{"id":316,"date":"2016-03-02T18:03:36","date_gmt":"2016-03-02T18:03:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/?p=316"},"modified":"2022-05-29T08:35:38","modified_gmt":"2022-05-29T08:35:38","slug":"danser-le-chili","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/danser-le-chili\/","title":{"rendered":"Danser le Chili"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-205\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-300x254.jpg\" alt=\"1247626675\" width=\"300\" height=\"254\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-300x254.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-768x649.jpg 768w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab \u2026 Como el musguito en la piedra, ay si, si, si\u2026 \u00bb, <\/em>Cr\u00e9ation de Pina Bausch et du Tanztheater de Wuppertal, d\u00e9cors et vid\u00e9o Peter Pabst. Avec : Pablo Aran Gimeno, Rainer Behr, Damiano Ottavio Bigi, Ales Cucek, Cl\u00e9mentine Deluy, Silvia Farias Heredia, Ditta Miranda Jasjfi, Nayoung Kim, Eddie Martinez, Dominique Mercy, Thusnelda Mercy, Morena Nascimento, Jorge Puerta Armenta, Azusa Seyama, Fernando Suels Mendoza, Anna Wehsarg, Tsai-Chin Yu.<\/p>\n<p>Au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u00e0 Paris, du 22 juin au 8 juillet 2011.<\/p>\n<figure id=\"attachment_318\" aria-describedby=\"caption-attachment-318\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-318\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1113500759.png\" alt=\"Ditta Miranda in the Pina Bausch dance performance Como el musguito. Photo by Ursula Kaufmann.\" width=\"250\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1113500759.png 250w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1113500759-198x300.png 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-318\" class=\"wp-caption-text\">Ditta Miranda in the Pina Bausch dance performance Como el musguito. Photo by Ursula Kaufmann.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le Chili, ultime destination de Pina Bausch cl\u00f4t avec<em>\u00ab \u2026 como el musguito en la piedra, ay si, si, si\u2026 \u00bb l\u2019\u0153uvre de cette artiste unique qui a su comme personne danser \u00ab l\u2019humain, par trop humain \u00bb, en inventant son \u00ab tanztheater \u00bb. Une \u00ab Danse drame \u00bb \u00e9voquant le th\u00e9\u00e2tre originel, sacr\u00e9, o\u00f9 le corps, le geste, le mouvement disent les dessous de la parole, du langage.<\/em><\/p>\n<p>Elle avait ce don de faire surgir les blessures, les peurs, les d\u00e9sirs enfouis, oubli\u00e9s ou refoul\u00e9s des \u00eatres singuliers, de transformer cette mati\u00e8re premi\u00e8re en art pour tracer dans l\u2019espace une fresque de l\u2019humanit\u00e9, saisie dans divers endroits de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Son cycle de \u00ab cr\u00e9ations voyages \u00bb initi\u00e9 en 1989 en Sicile avec <em>Palermo, Palermo<\/em>, s\u2019est arr\u00eat\u00e9 20 ans apr\u00e8s au Chili.<\/p>\n<p>Le Chili dont les fractures, les blessures du pass\u00e9 r\u00e9cent, de la dictature, refont toujours surface, tourmentent le pr\u00e9sent. Ce Chili d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui dont Pina et ses danseurs ont saisi avec une incroyable acuit\u00e9 et sensibilit\u00e9 dans <em>\u00ab \u2026 como el musguito en la piedra, ay si, si, si\u2026 \u00bb<\/em> les tourments telluriques et humains, les voix singuli\u00e8re, les sonorit\u00e9s, les saveurs, les couleurs.<\/p>\n<p>C\u2019est au Chili, sous la dictature, en 1980, que Pina Bausch rencontre Ronald Kay, po\u00e8te, professeur d\u2019esth\u00e9tique et de litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Santiago, p\u00e8re du fils de Pina, Rolf Salomon, n\u00e9 en 1981. C\u2019est au Chili aussi qu\u2019elle ach\u00e8ve le dernier chapitre de son \u0153uvre <em>\u00ab \u2026 como el musguito en la piedra, ay si, si, si\u2026 \u00bb<\/em>, cr\u00e9\u00e9 le 12 juin \u00e0 Wuppertal, \u00e0 peine 3 semaines avant sa mort le 30 juin 2009.<\/p>\n<p>Sans doute savait-elle que cette fresque chilienne serait l\u2019ultime \u00e9tape de son voyage, mais ce dernier spectacle n\u2019est en rien testamentaire. C\u2019est une \u0153uvre lumineuse, empreinte de gravit\u00e9 et d\u2019humour, en prise directe avec les forces contradictoires, extr\u00eames, les pulsions violentes, consubstantielles \u00e0 la nature, \u00e0 l\u2019\u00e2me chilienne, qui s\u2019affrontent, se combattent.<\/p>\n<p>Pina Bausch et ses danseurs extraient et traduisent en actions et situations chor\u00e9graphiques la substance vitale et douloureuse du Chili, de ce peuple qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 les plus atroces oppressions, voir la dictature de Pinochet, mais aussi l\u2019\u00e9lan d\u00e9mocratique d\u2019Allende, des po\u00e8tes militants comme Gabriela Mistral pour les droits des femmes et des indig\u00e8nes, r\u00e9sistants contre l\u2019oppression comme Pablo Neruda ou encore Violeta Parra, Victor Jara\u2026<\/p>\n<p>Le titre du spectacle est emprunt\u00e9 \u00e0 la chanson <em>El musguito en la piedra<\/em> de Violeta Parra, int\u00e9gr\u00e9 avec<em>Volver a los 17<\/em> dans le tissu musical tout comme <em>Deja la vida volar<\/em> de Victor Jara, po\u00e8te, compositeur et chanteur tortur\u00e9 par les militaires de Pinochet qui lui ont coup\u00e9 les mains pour qu\u2019il ne puisse plus jamais jouer de la guitare.<\/p>\n<p>Peter Pabst, sc\u00e9nographe, collaborateur de Pina Bausch depuis 1981, a con\u00e7u un espace en cercle, la sc\u00e8ne avan\u00e7ant dans le public. Au fond, tir\u00e9 par les danseurs un rideau blanc servira pour la projection, unique dans le spectacle, d\u2019une cascade de flots sur laquelle les danseurs dansent.<\/p>\n<p>Le sol blanc brillant \u00e9voque la g\u00e9ographie du Chili : le d\u00e9sert d\u2019Atacama au Nord, les espaces glac\u00e9s de la Tierra del Fuego au Sud, et peut \u00eatre aussi le stade de Santiago o\u00f9, au d\u00e9but du Coup d\u2019\u00c9tat ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s tous les opposants.<\/p>\n<p>Ce sol \u00e0 la fois riche de ressources mini\u00e8res (nitrate, cuivre) et menace sismique permanente (des tremblements de terre extr\u00eamement fr\u00e9quents au Chili) va petit \u00e0 petit, comme sous l\u2019effet d\u2019invisibles secousses, se fracturer. Cette image est aussi la m\u00e9taphore des fractures, des d\u00e9chirures de la soci\u00e9t\u00e9 chilienne, des s\u00e9quelles de la dictature qui hante le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Comme dans beaucoup de spectacles de Pina Bausch la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels se d\u00e9cline sous diverses formes : cascade d\u2019eau projet\u00e9e, bouteille d\u2019eau, bougies repr\u00e9sentant des \u00e9toiles, pierres\u2026<\/p>\n<p>Int\u00e9gr\u00e9e dans la narration sc\u00e9nique, la trame musicale dont les th\u00e8mes affluent brusquement, les uns en rupture avec les autres, enveloppant les s\u00e9quences, cr\u00e9ant des sous textes, renforcent l\u2019image.<\/p>\n<p>Les s\u00e9quences tr\u00e8s br\u00e8ves, parfois come des flashs, s&#8217;encha\u00eenent rapidement, s&#8217;imbriquant l&#8217;une dans l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Le spectacle commence par l&#8217;image d&#8217;une jeune fille \u00e0 quatre pattes, hurlant, poursuivie par deux hommes et s&#8217;ach\u00e8ve par la m\u00eame image de la jeune fille \u00e0 quatre pattes, seule sur le plateau nu. La boucle se boucle.<\/p>\n<p>Dans le final, le dernier quart d&#8217;heure, les danseurs reprennent quelques moments du spectacle, comme un retour sur les traces constituant \u00e0 la fois la m\u00e9moire de l&#8217;\u0153uvre et la m\u00e9moire du pass\u00e9 d&#8217;un peuple menac\u00e9e d&#8217;oubli.<\/p>\n<p>Car si le spectacle parle essentiellement de pr\u00e9sent, les traces des atrocit\u00e9s de la dictature, des traumatismes, y surgissent brusquement dans des images extr\u00eamement fortes, parfois brutales. Ainsi une jeune femme les yeux band\u00e9s conduite on ne sait o\u00f9, un homme for\u00e7ant une femme \u00e0 boire de l&#8217;eau, lui mettant une cigarette dans la bouche, la relevant chaque fois qu&#8217;elle tombe, \u00e9voquant des tortures, une jeune femme attach\u00e9e \u00e0 une corde tentant en vain de courir, un couple enlac\u00e9 s\u00e9par\u00e9 brutalement par deux hommes.<\/p>\n<p>Dans d&#8217;autres sc\u00e8nes les danseurs captent des situations dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle o\u00f9 les rapports de violence, de domination et de soumission entre les hommes et les femmes \u00e9voluent, s&#8217;inversent parfois dans un affrontement, ou se pacifient, laissant apparaitre le d\u00e9sir, un geste de tendresse, des sentiments simples qui s&#8217;expriment dans des sc\u00e8nes d&#8217;une grande po\u00e9sie et sensualit\u00e9. Par exemple un homme s&#8217;allongeant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une femme enfouit sa t\u00eate dans sa chevelure, un paysage nocturne, paisible, dans lequel les danseurs s&#8217;allongent et regardent les \u00e9toiles, repr\u00e9sent\u00e9es par de petites lumi\u00e8res dispos\u00e9es sur le plateau.<\/p>\n<p>Des situations pointent les contradictions, les conflits, les solitudes, l&#8217;indiff\u00e9rence, la recherche du plaisir imm\u00e9diat dans la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 chilienne : des couples qui se font et se d\u00e9font, des personnages traversant la sc\u00e8ne sans remarquer les autres, le machisme qui n&#8217;a pas dit son dernier mot, la lib\u00e9ration et l&#8217;h\u00e9donisme triomphant : &#8220;La seule chose importante pour moi maintenant c&#8217;est de jouir de l&#8217;instant&#8221; dit une femme.<\/p>\n<p>En contrepoint \u00e0 la violence, le comique, l&#8217;humour, parfois subversif, font soudain intrusion, d\u00e9montant, voire inversant, les rapports de force, les sch\u00e9mas install\u00e9s.<\/p>\n<p>Les danseurs, les femmes en robes longues de diverses couleurs, les hommes en noir ou en gris, ne repr\u00e9sentent pas, ne jouent ni n&#8217;incarnent rien, mais juste avec des mouvements, des gestes, des actions, des expressions, des attitudes d&#8217;un naturel, d&#8217;une authenticit\u00e9 \u00e9vidente, cr\u00e9ent des images d&#8217;une puissance d&#8217;\u00e9vocation inou\u00efe.<\/p>\n<p>On reconnait dans le spectacle des th\u00e8mes, des motifs r\u00e9currents chez Pina Bausch : la sensualit\u00e9 des mouvements, les longues chevelures des femmes secou\u00e9es violement ou flottant dans l&#8217;air, la pr\u00e9sence de certains objets, la r\u00e9p\u00e9tition de certains mouvements, des travers\u00e9es de la sc\u00e8ne, etc\u2026, mais en reprenant ces motifs, comme en clin d&#8217;\u0153il ironique, elle les casse, y introduit des variantes.<\/p>\n<p>De m\u00eame, ce qu&#8217;on ne voyait pas dans ses spectacles pr\u00e9c\u00e9dents, certaines actions d\u00e9bordent la sc\u00e8ne, int\u00e9grant la salle : une danseuse apporte un caf\u00e9 \u00e0 un spectateur, une autre nettoie les lunettes d&#8217;un spectateur, un danseur offre des fruits au public.<\/p>\n<p>Car en effet c&#8217;est de nous tous qu&#8217;il est question dans cette fresque condens\u00e9e de la condition humaine faite de beaut\u00e9, de po\u00e9sie, de gr\u00e2ce, de violence, de barbarie.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Un cin\u00e9ma pour incarner la danse<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: right;\">Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/p>\n<figure id=\"attachment_317\" aria-describedby=\"caption-attachment-317\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-317\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1177069438.png\" alt=\"The poster of the Wim Wenders film on Pina Bausch.\" width=\"250\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1177069438.png 250w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1177069438-221x300.png 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-317\" class=\"wp-caption-text\">The poster of the Wim Wenders film on <br \/>Pina Bausch.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Pina dansez, dansez, sinon nous sommes perdus,<\/em>un film de Wim Wenders en 3 D. Production Gian Piero Ringel, une production Neue road movies avec le Tanztheater Wuppertal \u2013 Pina Bausch.<\/p>\n<p><em>Pina, dansez, dansez, sinon nous sommes perdus<\/em>de Wim Wenders, premier film europ\u00e9en et le premier film d&#8217;auteur en 3 D, est \u00e0 la fois une prouesse technique et artistique.<\/p>\n<p>Plus qu&#8217;un hommage \u00e0 cette artiste unique dont l&#8217;art de saisir l&#8217;humain nous transper\u00e7ait d&#8217;\u00e9motion, dans son film Wim Wenders retrouve avec les danseurs du Tanztheater de Wuppertal l&#8217;esprit m\u00eame, cette flamme magique, cr\u00e9atrice que Pina Bausch savait porter \u00e0 l&#8217;incandescence dans ses cr\u00e9ations.<\/p>\n<p>En souvenir des liens privil\u00e9gi\u00e9s tiss\u00e9s depuis 1978 entre Tanztheater de Wuppertal et le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u00e0 Paris qui a accueilli la plupart des cr\u00e9ations de Pina, Wim Wenders a pr\u00e9sent\u00e9 son film, projet\u00e9 en avant-premi\u00e8re, dans cette salle o\u00f9 la dame de Wuppertal jusqu&#8217;en 2009 venait retrouver chaque saison son public. Un film qui va au c\u0153ur et nous rend Pina vivante au c\u0153ur de son travail, de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>L&#8217;enfance pass\u00e9e dans le caf\u00e9 h\u00f4tel tenu par ses parents \u00e0 Solingen, l&#8217;atmosph\u00e8re o\u00f9 la musique se m\u00eale aux conversations des gens qui passent, l&#8217;exp\u00e9rience pr\u00e9coce de la guerre, du sentiment d&#8217;un danger invisible, imminent, laisseront des traces ind\u00e9l\u00e9biles chez Filipina Bausch (n\u00e9e en 1940) et nourriront ses futures cr\u00e9ations chor\u00e9graphiques. \u00c0 14 ans elle commence sa formation de danseuse et cr\u00e9e en 1969 sa premi\u00e8re chor\u00e9graphie dont le titre <em>Dans le vent de l&#8217;\u00e9poque<\/em>, indique d\u00e9j\u00e0 l&#8217;esprit de son futur travail.<\/p>\n<p>En 1972 on lui confie la direction du Ballet de Wuppertal qu&#8217;elle rebaptisera Tanztheater et avec lequel elle cr\u00e9era en 1974 <em>Iphig\u00e9nie en Tauride<\/em>. Parmi les cr\u00e9ations qu&#8217;elle fait avec sa troupe : <em>Les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux<\/em>, <em>Barbe Bleue<\/em>. Elle y reviendra d\u00e9sormais chaque ann\u00e9e avec ses nouveaux et anciens spectacles dont <em>Caf\u00e9 M\u00fcller<\/em>, <em>Bandon\u00e9on<\/em>,<em> Ahnen<\/em>,<em> Nelken<\/em>, <em>Palermo Palermo<\/em>, <em>Danzon<\/em>, <em>Nur Du<\/em>, etc. <em>Vollmond<\/em> et\u00a0<em>Mazurca Fogo<\/em>.<\/p>\n<p>En 1985 Wim Wenders a vu pour la premi\u00e8re fois une pi\u00e8ce de Pina Bausch <em>Caf\u00e9 M\u00fcller<\/em>, c&#8217;\u00e9tait pour eux un coup de foudre. De la rencontre des deux artistes nait le projet d&#8217;un film dont la r\u00e9alisation sera remise sans cesse, jusqu&#8217;\u00e0 ce que Wim Wenders ne trouve en 2007 une forme ad\u00e9quate, en 3 D num\u00e9rique, pour transposer dans l&#8217;espace l&#8217;art de Pina Bausch. Le noyau du film devait s&#8217;articuler autour de quatre pi\u00e8ces choisies par Pina dans son r\u00e9pertoire : <em>Caf\u00e9 M\u00fcller<\/em>, <em>Le sacre du printemps<\/em>, <em>Vollmond<\/em>,<em>Kontakthof<\/em>, inclues dans le programme de sa saison 2009 \/ 2010. La production entam\u00e9e au d\u00e9but de 2009 s&#8217;interrompt avec la mort de Pina Bausch.<\/p>\n<p>En reprenant le travail plusieurs mois plus tard Wim Wenders transpose dans le film la m\u00e9thode des questions que Pina Bausch utilisait pour cr\u00e9er ses pi\u00e8ces, en demandant aux danseurs de la troupe de formuler leurs souvenirs et le rapport que chacun d&#8217;eux avait \u00e0 Pina, \u00e0 travers des soli film\u00e9s dans divers endroits de Wuppertal.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des extraits des quatre pi\u00e8ces choisies par Pina Bausch et de quelques documents d&#8217;archives tr\u00e8s peu connus la montrant au travail, int\u00e9gr\u00e9s dans le film en 3 D, de nombreux soli improvis\u00e9s par les danseurs et leurs souvenirs personnels sur Pina, offrent-t-ils un compl\u00e9ment polyphonique aux pi\u00e8ces tr\u00e8s compos\u00e9es de Pina.<\/p>\n<p>Wim Wenders restitue ainsi, depuis le regard de Pina, l&#8217;artiste vivante, saisie de l&#8217;int\u00e9rieur dans l&#8217;univers m\u00eame de sa cr\u00e9ation et dans ses rapports \u00e0 chacun de ses danseurs.<\/p>\n<p>Avec un art incomparable Wim Wenders restitue l&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, le mouvement, l&#8217;expression furtive, tissant dans le film les extraits d&#8217;\u0153uvres accomplies, les images rares de r\u00e9p\u00e9titions, les souvenirs et les retours des danseurs sur l&#8217;esprit du travail d&#8217;une extr\u00eame exigence de Pina, sur cette complicit\u00e9 cr\u00e9atrice qu&#8217;elle avait avec chacun d&#8217;eux. De sorte que sa pr\u00e9sence est presque tangible dans le film, \u00e9mouvante, bouleversante, quand par exemple on la voit danser.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;exploit technologique d&#8217;insuffler la vie \u00e0 l&#8217;image, de lui conf\u00e9rer une r\u00e9alit\u00e9 spatiale, le chef d&#8217;\u0153uvre de Wim Wenders nous offre la possibilit\u00e9 et le bonheur de replonger dans un ici et maintenant au c\u0153ur de l&#8217;univers de cette immense artiste qu&#8217;\u00e9tait Pina Bausch.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-205\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-150x150.jpg\" alt=\"1247626675\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><br \/>\n<a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong> est Critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et Pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb Echanges Franco Hispaniques des Dramaturgies Contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2011 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon[1] \u00ab \u2026 Como el musguito en la piedra, ay si, si, si\u2026 \u00bb, Cr\u00e9ation de Pina Bausch et du Tanztheater de Wuppertal, d\u00e9cors et vid\u00e9o Peter Pabst. Avec : Pablo Aran Gimeno, Rainer Behr, Damiano Ottavio Bigi, Ales<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":205,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-316","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1247626675.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7j4p8-56","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=316"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":716,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316\/revisions\/716"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/media\/205"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}