{"id":1009,"date":"2026-06-08T18:18:25","date_gmt":"2026-06-08T18:18:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/?page_id=1009"},"modified":"2026-06-29T19:56:39","modified_gmt":"2026-06-29T19:56:39","slug":"note-editoriale","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/note-editoriale\/","title":{"rendered":"Note \u00e9ditoriale"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"459\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/04\/image2-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/04\/image2-2.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/04\/image2-2-261x300.jpeg 261w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>R\u00e9alisation de la condition contemporaine<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Savas Patsalidis<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 une \u00e9poque marqu\u00e9e par la guerre, les d\u00e9placements de population, la fragilit\u00e9 d\u00e9mocratique, les inqui\u00e9tudes \u00e9cologiques et l\u2019omnipr\u00e9sence croissante de la technologie dans tous les aspects de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, le th\u00e9\u00e2tre se trouve confront\u00e9 \u00e0 une situation paradoxale. D\u2019une part, la repr\u00e9sentation reste l\u2019une des derni\u00e8res formes culturelles fond\u00e9es sur la copr\u00e9sence, l\u2019incarnation et la temporalit\u00e9 collective&nbsp;; d\u2019autre part, elle est de plus en plus contrainte de composer avec les rythmes acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s, la fragmentation de l\u2019attention, les structures algorithmiques et les r\u00e9alit\u00e9s m\u00e9diatis\u00e9es qui d\u00e9finissent la vie contemporaine. Comme l\u2019affirme Hans-Thies Lehmann dans <em>Le Th\u00e9\u00e2tre postdramatique<\/em>, la repr\u00e9sentation contemporaine s\u2019inscrit de plus en plus dans une \u00ab&nbsp;civilisation m\u00e9diatis\u00e9e&nbsp;\u00bb o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre ne peut plus rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart des logiques de circulation technologique, de fragmentation et de simultan\u00e9it\u00e9. De m\u00eame, Paul Virilio nous rappelle que l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration n\u2019est jamais purement technique, mais profond\u00e9ment politique, comme le r\u00e9sume son affirmation selon laquelle \u00ab&nbsp;l\u2019invention du navire a \u00e9t\u00e9 aussi l\u2019invention du naufrage&nbsp;\u00bb (10-8).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui ne se contente pas de repr\u00e9senter la crise avec un certain recul. Il est au contraire lui-m\u00eame plong\u00e9 au c\u0153ur des crises de notre \u00e9poque, dont il subit les effets sur les plans mat\u00e9riel, institutionnel, technologique, \u00e9conomique et esth\u00e9tique. Les articles rassembl\u00e9s dans ce 33<sup>e<\/sup> num\u00e9ro de <em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> explorent collectivement ce terrain instable, en examinant comment les pratiques sc\u00e9niques, dans des contextes g\u00e9ographiques, culturels et m\u00e9thodologiques vari\u00e9s, r\u00e9pondent aux pressions de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, de la transformation technologique, de la fragmentation politique et de l\u2019\u00e9volution des modes de spectateur. Ce faisant, ils font \u00e9cho \u00e0 la conception d\u2019Erika Fischer-Lichte selon laquelle la repr\u00e9sentation est une \u00ab&nbsp;boucle de r\u00e9troaction autopo\u00ef\u00e9tique&nbsp;\u00bb (38-43) &nbsp;dans laquelle spectateurs et interpr\u00e8tes coproduisent continuellement du sens dans des conditions instables et contingentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les neuf articles qui composent ce<strong> dossier<\/strong>, tous consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;acc\u00e9l\u00e9ration&nbsp;\u00bb et sous la direction de <strong>Manuel Garc\u00eda Mart\u00ednez<\/strong> et <strong>Annita Costa Malufe<\/strong>, abordent ce concept non pas simplement comme une question de vitesse, mais comme une condition plus large qui fa\u00e7onne la production artistique, l\u2019incarnation, la collaboration, la perception et l\u2019exp\u00e9rience sociale. \u00c0 travers ces textes, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration appara\u00eet \u00e0 la fois comme une strat\u00e9gie esth\u00e9tique, une pression institutionnelle, une cons\u00e9quence technologique et une condition existentielle. Les contributions couvrent de multiples \u00e9cologies de la performance, allant des pratiques de th\u00e9\u00e2tre appliqu\u00e9es en Ouganda et des traditions th\u00e9\u00e2trales assamaises aux interventions urbaines br\u00e9siliennes, en passant par la politique culturelle portugaise, les pi\u00e8ces radiophoniques grecques pendant la pand\u00e9mie, le th\u00e9\u00e2tre sur Zoom en Chine, les dramaturgies posthumaines au Royaume-Uni et la collaboration sc\u00e9nographique m\u00e9diatis\u00e9e par le num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui relie ces \u00e9tudes en apparence disparates, c\u2019est une r\u00e9flexion approfondie sur la temporalit\u00e9 elle-m\u00eame&nbsp;: comment le th\u00e9\u00e2tre absorbe, r\u00e9siste, reproduit ou recadre de mani\u00e8re critique les rythmes intensifi\u00e9s de la vie contemporaine. Ici, la question entre en dialogue avec la th\u00e9orie influente de Hartmut Rosa sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration sociale (<em>Social Acceleration<\/em> 1-3, 6-8), selon laquelle la modernit\u00e9 se d\u00e9finit par \u00ab&nbsp;l\u2019augmentation du nombre d\u2019\u00e9pisodes d\u2019action ou d\u2019exp\u00e9rience par unit\u00e9 de temps&nbsp;\u00bb. Pourtant, nombre de ces articles sugg\u00e8rent \u00e9galement la possibilit\u00e9 de ce que Rosa appelle la \u00ab&nbsp;r\u00e9sonance&nbsp;\u00bb, ces moments fugaces de connexion humaine qui r\u00e9sistent aux pressions ali\u00e9nantes de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration (<em>Resonance<\/em> 60-5).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs textes mettent en avant la tension entre acc\u00e9l\u00e9ration et \u00e9puisement, sugg\u00e9rant que la repr\u00e9sentation contemporaine oscille de plus en plus entre hyperactivit\u00e9 et effondrement. D\u2019autres explorent la mani\u00e8re dont la m\u00e9diation num\u00e9rique restructure la temporalit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale, en condensant les processus de r\u00e9p\u00e9tition, en fragmentant les formes narratives ou en transformant le regard du spectateur \u00e0 travers des modes d\u2019engagement en ligne et hybrides.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe particuli\u00e8rement tout au long de cette rubrique, c\u2019est la mesure dans laquelle l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration n\u2019est plus simplement trait\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne social externe \u00e0 repr\u00e9senter sur sc\u00e8ne\u00a0; elle s\u2019int\u00e8gre plut\u00f4t aux structures dramaturgiques, aux rythmes performatifs, aux modes de collaboration et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sensorielle elle-m\u00eame. Le th\u00e9\u00e2tre devient ici \u00e0 la fois le sympt\u00f4me et la critique d\u2019un monde hyperm\u00e9diatis\u00e9. Cela rappelle l\u2019observation de Jean Baudrillard selon laquelle la culture contemporaine fonctionne de plus en plus par la simulation et l\u2019hyperr\u00e9alit\u00e9, o\u00f9 la repr\u00e9sentation ne refl\u00e8te plus la r\u00e9alit\u00e9 mais la produit (1-7).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, derri\u00e8re ces analyses de la vitesse, de la simultan\u00e9it\u00e9 et de l\u2019intensification technologique se cache une autre pr\u00e9occupation r\u00e9currente&nbsp;: la volont\u00e9 de pr\u00e9server des formes de relations humaines dans un contexte de plus en plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Que ce soit \u00e0 travers la cr\u00e9ation collective, les dramaturgies participatives, les pratiques de t\u00e9moignage, les rencontres interculturelles ou la collaboration incarn\u00e9e, bon nombre de ces contributions s\u2019interrogent implicitement sur les types de relations sociales, \u00e9thiques et affectives que le th\u00e9\u00e2tre peut encore entretenir dans un monde de plus en plus r\u00e9gi par la fragmentation, la pr\u00e9carit\u00e9 et l\u2019abstraction num\u00e9rique. En ce sens, le dossier revient sans cesse sur la capacit\u00e9 durable du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 cr\u00e9er des espaces de rencontre, m\u00eame lorsque ces rencontres sont instables, m\u00e9diatis\u00e9es, temporaires ou contest\u00e9es. Ces pr\u00e9occupations font \u00e9cho \u00e0 l\u2019insistance de Judith Butler sur le fait que la pr\u00e9carit\u00e9 peut aussi devenir le fondement de nouvelles formes d\u2019assembl\u00e9e collective et de visibilit\u00e9 politique (11-8), ainsi qu\u2019\u00e0 la conception de Jill Dolan selon laquelle la repr\u00e9sentation offre des \u00ab&nbsp;performatifs utopiques&nbsp;\u00bb, des moments \u00e9ph\u00e9m\u00e8res au cours desquels le public fait l\u2019exp\u00e9rience de la possibilit\u00e9 d\u2019un monde social plus juste et plus connect\u00e9 (5-7, 18-20).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les huit articles de <strong>la section \u00ab&nbsp;Essais I&nbsp;\u00bb<\/strong> (sous la direction de<strong> Yana Meerzon<\/strong>) approfondissent ces questionnements \u00e0 travers un riche \u00e9ventail d\u2019\u00e9tudes abordant le t\u00e9moignage, la cr\u00e9ation de mythes, l\u2019exil, les dramaturgies des jeux vid\u00e9o, les traditions de spectacle populaire, l\u2019adaptation interculturelle, les pratiques de cr\u00e9ation multim\u00e9dia et les strat\u00e9gies de repr\u00e9sentation postcoloniales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que d\u2019une grande diversit\u00e9 m\u00e9thodologique, ces textes partagent un int\u00e9r\u00eat commun pour la capacit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 n\u00e9gocier la relation entre m\u00e9moire et avenir, localit\u00e9 et circulation transnationale, intimit\u00e9 et discours politique. Le t\u00e9moignage appara\u00eet comme un mode particuli\u00e8rement significatif de la pratique sc\u00e9nique contemporaine, non seulement en tant que r\u00e9v\u00e9lation personnelle, mais aussi en tant que forme de discours civique s\u2019opposant aux cultures de la polarisation, de la d\u00e9sinformation et de la simplification id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, plusieurs articles examinent comment les formes traditionnelles et vernaculaires ne sont ni pr\u00e9serv\u00e9es en tant qu\u2019objets culturels fig\u00e9s, ni dissoutes dans une esth\u00e9tique mondialis\u00e9e, mais continuellement reconfigur\u00e9es \u00e0 travers des processus d\u2019adaptation, de traduction et de recanonicisation. Cette n\u00e9gociation permanente renvoie \u00e0 la notion d\u2019hybridit\u00e9 culturelle de Homi K. Bhabha et au \u00ab&nbsp;troisi\u00e8me espace&nbsp;\u00bb dans lequel les identit\u00e9s et les significations sont en perp\u00e9tuelle formation (37-9, 53-6).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La technologie occupe \u00e0 nouveau une place centrale tout au long de ce num\u00e9ro, en particulier dans le deuxi\u00e8me groupe de quatre articles (dirig\u00e9 par <strong>Nelson Barre<\/strong><strong> et Stephanie Sandberg<\/strong>) et dans la section \u00ab&nbsp;Colloques&nbsp;\u00bb (dirig\u00e9e par<strong> Hana Strej\u010dkov\u00e1<\/strong>) consacr\u00e9e aux transformations technologiques dans le domaine de la repr\u00e9sentation. Ici, les discussions vont au-del\u00e0 d\u2019une simple c\u00e9l\u00e9bration ou d\u2019un rejet simpliste de l\u2019innovation num\u00e9rique. Au contraire, les auteurs examinent de mani\u00e8re critique comment les technologies \u00e9mergentes \u2013&nbsp;notamment les syst\u00e8mes d\u2019IA, les environnements immersifs, les installations interactives, les pratiques d\u2019archivage num\u00e9rique et les structures algorithmiques&nbsp;\u2013 reconfigurent l\u2019incarnation, l\u2019action, le spectateur et le caract\u00e8re vivant. Il est particuli\u00e8rement important de noter que bon nombre de ces articles s\u2019opposent aux r\u00e9cits d\u00e9terministes sur la technologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plut\u00f4t que de pr\u00e9senter la m\u00e9diation technologique comme un substitut \u00e0 l\u2019humain, elles r\u00e9v\u00e8lent des imbrications de plus en plus complexes entre corpor\u00e9it\u00e9, automatisation, perception et pr\u00e9sence sc\u00e9nique. L\u2019image du th\u00e9\u00e2tre contemporain qui en r\u00e9sulte n\u2019est ni nostalgique et anti-technologique, ni na\u00efvement technophile&nbsp;; c\u2019est une image de n\u00e9gociation, d\u2019instabilit\u00e9, d\u2019exp\u00e9rimentation et de red\u00e9finition continue. Ces arguments font fortement \u00e9cho \u00e0 l\u2019affirmation de N. Katherine Hayles selon laquelle \u00ab&nbsp;les humains deviennent post-humains&nbsp;\u00bb non pas par leur disparition, mais par l\u2019\u00e9volution de leurs relations avec les syst\u00e8mes informationnels et les environnements technologiques (1-5).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rubrique \u00ab\u00a0<strong>Inter\/National Reflections<\/strong>\u00a0\u00bb (sous la direction de<strong> Savas Patsalidis<\/strong>) vient renforcer l\u2019engagement de longue date de <em>Critical Stages<\/em>\/<em>Sc\u00e8nes critiques<\/em> en faveur du dialogue interculturel et des \u00e9changes internationaux. Les articles rassembl\u00e9s ici couvrent la Lituanie, la Turquie, la Mongolie, la Chine, la Hongrie, la Roumanie, l&#8217;Italie,\u00a0et bien d\u2019autres pays, retra\u00e7ant la mani\u00e8re dont les pratiques th\u00e9\u00e2trales contemporaines abordent les questions d\u2019identit\u00e9, d\u2019alt\u00e9rit\u00e9,\u00a0de traduction, d\u2019incarnation, de m\u00e9moire nationale et de transmission culturelle. Il convient de noter en particulier la fa\u00e7on dont ces r\u00e9flexions remettent en question les distinctions binaires entre local et mondial, traditionnel et contemporain, national et transnational. \u00c0 travers ces articles, le th\u00e9\u00e2tre appara\u00eet comme un lieu de n\u00e9gociation \u00e9pist\u00e9mique et esth\u00e9tique o\u00f9 les formes culturelles voyagent, se transforment et deviennent lisibles d\u2019une mani\u00e8re nouvelle \u00e0 travers des processus d\u2019ali\u00e9nation, d\u2019adaptation et de rencontre. \u00c0 bien des \u00e9gards, ces essais r\u00e9affirment l\u2019argument de longue date de Rustom Bharucha selon lequel la repr\u00e9sentation interculturelle ne doit pas \u00eatre comprise comme une fusion harmonieuse des cultures, mais comme un champ marqu\u00e9 par des asym\u00e9tries de pouvoir, de traduction et de tensions historiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019ensemble, les 62 articles de ce 33<sup>e<\/sup> num\u00e9ro r\u00e9affirment l\u2019importance de pr\u00e9server des espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 une recherche th\u00e9\u00e2trale plurielle, transnationale et interdisciplinaire, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le discours public lui-m\u00eame est de plus en plus polaris\u00e9 et fragment\u00e9. Ils renforcent \u00e9galement l\u2019engagement \u00e9ditorial de <em>Critical Stages<\/em> \u00e0 favoriser le dialogue entre les r\u00e9gions g\u00e9ographiques, les traditions m\u00e9thodologiques et les pratiques artistiques, en mettant en dialogue des perspectives issues tant du Sud que du Nord, de cadres th\u00e9oriques \u00e9tablis et de la recherche fond\u00e9e sur la pratique, ainsi que des communaut\u00e9s universitaires et artistiques. Une telle pluralit\u00e9 n\u2019est pas simplement repr\u00e9sentative&nbsp;; elle est fondamentale pour comprendre les cultures de la repr\u00e9sentation contemporaines, dont les conditions sont de plus en plus interconnect\u00e9es, m\u00eame si elles continuent d\u2019\u00eatre v\u00e9cues de mani\u00e8re in\u00e9gale. Comme l\u2019a observ\u00e9 Bell Hooks, la marginalit\u00e9 peut fonctionner non seulement comme une privation, mais aussi comme \u00ab&nbsp;un lieu de r\u00e9sistance&nbsp;\u00bb, ouvrant des modes alternatifs d\u2019imagination culturelle et politique (151-53).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les entretiens, les comptes rendus de festivals, les critiques de spectacles et les critiques litt\u00e9raires de la revue sont tout aussi essentiels \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de <em>Critical Stages<\/em>, car ils continuent de nourrir le caract\u00e8re hybride et multiforme de la publication. Ces rubriques ne constituent pas un simple compl\u00e9ment aux contributions universitaires&nbsp;; elles prolongent et enrichissent au contraire les d\u00e9bats qu\u2019elles initient. Elles documentent la pratique th\u00e9\u00e2trale au fur et \u00e0 mesure de son d\u00e9roulement, pr\u00e9servent le dialogue critique entre les communaut\u00e9s artistiques et maintiennent une proximit\u00e9 n\u00e9cessaire entre la recherche universitaire, la critique et la culture du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 tant le monde universitaire que le journalisme subissent souvent des pressions en faveur de la sp\u00e9cialisation et de la fragmentation, la coexistence de l\u2019analyse savante, de la r\u00e9flexion critique, du t\u00e9moignage artistique et du reportage culturel reste au c\u0153ur de la mission de la revue. Un tel engagement rappelle la conception influente de Raymond Williams selon laquelle la culture est \u00ab&nbsp;un mode de vie dans son ensemble&nbsp;\u00bb (41-2), indissociable des pratiques v\u00e9cues, des institutions et des relations sociales \u00e0 travers lesquelles le sens est produit collectivement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019il y a une question centrale qui traverse ce num\u00e9ro, c\u2019est peut-\u00eatre celle-ci&nbsp;: comment le th\u00e9\u00e2tre peut-il continuer \u00e0 fonctionner comme un espace significatif de rencontre humaine dans un contexte de mutations historiques acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es&nbsp;? Les r\u00e9ponses propos\u00e9es ici sont n\u00e9cessairement partielles, provisoires et parfois contradictoires. Pourtant, pris ensemble, ces textes sugg\u00e8rent que la pertinence du th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 habiter la contradiction, entre rapidit\u00e9 et lenteur, incarnation et m\u00e9diation, intimit\u00e9 et politique, sp\u00e9cificit\u00e9 locale et circulation mondiale, m\u00e9moire et <em>futurit\u00e9<\/em>. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les r\u00e9alit\u00e9s sociales et politiques apparaissent de plus en plus instables, le th\u00e9\u00e2tre reste le seul capable de mettre \u00e0 nu l\u2019instabilit\u00e9 elle-m\u00eame, non pas comme une paralysie, mais comme une condition de la pens\u00e9e critique, de la r\u00e9flexion collective et de la possibilit\u00e9 imaginative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tiens tout d\u2019abord \u00e0 adresser mes remerciements les plus chaleureux aux r\u00e9dacteurs invit\u00e9s de ce num\u00e9ro th\u00e9matique, Manuel Garc\u00eda Mart\u00ednez et Anita Costa Malufe, qui ont travaill\u00e9 sans rel\u00e2che pendant de nombreux mois pour rassembler cet ensemble de contributions d\u2019une grande richesse, qui constitue sans aucun doute un apport majeur \u00e0 la recherche th\u00e9\u00e2trale internationale. Je suis tout aussi reconnaissant envers les auteurs qui ont r\u00e9pondu \u00e0 leur appel et ont g\u00e9n\u00e9reusement partag\u00e9 leurs recherches, leurs id\u00e9es et leurs r\u00e9flexions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je remercie \u00e9galement les deux r\u00e9dacteurs invit\u00e9s de la deuxi\u00e8me partie des essais, Nelson Barre et Stephanie Sandberg, qui ont g\u00e9n\u00e9reusement partag\u00e9 leurs r\u00e9flexions sur <em>Les Dramaturgies de l\u2019interstitialit\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tiens \u00e0 exprimer ma sinc\u00e8re gratitude \u00e0 tous les collaborateurs du pr\u00e9sent volume qui ont confi\u00e9 \u00e0 <em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> leurs travaux et leur engagement intellectuel. Ce num\u00e9ro, comme tous les num\u00e9ros de la revue, est le fruit d\u2019un extraordinaire effort collectif port\u00e9 par la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le dialogue et un engagement commun envers la recherche et la critique th\u00e9\u00e2trales internationales. Rien de tout cela n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 possible sans le d\u00e9vouement inlassable de mes proches collaborateurs \u2013&nbsp;Yana Meerzon, Hana Strej\u010dkov\u00e1, Matti Linnavuori et Katayoun Salmasi&nbsp;\u2013 qui consacrent d\u2019innombrables heures b\u00e9n\u00e9voles au maintien de la rigueur scientifique, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 \u00e9ditoriale et de la port\u00e9e internationale de la revue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tiens \u00e9galement \u00e0 remercier ceux qui veillent \u00e0 ce que le langage de la revue reste non seulement pr\u00e9cis sur le plan syntaxique, mais aussi nuanc\u00e9 et accessible sur le plan stylistique&nbsp;: Ian Herbert, Linda Manney et Michel Va\u00efs. Leur travail \u00e9ditorial m\u00e9ticuleux contribue de mani\u00e8re inestimable \u00e0 la clart\u00e9, \u00e0 la coh\u00e9rence et \u00e0 la lisibilit\u00e9 de chaque num\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pr\u00e9parons actuellement le num\u00e9ro d\u2019hiver 2026 (n\u00b0 34), consacr\u00e9 au th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9 et largement d\u00e9battu \u00ab&nbsp;<em>Performing the Politics of Peace: Locational Dramaturgies and the Public Space<\/em>&nbsp;\u00bb (Mettre en sc\u00e8ne la politique de la paix&nbsp;: dramaturgies spatiales et espace public), sous la direction de Maria Konomi et Avra Sidiropoulou. Ce prochain num\u00e9ro vise \u00e0 explorer la richesse, la complexit\u00e9 et la diversit\u00e9 des pratiques sc\u00e9niques internationales contemporaines qui abordent l\u2019espace public comme un lieu d\u2019imagination politique, de rencontre civique et de n\u00e9gociation performative autour de la question urgente de la paix dans un monde de plus en plus fractur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, si vous avez des questions concernant la revue ou ses processus \u00e9ditoriaux, n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 me contacter \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"mailto:spats@enl.auth.gr\">spats@enl.auth.gr<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, je souhaite \u00e0 nos lecteurs de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord un \u00e9t\u00e9 reposant et revigorant, et \u00e0 ceux de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re sud un hiver doux, paisible et agr\u00e9able.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Photo:<\/strong> <em>Simulating the Future: Cyborg Woman<\/em>, image issue de PxHere (CC0). Photographie : Richard Reid, domaine public. Reproduction de l\u2019article de Richard Jordan, \u00ab \u201cBridget is there\u201d : l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du sujet cybern\u00e9tique dans <em>More Life<\/em> de Lauren Mooney et James Yeatman \u00bb, publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Baudrillard, Jean. <em>Simulacres et simulation.<\/em> Traduit par Sheila Faria Glaser, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Michigan, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Bhabha, Homi K. <em>The Location of Culture<\/em>. Routledge, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Bharucha, Rustom. <em>The Politics of Cultural Practice: Thinking Through Theatre in an Age of Globalization<\/em>. Wesleyan UP, 2000.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Boal, Augusto. <em>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/em>. Traduit par Charles A. et Maria-Odilia Leal McBride, Pluto Press, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Butler, Judith. <em>Notes Toward a Performative Theory of Assembly<\/em>. Harvard UP, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Dolan, Jill. <em>Utopia in Performance: Finding Hope at the Theater<\/em>. U of Michigan P, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Fischer-Lichte, Erika. <em>The Transformative Power of Performance: A New Aesthetics<\/em>. Traduit par Saskya Iris Jain, Routledge, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Hayles, N. Katherine. <em>How We Became Posthuman: Virtual Bodies in Cybernetics, Literature, and Informatics<\/em>. Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Hooks, Bell. <em>Yearning: Race, Gender, and Cultural Politics<\/em>. South End Press, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Lehmann, Hans-Thies. <em>Postdramatic Theatre<\/em>. Traduit par Karen J\u00fcrs-Munby, Routledge, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Rosa, Hartmut. <em>Social Acceleration: A New Theory of Modernity<\/em>. Traduit par Jonathan Trejo-Mathys, Columbia UP, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. <em>Resonance: A Sociology of Our Relationship to the World<\/em>. Traduit par James C. Wagner, Polity Press, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Taylor, Diana. <em>The Archive and the Repertoire: Performing Cultural Memory in the Americas<\/em>. Duke UP, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Virilio, Paul. <em>Speed and Politics: An Essay on Dromology<\/em>. Traduit par Mark Polizzotti, Semiotext(e), 2006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Williams, Raymond. <em>Culture and Society: 1780\u20131950<\/em>. Columbia UP, 1983.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/06\/Savas-Patsalidis-150x150.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-960\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/06\/Savas-Patsalidis-150x150.jpeg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-content\/uploads\/sites\/34\/2026\/06\/Savas-Patsalidis.jpeg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Savas Patsalidis<\/strong> est professeur \u00e9m\u00e9rite d&#8217;\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Aristote de Thessalonique, o\u00f9 il a enseign\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 d&#8217;anglais pendant pr\u00e8s de trente-cinq ans. Il a \u00e9galement enseign\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00c9cole d&#8217;art dramatique du Th\u00e9\u00e2tre national de Gr\u00e8ce du Nord, \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 ouverte hell\u00e9nique et dans le cadre du programme universitaire de troisi\u00e8me cycle en th\u00e9\u00e2tre. Il est l&#8217;auteur de quatorze ouvrages consacr\u00e9s \u00e0 la critique et \u00e0 la th\u00e9orie du th\u00e9\u00e2tre et des arts du spectacle, et a co\u00e9dit\u00e9 treize autres ouvrages. Son \u00e9tude en deux volumes intitul\u00e9e <em>Theatre, Society, Nation<\/em> (2010) a re\u00e7u le premier prix de la meilleure \u00e9tude th\u00e9\u00e2trale de l\u2019ann\u00e9e. Parmi ses ouvrages r\u00e9cents figurent <em>Theatre &amp; Theory II: About Topoi, Utopias and Heterotopias <\/em>(2019) et <em>Comedy\u2019s Encomium: The Seriousness of Laughter <\/em>(2022), tous deux publi\u00e9s par University Studio Press. Il a \u00e9galement beaucoup \u00e9crit en tant que critique de th\u00e9\u00e2tre. Il si\u00e8ge au comit\u00e9 ex\u00e9cutif de l\u2019Association hell\u00e9nique des critiques de th\u00e9\u00e2tre et des arts du spectacle, est membre de l\u2019\u00e9quipe de programmation du Festival international de Forest et est r\u00e9dacteur en chef de <em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em>, la revue de l\u2019Association internationale des critiques de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"footnotes":""},"class_list":["post-1009","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1009","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1009"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1009\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1214,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1009\/revisions\/1214"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/33\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1009"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}