{"id":113,"date":"2016-03-08T16:26:01","date_gmt":"2016-03-08T16:26:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/?p=113"},"modified":"2023-03-21T17:37:22","modified_gmt":"2023-03-21T17:37:22","slug":"le-theatre-comme-lieu-de-reconnaissance-et-de-resistance-entretien-avec-fausto-paravidino-dramaturge-italien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/le-theatre-comme-lieu-de-reconnaissance-et-de-resistance-entretien-avec-fausto-paravidino-dramaturge-italien\/","title":{"rendered":"Le th\u00e9\u00e2tre comme lieu de reconnaissance et de r\u00e9sistance \u2014 Entretien avec Fausto Paravidino, Dramaturge Italien"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">Propos recueillis par <strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_116\" aria-describedby=\"caption-attachment-116\" style=\"width: 208px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-116\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1042315944-208x300.jpg\" alt=\"Italian playwright Fausto Paravidino\" width=\"208\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1042315944-208x300.jpg 208w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1042315944.jpg 555w\" sizes=\"auto, (max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-116\" class=\"wp-caption-text\">Italian playwright Fausto Paravidino<\/figcaption><\/figure>\n<p>ABSTRACT:<\/p>\n<p>Born in Genoa in 1976, Italian playwright Fausto Paravidino is the author of dozens of plays which he has staged with his own company and in which he sometimes performs himself. He attended the Teatro Stabile di Genova theatre school and worked with Jurij Ferrini\u2019s company, performing in numerous plays by Shakespeare and Harold Pinter, as well as in Italian films. He is one of the most prominent representatives of the new generation of playwrights in Europe. Among his works:<em>Poultry Shears<\/em>, <em>Still Life in a Ditch<\/em>, <em>Two Brothers<\/em>, <em>The Illness of Family M.<\/em>, <em>Genoa 01<\/em>, <em>Peanuts<\/em>, <em>Morbid<\/em>, <em>The Journal of Mariapia<\/em>. His plays have been translated and performed in many European countries.<\/p>\n<p>Quel th\u00e9\u00e2tre \u00e9crire pour r\u00e9pondre au discours politique falsifiant la r\u00e9alit\u00e9 et pour montrer le pouvoir se donnant en repr\u00e9sentation ? Comment dans une soci\u00e9t\u00e9 de spectacle, dans l&#8217;Italie de Berlusconi, r\u00e9v\u00e9ler en chacun sa singularit\u00e9 et lui permettre de se reconna\u00eetre dans le d\u00e9sarroi, dans la solitude face au mensonge du pouvoir, \u00e9prouv\u00e9s par ses semblables ? Comment le th\u00e9\u00e2tre peut-il cr\u00e9er une communaut\u00e9 r\u00e9sistant \u00e0 la sensation de vide, d&#8217;impuissance ? Voici quelques unes des questions qui sous-tendent la d\u00e9marche de Fausto Paravidino.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 G\u00eanes en 1976 Fausto Paravidino est auteur d&#8217;une douzaine de pi\u00e8ces qu&#8217;il met en sc\u00e8ne avec sa propre compagnie et dans lesquelles il joue parfois lui-m\u00eame. Il est aujourd&#8217;hui un des repr\u00e9sentants les plus marquants de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des dramaturges europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Parmi ses pi\u00e8ces : <em>Ciseaux \u00e0 volailles<\/em>, <em>Natures mortes dans un foss\u00e9<\/em>, <em>Deux fr\u00e8res<\/em>, <em>La maladie de la famille M<\/em>., <em>G\u00eanes 01<\/em>, <em>Peanuts<\/em>,<em> Morbid<\/em>, <em>Le journal de Mariapia<\/em>.<\/p>\n<p>Les pi\u00e8ces de Fausto Paravidino sont traduites et jou\u00e9es dans de nombreux pays d&#8217;Europe et ailleurs, plusieurs d&#8217;entre elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es en France.<\/p>\n<p>En janvier 2011 il a mis en sc\u00e8ne <em>La maladie de la famille M.<\/em><a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a> au Th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de Fausto Paravidino n&#8217;est pas un th\u00e9\u00e2tre d&#8217;id\u00e9es, il cherche \u00e0 d\u00e9busquer dans des situations et \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els ces petites choses, en apparence insignifiantes, r\u00e9v\u00e9latrices de l&#8217;\u00e2me humaine, de la singularit\u00e9 des \u00eatres humains. Fausto Paravidino ne se coule pas dans les tendances \u00e0 la mode, chaque pi\u00e8ce correspond \u00e0 la recherche d&#8217;une forme dramatique toujours en ad\u00e9quation totale avec le sujet.<\/p>\n<p>Dans <em>La maladie de la famille M.<\/em>, sur le mode d&#8217;une farce tragique, il aborde un cas de maladie singuli\u00e8re dont souffre la famille M., m\u00e9taphore r\u00e9v\u00e9latrice d&#8217;une pathologie qui ronge notre soci\u00e9t\u00e9. Sous le regard d&#8217;un m\u00e9decin de famille, les protagonistes d\u00e9boussol\u00e9s, aux prises avec leurs incertitudes, leurs douleurs, leurs peurs, vont s&#8217;emp\u00eatrer dans des situations tragi-comiques. Pas de happy end possible ni de rem\u00e8de miraculeux au mal qui agite et fait exploser le microcosme familial.<\/p>\n<figure id=\"attachment_115\" aria-describedby=\"caption-attachment-115\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-115\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1254963025.jpg\" alt=\"La maladie de la famille M de Fausto Paravidino. Mise en sc\u00e8ne de Fausto Paravidino. Th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier, 2011 \u00a9 Christophe Raynaud de Lage.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1254963025.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1254963025-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1254963025-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-115\" class=\"wp-caption-text\">La maladie de la famille M de Fausto Paravidino. Mise en sc\u00e8ne de Fausto Paravidino. Th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier, 2011 <br \/>\u00a9 Christophe Raynaud de Lage.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Fausto Paravidino transpose dans <em>La maladie de la famille M<\/em>. la r\u00e9alit\u00e9 dans une fiction, mise en abyme du r\u00e9cit d&#8217;un m\u00e9decin de famille. L&#8217;histoire banale d&#8217;une famille quelconque dont il condense, grossit les traits, compos\u00e9e de Luigi, le p\u00e8re, dont la m\u00e9moire s&#8217;alt\u00e8re, de ses deux filles Marta, charg\u00e9e depuis la mort de sa m\u00e8re de faire marcher la maison, Maria amoureuse de Fulvio doutant en m\u00eame temps de la sinc\u00e9rit\u00e9 des sentiments de celui-ci, Gianni, le cadet, bon \u00e0 rien, enfin Fulvio et son ami Fabrizio qui n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 saisir l&#8217;opportunit\u00e9 de remplacer son ami aupr\u00e8s de Maria.<\/p>\n<p>La culpabilit\u00e9 ronge la famille depuis le suicide de la m\u00e8re dont la responsabilit\u00e9 est rejet\u00e9e sur le m\u00e9decin par le p\u00e8re tyrannique qui commande \u00e0 tout le monde, soucieux des apparences et de l&#8217;ordre moral. Maria et Gianni tentent de s&#8217;en \u00e9chapper, l&#8217;une dans une histoire d&#8217;amour, l&#8217;autre dans le jeu et l&#8217;alcool. Tous fuient le r\u00e9el, incapables d&#8217;affronter la v\u00e9rit\u00e9, le tragique, la mort, leurs peurs. Tous demandeurs d&#8217;amour, de tendresse mais incapables d&#8217;en donner, d&#8217;exprimer leurs sentiments.<\/p>\n<p>Comme des personnages tch\u00e9khoviens ils r\u00eavent de partir, de vivre mieux, autrement, ailleurs. Mais ils restent l\u00e0 comme scell\u00e9s par le deuil, toujours \u00e0 faire, du suicide de la m\u00e8re, jusqu&#8217;\u00e0 ce que ne survienne une nouvelle catastrophe, l&#8217;accident et la mort de Gianni.<\/p>\n<p>Fausto Paravidino montre dans cette pi\u00e8ce une soci\u00e9t\u00e9 incapable de s&#8217;assumer, o\u00f9 rien n&#8217;a de consistance, rien ne porte \u00e0 cons\u00e9quence.<\/p>\n<blockquote><p>Vos pi\u00e8ces s&#8217;inspirent directement ou indirectement de situations et d&#8217;\u00e9v\u00e9nements r\u00e9els en prenant souvent une distance vis-\u00e0-vis d&#8217;eux. Quel est votre rapport au r\u00e9alisme en tant qu&#8217;auteur et metteur en sc\u00e8ne ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Je suis tout \u00e0 fait d&#8217;accord avec Dosto\u00efevski qui dit que la r\u00e9alit\u00e9 est toujours plus surprenante que la fiction. Le vrai univers imaginaire, ce qu&#8217;on appelle la fiction, je le trouve dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a une diff\u00e9rence entre le r\u00e9alisme, le concret et le naturalisme, c&#8217;est-\u00e0-dire la banalit\u00e9, l&#8217;imitation, la reproduction de la vie, du monde. Cette diff\u00e9rence r\u00e9side dans la compression. Hitchcock disait qu&#8217;il coupait les morceaux moins int\u00e9ressants de la vie qu&#8217;il montrait.<\/p>\n<p>Dans mes pi\u00e8ces les sc\u00e8nes viennent de la r\u00e9alit\u00e9, mais elles sont compress\u00e9es. Le plus grand artiste de la compression c&#8217;\u00e9tait Shakespeare, on le voit dans sa fa\u00e7on d&#8217;utiliser le temps, les relations entre les personnages. La difficult\u00e9 dans l&#8217;\u00e9criture et sur le plateau est de trouver comment compresser sans rendre l&#8217;histoire incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<blockquote><p>Dans <em>La maladie de la famille M.<\/em> vous recourez \u00e0 la fois \u00e0 la m\u00e9taphore et \u00e0 la mise en ab\u00eeme de l&#8217;histoire qui est racont\u00e9e par le m\u00e9decin de famille, personnage qui fait r\u00e9f\u00e9rence en m\u00eame temps \u00e0 votre milieu familial (vos parents \u00e9taient tous les deux m\u00e9decins) et \u00e0 Tchekhov. Dans quelle mesure vous projetez-vous dans le personnage du m\u00e9decin qui a un point de vue ext\u00e9rieur sur l&#8217;histoire tout en en \u00e9tant un des protagonistes ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Je me suis en effet projet\u00e9 dans le personnage du m\u00e9decin mais j&#8217;ai compris cela \u00e0 la fin de l&#8217;\u00e9criture de la pi\u00e8ce quand il se demande pourquoi il a racont\u00e9 cette histoire.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e9videmment une question de l&#8217;auteur.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi quelque chose de moi dans d&#8217;autres personnages : dans Gianni, le fr\u00e8re cadet qui ne supporte pas le poids de la famille ou encore dans Fulvio et Fabrizio. Au-del\u00e0 de cela, il y a bien s\u00fbr dans la pi\u00e8ce des influences litt\u00e9raires, Tchekhov par exemple.<\/p>\n<blockquote><p>Dans <em>G\u00eanes 01<\/em>, \u00e9crite peu apr\u00e8s <em>La maladie de la famille M.,<\/em> vous utilisez la forme du th\u00e9\u00e2tre documentaire qui montre directement les \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu pendant le G8 \u00e0 G\u00eanes. Pourquoi ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Entre ces deux pi\u00e8ces j&#8217;ai \u00e9crit <em>Peanuts<\/em>, qui est une pi\u00e8ce politique aussi, compos\u00e9e de petites sc\u00e8nes r\u00e9alistes. Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s jou\u00e9e dans beaucoup de pays d&#8217;Europe mais peu en Italie o\u00f9 on ne m&#8217;aime pas trop le th\u00e9\u00e2tre politique surtout quand il parle mal de nous.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements de G\u00eanes et je me culpabilisais de n&#8217;avoir pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0 au moment o\u00f9 cela se passait.<\/p>\n<p><em>G\u00eanes 01<\/em> \u00e9tait ma fa\u00e7on de prendre parti, de m&#8217;engager dans la lutte politique, de t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas voulu utiliser le plateau du th\u00e9\u00e2tre comme m\u00e9taphore de ces sc\u00e8nes de contestation et de violence, ni les acteurs jouant les personnages pour repr\u00e9senter les protagonistes des \u00e9v\u00e9nements parce que les \u00e9v\u00e9nements de G\u00eanes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 une m\u00e9taphore de la politique, du pouvoir qui se donnait en repr\u00e9sentation avec ses grands hommes : Chirac, Schr\u00f6der, Poutine, Blair, Koizumi, Chr\u00e9tien, et Berlusconi, le seul parmi les 8 qui soit encore au pouvoir aujourd&#8217;hui. Ils ne sont pas all\u00e9s \u00e0 G\u00eanes pour faire de la politique mais pour faire une photo, la publicit\u00e9 de leur politique. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 il s&#8217;est cr\u00e9\u00e9 un grand mouvement d&#8217;opposants qui a manifest\u00e9 et a \u00e9chou\u00e9 dans cette repr\u00e9sentation. Je ne voulais pas faire dans ma pi\u00e8ce une repr\u00e9sentation d&#8217;une repr\u00e9sentation. Alors j&#8217;ai eu l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre sans th\u00e9\u00e2tre, en me servant de la salle de th\u00e9\u00e2tre comme lieu public o\u00f9 les gens se rencontrent, se parlent, un espace privil\u00e9gi\u00e9 pour le d\u00e9bat vivant qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 de la place publique et rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Nous sommes aujourd&#8217;hui exclus du d\u00e9bat, r\u00e9duits au r\u00f4le de spectateurs, assistant aux \u00e9changes d&#8217;opinions entre les politiques, les sp\u00e9cialistes, les journalistes, sans aucune possibilit\u00e9 d&#8217;intervenir, de contester.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi dans ma mise en sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce, en deuxi\u00e8me partie du spectacle, il y avait un d\u00e9bat. J&#8217;ai vu que les gens avaient toujours tr\u00e8s envie de parler, m\u00eame s&#8217;ils n&#8217;avaient rien d&#8217;important ni de nouveau \u00e0 dire.<\/p>\n<blockquote><p>Que signifie pour vous l&#8217;engagement politique dans le th\u00e9\u00e2tre, en l&#8217;occurrence en Italie qui est, peut \u00eatre plus que la France, la sc\u00e8ne grotesque d&#8217;un cirque politique ? Que peut apporter le th\u00e9\u00e2tre face \u00e0 cela ? S&#8217;il est important de t\u00e9moigner, de d\u00e9noncer, est-ce suffisant ?<\/p><\/blockquote>\n<p>On confond souvent la tyrannie avec la dictature. Nous sommes en Italie dans une R\u00e9publique qui a une tr\u00e8s bonne Constitution et un syst\u00e8me institutionnel solide. Si dans la dictature une personne a tous les pouvoirs d&#8217;\u00c9tat, dans la tyrannie l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;un seul individu devient l&#8217;int\u00e9r\u00eat de l&#8217;\u00c9tat. C&#8217;est le cas de Berlusconi pour qui sa personne et l&#8217;\u00c9tat c&#8217;est la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Sa logique politique se r\u00e9sume ainsi : je suis le chef d&#8217;une grande entreprise qui a gagn\u00e9 beaucoup d&#8217;argent donc je peux \u00eatre un bon chef pour l&#8217;Italie. Les gens ont dit : oui, oui, bien s\u00fbr, peut-\u00eatre\u2026 et ils ont vot\u00e9 pour lui. Or l&#8217;Italie n&#8217;a pas besoin de chef mais d&#8217;un Pr\u00e9sident du Conseil s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>L&#8217;ignorance peut faire beaucoup de choses et Berlusconi y a \u00e9norm\u00e9ment contribu\u00e9 avec ses cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision. Il a le pouvoir t\u00e9l\u00e9visuel.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre politique ne peut rien faire contre cela, ce n&#8217;est pas son r\u00f4le. Il ne fait pas la politique active. Elle s&#8217;exerce dans les lieux de pouvoir.<\/p>\n<p>Beaucoup de gens, surtout ceux de gauche, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s par la politique actuelle, se sentent seuls et impuissants devant la t\u00e9l\u00e9vision, sans pouvoir r\u00e9agir contre le discours irrationnel, surr\u00e9aliste de Berlusconi, bafouant tout raisonnement logique. Et le pire est que cela devient vrai parce que c&#8217;est dit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Au th\u00e9\u00e2tre on peut se reconna\u00eetre dans cette population en d\u00e9sarroi, impuissante, qui y est repr\u00e9sent\u00e9e et ne plus se sentir seul. C&#8217;est une petite consolation. Je ne crois pas que le th\u00e9\u00e2tre puisse faire plus. Mais c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 une fa\u00e7on de r\u00e9sister.<\/p>\n<blockquote><p>L&#8217;ordre \u00e9clate dans la famille M. apr\u00e8s le suicide de la m\u00e8re, les frustrations, les culpabilit\u00e9s, les ressentiments et les refoulements s&#8217;amplifient au point de faire exploser ce petit monde. Il y a dans la pi\u00e8ce un parfum tch\u00e9khovien qui appara\u00eet aussi dans votre mise en sc\u00e8ne&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<figure id=\"attachment_114\" aria-describedby=\"caption-attachment-114\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-114\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1202419837.jpg\" alt=\"La maladie de la famille M de Fausto Paravidino. Mise en sc\u00e8ne de Fausto Paravidino. Th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier, 2011 \u00a9 Christophe Raynaud de Lage.\" width=\"400\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1202419837.jpg 533w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1202419837-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-114\" class=\"wp-caption-text\">La maladie de la famille M de Fausto Paravidino. Mise en sc\u00e8ne de Fausto Paravidino. Th\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier, 2011 <br \/>\u00a9 Christophe Raynaud de Lage.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C&#8217;est un huis clos avec des ouvertures vers l&#8217;ext\u00e9rieur qui est \u00e9voqu\u00e9 par quelques \u00e9l\u00e9ments : banc, arbres, paysage enneig\u00e9 et le regard port\u00e9 sur cette famille par le m\u00e9decin qui la soigne.<\/p>\n<p>Comme chez Tchekhov les personnages veulent s&#8217;arracher de ce lieu \u00e9touffant, de l&#8217;ordre moral incarn\u00e9 par le p\u00e8re mais restent jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;un \u00e9v\u00e9nement tragique, la mort du jeune fr\u00e8re, ne fasse \u00e9clater le cocon familial. Les s\u0153urs vont mettre le p\u00e8re \u00e0 l&#8217;hospice et partir chacune de son c\u00f4t\u00e9 en prenant en plus la d\u00e9cision de ne pas chercher \u00e0 se revoir. C&#8217;est une sorte de divorce \u00e0 l&#8217;amiable, pacifique. La pi\u00e8ce se termine sur une note d&#8217;espoir.<\/p>\n<p>En plus des personnages il y a trois protagonistes importants dans la pi\u00e8ce : l&#8217;heure de la journ\u00e9e, la nature et la m\u00e9t\u00e9o, le temps qu&#8217;il fait dehors. Ils sont pr\u00e9sents dans ma mise en sc\u00e8ne dans le d\u00e9cor et \u00e0 travers les interventions musicales du pianiste sur le plateau qui cr\u00e9e, en contraste avec le jeu des acteurs, une dramaturgie musicale et sonore dans le spectacle. Ce qui renforce encore le d\u00e9calage du naturalisme. Son apport \u00e9tait tr\u00e8s important. Il a particip\u00e9 enti\u00e8rement \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration, d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre, de la mise en sc\u00e8ne. C&#8217;est la troisi\u00e8me fois que je travaille dans une si \u00e9troite collaboration avec un musicien.<\/p>\n<blockquote><p>Comment votre \u00e9criture depuis <em>La maladie de la famille M.<\/em> et <em>G\u00eanes 01<\/em>, qui datent de 2000 et 2002, a-t-elle \u00e9volu\u00e9 ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s <em>G\u00eanes 01<\/em> j&#8217;ai fait un film et j&#8217;ai \u00e9crit des pi\u00e8ces pour la radio et le th\u00e9\u00e2tre, tr\u00e8s diff\u00e9rentes, dans lesquelles je parle de la politique et de la soci\u00e9t\u00e9 de fa\u00e7on moins directe. Les probl\u00e8mes politiques, l&#8217;actualit\u00e9 qui, comme la technologie, vieillissent tr\u00e8s vite, ont du mal \u00e0 devenir une m\u00e9taphore pour parler des questions plus g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Dans ma derni\u00e8re pi\u00e8ce, <em>Le journal de Mariapia<\/em>, j&#8217;aborde la question de la mort. J&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s proche de ma m\u00e8re qui \u00e9tait m\u00e9decin et qui est morte d&#8217;un cancer. J&#8217;ai v\u00e9cu sa longue souffrance, sa sensation de vide dans un no man&#8217;s land entre la vie et la mort qui est encore pire que le cancer. Pour s&#8217;en arracher elle cherchait \u00e0 s&#8217;accrocher \u00e0 quelque chose et nous avons \u00e9crit ensemble un journal de sa maladie sur cette sensation de vide. Elle y essayait de r\u00e9pondre aux questions : qu&#8217;est-ce que c&#8217;est exactement ce vide ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a encore de vie dans ce vide ? J&#8217;ai \u00e9crit la pi\u00e8ce \u00e0 partir de ce journal.<\/p>\n<p>Je me suis rendu compte que ce th\u00e8me de la sensation du vide, de l&#8217;absence de sens, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans <em>La maladie de la famille M.,<\/em> dans <em>G\u00eanes 01<\/em> et dans <em>Peanuts<\/em>. Il est toujours possible de trouver un peu de bonheur mais c&#8217;est tr\u00e8s difficile de trouver du sens.<\/p>\n<hr>\n<p><b>Note de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[2] Le texte de <em>La maladie de la famille M.<\/em> de Fausto Paravidino est publi\u00e9 chez L&#8217;Arche \u00c9diteur.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-78\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg\" alt=\"Guillon\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/Guillon-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><br \/>\n<a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong> est Critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et Pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb Echanges Franco Hispaniques des Dramaturgies Contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2012 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propos recueillis par Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon* ABSTRACT: Born in Genoa in 1976, Italian playwright Fausto Paravidino is the author of dozens of plays which he has staged with his own company and in which he sometimes performs himself. He attended the<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":116,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-113","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2016\/03\/1042315944.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7kGC0-1P","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=113"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":712,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions\/712"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media\/116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=113"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/6\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}