \u00e0 une simulation de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 un autre texte ou objet auquel on ne peut acc\u00e9der, sinon sous la forme parodique ?<\/p>\n<p>La parodie est confortable, elle est une d\u00e9n\u00e9gation pour dire que nous ne sommes plus responsables des choses puisqu\u2019elles sont d\u00e9j\u00e0 toutes cit\u00e9es, parodi\u00e9es, soustraites \u00e0 toute analyse \u00ab s\u00e9rieuse \u00bb. Est-ce une mani\u00e8re de rester dans la citation, l\u2019intertextualit\u00e9, le jeu gratuit sans prise sur le r\u00e9el, l\u2019inaction ? Une parodie par d\u00e9n\u00e9gation et par go\u00fbt du recyclage des th\u00e8mes, des textes, des id\u00e9es ? Ce peut \u00eatre aussi, pour des groupes marginaux, un moyen de se d\u00e9fendre contre une culture dominante ou contre une culture savante qu\u2019ils consid\u00e8rent comme inaccessible. Ce que Marie-Louise Pratt nomme la parodie pour les \u00ab arts of the contact zone \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab marginalized, oppressed groups appropriate, imitate aspects of empowered cultures<a href=\"#end13\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Je r\u00e9sisterai encore davantage aux amicales pressions \u00e0 tirer des conclusions sur l\u2019\u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 cor\u00e9enne \u00e0 partir de la seule analyse de ses m\u00e9dias, de son industrie culturelle et d\u2019un petit film de propagande sur le K-Pop. Ce go\u00fbt du parodique, du recyclage de textes et d\u2019id\u00e9es est \u00e9videmment li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie et l\u2019esth\u00e9tique du postmoderne. Selon Jameson, le postmoderne serait une id\u00e9ologie post-capitaliste qui recourt au pastiche, comme parodie sans finalit\u00e9. Quelle pourrait \u00eatre aujourd\u2019hui la finalit\u00e9 de la parodie, par contraste avec le formalisme stylistique du pastiche ? Notre exemple du<em>Nobody<\/em> semble confirmer la circularit\u00e9 de la parodie, son d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour un art critique. Ce serait plut\u00f4t du d\u00e9cervelage sous forme d\u2019une d\u00e9sincarnation (<em>disembodiment<\/em>), \u00e0 savoir une soumission du corps d\u00e9sirant du spectateur aux lois de la circulation \u00e9conomique : changement et continuit\u00e9 des marchandises culturelle, paradigme am\u00e9ricain ancien vers un nouveau paradigme global, \u00ab kor\u00e9anisable \u00bb (Korea-compatible), corps-r\u00e9alisable (body\/Korea-managable). Dans cette \u00e9conomie circulaire tout&#8211; paroles, musiques, corps, d\u00e9sirs, fantasmes&#8211; est globalis\u00e9, \u00e0 savoir consommable dans tous les contextes culturels, toutes les classes et toutes les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de cette microanalyse culturelle de <em>Nobody<\/em>, c\u2019est que toute \u0153uvre artistique, clip ou performance parodique d\u2019enfant, est un syst\u00e8me s\u00e9miotique qui concentre et absorbe les valeurs sociales, les conceptions du monde, les horizons culturels diff\u00e9rents. Cette hypoth\u00e8se nous semble confirm\u00e9e par la th\u00e8se de Stephen Greenblatt : \u00ab Cultural analysis has much to learn from scrupulous formal analysis of literary texts because those texts are not merely cultural by virtue of reference to the world beyond themselves ; they are cultural by virtue of social values and contexts that they have themselves successfully absorbed<a href=\"#end14\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>De cette absorption de cultures, souvent accessibles comme une suite de parodies emboit\u00e9es, nous avons eu un exemple avec la parodie par la petite fille de la gestuelle des grandes Girls. Le \u00ab teacher \u00bb et probablement aussi la m\u00e8re ont absorb\u00e9 quelques trucs et tics du corps et des mouvements des Wonder girls, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 facile ensuite \u00e0 l\u2019enfant d\u2019imiter et donc de caricaturer \u00e0 son tour (impossible de croire que l\u2019enfant ait r\u00e9alis\u00e9 cette parodie \u00e0 lui seul !). Le mini-public des parents et des amis semble guider l\u2019enfant lors des changements de gestuelle ; puis le dispositif t\u00e9l\u00e9visuel : animateur-meneur de jeu, entre ogre effrayant et ourson bienveillant, organise le spectacle, en fonction aussi des Wonder Girls amen\u00e9es \u00e0 r\u00e9guler, voire imiter la performance de la petite fille ; et enfin les trucages t\u00e9l\u00e9visuels, particuli\u00e8rement stupides d\u2019ailleurs, et la mise aux normes pour une bonne r\u00e9ception. A chaque \u00e9tape, le contexte et les valeurs sont mises en jeu, absorbant toutes ces donn\u00e9es et tout ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent anthropologiquement et sociologiquement. Cette absorption est finalement visible et contenue dans la performance de la petite fille, \u00e0 travers les signaux corporels qu\u2019elle incarne et \u00e9met. C\u2019est \u00e0 l\u2019analyste que revient la t\u00e2che de d\u00e9m\u00ealer ces fils, s\u00e9parer ces couches, de faire la part du jeu et du business, de suivre la s\u00e9rie des parodies, de remonter la fili\u00e8re.<\/p>\n<p>Small is <em>beautiful<\/em>. Tout est <em>nice<\/em>. C<em>ute<\/em> aussi mon enfant, s\u2019il pouvait devenir une <em>star<\/em> !<\/p>\n<p>Parodie aussi de la joie, du bonheur, de la vie ?<\/p>\n<hr>\n<p><b>Notes de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Linda Hutcheon (2000). <em>A Theory of Parody. The Teachings of Twentieth Century Art Forms<\/em>. Champaign and Urbana: University of Illinois Press, p. XII.<br \/>\n<a name=\"end3\"><\/a>[2] Simon Dentith (2000). <em>Parody<\/em>. London: Routledge, p.9.<br \/>\n<a name=\"end4\"><\/a>[3] G\u00e9rard Genette (1982). <em>Palimpsestes : La litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>. Paris : Seuil, p. 25.<br \/>\n<a name=\"end5\"><\/a>[4] <em>Ibid.,<\/em> p. 67.<br \/>\n<a name=\"end6\"><\/a>[5] <em>Ibid.,<\/em> p.29.<br \/>\n<a name=\"end7\"><\/a>[6] Henri Bergson (1924). <em>Le Rire <\/em>[1<sup>\u00e8re<\/sup> ed.1900]. Paris : Alcan, p. 18.<br \/>\n<a name=\"end8\"><\/a>[7] <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=BA7fdSkp8ds\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=BA7fdSkp8ds<\/a><br \/>\n<a name=\"end9\"><\/a>[8] Stephen Greenblatt (1995). \u00ab Culture \u00bb, <em>Critical Terms for Literary Study<\/em>. Ed. Frank Lentricchia and Thomas McLaughlin. Chicago: The University of Chicago Press, p. 226.<br \/>\n<a name=\"end10\"><\/a>[9] Fredric Jameson (1991). <em>Postmodernism, or, The Cultural Logic of Late Capitalism<\/em>. Durham, NC: Duke University Press.<br \/>\n<a name=\"end11\"><\/a>[10] Voir le clip : <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?feature=endscreen&amp;v=iLdsC4338Xs&amp;NR=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?feature=endscreen&amp;v=iLdsC4338Xs&amp;NR=1<\/a><br \/>\n<a name=\"end12\"><\/a>[11] \u00ab La nouveaut\u00e9 de la situation actuelle \u2014 o\u00f9 l\u2019imagerie-objet d\u00e9truit l\u2019imagerie-mentale, la <em>mens<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire <em>l\u2019imagination<\/em>, et en cela l\u2019avenir m\u00eame, si l\u2019on en croit Val\u00e9ry \u2014 tient au fait que, tandis que le contr\u00f4le des images objets permet un contr\u00f4le des images mentales (qui n\u2019est jamais absolu), induit par la <em>r\u00e9manence<\/em> des images objets et des images mentales (ce qui a \u00e0 voir avec la <em>viscosit\u00e9<\/em> de la<em>libido<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire du fantasme), le capitalisme, au XXe si\u00e8cle, devenant e<em>n cela<\/em> une soci\u00e9t\u00e9 de contr\u00f4le, surtout \u00e0 la fin de ce XXe si\u00e8cle, est la soci\u00e9t\u00e9 qui doit <em>contr\u00f4ler la circulation des images objets en vue de contr\u00f4ler les comportements<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire les <em>sch\u00e8mes sensori-moteurs<\/em> qui sont des modalit\u00e9s de l\u2019imagerie mentale.<br \/>\n<a name=\"end13\"><\/a>[12] Marie-Luise Pratt (1991).\u201cArts of the Contact Zone<em>\u201d, in Profession 91. <\/em>New York.<br \/>\n<a name=\"end14\"><\/a>[13] S. Greenblatt, <em>op.cit.,<\/em> p.227.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-140\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-150x150.jpg\" alt=\"1261050696\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Patrice Pavis<\/strong> was professor of theatre studies at the University of Paris (1976-2007). He is currently professor in the department of Drama at the University of Kent at Canterbury. Educated in the Ecole normale sup\u00e9rieure de Saint-Cloud (1968-1972), where he studied German and French literature, he has published a <em>Dictionary of theatre<\/em> (translated in thirty languages), and books on Performance analysis, Contemporary French dramatists and Contemporary mise-en-sc\u00e8ne. He is an Honorary Fellow at the University of London (Queen Mary) and <em>Honoris Causa<\/em> <em>Doctor<\/em> at the University of Bratislava. His most recent publication is: <em>La Mise en sc\u00e8ne contemporaine<\/em>, Armand Colin, 2007.English translation by Routledge forthcoming. In 2011-2012, he is a visiting professor at the Korea National University of the Arts, Seoul.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2012 Patrice Pavis<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrice Pavis* Abstract A video clip showing a little girl imitating the Wonder Girls was the starting point for a clarifying speculation on theoretical concepts such as parody, satire, irony and pastiche in Korean K-pop. The film by Jin Young<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":140,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-137","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1261050696.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7kGC0-2d","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":707,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137\/revisions\/707"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media\/140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}