{"id":132,"date":"2016-03-08T16:57:25","date_gmt":"2016-03-08T16:57:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/?p=132"},"modified":"2023-03-21T17:34:57","modified_gmt":"2023-03-21T17:34:57","slug":"le-theatre-de-shiro-maeda-le-reel-mis-en-pieces-ou-laventure-de-linconscient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/le-theatre-de-shiro-maeda-le-reel-mis-en-pieces-ou-laventure-de-linconscient\/","title":{"rendered":"Le th\u00e9\u00e2tre de Shiro Maeda: Le r\u00e9el mis en pi\u00e8ces ou l&#8217;aventure de l&#8217;inconscient"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-78\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-300x254.jpg\" alt=\"Guillon\" width=\"300\" height=\"254\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-300x254.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-768x649.jpg 768w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><br \/>\n\u00c9lectron libre dans la nouvelle dramaturgie japonaise, Shiro Maeda n&#8217;appartient \u00e0 aucun des courants apparus dans les ann\u00e9es 1990 dans le sillage du \u00ab th\u00e9\u00e2tre tranquille \u00bb, ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 et le langage quotidien. Son th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la fronti\u00e8re du r\u00e9el et de la fiction, fait imploser la r\u00e9alit\u00e9 et nous immerge dans le monde chaotique de l&#8217;inconscient.<\/p>\n<p>Reconnu dans son pays Shiro Maeda entame pour la premi\u00e8re fois un projet commun avec une compagnie fran\u00e7aise pour explorer ce dont la confrontation des diff\u00e9rences culturelles dans un processus de cr\u00e9ation peut-\u00eatre r\u00e9v\u00e9latrice, voire g\u00e9n\u00e9ratrice.<\/p>\n<p><strong>I &#8211; En situation d&#8217;outsider<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1977 \u00e0 Tokyo, dans le quartier Gotanda, auquel sa compagnie de th\u00e9\u00e2tre Gotanda-dan, cr\u00e9\u00e9e en 1997, emprunte le nom, Shiro Maeda fait ses \u00e9tudes \u00e0 la Wako University.<\/p>\n<p>Il se lance ensuite dans la cr\u00e9ation artistique tout terrain, s&#8217;affirmant artiste multiple : auteur dramatique, com\u00e9dien, metteur en sc\u00e8ne, romancier, sc\u00e9nariste pour la t\u00e9l\u00e9vision et le cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Distingu\u00e9 par de nombreux Prix dont le Prix Yukio Mishima pour son roman <em>Mermen in the summer water<\/em>en 2009 et le plus prestigieux Prix Kishida Drama qu&#8217;il re\u00e7oit en 2008 pour <em>Isn&#8217;t anyone alive<\/em>, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 nomin\u00e9 deux ann\u00e9es de suite.<\/p>\n<p>Parmi ses pi\u00e8ces : <em>More a forget-me than a forget-me-not, A type of cabbage, Farewell, my moment of fame, Going on the way to get lost<\/em> cr\u00e9\u00e9e en 2010 au Festival de Tokyo.<\/p>\n<p>De sa rencontre avec le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais Jean de Pange nait le projet d&#8217;une cr\u00e9ation commune sur un texte de Shiro Maeda avec des acteurs fran\u00e7ais et japonais parlant dans leur langue et en mauvais anglais. La premi\u00e8re phase de la cr\u00e9ation de <em>Understandable ?<\/em> \u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en mai 2011 au Festival Passages en Lorraine et \u00e0 la Maison de la Culture du Japon \u00e0 Paris.<\/p>\n<figure id=\"attachment_134\" aria-describedby=\"caption-attachment-134\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-134\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1251222636.jpg\" alt=\"Shiro Maeda, Spectacle cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Fukushima, &quot;Trip to Hawaii and the Champorghini&quot;\" width=\"700\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1251222636.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1251222636-300x201.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1251222636-768x514.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-134\" class=\"wp-caption-text\">Shiro Maeda, Spectacle cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Fukushima, &#8220;Trip to Hawaii and the Champorghini&#8221;<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c0 la suite du tsunami et du s\u00e9isme qui ont frapp\u00e9 le Japon en mars 2011, Shiro Maeda est all\u00e9 travailler avec des \u00e9tudiants de th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Universit\u00e9 de Fukushima avec lesquels il a cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 2011 le spectacle <em>Trip to Hawa\u00ef and the Champorghini<\/em>.<\/p>\n<p>Shiro Maeda est entr\u00e9 dans l&#8217;\u00e9criture comme dans une terra incognita, sans conna\u00eetre la litt\u00e9rature, sans mod\u00e8les ni r\u00e9f\u00e9rences. Cet \u00e9tat d&#8217;ignorance, d&#8217;inconscience, lui permettait d&#8217;\u00e9crire ce qu&#8217;il voulait et comme il voulait, sans craindre d&#8217;imiter qui que ce soit, de trouver son propre style, de cr\u00e9er, \u00e0 partir de ses ressources personnelles, un univers singulier qui n&#8217;appartient qu&#8217;\u00e0 lui.<\/p>\n<p>\u00ab Quand j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire pour le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, je n&#8217;avais alors rien vu ni lu du &#8220;th\u00e9\u00e2tre tranquille&#8221; de Oriza Hirata. Il ne m&#8217;a donc pas influenc\u00e9. La diff\u00e9rence essentielle entre son th\u00e9\u00e2tre et le mien est la fa\u00e7on de traiter l&#8217;inconscient.\u00bb<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>\u00c0 partir de ce jaillissement de l&#8217;\u00e9criture son style se d\u00e9cante dans une recherche de simplicit\u00e9, de naturel.<\/p>\n<p>\u00ab En \u00e9crivant j&#8217;ai appris peu \u00e0 peu \u00e0 sentir ce qui \u00e9tait bon ou non et j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 censurer le langage utilis\u00e9, \u00e9viter les expressions \u00e0 effet sophistiqu\u00e9. Je crois que plus nous raffinons plus les choses se ressemblent. La seule fa\u00e7on de r\u00e9sister \u00e0 cela c&#8217;est de ne pas chercher trop \u00e0 perfectionner le travail, ne pas chercher des mod\u00e8les. \u00bb<a href=\"#end3\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Aller \u00e0 l&#8217;essentiel, le contenu plut\u00f4t que la forme, deviennent des principes autant dans son \u00e9criture que dans sa pratique sc\u00e9nique et son travail avec les acteurs. \u00ab Je veux que mes acteurs soient capables de transcendance \u00e0 certains moments mais basiquement je leur demande de ressembler \u00e0 des gens normaux de la vie de tous les jours. \u00bb<a href=\"#end4\"><sup>[3]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Sa position d&#8217;outsider rel\u00e8ve de son choix. \u00ab Cela ne m&#8217;int\u00e9resse pas d&#8217;\u00eatre un auteur \u00e0 succ\u00e8s si cela veut dire gagner beaucoup d&#8217;argent en faisant un th\u00e9\u00e2tre commercial, des spectacles avec des grands d\u00e9cors qui impressionnent, utiliser des moyens faciles pour toucher, secouer le spectateur. Ce n&#8217;est qu&#8217;une forme de catharsis, comme si l&#8217;on faisait une injection \u00e0 quelqu&#8217;un pour le faire pleurer, crier. C&#8217;est ce qui finit par arriver. Mais pour cela on n&#8217;a pas besoin d&#8217;art. On peut programmer un mod\u00e8le de ce genre de pi\u00e8ces sur l&#8217;ordinateur. Il vous en fabriquera une quantit\u00e9. En entrant en comp\u00e9tition avec lui vous serez perdant. L&#8217;inconscient humain est la seule arme capable de battre l&#8217;ordinateur. Cette mati\u00e8re obscure, impr\u00e9visible, difficile \u00e0 saisir et \u00e0 exprimer, dont est fait mon th\u00e9\u00e2tre, n&#8217;a rien \u00e0 voir avec les grandes productions dramatiques qui visent au moins 80 % du public. Mes pi\u00e8ces visent les 20 % restants. Il se passe la m\u00eame chose avec les s\u00e9ries de t\u00e9l\u00e9vision. Pour que le public ne soit pas trop d\u00e9rang\u00e9 on fabrique un portrait positif, supportable de la r\u00e9alit\u00e9. Pour moi l&#8217;art doit ressembler \u00e0 la vraie vie. \u00bb<a href=\"#end5\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><strong>II &#8211; L&#8217;\u00e9criture de l&#8217;inconscient<\/strong><\/p>\n<p>Shiro Maeda \u00e9crit toujours pour et en fonction des acteurs avec lesquels il travaille sans r\u00e9f\u00e9rences, sans souci de la forme, sans hi\u00e9rarchie des valeurs. Ses pi\u00e8ces qu&#8217;il met en sc\u00e8ne lui-m\u00eame secr\u00e8tent leurs propres formes dans le travail du plateau : jeu d\u00e9pouill\u00e9, souvent d\u00e9pourvu d&#8217;\u00e9motion, dans un d\u00e9cor minimaliste, \u00e9conomie de moyens. Ses pi\u00e8ces sont habit\u00e9es par les personnages appartenant \u00e0 la \u00ab g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9sabus\u00e9e \u00bb dont Shiro Maeda capte les valeurs, le mode de vie, la fa\u00e7on, tenant du nihilisme, de consid\u00e9rer l&#8217;existence et la mort.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la plupart des auteurs de sa g\u00e9n\u00e9ration qui renouent avec le r\u00e9alisme, l&#8217;\u00e9criture de Shiro Maeda oscille entre le r\u00e9el et le r\u00eave. Comme si dans une situation initiale, d&#8217;apparence r\u00e9aliste, se produisait une s\u00e9rie de d\u00e9flagrations qui nous projettent dans un univers chaotique, paradoxal, quasi absurde. Maeda refuse cependant le terme d&#8217;absurde. \u00ab On peut &#8211; dit-il &#8211; regarder par exemple la paume de la main et ne voir que cela. Mais si on la regarde de beaucoup plus pr\u00e8s, en grossissant l&#8217;image, \u00e7a devient autre chose, un morceau d&#8217;un territoire. \u00bb<a href=\"#end6\"><sup>[5]<\/sup><\/a> C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce territoire que Shiro Maeda nous emm\u00e8ne dans ses pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Un espace temps paradoxal qu&#8217;il cr\u00e9e \u00e0 travers une construction de sc\u00e8nes parall\u00e8les, simultan\u00e9es o\u00f9 plusieurs espaces se chevauchent sans limites d\u00e9termin\u00e9es devenant de plus en plus flous, disparaissent, se fondent en un espace unique. Maeda dilate, condense, \u00e9cart\u00e8le les notions de l&#8217;espace et du temps, souvent achronologique.<\/p>\n<p>Les th\u00e8mes r\u00e9currents de son \u0153uvre : la vie, le sexe, la mort, sont abord\u00e9s dans un rapport dialectique \u00e0 leur contraire, leur n\u00e9gation : vivre c&#8217;est mourir, l&#8217;acte sexuel est une r\u00e9duction de deux personnes en une, le sacr\u00e9, le pur, implique l&#8217;impur. L&#8217;instinct de vie et l&#8217;instinct de mort, \u00c9ros et Thanatos, s&#8217;affrontent mais on est loin ici du terrain du freudisme, de la psychanalyse. L&#8217;inconscient, chez Shiro Maeda, cette mati\u00e8re au plus profond de la conscience, chaotique, ambigu\u00eb, floue, dont il explore, comme dans un \u00e9tat de r\u00eave, les manifestations al\u00e9atoires, \u00e9nigmatiques, n&#8217;a rien \u00e0 voir avec l&#8217;inconscient freudien.<\/p>\n<p>Dans cet univers la fronti\u00e8re entre le monde ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur des personnages s&#8217;efface, l&#8217;espace ext\u00e9rieur, le r\u00e9el bascule en partie ou totalement dans le r\u00eave, dans la fiction r\u00e9gie par sa propre logique. L&#8217;humour, le rire, chez Shiro Maeda, n&#8217;est pas forc\u00e9ment lib\u00e9rateur mais une forme d&#8217;agression, de refus, de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Son \u00e9criture d&#8217;une grande \u00e9conomie de langage proc\u00e9dant par \u00e9vocation, engage l&#8217;imaginaire et la subjectivit\u00e9 du lecteur et du spectateur. Pas de psychologie, rien d&#8217;explicatif, pas de pistes de lecture.<\/p>\n<p>Pour Maeda la sc\u00e8ne est une m\u00e9taphore, \u00ab le th\u00e9\u00e2tre, la sc\u00e8ne, est une sorte de n\u00e9buleuse, une flamme mouvante ou une ombre inqui\u00e9tante sur la surface de l&#8217;eau. C&#8217;est au public de d\u00e9crypter ces signes. Trop d&#8217;explications ruine la sc\u00e8ne. \u00bb<a href=\"#end7\"><sup>[6]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><strong>III &#8211; Un univers en creux<\/strong><\/p>\n<p>Dans certaines de ses pi\u00e8ces Shiro Maeda utilise un \u00e9l\u00e9ment autobiographique qui, mis en interaction avec l&#8217;imaginaire, \u00e9volue comme dans un r\u00eave, g\u00e9n\u00e9rant au gr\u00e9 des associations, des images, un univers glauque, quasi fantastique, de dessous de la conscience.<\/p>\n<p>Dans <em>Farewell, my moment of fame<\/em> il transpose son exp\u00e9rience de frustration d&#8217;auteur nomm\u00e9 deux fois au Prix Kishida Drama qu&#8217;il a finalement re\u00e7u \u00e0 sa troisi\u00e8me nomination. Le personnage de l&#8217;auteur de th\u00e9\u00e2tre s&#8217;appelant \u00ab moi \u00bb (projection de Shiro Maeda lui-m\u00eame) d\u00e9cide de faire don \u00e0 un pays pauvre du Prix Kishida qu&#8217;il a re\u00e7u des mains de sa petite amie. Alors qu&#8217;il est sorti le serpent qui vit chez lui tente d&#8217;avaler sa petite amie et le monde entier, y compris son \u0153uvre.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire se construit dans l&#8217;interaction permanente entre le r\u00e9el et l&#8217;imaginaire. Les deux \u00e9l\u00e9ments symboliques : l&#8217;auteur offrant le Prix tant d\u00e9sir\u00e9 et le serpent incorporant, s&#8217;appropriant tout, convergent progressivement de fa\u00e7on arbitraire pour cr\u00e9er une histoire qui est une sorte d&#8217;errance dans un r\u00eave.<\/p>\n<figure id=\"attachment_133\" aria-describedby=\"caption-attachment-133\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-133\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1028846758.jpg\" alt=\"Shiro Maeda, Going on the way to get lost \u00a9 Megumi Nakaoka.\" width=\"400\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1028846758.jpg 320w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1028846758-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-133\" class=\"wp-caption-text\">Shiro Maeda, Going on the way to get lost \u00a9 Megumi Nakaoka.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans <em>Going on the way to get lost<\/em> l&#8217;investissement autobiographique de Shiro Maeda est plus diffus.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce est articul\u00e9e sur le sentiment d&#8217;ali\u00e9nation, d&#8217;\u00eatre orphelin dans sa propre ville Tokyo o\u00f9 il est n\u00e9, a grandi et qu&#8217;il voit se transformer en une sorte de \u00ab camp de r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb monstre, colonis\u00e9e par des gens venant des alentours ou de plus loin pour y vivre.<\/p>\n<p>Son quartier natal Gotanda a totalement chang\u00e9 : les vieilles maisons, les petites rues ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des grands trac\u00e9s et constructions. Ce sentiment d&#8217;ali\u00e9nation, de d\u00e9possession, pr\u00e9sent dans plusieurs pi\u00e8ces, est toujours transpos\u00e9 sous une forme paradoxale.<\/p>\n<p>Ainsi dans <em>Going on the way to get lost <\/em>il s&#8217;exprime \u00e0 travers l&#8217;histoire d&#8217;une femme de 30 ans qui n&#8217;arrive pas \u00e0 se reconna\u00eetre dans la r\u00e9alit\u00e9 environnante et \u00e0 r\u00e9soudre son rapport \u00e0 ses parents, \u00e0 sa s\u0153ur qui n&#8217;est pas n\u00e9e, \u00e0 son ex, \u00e0 son compagnon actuel, \u00e0 son enfant \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n<p>Elle explore dans un ordre achronologique, remontant jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque d&#8217;avant sa naissance, dans des situations r\u00e9elles et imaginaires de Tokyo, sa relation \u00e0 sa famille et \u00e0 ses deux compagnons. Sans jamais parvenir dans son errance \u00e0 travers la ville et ses confrontations avec ses proches, \u00e0 trouver une coh\u00e9rence entre l&#8217;univers brouillon de sa conscience et la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du deuil difficile ou impossible \u00e0 faire r\u00e9appara\u00eet aussi dans <em>Journey to throw away<\/em>. Maeda y explore les divers sentiments et les frustrations de quatre personnages : fr\u00e8re a\u00een\u00e9, s\u0153ur, fr\u00e8re cadet et sa femme, face \u00e0 la mort de leur p\u00e8re, \u00e0 travers leurs r\u00eaves et les fantasmes du mort lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le jeune fr\u00e8re ouvre, malgr\u00e9 l&#8217;interdiction, une bo\u00eete, symbole de leurs manques. C&#8217;est la bo\u00eete dans laquelle le p\u00e8re avait mis le corps de leur chien Taro mort. La femme du fr\u00e8re cadet annonce la mort du p\u00e8re. On pr\u00e9pare les fun\u00e9railles mais celles-ci se transforment en fun\u00e9railles du chien Taro, de sorte qu&#8217;on ne saura jamais si c&#8217;est le p\u00e8re ou le chien qu&#8217;on enterre.<\/p>\n<p>La fratrie parle du chien, pas plus grand que le bout d&#8217;un doigt, en termes \u00e9tranges, comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une cr\u00e9ature effrayante, d&#8217;un dieu chien. On les retrouve ensuite dans un train allant au bord de la mer avec la bo\u00eete contenant le corps du chien, le souhait de Taro qui est venu de la mer \u00e9tait de retourner \u00e0 la mer.<\/p>\n<p>Quand un liquide collant suinte de la bo\u00eete la femme du cadet pr\u00e9tend que Taro est leur fils qui n&#8217;est pas n\u00e9.<\/p>\n<p>Des \u00e9v\u00e9nements plus \u00e9tranges les uns que les autres avec Taro, figure symbolique, comme protagoniste, se t\u00e9lescopent comme dans un cauchemar ou un conte fantastique. Une chose se transforme en une autre, rien n&#8217;est r\u00e9el, tout semble fantasme.<\/p>\n<p>Finalement, apr\u00e8s avoir fait les adieux au p\u00e8re, les quatre protagonistes tentent de se d\u00e9barrasser de la bo\u00eete en la jetant \u00e0 la mer. En vain, car \u00e0 chaque tentative elle revient vers eux.<\/p>\n<p>On retrouve le th\u00e8me de l&#8217;inad\u00e9quation de l&#8217;individu \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 environnante et la r\u00e9flexion sur le sens, le choix de vie dans <em>Great life adventure<\/em> (2008). Un homme vit reclus avec son ancienne amante. Il ne fait rien. Son unique but est de gagner \u00e0 un jeu vid\u00e9o. Le jeu vid\u00e9o est son unique activit\u00e9 et le seul sujet de conversations avec ses amis qui lui rendent visite. Parfois sa s\u0153ur morte lui appara\u00eet ou peut-\u00eatre n&#8217;est-ce qu&#8217;un r\u00eave ?<\/p>\n<p>Est-ce un refus de vivre ? Peut-\u00eatre que la vie n&#8217;est pas forc\u00e9ment une grande aventure ? Peut-\u00eatre que vivre sans grands projets, sans projet m\u00eame, est aussi une aventure ? La diff\u00e9rence entre une vie remplie et une vie r\u00e9duite \u00e0 presque rien n&#8217;est-elle pas simplement une question de degr\u00e9 d&#8217;aventure ?<\/p>\n<p>\u00ab Mes personnages &#8211; explique Shiro Maeda &#8211; se sont \u00e9vad\u00e9s de la pression sociale. On dit souvent : vous devez tenir ferme et vous battre. Le suicide est une autre forme d&#8217;\u00e9chappatoire. Mais je ne suis pas d&#8217;accord. S&#8217;\u00e9chapper c&#8217;est juste une autre fa\u00e7on de vivre. Quand la vie devient oppressante et que vous vous sentez rabaiss\u00e9 par elle, tout ce qui reste \u00e0 faire c&#8217;est de s&#8217;en \u00e9vader. Pour moi c&#8217;est un choix positif. \u00bb<a href=\"#end8\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Il y a, dans le th\u00e9\u00e2tre de Maeda des \u00e9vad\u00e9s du syst\u00e8me, de l&#8217;espace social et ceux qui s&#8217;y inscrivent avec leurs projets de vie, de carri\u00e8re \u00e0 faire, de famille \u00e0 fonder. C&#8217;est le cas des personnages de <em>Ins&#8217;t anyone alive<\/em> qui a valu \u00e0 Maeda le Prix Kishida et a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma. Les sc\u00e8nes simultan\u00e9es ou intercal\u00e9es se passent dans divers lieux du campus universitaire et dans une caf\u00e9t\u00e9ria de l&#8217;Universit\u00e9. Ces divers lieux, sugg\u00e9r\u00e9s par quelques objets : table, chaises, cadr\u00e9s par les \u00e9clairages, \u00e0 la fin se fondent en un espace unique, d\u00e9sol\u00e9.<\/p>\n<p>18 personnages, pour la plupart \u00e9tudiants, professeurs, personnel de l&#8217;h\u00f4pital universitaire, serveur, patron de la cafeteria, s&#8217;y croisent et discutent de divers sujets : th\u00e8ses et recherches, relations amoureuses, fian\u00e7ailles, mariage, famille, petits conflits, d\u00e9cisions \u00e0 prendre\u2026 La mort fait soudain irruption dans cet espace de d\u00e9tente, de rencontres, de croisement de vies. Pour des raisons inexplicables les personnages meurent les uns apr\u00e8s les autres. \u00c0 la fin seul Keisuke, patron du caf\u00e9, reste vivant. Autour de lui 17 cadavres \u00e9parpill\u00e9s sur le sol. Recroquevill\u00e9, un peu effray\u00e9, il a un l\u00e9ger sourire. On entend la pluie tomber sur le toit et le bruit des oiseaux du monde entier s&#8217;\u00e9crasant au sol. Le bruit de l&#8217;int\u00e9gralit\u00e9 des \u00eatres vivants qui meurent.<\/p>\n<p>Comme toujours Shiro Maeda laisse la lecture de sa pi\u00e8ce ouverte. On ne peut pas bien entendu la lire au premier degr\u00e9. Il n&#8217;y s&#8217;agit pas d&#8217;une h\u00e9catombe, d&#8217;une \u00e9pid\u00e9mie ou d&#8217;une catastrophe \u00e9cologique ou nucl\u00e9aire, qui aurait frapp\u00e9 soudain tous les \u00eatres vivants.<\/p>\n<p>Partant d&#8217;une situation dans un espace temps \u00e0 l&#8217;apparence r\u00e9aliste : le quotidien des personnages dans le campus universitaire, Maeda condense ensuite l&#8217;espace et fait acc\u00e9l\u00e9rer le temps de leurs vies aboutissant \u00e0 l&#8217;accumulation des morts, \u00e0 une sorte d&#8217;image globale mais non pas abstraite, de la mort qui absorbe tout. Finalit\u00e9 absolue de chacun et de tous vers laquelle convergent inexorablement les histoires des personnages, les \u00e9v\u00e9nements qu&#8217;ils vivent, leurs d\u00e9sirs, leurs probl\u00e8mes, leurs projets, leurs engagements. Comme si le sens de tout cela \u00e9tait relatif et eux-m\u00eames en sursis.<\/p>\n<p><strong>IV -L&#8217;impossible question d&#8217;identit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les personnages de Shiro Maeda, qu&#8217;ils aient une vie r\u00e9tr\u00e9cie ou agit\u00e9e, sont en conflit avec ce qui semble les d\u00e9terminer, les identifier depuis leur naissance : leurs liens familiaux et sentimentaux, leur rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale et \u00e0 l&#8217;espace o\u00f9 ils vivent. L&#8217;identit\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre de Shiro Maeda est une grande inconnue, insaisissable au-del\u00e0 des donn\u00e9es apparentes.<\/p>\n<p>Ce qui l&#8217;int\u00e9resse concr\u00e8tement c&#8217;est ce qui se r\u00e9v\u00e8le de l&#8217;individu, jaillit dans sa confrontation \u00e0 des individus et \u00e0 des situations diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Le projet artistique commun d&#8217;une cr\u00e9ation intitul\u00e9e <em>Understandable ?<\/em> qu&#8217;il entame actuellement avec le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais Jean de Pange s&#8217;inscrit dans son questionnement du choc entre deux r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Le texte qu&#8217;\u00e9crit Maeda, en lien direct avec le travail du plateau, est con\u00e7u pour les com\u00e9diens fran\u00e7ais et japonais de langues et d&#8217;univers culturels totalement diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Maeda en parle comme d&#8217;une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale primitive au sens o\u00f9 l&#8217;immature, le primitif, peut g\u00e9n\u00e9rer une \u00e9norme force, voire la violence. \u00ab Le spectacle interroge notre capacit\u00e9, les artistes du projet d&#8217;abord, \u00e0 nous entendre, \u00e0 nous comprendre. Je pense que les gens ne se comprennent jamais compl\u00e8tement. Ils font connaissance, ils essaient de communiquer. Et ce geste vers\u2026 est beau. Il ne s&#8217;agit pas de jouer des r\u00f4les de Japonais et de Fran\u00e7ais car nous sommes naturellement n\u00e9s pour les jouer. D&#8217;ailleurs je ne suis pas un Japonais typique. Je ne deviens Japonais que lorsque je suis \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger ou lorsque j&#8217;interagis avec quelqu&#8217;un qui ne l&#8217;est pas. \u00bb<a href=\"#end9\"><sup>[8]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>L&#8217;enjeu de cette cr\u00e9ation n&#8217;est pas dans une simple confrontation, d\u00e9monstration des diff\u00e9rences, des quiproquos qui en r\u00e9sultent etc., mais de provoquer, dans une interaction, le surgissement de ces forces immatures, puissantes, d\u00e9li\u00e9es des contraintes du r\u00e9el \u00e0 l&#8217;instar de celles qui agissent dans nos r\u00eaves.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce qui va \u00e9merger de cette collision ? De cette cr\u00e9ation ? On rejoint l\u00e0 la d\u00e9marche matricielle de Maeda dans toutes ses pi\u00e8ces : l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;\u00e9vasion du cadre r\u00e9el, de la naissance, de la conception de quelque chose d&#8217;inconnu, de nouveaux.<\/p>\n<p>D&#8217;o\u00f9, dans ses pi\u00e8ces, les fins \u00e9nigmatiques, sans r\u00e9ponse, sans direction \u00e0 suivre.<\/p>\n<hr>\n<p><b>Notes de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Entretien avec Shiro Maeda par Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon, juillet 2011.<br \/>\n<a name=\"end3\"><\/a>[2] Ibid.<br \/>\n<a name=\"end4\"><\/a>[3] Entretien avec Shiro Maeda par Akihiko Senda dans <em>Performing Arts<\/em>, 2008.<br \/>\n<a name=\"end5\"><\/a>[4] Ibid.<br \/>\n<a name=\"end6\"><\/a>[5] Entretien avec Shiro Maeda par Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon, juillet 2011.<br \/>\n<a name=\"end7\"><\/a>[6] Ibid.<br \/>\n<a name=\"end8\"><\/a>[7] Entretien avec Shiro Maeda par Akihiko Senda dans <em>Performing Arts<\/em>, 2008.<br \/>\n<a name=\"end9\"><\/a>[8] Entretien avec Shiro Maeda par Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon, juillet 2011.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-78\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg\" alt=\"Guillon\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong> est critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb, \u00c9changes franco-hispaniques des dramaturgies contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2012 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon* \u00c9lectron libre dans la nouvelle dramaturgie japonaise, Shiro Maeda n&#8217;appartient \u00e0 aucun des courants apparus dans les ann\u00e9es 1990 dans le sillage du \u00ab th\u00e9\u00e2tre tranquille \u00bb, ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 et le langage quotidien. Son th\u00e9\u00e2tre, \u00e0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":78,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-132","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7kGC0-28","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=132"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":709,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132\/revisions\/709"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media\/78"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=132"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=132"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=132"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}