{"id":322,"date":"2016-03-02T19:21:44","date_gmt":"2016-03-02T19:21:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/?p=322"},"modified":"2022-05-29T08:35:21","modified_gmt":"2022-05-29T08:35:21","slug":"on-self-portrait-by-nam-jeong-ho","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/on-self-portrait-by-nam-jeong-ho\/","title":{"rendered":"On Self-portrait by Nam Jeong ho"},"content":{"rendered":"<p><strong>Patrice Pavis<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-323\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1071453076.png\" alt=\"1071453076\" width=\"250\" height=\"163\" \/><br \/>\n<em><br \/>\nSelf-Portrait<\/em> : trois \u00e9tapes de la vie<strong>.<\/strong> Chor\u00e9ographie et danse: Nam Jeungho. Avril 2011 au Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Arko, S\u00e9oul, Cor\u00e9e.<\/p>\n<div align=\"center\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/player.vimeo.com\/video\/34028624?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0\" width=\"480\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><br \/>\n<a href=\"http:\/\/vimeo.com\/34028624\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">On Self-portrait by Nam Jeong ho<\/a> from <a href=\"http:\/\/vimeo.com\/user9727564\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Critical Stages<\/a> on <a href=\"http:\/\/vimeo.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Vimeo<\/a>.<\/div>\n<p>Une premi\u00e8re phase, \u00e0 distance, sur un faisceau lumineux en diagonale : la danseuse figure un chemin possible, droit mais \u00e9troit, le chemin de la vie. Le corps y montre une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, une gait\u00e9 lyrique sur une musique de percussions de type afro-am\u00e9ricano-br\u00e9silien. Tel un funambule, elle danse sur la corde raide. Les figures de la danse y sont per\u00e7ues en deux dimensions comme sur une fresque. Dans ces figures simples et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es domine le sautillement de la jeunesse : les bras remontent vers le haut, les pieds sautent de pierre en pierre au-dessus du ruisseau ou du vide. Quelque chose d\u2019insouciant et de brillant donc, mais qui peut-\u00eatre cache d\u00e9j\u00e0 une blessure.<\/p>\n<p>(Souvent le corps nous accompagne ainsi en sautillant devant ou derri\u00e8re nous, avec un l\u00e9ger d\u00e9calage qui permet qu\u2019on l\u2019observe, mais sans qu\u2019on puisse jamais l\u2019attraper).<\/p>\n<p>Puis d\u00e9j\u00e0 s\u2019annonce la deuxi\u00e8me phase : le personnage \u00f4te sa tunique rouge, puis son pantalon bleu, ses chaussures et enfin sa perruque, d\u00e9posant ces troph\u00e9es vers l\u2019avant-sc\u00e8ne, plus pr\u00e8s de nous, dansant alors dans le triangle. Peut-\u00eatre se d\u00e9barrasse-t-il ainsi des apparences : costume de sc\u00e8ne trop clinquant, cor\u00e9anit\u00e9 shamanique trop pesante, jeunesse dor\u00e9e trop \u2018Gangnam \u00bb ? Ce d\u00e9pouillement vient comme une surprise, il r\u00e9v\u00e8le un Pierrot lunaire jaune blanc, dans le style de la pantomime du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Il inaugure une nouvelle \u00e9tape de la vie. Apr\u00e8s la phase d\u2019insouciance et de virtuosit\u00e9 de la jeunesse, vient la maturit\u00e9 et la p\u00e9riode des doutes, la fatigue de tout. La danse et la danseuse sont \u00e0 terre, le corps se recroqueville, se replie sur soi-m\u00eame. Cette phase de la chor\u00e9graphie, moins virtuose et enlev\u00e9e, est la plus \u00e9mouvante. Moments de crise, l\u00e0 o\u00f9 pourtant la vie est \u00e0 son apog\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 la danse s\u2019inscrit dans tout l\u2019espace sc\u00e9nique et social, born\u00e9 seulement par la d\u00e9pouille de ce qui fut notre splendeur, notre ambition, notre d\u00e9sir de cr\u00e9er. Arrachement, acc\u00e9l\u00e9ration, r\u00e9p\u00e9tition. La danseuse tombe et se rel\u00e8ve, elle a perdu son \u00e9quilibre, le travail se r\u00e9p\u00e8te, jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle s\u2019immobilise sur le ventre, visage enfoui dans le sol. On craint le pire, on la croit finie. Mais elle fait face, elle ne se voile plus la face.<\/p>\n<p>(Souvent la face que nous ne voulons pas perdre nous cache ainsi \u00e0 nous-m\u00eames une image plus profonde, que nous devrions pourtant observer).<\/p>\n<p>L\u2019art et la vie reprennent le dessus, Pierrot surmonte sa m\u00e9lancolie, il remet ses habits bariol\u00e9s, le mouvement et la danse peuvent reprendre, la vie continuer. C\u2019\u00e9tait une fausse sortie : les spectateurs ont applaudi trop t\u00f4t. Etait-ce pour la remercier ou pour lui sugg\u00e9rer de quitter les lieux ? La danseuse joue de cette ambigu\u00eft\u00e9, semblant r\u00e9clamer des applaudissements, pour partir ou repartir. Ce n\u2019\u00e9tait pas sa fin ni la fin de la danse. La danseuse retrouve l\u2019allant de sa jeunesse, elle sort sur une autre diagonale, inverse de la premi\u00e8re, mais tout aussi assur\u00e9e. La musique de percussion \u00e0 la pulsation vitale reprend ses droits, le corps sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 juv\u00e9nile. Telle est la fable g\u00e9n\u00e9rale, mais il faudrait aussi suivre la logique du corps. A chaque phase correspond une gestuelle adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019humeur et au vieillissement de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Comment reconstruire sa vie ? Trois moments en marquent la construction, puis la d\u00e9construction, et enfin la reconstruction. Les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments de costume, les m\u00eames rep\u00e8res musicaux, les m\u00eames types de geste sont les bornes de ce cheminement.<\/p>\n<p>Cette chor\u00e9graphie nous bouleverse par sa simplicit\u00e9, ses changements de rythme, sa parfaite coh\u00e9rence : chacun de nous s\u2019y reconna\u00eetra et s\u2019y reconstruira peut-\u00eatre un jour ainsi. Il y a peu de danses (et de danseuses) qui osent aborder cette question de la crise ou de la maturation de leur art, de l\u2019\u00e9volution de leur <em>look,<\/em> du changement de leur corps, qui acceptent d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir un instant sans complexe ni id\u00e9alisation. C\u2019est cette le\u00e7on magistrale de danse et de vie que nous offre Nam Jeong-ho. Cette image de soi est un cadeau \u00e0 l\u2019autre en nous.<\/p>\n<p>Toute s\u00e9quence dans\u00e9e est une victoire sur le chaos et sur le non-lieu. Elle s\u2019inscrit sur une diagonale fuyant vers l\u2019infini, sur un parchemin qui se d\u00e9roule devant soi comme un tapis lumineux, un <em>curriculum vitae<\/em>, un dessin de soi-m\u00eame, un autoportrait.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-323\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1071453076-150x150.png\" alt=\"1071453076\" width=\"150\" height=\"150\" \/><br \/>\n<a name=\"end1\"><\/a>[1]<strong> Patrice Pavis<\/strong> was professor of theatre studies at the University of Paris (1976-2007). He is currently professor in the department of Drama at the University of Kent at Canterbury. Educated in the Ecole normale sup\u00e9rieure de Saint-Cloud (1968-1972), where he studied German and French literature, he has published a <em>Dictionary of theatre<\/em>(translated in thirty languages), and books on<em>Performance analysis<\/em>, <em>Contemporary French dramatists<\/em> and <em>Contemporary mise en sc\u00e8ne<\/em>. He is an Honorary Fellow at the University of London (Queen Mary) and Honoris Causa Doctor at the University of Bratislava. His most recent publication is <em>La Mise en sc\u00e8ne contemporaine<\/em>, Armand Colin, 2007. Currently visiting professor at the Korea National University of Arts, Seoul.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2011 Patrice Pavis<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrice Pavis[1] Self-Portrait : trois \u00e9tapes de la vie. Chor\u00e9ographie et danse: Nam Jeungho. Avril 2011 au Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Arko, S\u00e9oul, Cor\u00e9e. 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