{"id":183,"date":"2016-03-01T17:56:30","date_gmt":"2016-03-01T17:56:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/?p=183"},"modified":"2023-03-20T21:53:01","modified_gmt":"2023-03-20T21:53:01","slug":"a-propos-de-la-piece-de-kim-kwang-lim-et-sa-mise-en-scene-par-yoon-jeongseop","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/a-propos-de-la-piece-de-kim-kwang-lim-et-sa-mise-en-scene-par-yoon-jeongseop\/","title":{"rendered":"A PROPOS DE LA PIECE DE KIM KWANG LIM ET SA MISE EN SC\u00c8NE PAR YOON JEONGSEOP"},"content":{"rendered":"<p><strong>Patrice Pavis<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-190\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-199x300.jpg\" alt=\"1220565888\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-199x300.jpg 199w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888.jpg 531w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/p>\n<p>Photographer: Yong, Seong Jeon<br \/>\nTranslator: Lee, Soo<\/p>\n<p>Comment \u00e9crire sur le pass\u00e9 d\u2019un pays asiatique mal connu, peut-\u00eatre imaginaire, depuis la perspective d\u2019un pays r\u00e9cemment entr\u00e9 dans l\u2019hyper-modernit\u00e9 comme la Cor\u00e9e ? Telle est la gageure qu\u2019a d\u00fb relever KIM Kwang Lim, un des grands noms de la dramaturgie cor\u00e9enne contemporaine, dans sa derni\u00e8re pi\u00e8ce,<em> A<\/em> <em>Batyr Mama\u00ef<\/em>, dont la premi\u00e8re aura le 9 octobre 2011 au th\u00e9\u00e2tre Arko de S\u00e9oul, dans la mise en sc\u00e8ne de Yoon, Jeongseop.<\/p>\n<p>Ces notes sont \u00e9crites quelques jours avant la premi\u00e8re, sur la seule foi de la traduction anglaise de la pi\u00e8ce. Il me semble, en effet, que ce nouveau texte, quelles que soient ses futures mises en sc\u00e8ne, m\u00e9rite toute notre attention, car il cristallise bon nombre de questions sur l\u2019identit\u00e9 d\u2019un pays, d\u2019une \u00e9poque, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, mais aussi d\u2019un auteur, puisqu\u2019il s\u2019agit-\u2013 ne l\u2019oublions pas \u2013 d\u2019une fiction. Cette fiction tient autant du mythe personnel que de la mythologie d\u2019une contr\u00e9e comme le Kazakhstan, ressentie comme exotique, m\u00eame vue depuis la Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette fiction est elle-m\u00eame l\u2019objet d\u2019une commande bien r\u00e9elle par l\u2019organisation du minist\u00e8re de la culture cor\u00e9en : \u20182011 Asian Arts Theatre Residency Gwangjiu\u2019. En choisissant une l\u00e9gende kazakhe, accessible en r\u00e9sum\u00e9 en cor\u00e9en et en russe, KIM Kwang Lim a gard\u00e9 toute libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire sur son \u00e9poque et sur le contexte socio-\u00e9conomique de la Cor\u00e9e. Il r\u00e9ussit l\u2019exploit de partir de tous les \u00e9pisodes de la l\u00e9gende kazakhe, tout en greffant sur ce r\u00e9cit l\u2019histoire encadrante du businessman Jung, voyageant jusqu\u2019au lointain Kazakhstan, gr\u00e2ce \u00e0 un Orient Express TGV qui relie S\u00e9oul \u00e0 Istanbul, en traversant la Cor\u00e9e du Nord, la Chine, et tous les pays jusqu\u2019\u00e0 Almati, capitale du Kazakhstan. Accompagn\u00e9 de sa \u2018secr\u00e9taire\u2019 (notez les guillemets) et du po\u00e8te Kim, lui-m\u00eame invit\u00e9 par le Guerrier Moussa Mama\u00ef, Jung esp\u00e8re conclure avec ce dernier un juteux contrat pour l\u2019exploitation des richesses p\u00e9troli\u00e8res du vieux guerrier pendant vingt ans (le temps de vider le sous-sol et de remplir les caisses). Mais les choses ne se passent pas comme pr\u00e9vu. Le p\u00e8re de Mama\u00ef a autrefois offens\u00e9 Jezternakh, mi monstre mi femme d\u2019une grande beaut\u00e9 aux longs ongles ac\u00e9r\u00e9s. Lorsqu\u2019il a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 sur son territoire, celle-ci l\u2019a tu\u00e9 (sc\u00e8ne 3). Mama\u00ef d\u00e9cide de se venger \u00e0 son tour. En compagnie de ses trois invit\u00e9s, il abat la femme \u00e0 la beaut\u00e9 extraordinaire, venue l\u2019attaquer (sc\u00e8ne 4). H\u00e9las, le mari veuf de celle-ci tente \u00e0 son tour de lui faire payer ce meurtre et il est tu\u00e9 par la fille de Mama\u00ef, Bikeshi, laquelle devient aux yeux de son p\u00e8re un v\u00e9ritable h\u00e9ros, aussi valeureux qu\u2019un fils (sc\u00e8ne 5). Mama\u00ef semble rajeunir gr\u00e2ce aux jeunes filles qui l\u2019entourent tr\u00e8s efficacement, mais il ne parvient tout de m\u00eame pas \u00e0 surmonter l\u2019\u00e9preuve que la Princesse Perry, la Reine des Cieux, jeune beaut\u00e9 d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, lui a impos\u00e9 : rester \u00e9veiller toute une nuit. Face au feu, en effet, il a retrouv\u00e9 son \u00e2ge et son visage de vieillard. La princesse renonce alors \u00e0 l\u2019\u00e9pouser. Mama\u00ef se demande si tout ceci n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 qu\u2019un r\u00eave (sc\u00e8ne 6). Sur le chemin du retour, l\u2019entrepreneur et entreprenant Monsieur Jung succombe aux m\u00eames fantasmes \u00e9rotiques que Mama\u00ef : il a l\u2019impression, lui aussi, d\u2019avoir r\u00eav\u00e9. Il constate en tout cas que sa valise peine de dollars est rest\u00e9e chez le Guerrier Mama\u00ef, sans qu\u2019il ait termin\u00e9 les n\u00e9gociations avec lui. Ruse de Mama\u00ef ou acte manqu\u00e9 de Jung, conquis par la beaut\u00e9 sauvage kazakhe ? C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, dans le train vers S\u00e9oul, que d\u00e9ferle un tsunami et qu\u2019une onde de p\u00e9trole provoque un tremblement de terre. Au loin, Mama\u00ef et la secr\u00e9taire disparaissent \u00e0 cheval, saluant le businessman au dos bris\u00e9 et le po\u00e8te au c\u0153ur joyeux, laiss\u00e9s tous deux au bord de la route (sc\u00e8ne 7).<\/p>\n<figure id=\"attachment_184\" aria-describedby=\"caption-attachment-184\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-184\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1175688986.jpg\" alt=\"Le plaisir de reconstituer une r\u00e9alit\u00e9 vivante \u00e0 partir de pantins \u00e0 fil. Les marionnettistes recherchent les postures et les gestus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s des personnages. L\u2019une regarde par la fen\u00eatre du wagon vers des espaces infinis o\u00f9 elle aspire \u00e0 se perdre, tant sa vie de secr\u00e9taire de Jung est ennuyeuse. Celui-ci, en blazer \u00e9l\u00e9gant, se cache derri\u00e8re son livre, alors qu\u2019il a la t\u00eate ailleurs. Le po\u00e8te aussi se voile la face, malgr\u00e9 ses grandes envol\u00e9es lyriques que le marionnettiste traduira bient\u00f4t litt\u00e9ralement en vols au-dessus du fauteuil et des choses d\u2019ici-bas. Si nous sommes capables de nous projeter dans ces sc\u00e8nes d\u2019int\u00e9rieur en oubliant le monde \u00e0 l\u2019entour et les mouvements encore saccad\u00e9s, nous pourrons croire \u00e0 ces mondes faits de bouts de ficelle et de morceaux de bois.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1175688986.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1175688986-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1175688986-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-184\" class=\"wp-caption-text\">Le plaisir de reconstituer une r\u00e9alit\u00e9 vivante \u00e0 partir de pantins \u00e0 fil. Les marionnettistes recherchent les postures et les gestus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s des personnages. L\u2019une regarde par la fen\u00eatre du wagon vers des espaces infinis o\u00f9 elle aspire \u00e0 se perdre, tant sa vie de secr\u00e9taire de Jung est ennuyeuse. Celui-ci, en blazer \u00e9l\u00e9gant, se cache derri\u00e8re son livre, alors qu\u2019il a la t\u00eate ailleurs. Le po\u00e8te aussi se voile la face, malgr\u00e9 ses grandes envol\u00e9es lyriques que le marionnettiste traduira bient\u00f4t litt\u00e9ralement en vols au-dessus du fauteuil et des choses d\u2019ici-bas. Si nous sommes capables de nous projeter dans ces sc\u00e8nes d\u2019int\u00e9rieur en oubliant le monde \u00e0 l\u2019entour et les mouvements encore saccad\u00e9s, nous pourrons croire \u00e0 ces mondes faits de bouts de ficelle et de morceaux de bois.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019art de KIM Kwang Lim conteur est d\u2019entrem\u00ealer habilement cette l\u00e9gende ancestrale et l\u2019histoire d\u2019un voyage d\u2019affaires. La l\u00e9gende n\u2019est bien s\u00fbr qu\u2019un pr\u00e9texte pour parler de notre \u00e9poque et de ses m\u0153urs commerciales \u00e0 l\u2019\u00e8re du capitalisme sauvage dans un monde globalis\u00e9. L\u2019auteur dramatique y ajoute d\u2019ailleurs une autre histoire, marginale et parall\u00e8le : celle du gar\u00e7on et de Natasha (dans les sc\u00e8nes 2, 3, 5). Ces br\u00e8ves parenth\u00e8ses en contrepoint sont une allusion \u00e0 la folie du t\u00e9l\u00e9phone. Un jeune gar\u00e7on, dont la m\u00e8re n\u2019a d\u2019autre ressource que d\u2019aller travailler \u00e0 S\u00e9oul, se plaint de ne pas poss\u00e9der le dernier mod\u00e8le de t\u00e9l\u00e9phone portable. Contrari\u00e9 dans son amour pour Natasha, il la poignarde. Cette fois encore, c\u2019est la femme qui s\u00e9duit l\u2019homme avant d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame assassin\u00e9e par lui. Ces histoires parall\u00e8les et similaires (celles de Mama\u00ef, du jeune gar\u00e7on et, d\u2019un point de vue symbolique, du po\u00e8te et du businessman) trahissent un rapport trouble et troubl\u00e9 entre les hommes et les femmes. A chaque fois, les conclusions sont les m\u00eames : les femmes, m\u00e9lange de beaut\u00e9 absolue et de cruaut\u00e9 indicible, sont \u2018naturellement\u2019 s\u00e9ductrices, donc dangereuses, donc \u00e0 \u00e9liminer, physiquement ou symboliquement. C\u2019est en tout cas le sc\u00e9nario qui se r\u00e9p\u00e8te et la structure inconsciente qui \u00e9merge, lorsqu\u2019on superpose<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a> les quatre conflits (Mama\u00ef, Boy, le Po\u00e8te Kim, Jung). Le fantasme inconscient est le m\u00eame : la femme belle et s\u00e9ductrice est tu\u00e9e, par vengeance familiale ou par d\u00e9pit amoureux, par peur ou par incapacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire.<\/p>\n<p>La fable, en tout cas, est claire, presque trop claire ; les allusions \u00e0 la situation \u00e9conomique sont transparentes. Seules les relations humaines demeurent masqu\u00e9es. La mise en sc\u00e8ne devra compliquer les choses, leur conf\u00e9rer l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la sc\u00e8ne et du jeu. Il sera s\u00fbrement trop tard pour clarifier ou sp\u00e9cifier les conditions \u00e9conomiques dont il est question de mani\u00e8re tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale et allusive dans le texte : quels capitaux, quelles compagnies participent \u00e0 l\u2019exploitation des richesses dans ces pays asiatiques fr\u00e8res ? A qui profite le vol ? Y a-t-il une diff\u00e9rence avec l\u2019expansionnisme chinois ? Quel r\u00e9gime tient les ficelles de l\u2019\u00e9conomie dans le Kazakhstan actuel ? Y a-t-il des propri\u00e9taires terriens, des mafias locales? Comment traitent-elles avec les investisseurs \u00e9trangers ? Ces interrogations paraitront certainement quelque peu oiseuses ou d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 propos de cet innocent conte. Mais la transposition moderne de la pi\u00e8ce ne les justifie-t-elle pas ? D\u00e8s lors qu\u2019on \u00e9voque la Bourse \u00e0 S\u00e9oul, la valse des chiffres, on a envie de conna\u00eetre aussi la situation dans le pays \u00e9tranger, sauf \u00e0 en faire une contr\u00e9e mythique, comme dans la l\u00e9gende originale.<\/p>\n<p>Le conflit central, sur lequel repose la pi\u00e8ce, r\u00e9side dans la diff\u00e9rence culturelle et existentielle entre le guerrier kazakhe, sauvage et indomptable, et l\u2019entrepreneur cor\u00e9en, pusillanime et m\u00e9diocre. Malgr\u00e9 les \u00e9videntes diff\u00e9rences entre ces deux conceptions, la fable sugg\u00e8re (avec l\u2019aide du po\u00e8te-commentateur KIM) que les deux hommes ont la m\u00eame soif de domination, l\u2019un sur les terres ancestrales et les jeunes filles, l\u2019autre sur les champs de p\u00e9trole et les jeunes secr\u00e9taires.<\/p>\n<figure id=\"attachment_185\" aria-describedby=\"caption-attachment-185\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-185\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1221913007.jpg\" alt=\"Changement d\u2019\u00e9chelle : les pantins sont des figures \u00e0 dimension humaine. Le sculpteur les a fabriqu\u00e9s pour signifier d\u2019entr\u00e9e la diff\u00e9rence de leur identit\u00e9. Mama\u00ef, guerrier sauvage, Touareg, montagnard, aventurier et po\u00e8te, fait l\u2019admiration des trois Cor\u00e9ens \u2018occidentalis\u00e9s\u2019. Nous voici dans le monde rugueux comme le bois, fruste, archa\u00efque du vieux sauvage, un monde sur lequel p\u00e8se le lourd h\u00e9ritage de la tribu. La peau de l\u00e9opard au-dessus de sa t\u00eate est autant une d\u00e9pouille qu\u2019une menace.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1221913007.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1221913007-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1221913007-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-185\" class=\"wp-caption-text\">Changement d\u2019\u00e9chelle : les pantins sont des figures \u00e0 dimension humaine. Le sculpteur les a fabriqu\u00e9s pour signifier d\u2019entr\u00e9e la diff\u00e9rence de leur identit\u00e9. Mama\u00ef, guerrier sauvage, Touareg, montagnard, aventurier et po\u00e8te, fait l\u2019admiration des trois Cor\u00e9ens \u2018occidentalis\u00e9s\u2019. Nous voici dans le monde rugueux comme le bois, fruste, archa\u00efque du vieux sauvage, un monde sur lequel p\u00e8se le lourd h\u00e9ritage de la tribu. La peau de l\u00e9opard au-dessus de sa t\u00eate est autant une d\u00e9pouille qu\u2019une menace.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La fable s\u2019incarne peut-\u00eatre dans la figure ironique et d\u00e9sabus\u00e9e du po\u00e8te KIM. Le po\u00e8te \u2014 c\u2019est l\u00e0 un th\u00e8me \u00e9ternel dans la litt\u00e9rature \u2014 est impuissant \u00e0 changer le monde. A quoi bon alors des po\u00e8tes dans une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le seul profit ? A nous servir de guide entre les cultures, \u00e0 nous expliquer, assez lourdement, le monde, ses coutumes, sa po\u00e9sie et sa beaut\u00e9 ? A nous pr\u00e9venir de la catastrophe du tsunami, quand elle est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9e ? Le po\u00e8te au th\u00e9\u00e2tre n\u2019est le plus souvent qu\u2019une figure comique ou parodique, un peu ridicule, parfois sarcastique et cruelle.<\/p>\n<p>Or, c\u2019est bien l\u00e0 un des principaux enjeux de la pi\u00e8ce et de la commande interculturelle. Y a-t-il une identit\u00e9 asiatique commune aux pays de cette zone du monde ? Telle semble \u00eatre la question implicite et d\u00e9licate, dont la r\u00e9ponse d\u00e9pend en quelque sorte de la personne qui la pose. L\u2019identit\u00e9 culturelle de ces diff\u00e9rents \u00e9tats-nations ne fait pas de doute, o\u00f9 n\u2019en faisait pas jusqu\u2019\u00e0 peu, jusqu\u2019\u00e0 la globalisation. Mais qu\u2019en est-il d\u2019une identit\u00e9 asiatique globale? N\u2019y a-t-il pas deux Asie : celle de la famine et celle des exploits technologiques et \u00e9conomiques ? La pi\u00e8ce semble vouloir \u00e9tablir un pont entre la Cor\u00e9e et le Kazakhstan, mais ce n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7ade : ce qui les r\u00e9unit, c\u2019est avant tout l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique de la Cor\u00e9e pour sa recherche de mati\u00e8res premi\u00e8res dans les pays asiatiques pauvres. Les autres similarit\u00e9s entre les peuples concernent plut\u00f4t les caract\u00e8res, elles sugg\u00e8rent que les hommes comme les femmes se ressemblent d\u2019un pays ou d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre, qu\u2019ils poss\u00e8dent donc une identit\u00e9, une essence commune : th\u00e8se essentialiste pour le moins discutable.<\/p>\n<p>Sous des dehors po\u00e9tiques, ob\u00e9issant \u00e0 la commande \u2018inter-asiatique\u2019, la pi\u00e8ce pose des questions d\u00e9rangeantes \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 cor\u00e9enne, elle s\u2019amuse des contraintes que la soci\u00e9t\u00e9 impose aux artistes : ob\u00e9ir \u00e0 la commande interculturelle, mais dans quel but ? Pour faciliter la compr\u00e9hension entre les peuples ou bien pour mieux exporter des \u0153uvres d\u00e9j\u00e0 globalis\u00e9es d\u00e8s leur conception ? La pi\u00e8ce reprend, sans en avoir l\u2019air, les st\u00e9r\u00e9otypes de la soci\u00e9t\u00e9 cor\u00e9enne, en commen\u00e7ant par mettre en doute son identit\u00e9 culturelle, en se moquant des clich\u00e9s de la culture manag\u00e9riale cor\u00e9enne : la seule identit\u00e9 visible est en effet socio-\u00e9conomique.<\/p>\n<p>Y a-t-il donc une identit\u00e9 asiatique ? Ou bien est-elle purement imaginaire, impos\u00e9e par les politiques culturelles du moment, des politiques index\u00e9es sur la situation \u00e9conomique ? S\u2019agit-il de contrebalancer par la culture le niv\u00e8lement \u00e9conomique ? Ou bien, dans l\u2019esprit des politiciens, de placer la Cor\u00e9e au centre de cet ensemble de cultures asiatiques ? On esp\u00e8re que la politique culturelle n\u2019aura pas cette na\u00efvet\u00e9 et se contentera d\u2019aider plut\u00f4t les artistes asiatiques \u00e0 travailler en paix.<\/p>\n<figure id=\"attachment_186\" aria-describedby=\"caption-attachment-186\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-186\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1156711350.jpg\" alt=\"Magnifique tendresse de deux marionnettes enlac\u00e9es et abandonn\u00e9es dans un acte de confiance et d\u2019amour. Il suffit que les bras et les mains soient pos\u00e9s avec justesse sur le corps de l\u2019autre pour que chaque d\u00e9tail dise la familiarit\u00e9 de l\u2019amour, le calme apr\u00e8s la temp\u00eate. D\u00e8s que l\u2019observateur de la marionnette reconna\u00eet quelques-uns de ses propres gestes\u2014possibles, pass\u00e9s ou d\u00e9sir\u00e9s--, la sc\u00e8ne prend corps ; notre regard et notre amour lui insufflent la vie.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1156711350.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1156711350-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1156711350-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-186\" class=\"wp-caption-text\">Magnifique tendresse de deux marionnettes enlac\u00e9es et abandonn\u00e9es dans un acte de confiance et d\u2019amour. Il suffit que les bras et les mains soient pos\u00e9s avec justesse sur le corps de l\u2019autre pour que chaque d\u00e9tail dise la familiarit\u00e9 de l\u2019amour, le calme apr\u00e8s la temp\u00eate. D\u00e8s que l\u2019observateur de la marionnette reconna\u00eet quelques-uns de ses propres gestes\u2014possibles, pass\u00e9s ou d\u00e9sir\u00e9s&#8211;, la sc\u00e8ne prend corps ; notre regard et notre amour lui insufflent la vie.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Quand bien m\u00eame les diff\u00e9rences culturelles entre les pays asiatiques existeraient et seraient pr\u00e9serv\u00e9es, dans un effort louable pour \u00e9viter tout niv\u00e8lement globalisant, on peut parier que, sans intervention politique, le capitalisme de conqu\u00eate, post- ou plut\u00f4t n\u00e9ocolonial les niv\u00e8lerait ou les balaierait tel un tsunami. Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 observer la mani\u00e8re dont des pays comme la Chine exploitent de mani\u00e8re \u00e9hont\u00e9e les richesses des pays pauvres comme l\u2019Afrique, saccagent leur environnement, pillent leurs ressources naturelles, imposent des contrats l\u00e9onins qui m\u00e8nent \u00e0 la ruine les pays qui les re\u00e7oivent dans l\u2019espoir d\u2019un mince avantage \u00e9conomique. Et la Cor\u00e9e de Jung et Kim ?<\/p>\n<p>Avant m\u00eame de voir comment ce texte sera transform\u00e9, d\u2019aucuns diraient cr\u00e9\u00e9, par la mise en sc\u00e8ne, r\u00eavons un instant, nous aussi, \u00e0 quelques interpr\u00e9tations potentielles. Cette mise en sc\u00e8ne saura-t-elle d\u00e9montrer l\u2019imbrication des enjeux personnels (fantasmatiques) et des r\u00e9alit\u00e9s politiques, \u00e9conomiques, philosophiques ? Le r\u00f4le de la mise en sc\u00e8ne sera tr\u00e8s d\u00e9licat : masquer ou d\u00e9masquer ? Illustrer ou cr\u00e9er ? Esth\u00e9tiser ou d\u00e9noncer ?<\/p>\n<p>Avant de tester cette pi\u00e8ce par l\u2019\u00e9preuve de la mise en sc\u00e8ne, il faudrait dire un mot de son \u00e9criture, extr\u00eamement ma\u00eetris\u00e9e. La dramaturgie en est plut\u00f4t classique, aristot\u00e9licienne, dramatique. Il y a une tension entre les protagonistes, des personnages repr\u00e9sentant des id\u00e9es ou des tendances bien d\u00e9finies, des conflits perceptibles, des oppositions tranch\u00e9es. Les diff\u00e9rents fils narratifs se rejoignent <em>in fine<\/em>. La \u2018chute\u2019 en est assez claire : Mama\u00ef, plus rus\u00e9, a gagn\u00e9 : il a gard\u00e9 l\u2019argent sans signer le contrat et en prime, il embarque la fille : chapeau ! Pourtant les cons\u00e9quences, la vengeance du p\u00e9trole ne se fait pas attendre : elle frappe les Cor\u00e9ens avant m\u00eame leur retour \u00e0 S\u00e9oul. La catastrophe touche la Cor\u00e9e, telle une punition pour avoir enfreint les lois de l\u2019autre culture. Etait-ce un r\u00eave, comme dans <em>La vie est un songe<\/em> de Calderon ou <em>L\u2019Illusion comique<\/em> de Corneille ? Peu importe. La derni\u00e8re image montre la victoire du guerrier Mama\u00ef ; il enl\u00e8ve la secr\u00e9taire \u00e0 Jung et \u00e0 KIM, retourne au pays, o\u00f9 l\u2019attend une caisse bien pleine. Le vieux guerrier \u00e9tranger gardant la fille, la caisse, sa terre et ses traditions ? On a tout de m\u00eame du mal \u00e0 y croire, mais nous sommes en pleine l\u00e9gende o\u00f9 l\u2019on prend ses d\u00e9sirs pour des r\u00e9alit\u00e9s. Cette conclusion ironique et d\u00e9sabus\u00e9e marque la fin d\u2019un r\u00eave, d\u2019une charmante l\u00e9gende qui punit le h\u00e9ros trop gourmand et trop capitaliste. Habilement, la dramaturgie refuse de trancher. Elle se borne \u00e0 distribuer r\u00e9compenses et punitions : Jung a les reins bris\u00e9s (image pour une ruine financi\u00e8re), KIM applaudit au d\u00e9part du couple triomphant : n\u2019avait-il pas tout pr\u00e9vu ? Les intrigues, les styles, les exp\u00e9riences et les conclusions finissent par co\u00efncider. Synth\u00e8se interculturelle ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_187\" aria-describedby=\"caption-attachment-187\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-187\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1216327421.jpg\" alt=\"Tout est dans le regard que nous posons les uns sur les autres. Le regard des marionnettistes sur leur cr\u00e9ature est toujours tendre et tendu. Regard ext\u00e9rioris\u00e9 pour la manipulatrice du milieu ; plus ma\u00eetris\u00e9 et professionnel pour celle de gauche ; plus distant et cach\u00e9 pour celui de droite, puisque son personnage regarde de c\u00f4t\u00e9 une sc\u00e8ne intime qui ne le regarde peut-\u00eatre pas. Quand l\u2019autre ne nous regarde plus, nous n\u2019existons plus. Quand nous ne regardons plus l\u2019autre, nous non plus nous n\u2019existons plus.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1216327421.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1216327421-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1216327421-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-187\" class=\"wp-caption-text\">Tout est dans le regard que nous posons les uns sur les autres. Le regard des marionnettistes sur leur cr\u00e9ature est toujours tendre et tendu. Regard ext\u00e9rioris\u00e9 pour la manipulatrice du milieu ; plus ma\u00eetris\u00e9 et professionnel pour celle de gauche ; plus distant et cach\u00e9 pour celui de droite, puisque son personnage regarde de c\u00f4t\u00e9 une sc\u00e8ne intime qui ne le regarde peut-\u00eatre pas. Quand l\u2019autre ne nous regarde plus, nous n\u2019existons plus. Quand nous ne regardons plus l\u2019autre, nous non plus nous n\u2019existons plus.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce n\u2019est pas si s\u00fbr ! A premi\u00e8re vue, oui : tous les ingr\u00e9dients d\u2019une \u0153uvre interculturelle semblent r\u00e9unis : l\u00e9gende fantastique, exotisme, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et rapidit\u00e9 des allusions culturelles, m\u00e9taphores sur la nature inviol\u00e9e &#8211;for\u00eat, haute montagne, prairies, vierges innombrables, distances infinies, obstacles infranchissables. La forme et l\u2019atmosph\u00e8re interculturelles sont donc convoqu\u00e9es, mais ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un habillage de surface, une forme que les contes philosophiques, comme ceux d\u2019un Voltaire ou d\u2019un Montesquieu, utilisent pour mieux faire passer leurs id\u00e9es politiques trop dangereuses pour le pouvoir en place. La pi\u00e8ce est plus globalis\u00e9e qu\u2019interculturelle.<\/p>\n<p>KIM, Kwang Lim utilise la mode interculturelle, la commande pan-asiatique pour la d\u00e9tourner malicieusement du discours habituel sur la sagesse des nations et l\u2019amiti\u00e9 entre les peuples. Il ne va (malheureusement) pas jusqu\u2019\u00e0 choisir une forme politique militante, il ne s\u2019aventure gu\u00e8re au-del\u00e0 du constat de l\u2019exploitation des pays \u00e9mergents. En revanche, on ne peut nier que ce conte vu depuis la Cor\u00e9e oblige le public \u00e0 repenser ses liens face \u00e0 sa propre culture qui elle aussi dispara\u00eet dans l\u2019exploitation forcen\u00e9e des richesses naturelles des autres pays asiatiques.<br \/>\nTelles \u00e9taient les grandes lignes de ma lecture de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a7\u00a7<\/p>\n<p>Ma surprise fut grande en constatant que la mise en sc\u00e8ne du texte est faite avec des marionnettes et des projections visuelles. Le spectacle utilise deux types de marionnettes, manipul\u00e9es \u00e0 vue par cinq \u00e0 six personnes : \u00e0 fil pour les s\u00e9quences du d\u00e9but, du milieu et de la fin centr\u00e9es sur les trois Cor\u00e9ens ; marionnettes beaucoup plus grandes, du type du Bunraku japonais, pour l\u2019histoire de Moussa Mama\u00ef. Sur les deux c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne frontale, deux panneaux accueillent des projections de dessins et peintures anim\u00e9es. Lat\u00e9ralement, un petit orchestre (fl\u00fbte, percussions, piano synth\u00e9tique, harmonica) assure harmonieusement les transitions ou sugg\u00e8re discr\u00e8tement une atmosph\u00e8re kazakhe, ou \u2019orientale\u2019. Un travail impressionnant, en amont, a probablement consist\u00e9, pour le compositeur et les musiciens, \u00e0 s\u2019impr\u00e9gner de la musique traditionnelle kazakhe, \u00e0 emprunter, en les modifiant peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement, les instruments kazakhes, pour produire des m\u00e9lodies accompagnant les actions sc\u00e9niques.<\/p>\n<figure id=\"attachment_188\" aria-describedby=\"caption-attachment-188\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-188\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1408711924.jpg\" alt=\"Le danseur au torse nu, au cr\u00e2ne ras\u00e9, baigne dans un espace de couleurs bariol\u00e9es et de formes abstraites. D\u2019o\u00f9 vient ce corps ? Dans l\u2019univers min\u00e9ral et archa\u00efque des marionnettes, cette chair humaine nous para\u00eet presque incongrue et irr\u00e9elle. Elle nous semble artificielle, \u00e0 l\u2019image de ce visage divis\u00e9 par les hasards des projections ou de l\u2019ombre qui s\u2019inscrit sur la toile. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous avons un instant retrouv\u00e9 notre corps, mais nous regrettons d\u00e9j\u00e0 le monde des pantins, des images, des corps irr\u00e9els.\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1408711924.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1408711924-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1408711924-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-188\" class=\"wp-caption-text\">Le danseur au torse nu, au cr\u00e2ne ras\u00e9, baigne dans un espace de couleurs bariol\u00e9es et de formes abstraites. D\u2019o\u00f9 vient ce corps ? Dans l\u2019univers min\u00e9ral et archa\u00efque des marionnettes, cette chair humaine nous para\u00eet presque incongrue et irr\u00e9elle. Elle nous semble artificielle, \u00e0 l\u2019image de ce visage divis\u00e9 par les hasards des projections ou de l\u2019ombre qui s\u2019inscrit sur la toile. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous avons un instant retrouv\u00e9 notre corps, mais nous regrettons d\u00e9j\u00e0 le monde des pantins, des images, des corps irr\u00e9els.<\/figcaption><\/figure>\n<p>On peut parler de mise en sc\u00e8ne de ces diff\u00e9rents foyers de sens, dans la mesure o\u00f9 les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent en passant d\u2019un lieu, d\u2019une atmosph\u00e8re, d\u2019un type de jeu \u00e0 l\u2019autre, avec les subtilit\u00e9s d\u2019une mise en sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 acteurs vivants. Le dispositif est autant physique-concret que symbolique-abstrait. Il prend en charge l\u2019\u00e9nonciation dramatique du texte tout en imposant sa propre logique visuelle et sonore. Il ma\u00eetrise les nombreux niveaux de narration, tout en les subordonnant \u00e0 l a narration globale de la mise en sc\u00e8ne, l\u2019histoire d\u2019un voyage aller-retour au Kazakhstan. Les diff\u00e9rents sous-espaces sont autant de plans selon la profondeur et la lat\u00e9ralit\u00e9 : le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre rythme le spectacle et clarifie le r\u00e9cit. Ce r\u00e9cit est proche de celui du texte dramatique de KKL, mais il s\u2019autorise, \u00e0 juste titre, quelques simplifications : certaines sc\u00e8nes (celles de vierges blanches, ou celle, sugg\u00e9r\u00e9e par la didascalie, du tsunami) sont rendues par l\u2019image anim\u00e9e et sonoris\u00e9e : ainsi l\u2019\u00e9vocation, assez lourde dans le texte, des vierges consolant le Guerrier Mama\u00ef ou l\u2019entreprenant Jung, est magnifiquement et po\u00e9tiquement rendue par leurs silhouettes anim\u00e9es et leurs piailleries d\u2019oiseaux enfantins (seul moment o\u00f9 les voix humaines ont \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9es au mixage).<\/p>\n<p>Globalement, les marionnettes servent tr\u00e8s bien la pi\u00e8ce de KIM, Kwang Lim. Elles transcendent le sch\u00e9matisme du texte dramatique, le justifient a posteriori comme un sc\u00e9nario indispensable pour construire un spectacle. Elles en donnent n\u00e9cessairement une certaine interpr\u00e9tation, ne serait-ce qu\u2019en figurant les divers personnages, en leur attribuant des caract\u00e8res d\u2019autant plus pr\u00e9gnants qu\u2019ils sont fig\u00e9s et stylis\u00e9s. On peut regretter que la fin de l\u2019histoire soit un peu escamot\u00e9e : si l\u2019\u00e9pisode de la Princesse Perry, ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019intrigue principale, ne souffre pas d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 une \u00e9vocation visuelle et sonore, la derni\u00e8re sc\u00e8ne para\u00eet un peu pr\u00e9cipit\u00e9e et simplifi\u00e9e : le tsunami, le tremblement de terre et surtout l\u2019image finale des Cor\u00e9ens \u2018au sol\u2019 ne sont ni jou\u00e9s ni dessin\u00e9s. La narration (le <em>storytelling<\/em>) souffre un peu de s\u2019arr\u00eater si brusquement, sans une image finale r\u00e9capitulative, comme le sugg\u00e8re la longue derni\u00e8re didascalie de la pi\u00e8ce. Hormis ce d\u00e9tail, la mani\u00e8re de narrer propre \u00e0 KIM, Kwang Lim se pr\u00eate bien aux marionnettes et aux images anim\u00e9es. L\u2019ordre et le contenu des sc\u00e8nes y sont respect\u00e9s. La voix <em>off<\/em>, au d\u00e9but et \u00e0 la fin, sert de commentaire, r\u00e9sume, concentre les actions de longue dur\u00e9e, lesquelles forment la base historique de cette l\u00e9gende et de sa narration cor\u00e9enne d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Les marionnettes servent \u00e9galement l\u2019aspect sch\u00e9matique du conte, elles donnent une image imm\u00e9diate et plastique des actions l\u00e9gendaires. Les personnages y sont fig\u00e9s comme des caricatures pour toute la repr\u00e9sentation : le po\u00e8te est un petit gros alcoolique \u00e0 lunettes ; le patron est \u00e9l\u00e9gant, du genre \u2018vieux beau\u2019 un peu collant ; la secr\u00e9taire est souriante, sexy et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e.<\/p>\n<p>Les marionnettes, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et celles-ci en particulier, \u2018rabotent\u2019 les subtilit\u00e9s et les ambigu\u00eft\u00e9s psychologiques et linguistiques du texte dramatique. Elles ne peuvent pas rendre, par exemple, l\u2019ambivalence des sentiments (comme cet amour-haine pour les femmes). Toutes les informations sur la physionomie des personnages d\u2019une pi\u00e8ce jou\u00e9e par des acteurs disparaissent ou se figent dans la marionnette sans nuance ni subtilit\u00e9. Lorsque la psychologie se mue en art plastique, il y a n\u00e9cessairement une r\u00e9duction, ou, \u00e0 tout le moins, un changement d\u2019\u00e9chelle. La m\u00e9morisation et l\u2018appr\u00e9hension mentale et \u00e9motionnelle par le spectateur est alors tr\u00e8s diff\u00e9rente. L\u2019arch\u00e9type et le mythe personnel que nous avons cru rep\u00e9rer dans le texte et sa fable sont encore plus inaccessibles, dans la mesure o\u00f9 ils ne semblent pas avoir \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement soulign\u00e9s par le jeu et la mise en sc\u00e8ne des marionnettes. La stylisation des visages et des gestes, l\u2019exag\u00e9ration des traits physionomiques et caract\u00e9riels transforme la psychologie et l\u2019identification en valeurs plastiques dont l\u2019impact \u00e9motionnel est tout autre. Le rapport du spectateur au personnage et \u00e0 l\u2019univers repr\u00e9sent\u00e9 devient tout autre. Comme dans le Bunraku, les manipulateurs sont visibles ; mais ils travaillent ici \u00e0 visage d\u00e9couvert, ce qui nous procure le plaisir suppl\u00e9mentaire de suivre leurs mouvements corporels et leur expression faciale. Le visage de certains manipulateurs semble \u2018imiter\u2019 et reproduire celui de leur marionnette. L\u2019acteur est ainsi r\u00e9introduit, alors que la marionnette vient de nous lib\u00e9rer de l\u2019acteur<a href=\"#end3\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. La marionnette nous d\u00e9barrasse de la psychologie et d\u2019une mauvaise ma\u00eetrise des \u00e9motions et du corps. Elle nous permet surtout ce que Barthes, \u00e0 propos du Bunraku, d\u00e9signait comme une \u00ab abstraction sensible \u00bb : \u00ab ce n\u2019est pas la simulation du corps qu\u2019il recherche c\u2019est, si l\u2019on peut dire, son abstraction sensible<a href=\"#end4\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00ab abstraction sensible \u00bb, cette id\u00e9e artaudienne que le th\u00e9\u00e2tre \u00ab doit devenir une sorte de d\u00e9monstration exp\u00e9rimentale de l\u2019identit\u00e9 profonde du concret et de l\u2018abstrait<a href=\"#end5\"><sup>[4]<\/sup><\/a> \u00bb, le spectacle de Yoon et les marionnettes de Moon, Jaehee l\u2019illustrent \u00e0 tout moment. L\u2019abstraction des figures n\u2019exclut pas le r\u00e9alisme vocal des paroles. A deux reprises apparaissent des acteurs-danseurs, comme pour nous redonner un go\u00fbt de chair fra\u00eeche. De profil et d\u2019assez loin, pour la femme-l\u00e9opard, englu\u00e9e, semble-t-il, dans le mazout, priv\u00e9e d\u00e9sormais de son aura d\u2019invincibilit\u00e9 ; de tr\u00e8s pr\u00e8s, pour l\u2019acteur d\u00e9nud\u00e9, qui pourrait \u00eatre son mari ou le corps du mari, un corps humain d\u00e9fiant le corps inerte des marionnettes. Les figures abstraites que propose cette chair bien humaine sont aux antipodes des gestes toujours figuratifs et fonctionnels des pantins.<\/p>\n<figure id=\"attachment_189\" aria-describedby=\"caption-attachment-189\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-189\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1008884584.jpg\" alt=\"Dans cette sc\u00e8ne finale, le couple inattendu \u2014 le sauvage et la secr\u00e9taire \u2014 est seul sur un chemin qui ne m\u00e8ne nulle part, un Holzweg : un chemin de bois, aurait dit Heidegger. Il n\u2019est pas ais\u00e9 de cheminer c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et du m\u00eame pas. Aussi et surtout pour les marionnettes. Elles pr\u00e9f\u00e8rent nous faire face. Et nous n\u2019en percevons que mieux le parfait parall\u00e9lisme de leurs accompagnatrices, les marionnettistes, parfaitement align\u00e9es sur leurs cr\u00e9atures de fil, s\u2019identifiant \u00e0 elles, sans nul doute. Le couple s\u2019est un instant arr\u00eat\u00e9 comme pour dire adieu. Avant de repartir. Mais vers quel monde ?\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1008884584.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1008884584-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1008884584-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-189\" class=\"wp-caption-text\">Dans cette sc\u00e8ne finale, le couple inattendu \u2014 le sauvage et la secr\u00e9taire \u2014 est seul sur un chemin qui ne m\u00e8ne nulle part, un Holzweg : un chemin de bois, aurait dit Heidegger. Il n\u2019est pas ais\u00e9 de cheminer c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et du m\u00eame pas. Aussi et surtout pour les marionnettes. Elles pr\u00e9f\u00e8rent nous faire face. Et nous n\u2019en percevons que mieux le parfait parall\u00e9lisme de leurs accompagnatrices, les marionnettistes, parfaitement align\u00e9es sur leurs cr\u00e9atures de fil, s\u2019identifiant \u00e0 elles, sans nul doute. Le couple s\u2019est un instant arr\u00eat\u00e9 comme pour dire adieu. Avant de repartir. Mais vers quel monde ?<\/figcaption><\/figure>\n<p>On aurait pu esp\u00e9rer que l\u2019abstraction sensible vaille \u00e9galement pour les voix pr\u00e9enregistr\u00e9es. Mais ici, l\u2019alliance de l\u2019abstrait et du sensible ne fonctionne pas bien : les voix, tr\u00e8s dramatiquement prof\u00e9r\u00e9es et parfaitement enregistr\u00e9es, ressemblent trop aux voix d\u2019un dessin anim\u00e9, d\u2019un film r\u00e9aliste, voire d\u2019un reportage radiophonique. Elles sont trop naturalistes et psychologiques, elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 stylis\u00e9es et retravaill\u00e9es par l\u2019acteur-locuteur ou par la technologie \u00e9lectro-acoustique de fa\u00e7on \u00e0 correspondre aux corps abstraits et plastiques des marionnettes. Alors que la musique a \u00e9t\u00e9 magnifiquement adapt\u00e9e et index\u00e9e aux besoins dramaturgiques, les voix des dialogues sont d\u2019une trop parfaite \u2018lisibilit\u00e9\u2019\/audibilit\u00e9, ce qui peut g\u00eaner la perception artistique des figures plastiques stylis\u00e9es. Cette concession au th\u00e9\u00e2tre parl\u00e9, aux voix, \u00e0 la psychologie du drame ne remet toutefois pas en question la pr\u00e9pond\u00e9rance, dans ce spectacle, des arts plastiques et des marionnettes<a href=\"#end6\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Les arts plastiques tendent toujours par leur force expressive et leur caract\u00e8re non verbal \u00e0 masquer l\u2019historicit\u00e9, la politique et l\u2019histoire. Les marionnettes cr\u00e9es par Lim Eunjo, dirig\u00e9es par Moon Jaehee, la mise en espace de Yoon Jeongseop tirent la pi\u00e8ce vers le merveilleux, le monde de l\u2019enfance et la pi\u00e8ce de KIM, Kwang Lim devient un spectacle tous publics. Elle n\u2019acquiert pas une dimension politique qu\u2019elle n\u2019a pas explicitement dans sa version textuelle. Gr\u00e2ce \u00e0 sa nouvelle dimension plastique et musicale, elle aide les spectateurs \u00e0 faire une exp\u00e9rience directe et sensuelle de la culture et du voyage. Elle donne du corps \u00e0 la pi\u00e8ce trop sch\u00e9matique et r\u00e9flexive, voire autor\u00e9flexive. La musique, enregistr\u00e9e ou <em>live<\/em>, les couleurs chaudes, les images anim\u00e9es aussi par la musique accompagnante, aident \u00e0 sugg\u00e9rer, plus qu\u2019\u00e0 reconstituer la culture kazakhe. L\u2019autre, Mama\u00ef ou Jezternakh, est montr\u00e9 comme sauvage et effrayant, inconnu et indomptable. Les cheveux de Mama\u00ef font l\u2019effet de tresses, chevelure de Gorgone ou de M\u00e9duse. Est-ce l\u00e0 une mani\u00e8re tr\u00e8s exotique et orientaliste de figurer l\u2019autre ? L\u2019autre est toujours un inconnu, un \u00e9trange et un \u00e9tranger qui n\u2019est pas \u2018de la maison\u2019 (<em>Heim<\/em>), qui reste donc <em>unheimlich<\/em>(Freud) : un \u00eatre d\u2019une inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. Par opposition, les trois Cor\u00e9ens font l\u2019effet de touristes occidentaux caricaturaux : sorte de m\u00e9nage \u00e0 trois de la com\u00e9die bourgeoise ! La pi\u00e8ce reproduit avec ironie le sch\u00e9ma id\u00e9ologique orientaliste d\u2019antan. A une diff\u00e9rence pr\u00e8s : autrefois, c\u2019\u00e9tait l\u2019Occident qui \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un homme agressif, l\u2019Orient \u00e9tant une femme belle et soumise, que l\u2019on n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 violer ou \u00e0 tuer si elle r\u00e9sistait \u00e0 la conqu\u00eate. A pr\u00e9sent, ce sont les Cor\u00e9ens qui sont en position occidentale (ou faut-il dire : capitaliste ?) : ils partent \u00e0 la recherche de march\u00e9s, comme les Europ\u00e9ens au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. On est toujours l\u2019Occidental de quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019ancienne opposition Occident <em>vs<\/em>. Orient ou celle, plus r\u00e9cente, d\u2019Am\u00e9rique\/Europe<em>vs<\/em>. Asie, n\u2019a plus grand sens. Le capitalisme dans sa phase avanc\u00e9e s\u2019est charg\u00e9 de la mettre en question. Tout comme la question du fantasme inconscient d\u2019\u00eatre s\u00e9duit, puis abandonn\u00e9 et menac\u00e9 par une femme belle et sauvage &#8212; la belle \u00e9trang\u00e8re, en somme&#8211;, ne cesse de resurgir et de nous interroger, la question de la politique, de l\u2019intrusion du capitalisme cor\u00e9en et international dans la vie et la survie des pays asiatiques fr\u00e8res n\u2019arr\u00eate pas non plus de nous sauter au visage, quel que soit le masque que nous imposent les marionnettes. Tel est peut-\u00eatre le message implicite de cette r\u00e9\u00e9criture sc\u00e9nique de la l\u00e9gende venue du Kazakhstan.<\/p>\n<hr>\n<p><b>Notes de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size: 13px;\"><a name=\"end2\"><\/a>[1]&nbsp;Selon Charles Mauron. <em>Des M\u00e9taphores obs\u00e9dantes au mythe personnel. Introduction \u00e0 la psychocritique.<\/em> Paris, Corti, 1963.<br \/>\n<a name=\"end3\"><\/a>[2]&nbsp;\u00ab Le Bunraku ne signe pas l\u2019acteur, il nous en d\u00e9barrasse. \u00bb(Roland Barthes. <em>L\u2019Empire des signes<\/em>, Paris, Skira, 1970. Repris dans : <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, p.788).<br \/>\n<a name=\"end4\"><\/a>[3]&nbsp;<em>Ibid.,<\/em> p. 789.<br \/>\n<a name=\"end5\"><\/a>[4] Antonin Artaud. <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son double<\/em>. Paris, Gallimard, 1964, p.164.<br \/>\n<a name=\"end6\"><\/a>[5] Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant qu\u2019elles vinssent d\u2019une autre source que des haut-parleurs : des marionnettistes, par exemple, m\u00eame si ceux-ci ne sont pas acteurs. Ou bien d\u2019acteurs visibles ou masqu\u00e9s disant le texte en direct, selon une <em>Sprachregie<\/em>, comme disent les Allemands, une mise en sc\u00e8ne de la voix et de la langue.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-190\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-150x150.jpg\" alt=\"1220565888\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Patrice Pavis<\/strong> was professor of theatre studies at the University of Paris (1976-2007). He is currently professor in the department of Drama at the University of Kent at Canterbury. Educated in the Ecole normale sup\u00e9rieure de Saint-Cloud (1968-1972), where he studied German and French literature, he has published a<em>Dictionary of theatre<\/em> (translated in thirty languages), and books on Performance analysis, Contemporary French dramatists and Contemporary mise-en-sc\u00e8ne. He is an Honorary Fellow at the University of London (Queen Mary) and <em>Honoris Causa Doctor<\/em> at the University of Bratislava. His most recent publication is: <em>La Mise en sc\u00e8ne contemporaine<\/em>, Armand Colin, 2007. In 2011-2012, he is a visiting professor at the Korea National University of the Arts, Seoul.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2011 Patrice Pavis<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrice Pavis* Photographer: Yong, Seong Jeon Translator: Lee, Soo Comment \u00e9crire sur le pass\u00e9 d\u2019un pays asiatique mal connu, peut-\u00eatre imaginaire, depuis la perspective d\u2019un pays r\u00e9cemment entr\u00e9 dans l\u2019hyper-modernit\u00e9 comme la Cor\u00e9e ? Telle est la gageure qu\u2019a d\u00fb<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":190,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-183","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-content\/uploads\/sites\/7\/2016\/03\/1220565888.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7j4p8-2X","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=183"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":799,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183\/revisions\/799"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/media\/190"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/5\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}