{"id":143,"date":"2016-02-23T19:51:17","date_gmt":"2016-02-23T19:51:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/?p=143"},"modified":"2023-03-19T22:48:18","modified_gmt":"2023-03-19T22:48:18","slug":"la-creation-theatrale-a-la-havane-espace-de-renouveau-de-la-reflexion-identitaire-cubaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/la-creation-theatrale-a-la-havane-espace-de-renouveau-de-la-reflexion-identitaire-cubaine\/","title":{"rendered":"La cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale \u00e0 la Havane: Espace de renouveau de la r\u00e9flexion identitaire cubaine"},"content":{"rendered":"<p><strong>Alvina Ruprecht<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-144\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1336489735.png\" alt=\"1336489735\" width=\"270\" height=\"180\"><\/p>\n<p><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p>Recent stagings by Cuban author\/director Eugenio Hernandez Espinosa (Maria Antonia) and by director Pedro \u00c1ngel Vera (Solo de Gato \u2013 Histoires de chats), are associated with a performance entitled <em>Visiones de la Cubanosof\u00eda<\/em> (<em>Visions of the Cubanosophy<\/em>) by Nelda Castillo and her company El Ciervo Encantado (The Enchanted Stag), a Cuban icon signifying the recapturing of memories related to Cuban identity. This recent production by \u2018El Ciervo\u2019 assumes a process of identity formation by staging a series of transgressive rituals showing how grotesque illustrations of different individuals who have left their mark on Cuban society present a critique of contemporary attitudes. Castillo\u2019s work attempts to renew the way Cubans define themselves. Using powerful visual metaphors based on historical memories given corporeal substance through these stage experiments, Castillo also draws on texts by dissident writers who were formerly excluded because of their homosexuality. The play also attempts to resurrect a more contemporary approach to the thinking of Jos\u00e9 Marti, by looking closely at his writings. Thus, all three performances appear to investigate new ways of looking at Cuban culture, by proposing models which encourage audiences to seek meanings beyond appearances and beyond generally accepted clich\u00e9s. Theatre therefore would seem to have an important role in the intellectual renewal of the country.<\/p>\n<p>Le hasard a fait que j\u2019ai pu voir les \u0153uvres de trois metteurs en sc\u00e8ne lors d\u2019un s\u00e9jour r\u00e9cent \u00e0 la Havane. Leur mani\u00e8re d\u2019aborder des questions concernant l\u2019identit\u00e9 cubaine \u2013 de nouveaux rapports avec les traditions afro-cubaines, la discussion sur l\u2019identit\u00e9 sexuelle et les possibilit\u00e9s artistiques d\u2019un renouveau des sources de la pens\u00e9e r\u00e9volutionnaire \u2013 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019importance grandissante de la pratique th\u00e9\u00e2trale en tant qu\u2019espace de r\u00e9flexion sur les rapports entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9 cubaine en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Eugenio Hernandez Espinosa, l\u2019auteur de <em>Maria Antonia,<\/em> un classique contemporain de la litt\u00e9rature dramatique cubaine, a eu la gentillesse de m\u2019inviter \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition de sa nouvelle mise en sc\u00e8ne de son \u0153uvre. L\u2019\u00e9v\u00e9nement a eu lieu au th\u00e9\u00e2tre City Hall, si\u00e8ge de sa troupe le Teatro Caribe\u00f1o de Cuba. Cr\u00e9\u00e9e en 1967 par le regrett\u00e9 Roberto Blanco (le Grupo nacional el Taller dram\u00e1tico, devenu le Teatro Irrumpe), la production originale de <em>Maria Antonia<\/em> a repr\u00e9sent\u00e9 Cuba \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition du Festival des Am\u00e9riques \u00e0 Montr\u00e9al (1985). Rest\u00e9e grav\u00e9e dans la m\u00e9moire des artistes de l\u2019\u00e9poque, elle est devenue un \u00e9v\u00e9nement mythique dans les annales th\u00e9\u00e2trales cubaines. Plus r\u00e9cemment, l\u2019auteur a tenu \u00e0 passer au-del\u00e0 du mythe afin de donner \u00e0 son \u0153uvre une interpr\u00e9tation plus actuelle, tout en conservant le fondement spirituel et sensuel de la mise en sc\u00e8ne originale. Son \u0153uvre est un <em>patakin<\/em>, un conte inspir\u00e9 de la mythologie yoruba, qui met en lumi\u00e8re les sources africaines de la culture cubaine. Le protagoniste est la fille de Oshun, le dieu qui personnifie l\u2019amour, comme Erzilie dans le panth\u00e9on voudou, et tous les personnages repr\u00e9sentent les dieux du panth\u00e9on yoruba, mais transpos\u00e9s dans un contexte moderne. Par cons\u00e9quent, le r\u00e9cit, qui pourrait se rapprocher du conflit de Carmen, l\u2019amante qui rejette la possession par l\u2019homme, est repr\u00e9sent\u00e9 dans une perspective afro-carib\u00e9enne. En tant que<em>patakin<\/em>, le r\u00e9alisme cubain, \u00e9voqu\u00e9 par la situation de conflit amoureux, est transform\u00e9 par le r\u00e9el merveilleux de la mise en sc\u00e8ne, puisque le conte est men\u00e9 comme un rituel de la Santeria avec ses chansons et avec l\u2019intervention du Santero (Batabia) qui dirige la c\u00e9r\u00e9monie dont l\u2019aboutissement est la mise \u00e0 mort de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. La participation du Conjunto Folklorico Nacional est importante dans cette conception sc\u00e9nique o\u00f9 chor\u00e9graphie, chansons traditionnelles et danses sacr\u00e9es jouent un r\u00f4le fondamental dans la conception du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_153\" aria-describedby=\"caption-attachment-153\" style=\"width: 350px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-153\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1132506678.png\" alt=\"La c\u00e9r\u00e9monie de la Santeria, r\u00e9p\u00e9tition de Maria Antonia, Th\u00e9\u00e2tre City Hall, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011.\" width=\"350\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1132506678.png 350w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1132506678-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-153\" class=\"wp-caption-text\">La c\u00e9r\u00e9monie de la Santeria, r\u00e9p\u00e9tition de Maria Antonia, Th\u00e9\u00e2tre City Hall, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_152\" aria-describedby=\"caption-attachment-152\" style=\"width: 350px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-152\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1146755445.png\" alt=\"Monse Duany (Maria Antonia), Gilbert Laumord (el Santero), Eugenio Hernandez Espinosa, (auteur et metteur en scene). R\u00e9p\u00e9tition de Maria Antonia, Th\u00e9\u00e2tre City Hall, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011.\" width=\"350\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1146755445.png 350w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1146755445-300x223.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-152\" class=\"wp-caption-text\">Monse Duany (Maria Antonia), Gilbert Laumord (el Santero), Eugenio Hernandez Espinosa, (auteur et metteur en scene). R\u00e9p\u00e9tition de Maria Antonia, Th\u00e9\u00e2tre City Hall, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Toutefois, mettre en sc\u00e8ne un r\u00e9cit marqu\u00e9 par la sensualit\u00e9 et la sexualit\u00e9, qui caract\u00e9rise une fusion entre la spiritualit\u00e9 traditionnelle et le c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s physique de la vie quotidienne, est aussi une mani\u00e8re de redonner une \u00e9nergie contemporaine \u00e0 des pratiques anciennes et d\u2019attirer les jeunes. Pour la jeune g\u00e9n\u00e9ration, la spiritualit\u00e9 et les rituels africains ne sont pas du tout v\u00e9cus comme Hernandez les \u00e9voque dans <em>Maria Antonia<\/em> et donc, cette nouvelle mise en sc\u00e8ne devient un retour aux sources d\u2019une \u00ab cubanit\u00e9 \u00bb qui renoue avec les forces culturelles dominantes de l\u2019ensemble de la Cara\u00efbe actuelle.<\/p>\n<p>Dans une tentative d\u2019engager un dialogue sur une question identitaire \u00e9pineuse, le texte de Edgar Estanco, <em>Solo de Gato<\/em> (<em>Histoires de chats \u2013 <\/em>ma traduction), pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, aborde un sujet d\u00e9licat d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s contemporaine : la normalisation des comportements homosexuels, (masculins et f\u00e9minins) chez les jeunes. Cette \u0153uvre, \u00e0 la fois comique et m\u00e9taphorique, puisque les personnages sont des chats, se situe du \u00ab bon \u00bb c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9bat en assumant le regard du vieux patriarche de la famille f\u00e9line. Celui-ci erre sur les toitures de la ville, en se plaignant de son exclusion de ce monde moderne o\u00f9 toutes les d\u00e9finitions identitaires remettent en question les cat\u00e9gories sexuelles auxquelles il est habitu\u00e9. Le pauvre ne s\u2019y retrouve plus. Dans ce spectacle \u00e0 la fois didactique et divertissant, l\u2019auteur Estanco et le metteur en sc\u00e8ne Pedro \u00c1ngel Vera, directeur artistique du Teatro del Circulo, fond\u00e9 il y a vingt-et-un ans, cherchent une r\u00e9conciliation entre les g\u00e9n\u00e9rations sur le plan de cette nouvelle conscience sexuelle qui n\u2019a pas toujours eu un accueil favorable \u00e0 Cuba. Pour faciliter le passage d\u2019une mati\u00e8re qui aurait pu d\u00e9ranger certains, la pi\u00e8ce est devenue une fantaisie quasi burlesque qui permet \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de naviguer dans ces eaux troubles sans trop se mouiller. Le tandem Estanco\/\u00c1ngel Vera a trouv\u00e9 le langage sc\u00e9nique parfait pour engager les d\u00e9bats les plus probl\u00e9matiques o\u00f9 la musique, l\u2019humour, le jeu clownesque apparemment banal, masquent une structure dialectique par une forme de distanciation qui permet la confrontation de toutes les id\u00e9es possibles. Et le public a tr\u00e8s bien r\u00e9agi !<\/p>\n<figure id=\"attachment_151\" aria-describedby=\"caption-attachment-151\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-151\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1225757129.png\" alt=\"Les chats dorment sur la toiture. Sc\u00e9nographie pour Solo de Gato au Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 22 janvier 2011.\" width=\"500\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1225757129.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1225757129-300x224.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-151\" class=\"wp-caption-text\">Les chats dorment sur la toiture. Sc\u00e9nographie pour Solo de Gato au Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 22 janvier 2011.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Une troisi\u00e8me \u0153uvre, pr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre la Capilla par la troupe El Ciervo Encantado de Nelda Castillo, \u00e9tait la plus provocante, la plus complexe et la plus puissante de toutes les trois. Des transformations corporelles et une sc\u00e9nographie des plus expressionnistes s\u2019appuyaient sur un texte difficile \u00e0 cerner car il \u00e9tait un collage de plusieurs textes par des auteurs, parfois dissidents, qui r\u00e9clamaient des changements dans la mani\u00e8re de concevoir des rapports entre \u00eatres humains. \u00c0 la diff\u00e9rence de <em>Solo de Gato,<\/em> <em>Visions of the Cubanosophy<\/em> (<em>Visiones de la Cubanosofia)<\/em> rentre plus profond\u00e9ment dans la pens\u00e9e des origines et la mati\u00e8re de la m\u00e9moire cubaine. Par un humour grin\u00e7ant et des propos verbalement et visuellement agressifs, le jeu reconstitue l\u2019histoire culturelle du pays pour que le d\u00e9bat identitaire se r\u00e9alise comme un rituel quasi grotesque.<\/p>\n<p>L\u2019auteure et metteure en sc\u00e8ne Nelda Castillo travaille depuis 1996 avec ses anciens \u00e9l\u00e8ves de l\u2019Instituto Superior de Arte dans le contexte de sa propre compagnie. Ses visions sc\u00e9niques s\u2019appuient habituellement sur des extraits de textes cubains non destin\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre : essais, contes, po\u00e8mes et&nbsp; romans. Ces choix lib\u00e8rent l\u2019artiste des id\u00e9es toutes faites sur le th\u00e9\u00e2tre et lui permettent de donner libre cours \u00e0 un temp\u00e9rament tout \u00e0 fait ind\u00e9pendant sur le plan intellectuel, social, artistique et m\u00eame affectif. Une conversation avec Mme Nelda Castilla \u00e0 la sortie du spectacle (La Havane, le 21 janvier 2011), m\u2019a fait comprendre que son processus de jeu ressemble \u00e0 celui de la <em>via negativa<\/em> de Grotowski. Les \u00e9l\u00e8ves de Castillo doivent faire le vide quant aux exp\u00e9riences ant\u00e9rieures, alors qu\u2019ils apprennent \u00e0 dominer la musculature du corps pour se consacrer totalement \u00e0 ces rituels sc\u00e9niques, exigeants et minutieusement chor\u00e9graphi\u00e9s. En observant le spectacle, on pourrait m\u00eame parler d\u2019une forme d\u2019illumination qui transforme profond\u00e9ment la conscience des artistes et du public, devant ces&nbsp; corps qui s\u2019offrent d\u2019une mani\u00e8re si inusit\u00e9e. J\u2019ai pu observer les r\u00e9sultats captivants de ce processus, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 avec trois com\u00e9diens sur la petite sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre La Capilla.<\/p>\n<figure id=\"attachment_150\" aria-describedby=\"caption-attachment-150\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1264392536.png\" alt=\"Une partie de la fa\u00e7ade et les \u00e9tages sup\u00e9rieurs du Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011. \" width=\"500\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1264392536.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1264392536-300x226.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-150\" class=\"wp-caption-text\">Une partie de la fa\u00e7ade et les \u00e9tages sup\u00e9rieurs du Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 21 janvier 2011.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_149\" aria-describedby=\"caption-attachment-149\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-149\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1190381248.png\" alt=\"La porte du Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 22 janvier 2011. \" width=\"500\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1190381248.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1190381248-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-149\" class=\"wp-caption-text\">La porte du Th\u00e9\u00e2tre Bertolt Brecht, La Havana. Photo : Alvina Ruprecht, 22 janvier 2011.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019orientation id\u00e9ologique de ce spectacle trouve son explication dans le nom de la troupe, \u00ab Le cerf enchant\u00e9 \u00bb, inspir\u00e9 d\u2019un conte philosophique d\u2019Esteban Borrero Echevarr\u00eda. \u00c9crit en 1905, il renvoie aux contes philosophiques de Voltaire.<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une repr\u00e9sentation m\u00e9taphorique de la premi\u00e8re crise politique provoqu\u00e9e par l\u2019intervention am\u00e9ricaine et l\u2019occupation du pays par les \u00c9tats-Unis en 1898, apr\u00e8s la fin de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Espagne (1895), l\u2019ann\u00e9e de la mort de Jos\u00e9 Marti. Le conte de Borrero pr\u00e9sente un petit pays, o\u00f9 un cerf magique r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9viter les chasseurs \u00e0 sa poursuite. La population de chasseurs finit par demander l\u2019intervention d\u2019un peuple voisin (les Am\u00e9ricains, pourrait-on dire) pour les aider \u00e0 attraper cet animal \u00ab magique \u00bb qui se moque d\u2019eux. Les voisins interviennent, le cerf est tu\u00e9, mais le pays tombe dans le chaos. Le cerf devient ainsi l\u2019incarnation du d\u00e9sir de libert\u00e9, mais d\u2019une libert\u00e9 qui emp\u00eache les habitants de cerner clairement leur identit\u00e9, situation exacerb\u00e9e par le fait que ceux qui viennent de l\u2019ext\u00e9rieur finissent par r\u00e9duire toute la population \u00e0 l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Le conte est proph\u00e9tique, et il est \u00e9vident que la troupe de Nelda Castillo affirme sa libert\u00e9 de cr\u00e9ation puisqu\u2019il ouvre de nouvelles pistes quant \u00e0 l\u2019affirmation de la \u00ab cubanit\u00e9 \u00bb en obligeant les spectateurs \u00e0 naviguer \u00e0 travers des images grotesques et troublantes, souvent difficiles \u00e0 cerner, comme le fut le<em>ciervo<\/em> de Borrero. Ses spectacles sont le t\u00e9moignage le plus \u00e9loquent d\u2019un mouvement artistique et th\u00e9\u00e2tral tout \u00e0 fait nouveau dans le paysage cubain r\u00e9cemment.<\/p>\n<p><em>Visions de la Cubanosophie <\/em>(pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2008) met en relief une notion propos\u00e9e par Alfonso Bernal del Riesgo qui a voulu d\u00e9finir la nature m\u00eame d\u2019une nouvelle forme d\u2019\u00e9ducation civique du peuple cubain, et par extension l\u2019expression d\u2019une identit\u00e9 authentiquement cubaine. Le titre renvoie aux visions de cette nouvelle <em>cubanit\u00e9<\/em> (une nouvelle philosophie de l\u2019\u00eatre cubain, soit une \u00ab cubanosophie \u00bb) qui remet en question certaines attitudes dans la conscience collective. Selon Mme Castillo, la pi\u00e8ce examine surtout la mani\u00e8re dont l\u2019\u0153uvre de Jos\u00e9 Marti, l\u2019esprit fondateur de la conscience r\u00e9volutionnaire, semble avoir perdu sa force puisqu\u2019elle est cit\u00e9e partout, sans que ceux qui le citent tiennent compte du sens profond de ces \u00e9crits. Actuellement, on a recours \u00e0 Marti pour affirmer n\u2019importe quoi. On pourrait dire donc qu\u2019elle d\u00e9mythifie certaines attitudes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard de&nbsp; Marti, sans pour autant diminuer la grandeur du p\u00e8re de la r\u00e9volution cubaine, mais sans en faire un chant hagiographique. Il s\u2019agit plut\u00f4t de restaurer l\u2019essence de son esprit, repr\u00e9sent\u00e9e autant par ses \u00e9crits que par ses actes, et surtout par la m\u00e9moire de cet homme qui a tellement souffert entre les mains des Am\u00e9ricains.<\/p>\n<figure id=\"attachment_148\" aria-describedby=\"caption-attachment-148\" style=\"width: 230px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-148\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1379687441.png\" alt=\"Sc\u00e9nographie avec la Reine vierge (Lorelis Amores), Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.\" width=\"230\" height=\"355\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1379687441.png 230w, https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1379687441-194x300.png 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-148\" class=\"wp-caption-text\">Sc\u00e9nographie avec la Reine vierge (Lorelis Amores), Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.<\/figcaption><\/figure>\n<p>On observe une s\u00e9rie de tableaux chocs con\u00e7us par Castillo ; nous y rencontrons les figures iconiques de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine, plus surprenantes les unes que les autres. Chacun \u00e9merge \u00e0 son tour sur un \u00e9chafaudage divis\u00e9 en deux niveaux, incarnation sc\u00e9nique d\u2019une hi\u00e9rarchie sociale \u00e0 l\u2019image du th\u00e9\u00e2tre d\u2019agitation et propagande de Piscator. Cette structure hi\u00e9rarchis\u00e9e permet la repr\u00e9sentation de la barbarie \u00e0 tous les niveaux et \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, pour cr\u00e9er une profonde ambigu\u00eft\u00e9 en ce qui concerne les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de la m\u00e9moire qui nourrit l\u2019identit\u00e9 cubaine.<\/p>\n<p>D\u00e8s que la sc\u00e8ne s\u2019allume, une premi\u00e8re image nous renvoie aux origines de la soci\u00e9t\u00e9 espagnole en Am\u00e9rique, l\u2019\u00c9glise catholique. Une immense statue de la Vierge (une Reine androgyne qui est aussi le Pape, selon les regards) en poup\u00e9e resplendissante (Mariela Brito, m\u00e9connaissable), envelopp\u00e9e de velours, de dentelles et de couleurs brillantes, est situ\u00e9e au sommet de cet \u00e9chafaudage. Encastr\u00e9 dans cette figure de poup\u00e9e-vierge, le masque d\u2019un visage p\u00e2le \u00e0 peine humain ouvre les yeux au moment o\u00f9 l\u2019on entend le tintement des clochettes et la musique sacr\u00e9e cubaine qui annoncent le d\u00e9but d\u2019un nouveau rituel pervers. Voici la premi\u00e8re \u00e9tape de ce rituel d\u00e9sacralis\u00e9, dont la dynamique essentielle deviendra le calvaire et le martyre d\u2019une nouvelle figure christique, Jos\u00e9 Marti (Eduardo Martinez).<\/p>\n<p>La vierge, dont la laideur et l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 sexuelle sont une des premi\u00e8res qualit\u00e9s qui nous frappe, porte une longue barbe noire. Elle a \u00e9galement, de&nbsp; gros yeux noirs, la bouche \u00e9dent\u00e9e circonscrite de l\u00e8vres rouges et un regard de plus en plus diabolique. Elle pousse des cris haineux et d\u00e9lirants, qui \u00e9voquent les derniers r\u00e2les d\u2019une vieille moribonde, l\u2019incarnation d\u2019une \u00e9glise m\u00e9chante, raciste, et colonisatrice, avant de s\u2019\u00e9vaporer dans les coulisses.<\/p>\n<p>Ce paysage th\u00e9\u00e2tral, o\u00f9 des \u00e9clairages violents font surgir des ombres dramatiques et mena\u00e7antes, \u00e9voque une ambiance expressionniste qui annonce l\u2019apparition d\u2019une multitude de merveilleux personnages dans des contextes embl\u00e9matiques de la vie cubaine. Ces figures d\u00e9filent sur la petite sc\u00e8ne, accompagn\u00e9s des musiques afro-cubaines (des rythmes syncop\u00e9s du Cuban Revoluci\u00f3n Jazz, ou de Roberto Fonseca), des passages de musique sacr\u00e9e cubaine jou\u00e9e par le Conjunto de Musica Antigua Ars Longa.<\/p>\n<figure id=\"attachment_147\" aria-describedby=\"caption-attachment-147\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-147\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1275310522.png\" alt=\"Nelda Castillo. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.\" width=\"210\" height=\"281\"><figcaption id=\"caption-attachment-147\" class=\"wp-caption-text\">Nelda Castillo. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le \u00ab sc\u00e9nario \u00bb est un montage de passages non destin\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre. Ils sont puis\u00e9s dans le r\u00e9pertoire des auteurs cubains qui ont marqu\u00e9 les mouvements intellectuels du pays, et souvent les tendances les plus perturbatrices, comme ceux de Severo Sarduy et de Reinaldo Arenas qui ont souffert \u00e0 cause de leur homosexualit\u00e9. Nous reconnaissons les paroles de l\u2019ethnologue Fernando Ortiz qui a lanc\u00e9 la r\u00e9flexion sur la modernit\u00e9, ainsi que les \u00e9crits du fondateur de la nouvelle vision de l\u2019homme am\u00e9ricain, Jos\u00e9 Marti. Impossible de ne pas y voir un hommage tr\u00e8s explicite \u00e0 ces fondateurs d\u2019une culture moderne cubaine, une culture lib\u00e9r\u00e9e des formes h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9, tr\u00e8s ancr\u00e9e dans un questionnement de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine actuelle.<\/p>\n<p>Soudain, un personnage souriant et habill\u00e9 en rose fait une apparition \u00e9nergique en rigolant (Lorelis Amores). Les dentelles, les chaussures pointues, les vestes, le visage blanchi \u00e0 la poudre et le chapeau panache \u00e9voquent la cour d\u2019Espagne du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Cependant, la figure renvoie \u00e9galement aux nouveaux <em>conquistadores<\/em>, les touristes modernes avec leurs appareils photos, le regard un peu na\u00eff et condescendant devant les pauvres indig\u00e8nes qui \u00ab mangent bien \u00bb et \u00ab s\u2019amusent dans les champs de canne \u00bb.<\/p>\n<p>Cette nouvelle histoire de Cuba, associ\u00e9e aux rituels sc\u00e9niques transgressifs situ\u00e9s dans un espace-temps o\u00f9 le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent sont t\u00e9lescop\u00e9s, \u00e9voque \u00e0 la fois une vision grotesque de la colonisation et une remise en question des pratiques contemporaines, sans pour autant remettre en cause le syst\u00e8me actuel. \u00c0 vrai dire, puisque la directrice artistique Nelda Castillo joue \u00e0 la limite des choses, tout devient d\u00e9sormais possible dans ce th\u00e9\u00e2tre polymorphe qui masque ses propos et produit une ambigu\u00eft\u00e9 riche en significations.<\/p>\n<figure id=\"attachment_146\" aria-describedby=\"caption-attachment-146\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-146\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1332644642.png\" alt=\"La Reina de la Fritanga (Mariela Brito) Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010. \" width=\"280\" height=\"210\"><figcaption id=\"caption-attachment-146\" class=\"wp-caption-text\">La Reina de la Fritanga (Mariela Brito) Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.<\/figcaption><\/figure>\n<p>De toute mani\u00e8re les images sont f\u00e9roces, la critique semble \u00e9vidente et le travail corporel des acteurs est fascinant. Devenus des objets ob\u00e9issants, ces acteurs&nbsp; reproduisent des images tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9es d\u2019un corps profond\u00e9ment transform\u00e9 par le maquillage, les perruques, les costumes et les attitudes presque sculpt\u00e9es dans la chair, alors qu\u2019un paysage sonore met en relief les rythmes et les sonorit\u00e9s d\u2019une esth\u00e9tique baroque en pleine d\u00e9cadence. Sous cet attirail sonore, les acteurs d\u00e9veloppent une gestuelle, leur propre bruitage vocal et une mani\u00e8re de tordre le regard et les membres pour se transformer en pr\u00e9sences \u00e0 peine humaines et surtout tr\u00e8s inqui\u00e9tantes.<\/p>\n<p>Ce travail de transformation visuelle d\u00e9forme les images iconiques du pays pour qu\u2019une figure typique, symbole de joie et de plaisir, telle que celle de la&nbsp; Reine de la Fritanga (Mariela Brito), devienne un monstre d\u2019abjection. Ce personnage maigre, dont les bras et le visage sont recouverts d\u2019\u00e9gratignures, de taches noires et de marques de violence, surgit sur la sc\u00e8ne et essaie de nous \u00ab plaire \u00bb. Elle secoue le derri\u00e8re en r\u00e2lant piteusement pour que ce bas du corps populaire bakhtinien se transforme en figure maltrait\u00e9e de la Cara\u00efbe. Une peau gris\u00e2tre et vieillissante recouvre un visage grima\u00e7ant de douleur. Voil\u00e0 la reine iconique de la rumba, de la salsa des d\u00e9fil\u00e9s du carnaval, de la jouissance physique et de la pagaille n\u00e9e dans la douleur, le viol et l\u2019horreur de l\u2019oppression.<\/p>\n<figure id=\"attachment_145\" aria-describedby=\"caption-attachment-145\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-145\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1021672361.png\" alt=\"Jos\u00e9 Marti (Eduardo Martinez) Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010. \" width=\"280\" height=\"210\"><figcaption id=\"caption-attachment-145\" class=\"wp-caption-text\">Jos\u00e9 Marti (Eduardo Martinez) Visions de la Cubanosophie. Photo : Archives del Ciervo Encantado, 2010.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parmi ces figures grotesques et caricaturales, certaines pr\u00e9sences plus reconnaissables survolent la masse des m\u00e9taphores. Un acteur fortement maquill\u00e9 en Lezima Lima (Mariela Brito), une des figures les plus importantes de la litt\u00e9rature cubaine, se d\u00e9tache de l\u2019ombre, assis \u00e0 sa table d\u2019\u00e9criture. Encore plus \u00e9mouvant est le corps torse nu, accroch\u00e9 aux b\u00e2tons de canne crois\u00e9s, situ\u00e9 vers l\u2019avant-sc\u00e8ne, donnant ainsi l\u2019impression d\u2019un homme crucifi\u00e9. Il porte le masque qui r\u00e9v\u00e8le les traits familiers de Jos\u00e9 Marti. Malgr\u00e9 les images de torture, la figure reste impassible et silencieuse. Il n\u2019y a que sa gloire, le souvenir de ses gestes et de ses souffrances qui \u00e9voquent tout le passage de Marti sur cette terre. Cet hommage \u00e0 Marti traverse le spectacle alors que l\u2019acteur \/ Marti grimpe p\u00e9niblement jusqu\u2019au niveau sup\u00e9rieur de l\u2019\u00e9chafaudage&nbsp; o\u00f9 il se redresse, comme un grand homme d\u2019\u00c9tat, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la figure de la vierge, toujours hurlant son message d\u00e9lirant.<\/p>\n<p>La critique des institutions sociales, politiques et culturelles semble \u00e9vidente, mais aussi \u00e9vidente est la mise en valeur du travail de l\u2019artiste. La pr\u00e9sence de ces acteurs, ayant pass\u00e9 par une discipline \u00e0 toute \u00e9preuve et une formation qui a abouti \u00e0 la lib\u00e9ration du corps et de l\u2019imaginaire, a donn\u00e9 tout le sens au spectacle, surtout si l\u2019on retourne aux textes et pense aux souffrances de certains de ces \u00e9crivains (Arenas, Sarduey et Lezima Lima) s\u00e9lectionn\u00e9s pour cette \u0153uvre. En effet, en partant d\u2019une m\u00e9moire corporelle gardienne de la culture cubaine, en sortant de toutes les attentes d\u2019un r\u00e9alisme sc\u00e9nique et des st\u00e9r\u00e9otypes de la pens\u00e9e, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9passer la sc\u00e8ne, \u00e0 d\u00e9passer l\u2019histoire r\u00e9cente, et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 provoquer une remise en question de tout, sauf de la grandeur de Marti qui plane sur un monde o\u00f9 l\u2019essentiel de son message aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<p><b>Note de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Esteban Borrero, <em>El Ciervo Encantado<\/em>, Habana Cuba, Editorial Letras Cubanas, 2009.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-144\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1336489735-150x150.png\" alt=\"1336489735\" width=\"150\" height=\"150\"><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Alvina Ruprecht<\/strong>, critique th\u00e9\u00e2trale \u00e0 Radio Canada, contribue \u00e0 de multiples sites en anglais et en fran\u00e7ais, dont <a href=\"http:\/\/www.madinin-art.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.madinin-art.net<\/a>. Elle est membre fondateur de l\u2019Association r\u00e9gionale des critiques de th\u00e9\u00e2tre de la Cara\u00efbe.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2011 Alvina Ruprecht<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alvina Ruprecht* Abstract Recent stagings by Cuban author\/director Eugenio Hernandez Espinosa (Maria Antonia) and by director Pedro \u00c1ngel Vera (Solo de Gato \u2013 Histoires de chats), are associated with a performance entitled Visiones de la Cubanosof\u00eda (Visions of the Cubanosophy)<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":144,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-143","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2016\/02\/1336489735.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7j4tu-2j","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":808,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions\/808"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/media\/144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/4\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}