{"id":51,"date":"2016-02-22T20:07:32","date_gmt":"2016-02-22T20:07:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/?p=51"},"modified":"2023-03-01T17:21:15","modified_gmt":"2023-03-01T17:21:15","slug":"en-quete-dune-issue-pour-demain-entretien-avec-zinnie-harris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/en-quete-dune-issue-pour-demain-entretien-avec-zinnie-harris\/","title":{"rendered":"En qu\u00eate d&#8217;une issue pour demain  \u2014 Entretien avec Zinnie Harris"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">Propos recueillis par <strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_55\" aria-describedby=\"caption-attachment-55\" style=\"width: 180px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-55\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1319166394.png\" alt=\"Zinnie Harris \u00a9 Alan McCredie\" width=\"180\" height=\"269\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-55\" class=\"wp-caption-text\">Zinnie Harris \u00a9 Alan McCredie<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Abstract<br \/>\n<\/strong><br \/>\nFrench critic Ir\u00e8ne Sadowska Guillon interviews playwright and director Zinnie Harris: How \u2014 after the radical movement, the extreme violence of the visions of human catastrophe, the barbarism running in the plays of Edward Bond, Howard Barker and Sarah Kane \u2014 do the British playwrights of the new generation speak of the state of our world? The theatre of Zinnie Harris turned to writing in the early 2000s and continues to examine the various aspects and consequences of wars and conflicts that never end: the blurring of identities, childhood erased by a violence that transforms humans into lying brutes, the state of speech, language, the sources of falsehood or the breath of life?<\/p>\n<p>Born in 1973, Zinnie Harris first studied zoology, staging and dramaturgy. She worked as a director. In 1999, she wrote her first play <em>By Many Wounds<\/em> and in 2000 <em>Further Than the Furthest Thing<\/em>. She also wrote <em>The Chain Play<\/em> (2001), <em>Midwinter<\/em> (2004) and <em>Solstice<\/em> (2005). A playwright and director, winner of numerous awards, she writes for the Royal Court Theatre, Royal Shakespeare Company and the Royal Lyceum Theatre in Edinburgh where she lives.<\/p>\n<p>Comment, apr\u00e8s la geste radicale, la violence extr\u00eame des visions de la catastrophe humaine, de la barbarie en marche, dans les th\u00e9\u00e2tres d&#8217;Edward Bond, d&#8217;Howard Barker et de Sarah Kane, les dramaturges britanniques de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration parlent-t-ils de l&#8217;\u00e9tat de notre monde ? Le th\u00e9\u00e2tre de Zinnie Harris, venue \u00e0 l&#8217;\u00e9criture au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, ne cesse d&#8217;interroger les divers aspects et cons\u00e9quences des guerres, des conflits qui n&#8217;en finissent pas : brouillage des identit\u00e9s, enfance confisqu\u00e9e, violence qui transforme les \u00eatres humains en brutes, mensonge devenu une n\u00e9cessit\u00e9 pour r\u00e9sister et continuer \u00e0 exister, statut de la parole, du langage, source de mensonge ou souffle de vie ?<\/p>\n<p>N\u00e9e en 1973, Zinnie Harris fait d&#8217;abord des \u00e9tudes de zoologie puis de mise en sc\u00e8ne et de dramaturgie. Elle travaille comme metteur en sc\u00e8ne. En 1999 elle \u00e9crit sa premi\u00e8re pi\u00e8ce <em>By many wounds<\/em> et en 2000<em>Plus loin que loin<\/em> qui l&#8217;ont fait remarquer.<\/p>\n<p>Laur\u00e9ate de plusieurs Prix, Zinnie Harris met en sc\u00e8ne, collabore et \u00e9crit pour la Royal Court Company, la Royal Shakespeare Company et pour le Royal Lyceum Theatre d&#8217;\u00c9dimbourg o\u00f9 elle vit.<\/p>\n<p>Sa trilogie <em>Solstice<\/em>, <em>Hiver<\/em>, <em>Automne<\/em>, \u00e9crite en 2004 et 2005, pendant la guerre d&#8217;Irak, est une commande de la Royal Shakespeare Company.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de Zinnie Harris, \u00e9minemment politique, impr\u00e9gn\u00e9 d&#8217;humanisme, retrouve la port\u00e9e symbolique, m\u00e9taphysique de la parole, du langage. Le destin des individus pris dans le tourbillon de la guerre, l&#8217;identit\u00e9 en crise, l&#8217;absence, l&#8217;enfance perdue, traumatis\u00e9e, le statut du langage, la validit\u00e9 des principes \u00e9thiques en temps de guerre, sont des th\u00e8mes r\u00e9currents de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Dans <em>Plus loin que loin<\/em> Zinnie Harris s&#8217;inspire de l&#8217;histoire de l&#8217;\u00eele Tristan da Cunha et de son histoire familiale, en situant l&#8217;action de la pi\u00e8ce dans les ann\u00e9es 1960 dans une \u00eele volcanique, perdue au milieu de l&#8217;Atlantique, o\u00f9 son grand-p\u00e8re, pasteur anglican, fut nomm\u00e9 peu apr\u00e8s la II Guerre Mondiale.<\/p>\n<p>Francis, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es pass\u00e9es au Cap, revient sur l&#8217;\u00eele avec Hansen, un industriel qui veut y implanter une usine de conserves. Le volcan r\u00e9veill\u00e9 oblige tout le monde \u00e0 fuir en Angleterre o\u00f9 ils vont travailler dans une usine d&#8217;Hansen.<\/p>\n<p>Supportant mal l&#8217;exil, chacun d&#8217;eux sera amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9terminer et \u00e0 faire un choix entre deux mondes oppos\u00e9s incarn\u00e9s par deux \u00eeles : une sauvage, de la nature d\u00e9cha\u00een\u00e9e et des passions exacerb\u00e9es, l&#8217;autre, l&#8217;Angleterre, de la civilisation, de la puissance \u00e9conomique, confortable mais confin\u00e9e. Francis, tiraill\u00e9 entre ces deux mondes, n&#8217;arrive pas \u00e0 choisir son camp.<\/p>\n<p><em>Solstice<\/em>, premier volet de sa trilogie articul\u00e9e sur le th\u00e8me des guerres, s&#8217;inspire des conflits religieux et nationalistes en Irlande.<\/p>\n<p>L&#8217;action d&#8217;<em>Hiver<\/em> se passe dans un pays en guerre o\u00f9 la violence quotidienne et la famine r\u00e9duisent les humains \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de b\u00eates. Une femme, Maud, troque la carcasse d&#8217;un cheval mort contre un enfant autiste autour duquel, usurpant l&#8217;identit\u00e9 de sa s\u0153ur disparue, elle va tenter de reconstruire un foyer, une fausse famille, un havre de paix qu&#8217;elle prot\u00e8ge de la violence ext\u00e9rieure. Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;amour, \u00e0 la tendresse, elle rend la parole \u00e0 l&#8217;enfant. \u00c0 son choix de fuir le chaos, la barbarie environnante, se renfermant dans son petit univers o\u00f9 elle restaure l&#8217;ordre, cultive des plantes, symboles de renaissance, et fait des projets d&#8217;avenir, Zinnie Harris oppose l&#8217;attitude de Kate, personnage central d&#8217;<em>Automne<\/em>, troisi\u00e8me volet de sa trilogie.<\/p>\n<p>Si Maud pour se sauver avec l&#8217;enfant qui lui tient lieu de fils, tourne le dos \u00e0 la sauvagerie de la guerre, comme beaucoup d&#8217;entre nous qui impuissants face aux horreurs du monde d\u00e9cident de ne plus les voir, Kate, au contraire, choisit de les affronter, de lutter contre la violence et la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9criture sobre, d\u00e9pouill\u00e9e, rapide, qui va \u00e0 l&#8217;essentiel, Zinnie Harris recourt \u00e0 un langage simplifi\u00e9 \u00e0 l&#8217;extr\u00eame. Une sorte de \u00ab protolangage \u00bb tr\u00e8s physique, \u00e0 la parole rugueuse, brute, puissante, surgissant du corps telle la respiration, le souffle de vie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_54\" aria-describedby=\"caption-attachment-54\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-54\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1044311375.jpg\" alt=\"Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1044311375.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1044311375-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1044311375-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-54\" class=\"wp-caption-text\">Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain<\/figcaption><\/figure>\n<blockquote><p>Votre th\u00e9\u00e2tre n&#8217;est pas un th\u00e9\u00e2tre d&#8217;id\u00e9es, d&#8217;anecdote. Vous montrez dans vos pi\u00e8ces des \u00eatres de chair dans des situations limites qui partent de la r\u00e9alit\u00e9. Cela vient-il de votre exp\u00e9rience de mise en sc\u00e8ne et du travail avec les acteurs?<\/p><\/blockquote>\n<p>J&#8217;ai fait des \u00e9tudes de mise en sc\u00e8ne et je m&#8217;y suis consacr\u00e9e totalement. L&#8217;\u00e9criture est venue plus tard. Assez rapidement mes textes ont \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9s et moi-m\u00eame reconnue comme \u00e9crivain.<\/p>\n<p>Je continue aujourd&#8217;hui \u00e0 pratiquer ces deux disciplines qui se nourrissent mutuellement. Il est certain que ma pratique de la sc\u00e8ne agit sur mon rapport au langage, sur mon approche tr\u00e8s concr\u00e8te, physique, de la r\u00e9alit\u00e9, des \u00eatres humains et des situations dans lesquelles ils se trouvent.<\/p>\n<blockquote><p>Vous faites partie de la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;auteurs d&#8217;apr\u00e8s le 11 septembre, d&#8217;apr\u00e8s la guerre Irak. Comment vous situez-vous par rapport au th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Edward Bond, et \u00e0 celui de Sarah Kane ? Que vous ont-ils apport\u00e9 ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Je connais et j&#8217;admire le travail de Sarah Kane et d&#8217;Edward Bond mais je ne pense pas \u00e0 eux quand je suis en train d&#8217;\u00e9crire. J&#8217;aime le style tr\u00e8s \u00e9conome de Bond et de Kane, j&#8217;ai beaucoup appris d&#8217;eux. Quand j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire je notais certains proc\u00e9d\u00e9s que Bond, Kane et d&#8217;autres grands auteurs comme Arthur Miller, David Mamet, Shakespeare utilisaient, par exemple le rythme int\u00e9rieur d&#8217;une sc\u00e8ne, la fa\u00e7on dont l&#8217;action dramatique compl\u00e8te le dialogue, l&#8217;usage des circonstances et les traces qu&#8217;elles laissent, comment le personnage est construit, comment il change tout au long de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s quelques ann\u00e9es d&#8217;\u00e9criture j&#8217;ai cherch\u00e9 plut\u00f4t \u00e0 trouver mon propre style et ma propre voie. Je pense que maintenant mon travail est beaucoup influenc\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements de ma propre vie et par mes propres pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Par exemple <em>Hiver<\/em> a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s la naissance de mon premier enfant. Je vois aujourd&#8217;hui \u00e0 quel point je me suis investie moi-m\u00eame dans l&#8217;attitude de Maud dans la pi\u00e8ce qui recueille le petit gar\u00e7on traumatis\u00e9 par la guerre, essaye de le pr\u00e9server de la barbarie et de construire pour lui quelque chose de stable, d&#8217;imaginer le futur pour elle et lui.<\/p>\n<blockquote><p>Quels sont les th\u00e8mes r\u00e9currents dans vos pi\u00e8ces ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Ils rel\u00e8vent de mes pr\u00e9occupations : comment peut-on se r\u00e9concilier avec la vie et \u00eatre parfaitement heureux chez soi, avec ses enfants, avec autour de nous tant d&#8217;atrocit\u00e9s tous les jours et des gens qui vivent dans une mis\u00e8re terrible ? Cette interrogation sous-tend ma trilogie <em>Solstice<\/em>, <em>Hiver<\/em>, <em>Automne<\/em>.<\/p>\n<p>Dans <em>Hiver<\/em> le personnage principal, Maud, finit par penser que la seule voie pour arriver \u00e0 un certain bonheur et \u00e0 une paix int\u00e9rieure, est de se recentrer sur sa maison, son jardin, son enfant, de les prot\u00e9ger contre la barbarie ext\u00e9rieure. \u00ab Quoiqu&#8217;il se passe dehors ici c&#8217;est la paix \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Dans <em>Automne<\/em> Kate, le personnage principal, repr\u00e9sente un point de vue oppos\u00e9 : nous avons une responsabilit\u00e9 face \u00e0 l&#8217;horreur du monde, nous devons l&#8217;affronter, t\u00e9moigner. Toutes les deux ont raison dans un sens. Je pense qu&#8217;entre ces deux positions extr\u00eames il y en a une, interm\u00e9diaire, o\u00f9 il est possible de vivre.<\/p>\n<p>La question que je me pose sans cesse c&#8217;est comment r\u00e9soudre ce probl\u00e8me au quotidien, pour soi-m\u00eame ?<\/p>\n<blockquote><p>Votre trilogie s&#8217;articule sur le th\u00e8me de la guerre. Mais tandis que chez Bond le monde court \u00e0 la catastrophe dont il ne voit pas l&#8217;issue, vous en voyez une, positive : une possibilit\u00e9 de reconstruction, de renaissance. S&#8217;agit-il d&#8217;une r\u00e9ponse aux <em>Pi\u00e8ces de guerre<\/em> de Bond ? Sur quoi fondez-vous votre foi en l&#8217;\u00eatre humain ? Qu&#8217;est-ce qui peut sauver l&#8217;humanit\u00e9 ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Ma trilogie ne se r\u00e9f\u00e8re ni ne r\u00e9pond aux <em>Pi\u00e8ces de guerre<\/em> ni \u00e0 aucune autre pi\u00e8ce d&#8217;Edward Bond. Elle est une tentative de r\u00e9pondre \u00e0 mes propres questions sur la guerre en tant qu&#8217;individu et m\u00e8re de trois enfants qui essaye d&#8217;\u0153uvrer pour que nous ayons l&#8217;espoir du futur, si tant est que nous puissions l&#8217;avoir.<\/p>\n<p>Je ne suis pas dans un d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es. Je pars souvent de faits autobiographiques, v\u00e9cus, que je projette dans une fiction permettant d&#8217;imaginer des solutions possibles, une sorte de \u00ab et si&#8230; \u00bb C&#8217;est une fa\u00e7on de d\u00e9passer le simple constat du d\u00e9sastre, de chercher une issue.<\/p>\n<figure id=\"attachment_53\" aria-describedby=\"caption-attachment-53\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-53\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1309777732.jpg\" alt=\"Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain\" width=\"700\" height=\"665\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1309777732.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1309777732-300x285.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1309777732-768x730.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-53\" class=\"wp-caption-text\">Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain<\/figcaption><\/figure>\n<blockquote><p>Un des personnages dans <em>Hiver<\/em> dit : d\u00e9sormais la guerre se fera sans soldats. Que voulez-vous dire par l\u00e0 ?<\/p><\/blockquote>\n<p>J&#8217;imagine que la prochaine guerre sera plus terrible encore, qu&#8217;elle ne sera m\u00eame pas une bataille entre les gens. Quelque chose de plus terrifiant encore&#8230;<\/p>\n<blockquote><p>Vous montrez dans <em>Hiver<\/em> un microcosme humain repr\u00e9sentant trois g\u00e9n\u00e9rations : le vieux, la femme et l&#8217;homme adultes et l&#8217;enfant, tous \u00e9prouv\u00e9s par la guerre sans cesse recommenc\u00e9e. Seule la femme, Maud, fait un effort pour reconstruire son petit monde, pour r\u00e9apprendre la tendresse et le langage \u00e0 l&#8217;enfant autiste. Mais son projet du futur, bas\u00e9 sur le mensonge et le meurtre, n&#8217;est-il pas une illusion ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Oui, c&#8217;est cela l&#8217;ironie. Pour survivre en conservant une sant\u00e9 mentale au milieu des horreurs on doit s&#8217;auto tromper, arriver \u00e0 faire croire \u00e0 soi-m\u00eame que tout est O.K. C&#8217;est une strat\u00e9gie \u00e0 laquelle Maud recourt pour se raccrocher \u00e0 quelque chose et ne plus voir ce qui se passe autour.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce Maud, le vieux et l&#8217;enfant sont r\u00e9duits \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de b\u00eates qui d\u00e9vorent la chair crue d&#8217;un cheval mort. Ils se trouvent \u00e0 un stade de barbarie, d&#8217;\u00e9change, de troc. Maud va \u00e9changer la viande du cheval contre l&#8217;enfant. Elle va mettre en sc\u00e8ne le th\u00e9\u00e2tre de la vie, une fausse famille pour l&#8217;enfant, avec un faux fils, un faux mari, s&#8217;appropriant elle-m\u00eame l&#8217;identit\u00e9 de sa s\u0153ur disparue.<\/p>\n<blockquote><p>Les personnages de vos pi\u00e8ces se trouvent en crise d&#8217;identit\u00e9, dans des situations extr\u00eames o\u00f9 les valeurs \u00e9thiques n&#8217;ont plus cours&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce qui m&#8217;int\u00e9resse c&#8217;est comment ils changent dans ces situations de crise. Comment par exemple finissent-ils par s&#8217;identifier par rapport au conflit, aux guerres qui durent ? Qu&#8217;est-ce qui se passe quand ils se trouvent dans de nouvelles circonstances, quand la paix arrive, bousculant tous leurs rep\u00e8res au point qu&#8217;ils ne savent plus \u00e0 quoi s&#8217;identifier, ni qui ils sont ? Ces questions soutendent les pi\u00e8ces de ma trilogie repr\u00e9sentent les divers aspects de la guerre : <em>Solstice<\/em> commence avant le d\u00e9but de la guerre,<em>Hiver<\/em> se passe pendant la guerre et dans <em>Automne<\/em> on voit une soci\u00e9t\u00e9 au sortir de la guerre.<\/p>\n<p>Dans ces situations de crise les gens doivent in extremis remettre en cause leurs valeurs, faire des choix, prendre des d\u00e9cisions d\u00e9finitives pour continuer \u00e0 vivre, comme : r\u00e9inventer son identit\u00e9, prendre celle d&#8217;une autre personne, tuer, etc&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est le cas de Maud dans <em>Hiver<\/em> : pour pr\u00e9server la s\u00e9curit\u00e9 de son nouveau foyer et de l&#8217;enfant qu&#8217;elle a recueilli, elle n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 tuer son beau-fr\u00e8re qui les menace.<\/p>\n<figure id=\"attachment_52\" aria-describedby=\"caption-attachment-52\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-52\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1182614000.jpg\" alt=\"Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain\" width=\"700\" height=\"531\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1182614000.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1182614000-300x228.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1182614000-768x583.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-52\" class=\"wp-caption-text\">Hiver, written by Zinnie Harris, directed by Guy Pierre Coulaud at Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate, 2011 \u00a9 C. Urbain<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Cr\u00e9ations en France<\/strong><\/p>\n<p><em>Plus loin que loin<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2005 au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point \u00e0 Paris par Sandrine Lanno.<\/p>\n<p><em>Hiver<\/em>, cr\u00e9\u00e9 par Guy Pierre Couleau \u00e0 la Com\u00e9die de l&#8217;Est \u00e0 Colmar (du 16 novembre au 3 d\u00e9cembre 2010), jou\u00e9 du 14 janvier au 13 f\u00e9vrier 2011 au Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate \u00e0 Paris, continue sa tourn\u00e9e en France en 2011.<\/p>\n<p><em>Hiver<\/em> suivi de <em>Cr\u00e9puscule<\/em> sont publi\u00e9s aux \u00c9ditions des Quatre Vents \u00e0 Paris.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-57\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1067702142-150x150.png\" alt=\"1067702142\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong><em>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/em><\/strong> est Critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et Pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb Echanges Franco Hispaniques des Dramaturgies Contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2011 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propos recueillis par Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon[1] Abstract French critic Ir\u00e8ne Sadowska Guillon interviews playwright and director Zinnie Harris: How \u2014 after the radical movement, the extreme violence of the visions of human catastrophe, the barbarism running in the plays of Edward<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":55,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-51","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews","","tg-column-two"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7j4tu-P","jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1319166394.png","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":771,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions\/771"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/media\/55"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}