{"id":298,"date":"2025-10-14T19:43:42","date_gmt":"2025-10-14T19:43:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/?p=298"},"modified":"2025-12-21T10:05:46","modified_gmt":"2025-12-21T10:05:46","slug":"la-metteuse-en-scene-kazakhstanaise-galina-pyanova-apres-avignon-jai-retrouve-la-joie-du-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/la-metteuse-en-scene-kazakhstanaise-galina-pyanova-apres-avignon-jai-retrouve-la-joie-du-theatre\/","title":{"rendered":"La metteuse en sc\u00e8ne kazakhstanaise Galina Pyanova\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s Avignon, j\u2019ai retrouv\u00e9 la joie du th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Irina Antonova<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a pr\u00e8s de vingt-cinq ans, en 2001, naissait \u00e0 Almaty (Kazakhstan) le premier th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant du pays&nbsp;: ARTiShok. Cette compagnie a boulevers\u00e9 la vie th\u00e9\u00e2trale non seulement du Kazakhstan, mais aussi de toute l\u2019Asie centrale postsovi\u00e9tique. Libre des carcans id\u00e9ologiques et esth\u00e9tiques du r\u00e9alisme socialiste, le th\u00e9\u00e2tre a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une autre compr\u00e9hension du sens de l\u2019art du spectacle, a donn\u00e9 une impulsion puissante \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la joie de l\u2019existence du com\u00e9dien sur sc\u00e8ne, et a montr\u00e9 une attitude fondamentalement nouvelle du metteur en sc\u00e8ne vis-\u00e0-vis de sa profession \u2013&nbsp;en tant que partenaire \u00e9gal de ses confr\u00e8res com\u00e9diens. En juillet 2025, ARTiShok a repr\u00e9sent\u00e9 le Kazakhstan au Festival d\u2019Avignon, dans le cadre du programme <em>\u00c9chos des Steppes<\/em>.<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la veille de l\u2019ouverture de la nouvelle saison th\u00e9\u00e2trale, j\u2019ai rencontr\u00e9 Galina Pyanova, directrice artistique d\u2019ARTiShok, ainsi que le sc\u00e9nographe et peintre du th\u00e9\u00e2tre, Anton Bolkunov. Nous avons \u00e9voqu\u00e9 non seulement l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Avignon et les projets \u00e0 venir, mais aussi l\u2019atmosph\u00e8re artistique d\u2019Almaty des ann\u00e9es 1990 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, o\u00f9 a germ\u00e9 l\u2019id\u00e9e de fonder le premier th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant du Kazakhstan.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Galina-Pyanova.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-299\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Galina-Pyanova.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Galina-Pyanova.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Galina-Pyanova.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Galina Pyanova. Photo&nbsp;: Sergey Khloudeyev<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\"><strong>Irina Antonova&nbsp;: <\/strong>Je vais \u00eatre franche&nbsp;: dans les ann\u00e9es 1990, avant la naissance d\u2019ARTiShok, en tant que critique de th\u00e9\u00e2tre, j\u2019avais pratiquement perdu tout int\u00e9r\u00eat pour la vie th\u00e9\u00e2trale d\u2019Almaty. Apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, dans toutes les r\u00e9publiques de l\u2019ex-URSS, il restait un grand nombre de th\u00e9\u00e2tres \u2013&nbsp;y compris musicaux et pour enfants&nbsp;\u2013 qui avaient l\u2019habitude de fonctionner gr\u00e2ce aux subventions de l\u2019\u00c9tat, tout en continuant \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une commande id\u00e9ologique d\u00e9finie. La premi\u00e8re d\u00e9cennie sans contr\u00f4le de r\u00e9pertoire (mais avec maintien des subventions) a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile pour eux. La fi\u00e8vre commerciale qui a saisi toute la soci\u00e9t\u00e9, toutes les professions, et \u00e9branl\u00e9 de fond en comble le mode de vie des habitants de l\u2019espace postsovi\u00e9tique, s\u2019est r\u00e9percut\u00e9e dans les th\u00e9\u00e2tres r\u00e9publicains par un chaos dans le r\u00e9pertoire&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le d\u00e9sir de monter des \u0153uvres autrefois interdites, et de l\u2019autre, la dramaturgie \u00ab&nbsp;collant \u00e0 l\u2019actualit\u00e9&nbsp;\u00bb.<br><br>Il est int\u00e9ressant que pendant ce temps, les artistes et les architectes du Kazakhstan aient d\u00e9j\u00e0 form\u00e9 une v\u00e9ritable aile de l\u2019\u00ab&nbsp;underground sovi\u00e9tique&nbsp;\u00bb. Dans les ann\u00e9es 1970-80, Almaty connaissait les \u00ab&nbsp;kvartirniki&nbsp;\u00bb<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;: des expositions clandestines d\u2019artistes refusant la ligne officielle de l\u2019art. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, le cercle du peintre embl\u00e9matique Rustam Khalfin, avec lequel collaborait le sc\u00e9nographe A\u00efvar Taziev, a profond\u00e9ment marqu\u00e9 la sc\u00e8ne artistique locale. Dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980, le groupe artistique Z\u00e9leny tr\u00e9ougolnik a vu le jour. Puis, dans les ann\u00e9es 1990, le collectif Kyzyl Tractor de Chimkent<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> a fait l\u2019effet d\u2019un v\u00e9ritable labourage du champ artistique. Rien de tel n\u2019existait dans le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Almaty, mais le changement flottait litt\u00e9ralement dans l\u2019air. Comment, dans cette atmosph\u00e8re, est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre qui allait, au d\u00e9but du XXI\u1d49 si\u00e8cle, se proclamer \u00ab&nbsp;le th\u00e9\u00e2tre du choc culturel&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"525\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image2-5.jpeg?resize=800%2C525&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-300\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image2-5.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image2-5.jpeg?resize=300%2C197&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image2-5.jpeg?resize=768%2C504&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Anton Bolkunov. Photo&nbsp;:&nbsp;Sergey Khloudeyev<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova&nbsp;:<\/strong> C\u2019est une question passionnante. Il y a peu de temps, je me promenais sur l\u2019Arbat d\u2019Almaty<a href=\"#end4\" name=\"back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> et j\u2019ai crois\u00e9 des groupes de jeunes, habill\u00e9s de fa\u00e7on styl\u00e9e et avec audace, qui parlaient un langage commun. Je me suis arr\u00eat\u00e9e, je les ai observ\u00e9s \u2013&nbsp;et soudain j\u2019ai reconnu en eux ce que j\u2019\u00e9tais, et ce que je suis d\u2019ailleurs rest\u00e9e&nbsp;: une non-conformiste en jean d\u00e9chir\u00e9, pour qui l\u2019effondrement d\u2019un grand pays ne signifiait pas grand-chose. Nous \u00e9tions jeunes, inconscients de l\u2019ampleur des \u00e9v\u00e9nements au c\u0153ur desquels nous nous \u00e9tions retrouv\u00e9s. Tout ce que nous voulions, c\u2019\u00e9tait aimer et \u00eatre aim\u00e9s \u2013&nbsp;comme la jeunesse de tous les pays, en tout temps.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"500\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image3-6.jpeg?resize=400%2C500&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-301\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image3-6.jpeg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image3-6.jpeg?resize=240%2C300&amp;ssl=1 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u2019affiche du th\u00e9\u00e2tre ARTiShok, saison n\u00b025, peintre&nbsp;: Anton Bolkunov<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Pourquoi je parle de cela\u00a0? Parce que c\u2019est justement dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 l\u2019Arbat d\u2019Almaty, qu\u2019a vu le jour Nova\u00efa Sc\u00e9na (La Nouvelle Sc\u00e8ne), fond\u00e9e par le metteur en sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre Jeune Public, Boris Pr\u00e9obrajenski.<a name=\"back5\" href=\"#end5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Certes, tout le monde savait qu\u2019il s\u2019agissait de la m\u00eame troupe, avec le m\u00eame metteur en sc\u00e8ne. Mais dans un petit sous-sol, Boris Pr\u00e9obrajenski cherchait les id\u00e9es d\u2019un th\u00e9\u00e2tre nouveau. Il exp\u00e9rimentait avec le r\u00e9pertoire, avec de nouvelles formes de l\u2019existence d\u2019un com\u00e9dien dans un espace r\u00e9duit, au plus pr\u00e8s des spectateurs. C\u2019est lui qui nous a donn\u00e9, \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves \u2013\u00a0V\u00e9ronika Nassalska\u00efa, Dmitri Skirta, Elena Taimatova, Elena Nabokova et moi\u00a0\u2013 l\u2019impulsion pour cr\u00e9er notre propre projet de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant. Aujourd\u2019hui, vingt-cinq ans plus tard, chacun a sa propre version de la gen\u00e8se d\u2019ARTiShok, mais je reste convaincue que notre stimulus n\u2019\u00e9tait pas un plan strat\u00e9gique \u00e0 long terme, mais tout simplement le d\u00e9sir de \u00ab\u00a0faire notre th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb.<br><br>Pour cette saison anniversaire, j\u2019aimerais cr\u00e9er un spectacle-promenade \u00e0 travers les lieux embl\u00e9matiques d\u2019ARTiShok dans la ville. Nous avions commenc\u00e9, nous aussi, par jouer dans la rue, sur l\u2019Arbat, et en 2001 nous avons obtenu notre propre petit sous-sol dans le m\u00eame quartier. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, cet espace \u00e9tait anim\u00e9\u00a0: dans les ann\u00e9es post-perestro\u00efka, il avait accueilli un th\u00e9\u00e2tre de pantomime, un club de rock, des expositions d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019extr\u00eamement populaire Nova\u00efa Sc\u00e9na, un autre lieu attirait l\u2019intelligentsia d\u2019Almaty\u00a0: le Th\u00e9\u00e2tre dramatique r\u00e9publicain allemand.<a name=\"back6\" href=\"#end6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Les repr\u00e9sentations se donnaient dans un espace \u00e9trange\u00a0: une vieille maison basse, non loin du centre-ville, avec un petit jardin. On pouvait parler d\u2019un v\u00e9ritable g\u00e9nie du lieu\u00a0: l\u2019endroit \u00e9tait minuscule, mais impossible d\u2019y entrer tant il \u00e9tait pris\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que les spectateurs ont pu d\u00e9couvrir des spectacles de metteurs en sc\u00e8ne venus d\u2019Allemagne, de France, d\u2019Angleterre, de Lituanie. Nous avons vu de nos yeux un langage th\u00e9\u00e2tral qui \u00e9tait nouveau pour nous et nous avons commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019apprendre. Comment \u00e9valuez-vous, pour votre part, le r\u00f4le du Th\u00e9\u00e2tre Allemand dans le paysage th\u00e9\u00e2tral d\u2019Almaty dans les ann\u00e9es 1990 et dans l\u2019\u00e9volution d\u2019ARTiShok\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova<\/strong>&nbsp;: Oui, c\u2019\u00e9tait la fin des ann\u00e9es 1990, le tout d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Nous, en tant qu\u2019ARTiShok, avions d\u00e9j\u00e0 nou\u00e9 une relation de partenariat avec le Th\u00e9\u00e2tre Allemand. Je dirais que nous \u00e9tions des \u00ab&nbsp;amis-concurrents&nbsp;\u00bb. Et aujourd\u2019hui encore, cette amiti\u00e9 comp\u00e9titive me manque beaucoup, m\u00eame si la ville compte d\u00e9sormais de nombreux th\u00e9\u00e2tres. \u00c0 cette \u00e9poque, le Th\u00e9\u00e2tre Allemand, c\u2019\u00e9tait avant tout la compagnie<strong> <\/strong>de Victor Nemchenko, un jeune metteur en sc\u00e8ne qui \u00e9tait tout simplement g\u00e9nial. C\u2019est dommage qu\u2019on ne parle plus de ses mises en sc\u00e8ne&nbsp;: elles \u00e9taient trop styl\u00e9es&nbsp;! Quand on est venus chez Viktor, le Th\u00e9\u00e2tre Allemand savait d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019il valait. \u00c0 la fin d\u2019un spectacle, nous nous disions entre nous, en l\u2019applaudissant&nbsp;: <em>quand serons-nous capables, nous aussi, de surprendre ainsi&nbsp;?<\/em> Ce n\u2019\u00e9tait pas de la jalousie, mais une sorte de barre \u00e0 franchir. \u00c0 ce moment-l\u00e0, nous r\u00e9p\u00e9tions notre premier spectacle, <em>Zip-Zap <\/em>(2002). Nous travaillions sans pression, sans <em>deadline<\/em>, et nous le jouions dans la rue, bien que nous eussions d\u00e9j\u00e0 notre propre local. Victor et son \u00e9quipe sont venus aux trois premi\u00e8res repr\u00e9sentations de <em>Zip-Zap<\/em>. Ensuite, nous nous promenions ensemble, en traversant de nombreuses aventures, comme c\u2019est toujours le cas entre jeunes artistes. Nous \u00e9tions deux troupes dans une relation de comp\u00e9tition amicale&nbsp;: <em>tu es fort, je veux \u00eatre plus fort encore.<\/em> Mais sans jamais se rabaisser&nbsp;: nous nous respections, nous nous estimions. Nous nous alimentions mutuellement. C\u2019\u00e9tait une exp\u00e9rience inoubliable de force, de talent et d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image4-7.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-302\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image4-7.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image4-7.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image4-7.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Le Corbeau<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le po\u00e8me d\u2019Edgar Allan Poe. Mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Anton Bolkunov. Cr\u00e9ation&nbsp;: mars 2024. Galina Pyanova dans le r\u00f4le d\u2019Edgar Allan Poe. Photo&nbsp;:&nbsp;Alina Bakhautdinova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L\u00e0-bas, ils organisaient aussi des \u00ab&nbsp;samedis festifs&nbsp;\u00bb tr\u00e8s <em>cools<\/em>&nbsp;: ils chantaient en allemand, ils tapissaient les murs de journaux venus d\u2019Allemagne. On pouvait y boire de la bi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait comme une petite Allemagne au c\u0153ur de la ville. Apr\u00e8s <em>Zip-Zap<\/em>, Nemchenko m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 monter <em>Le Dragon<\/em> d\u2019Evgueni Schwartz au Th\u00e9\u00e2tre Allemand. Il faut ajouter qu\u2019en 2000, le com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne europ\u00e9en Markus Zohner est venu au Kazakhstan avec un projet p\u00e9dagogique consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019improvisation th\u00e9\u00e2trale. Ce fut une exp\u00e9rience tr\u00e8s importante pour nous tous. \u00c0 cette \u00e9poque, nous avons beaucoup travaill\u00e9 l\u2019improvisation. Nous cherchions \u00e0 inventer un th\u00e9\u00e2tre qui ne ressemblait \u00e0 aucun autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Beaucoup de spectacles d\u2019ARTiShok ont vraiment provoqu\u00e9 un choc aupr\u00e8s du public traditionnel d\u2019Almaty. Certains rejetaient cat\u00e9goriquement cette nouvelle esth\u00e9tique. Mais tr\u00e8s vite, un cercle de fid\u00e8les s\u2019est form\u00e9 autour du th\u00e9\u00e2tre : ils revenaient voir les pi\u00e8ces plusieurs fois. Pour moi, l\u2019une des exp\u00e9riences les plus fortes fut votre spectacle <font class=\"no-italics\">DrGrTr de<\/font> l\u2019ann\u00e9e 2010.<a name=\"back7\" href=\"#end7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> C\u2019\u00e9tait une \u0153uvre complexe, travers\u00e9e d\u2019une v\u00e9ritable trag\u00e9die int\u00e9rieure, qui abordait une th\u00e9matique douloureuse. Je me souviens encore de V\u00e9ronika Nassalska\u00efa, dans le r\u00f4le de M\u00e9d\u00e9e, disant\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis la personne de nationalit\u00e9 caucasienne\u00a0\u00bb.<a name=\"back8\" href=\"#end8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Et cette fraise \u00e9cras\u00e9e, d\u2019un rouge sang, sur le sol\u2026 Il est impossible de ne pas comprendre cette trag\u00e9die\u00a0: c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois ironique et bouleversant. D\u2019ailleurs, Anton Bolkunov a particip\u00e9 \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne, \u00e0 la fois comme vid\u00e9aste et comme com\u00e9dien. Quand et comment Anton a-t-il rejoint la compagnie d\u2019ARTiShok\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anton Bolkunov<\/strong>&nbsp;: Je suis arriv\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre en 2007-2008, d\u2019abord en tant que peintre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova\u00a0:<\/strong> Oui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque nous n\u2019avions pas de sc\u00e9nographe attitr\u00e9. Nous collaborions avec diff\u00e9rents artistes. Par exemple, \u00c9l\u00e9na et Victor Vorobyovs<a name=\"back9\" href=\"#end9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> r\u00e9alisaient nos affiches th\u00e9\u00e2trales, notamment pour le spectacle <em>Back in the USSR <\/em>(2004). Pour <em>Gagarine<\/em> (2007), ils avaient cr\u00e9\u00e9 un rideau de sc\u00e8ne. Pour <em>Clowns<\/em>, nous avions travaill\u00e9 avec Aigerym Bekmukhambetova, une peintre au go\u00fbt tr\u00e8s raffin\u00e9\u00a0: cela se voyait dans les costumes des clowns. Puis est arriv\u00e9 Anton. D\u2019abord, avec quelques jeunes artistes, il a mont\u00e9 une exposition industrielle dans le hall du th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je pr\u00e9parais le spectacle <em>Les Gens faciles<\/em>,<a name=\"back10\" href=\"#end10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> avec de tout jeunes com\u00e9diens, fra\u00eechement sortis de l\u2019\u00e9cole. Et soudain, j\u2019ai compris que ce spectacle devait \u00eatre port\u00e9 par de jeunes com\u00e9diens et de jeunes peintres. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec Anton. Tr\u00e8s vite, il a install\u00e9 une table, une lampe et a \u00e9quip\u00e9 un mini-atelier dans le th\u00e9\u00e2tre\u2026 et il est devenu notre sc\u00e9nographe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, Anton, que repr\u00e9sentait pour vous le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anton Bolkunov&nbsp;:<\/strong> J\u2019avais termin\u00e9 l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts comme sc\u00e9nographe. Mais le th\u00e9\u00e2tre, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 dans le sang gr\u00e2ce \u00e0 ma m\u00e8re, qui m\u2019y avait initi\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance. Je me souviens tr\u00e8s bien de <em>Nova\u00efa Sc\u00e9na,<\/em> dont nous avons parl\u00e9. L\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un tel th\u00e9\u00e2tre intimiste me fascinait. Cette bo\u00eete sc\u00e9nique noire me plaisait, et j\u2019avais toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. Un de mes professeurs de dessin m\u2019a encourag\u00e9 \u00e0 choisir la sc\u00e9nographie&nbsp;: on pouvait y apprendre la peinture, mais aussi l\u2019artisanat. Depuis l\u2019enfance, j\u2019aimais bricoler des maquettes, des d\u00e9tails. Mon p\u00e8re faisait du mod\u00e9lisme&nbsp;; moi, je m\u2019asseyais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et je regardais. \u00c0 la maison, il y avait toujours un \u00e9tabli, des pinceaux, des outils de toute sorte.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image5-6.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-303\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image5-6.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image5-6.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image5-6.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Les Mousquetaires. Perdeler<\/em>, d\u2019apr\u00e8s <em>Les Trois Mousquetaires<\/em> d\u2019Alexandre Dumas. Dramaturgie\u00a0: Svetlana Petritchouk. Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Galina Pyanova. Cr\u00e9ation\u00a0: mai 2022. Sur la photo\u00a0: Sofia Gordeeva (Reine Anne d\u2019Autriche), A\u00efssoulou Azimbayeva (Marquise de Chevreuse), Noursoultan Moukhamedjanov\u00a0(Porthos), Maroup Zourinov (le Cheikh), Evgueni Ignatov (Aramis). Photo\u00a0:\u00a0Alina Bakhautdinova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">Vous avez aussi travaill\u00e9 avec le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes. Comment \u00eates-vous venu \u00e0 cet univers&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anton Bolkunov\u00a0:<\/strong> Par hasard\u00a0! La metteuse en sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre Allemand, Natacha Dubs, m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 collaborer lorsqu\u2019elle montait <em>Le Petit Prince<\/em> au th\u00e9\u00e2tre de marionnettes d\u2019Almaty. Pendant deux mois, avec un artisan de ce th\u00e9\u00e2tre, nous avons fabriqu\u00e9 des marionnettes dot\u00e9es d\u2019une m\u00e9canique tr\u00e8s complexe et inhabituelle. Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e0 Novossibirsk, j\u2019ai rejoint le laboratoire <em>Le Masque d\u2019or,<\/em> dirig\u00e9 par Dina Goder.<a name=\"back11\" href=\"#end11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai rencontr\u00e9 le metteur en sc\u00e8ne de Minsk (Bi\u00e9lorussie) Alexandre Yanouchkevitch, avec qui nous avons cr\u00e9\u00e9 <em>La Chronique des temps pass\u00e9s<\/em><a name=\"back12\" href=\"#end12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> \u00e0 Togliatti, en Russie. D\u2019ailleurs, c\u2019est Galina qui a \u00e9crit l\u2019adaptation sc\u00e9nique de ce texte. Nous avions imagin\u00e9 deux cents figurines en bois \u2013\u00a0tsar, peuple\u00a0\u2013 qui \u00ab\u00a0flottaient\u00a0\u00bb dans une rivi\u00e8re.\u00a0La forme \u00e9tait proche du th\u00e9\u00e2tre d\u2019objets, un th\u00e9\u00e2tre de marionnettes pens\u00e9 \u00e0 travers les choses, \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre. J\u2019ai eu ensuite d\u2019autres projets dans des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes en Russie, certains ont \u00e9t\u00e9 prim\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Nous en arrivons justement au \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre&nbsp;\u00bb.<a href=\"#end13\" name=\"back13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Qu\u2019est-ce que cela signifie pour vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anton Bolkunov\u00a0:<\/strong> Je ne crois pas qu\u2019il existe une d\u00e9finition unique du <em>th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre<\/em>. Pour moi, c\u2019est quand tout ce qui se passe sur sc\u00e8ne est soumis \u00e0 l\u2019imagination du peintre. Parce qu\u2019un peintre invente autrement, m\u00eame la litt\u00e9rature\u00a0: il la r\u00e9invente \u00e0 sa mani\u00e8re. Il y a des exemples de peintres devenus \u00e9crivains, mais qui \u00e9crivent toujours comme des peintres. En th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est la m\u00eame chose\u00a0: au centre, il y a l\u2019id\u00e9e du peintre, non celle du dramaturge ou du metteur en sc\u00e8ne. Petit \u00e0 petit, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er mes propres spectacles. Prenons par exemple le roman <em>Crime et Ch\u00e2timent<\/em>,<a name=\"back14\" href=\"#end14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> o\u00f9, \u00e0 mon avis, Saint-P\u00e9tersbourg est peut-\u00eatre plus important que l\u2019orthodoxie de Dosto\u00efevski. Je ne suis pas all\u00e9 contre la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: ce que j\u2019avais lu s\u2019est refl\u00e9t\u00e9 en moi de cette fa\u00e7on. Ce qui compte pour moi en tant que peintre, c\u2019est la m\u00e9t\u00e9o, les sons de la ville, son rythme, le temps, l\u2019atmosph\u00e8re\u2026 Cela m\u2019est plus important que les relations entre les personnages. Tadeusz Kantor, c\u2019est le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre\u00a0\u00bb classique\u00a0: non pas quand on doit comprendre verbalement ce qui se passe et \u00e9couter longuement qu\u2019on vous raconte une histoire, mais quand on le saisit globalement \u2013\u00a0comme une odeur crois\u00e9e par hasard dans la rue, et qu\u2019en une seconde, l\u2019histoire s\u2019ouvre dans l\u2019esprit. Je pense que le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre, c\u2019est comme la musique\u00a0: il transmet en un instant une masse d\u2019informations, de mani\u00e8re non lin\u00e9aire. J\u2019aime aussi que ce soit fait par des moyens analogiques, sans supports num\u00e9riques. Pour moi, il y a une magie plus grande.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image6-3.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-304\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image6-3.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image6-3.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image6-3.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Crime et Ch\u00e2timent<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le roman de Fiodor Dosto\u00efevski. Mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Anton Bolkunov. Cr\u00e9ation&nbsp;: d\u00e9cembre 2022. Sur la photo&nbsp;: Mark Kouklin (Rodion Raskolnikov). Photo&nbsp;: Alina Bakhautdinova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>J\u2019aimerais monter <em>Le Tambour<\/em> de G\u00fcnter Grass. Grass \u00e9tait peintre, plasticien, \u00e9crivain. Son roman en trois parties est \u00e9trange, plein d\u2019\u00e9v\u00e9nements absurdes, \u00e0 la mani\u00e8re de M\u00e1rquez. Mais ce n\u2019est pas M\u00e1rquez, bien \u00e9videmment. M\u00e1rquez reste tout de m\u00eame un auteur lumineux, et Grass, sans doute, l\u2019est aussi, mais il est plus cynique, avec en son centre un personnage principal qui est, au fond, n\u00e9gatif, voire franchement antipathique. C\u2019est ce genre d\u2019auteurs qui m\u2019attirent, et que je voudrais mettre en sc\u00e8ne pr\u00e9cis\u00e9ment avec les outils du th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre. Je crois que notre premier spectacle qui s\u2019en approchait fut <em>La Vache<\/em> d\u2019Andre\u00ef Platonov (2013). Ce fut une exp\u00e9rience int\u00e9ressante, car chez Platonov, le r\u00e9cit suit un fil narratif tr\u00e8s simple, mais tout r\u00e9side dans la langue. Or, comment transmettre la langue au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? D\u00e8s que le th\u00e9\u00e2tre se met \u00e0 faire du <em>bla-bla-bla<\/em>, cela devient du th\u00e9\u00e2tre radiophonique. Nous avons cherch\u00e9 pendant des mois comment rendre la langue de Platonov \u00e0 travers des visualisations, des silences. C\u2019\u00e9tait sans doute ma premi\u00e8re approche du th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre. Puis vint M\u00e1rquez.<a href=\"#end15\" name=\"back15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Comment transmettre son esprit, plut\u00f4t que simplement raconter l\u2019histoire&nbsp;? Chez lui, ce qui compte, c\u2019est l\u2019attitude de l\u2019auteur. C\u2019est pourquoi je vois le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre comme un 4&#215;4&nbsp;: il peut aller l\u00e0 o\u00f9 la voiture de la mise en sc\u00e8ne ou la dramaturgie classique ne passent pas.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"449\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image7-4.jpeg?resize=800%2C449&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-305\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image7-4.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image7-4.jpeg?resize=300%2C168&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image7-4.jpeg?resize=768%2C431&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cent ans de solitude<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le roman de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez. Mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Anton Bolkunov. Cr\u00e9ation&nbsp;: d\u00e9cembre 2020. Sur la photo&nbsp;: les com\u00e9diens du th\u00e9\u00e2tre ARTiShok. Photo&nbsp;: Alexandre Tskaev<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00c0 Avignon, j\u2019ai eu la chance de voir un spectacle d\u2019Olivier de Sagazan. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 croire que je voyais cet artiste en <em>live<\/em>. Une fois, j\u2019avais vu une courte vid\u00e9o de son spectacle, mais je ne savais m\u00eame pas ce que c\u2019\u00e9tait&nbsp;: un spectacle ou une performance. J\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 suivre son travail et, comme par hasard, un jour j\u2019ai vu son affiche \u00e0 Avignon. En principe, j\u2019aime ce th\u00e9\u00e2tre sauvage sans technologies sophistiqu\u00e9es. Comme dans les temps anciens&nbsp;: voici un homme en chair et en os avec un flambeau, et le miracle se d\u00e9roule devant nous. Un artiste seul, sur sc\u00e8ne, en costume, mais il est aussi l\u2019auteur et le peintre, avec de l\u2019argile, des pots de peinture noire et rouge, des morceaux d\u2019\u00e9toupe et c\u2019est tout. Derri\u00e8re lui, trois feuilles de fer tr\u00e8s lourdes. Et il n\u2019y a rien d\u2019autre. Pendant le spectacle, il travaille seul&nbsp;: il se couvre d\u2019argile et se transforme sans cesse en diff\u00e9rents personnages. Sans mots, \u00e0 peine quelques marmonnements. Mais comme il capte l\u2019attention&nbsp;! Sur vid\u00e9o et en photos, cela para\u00eet effrayant. Pourtant, les situations qu\u2019il cr\u00e9e sont reconnaissables&nbsp;: c\u2019est plein d\u2019humour, le public rit beaucoup. Sagazan ma\u00eetrise tr\u00e8s bien le temps. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par le fait que le spectacle durait une heure, alors qu\u2019on avait l\u2019impression de seulement vingt minutes&nbsp;: ce n\u2019\u00e9tait pas du tout ennuyeux. Parfois, au th\u00e9\u00e2tre, on prononce tellement de textes qu\u2019il est impossible d\u2019en venir \u00e0 bout. Et l\u00e0, au premier abord, rien ne se passe&nbsp;: la lumi\u00e8re change une fois, puis, tout \u00e0 la fin, encore une fois, et c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova&nbsp;: <\/strong>Moi, je ne suis pas une adepte du th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre. \u00c0 mes yeux, cela reste surtout un grand <em>trucage<\/em>. Mais ce qui nous a frapp\u00e9s, en voyant Sagazan, c\u2019est qu\u2019il jouait avec de l\u2019argile sur son visage, sans jamais voir le public&nbsp;: seulement en le ressentant. Et surtout, ce spectacle se donnait dans une grande salle, pas dans un espace intime. En observant les spectateurs pendant la repr\u00e9sentation, j\u2019ai compris ce qui distingue notre public&nbsp;: sa capacit\u00e9 \u00e0 recevoir le th\u00e9\u00e2tre contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Nous arrivons tout naturellement \u00e0 votre s\u00e9jour au Festival d\u2019Avignon, cet \u00e9t\u00e9. Quelles impressions, quelles id\u00e9es en avez-vous rapport\u00e9es&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova<\/strong>\u00a0: Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est une v\u00e9ritable f\u00eate dionysiaque, et je crois que tout professionnel du th\u00e9\u00e2tre manque de cela. Avant Avignon, j\u2019avais derri\u00e8re moi plus de trente ans de carri\u00e8re\u00a0: comme com\u00e9dienne, metteuse en sc\u00e8ne, dramaturge. J\u2019avais travaill\u00e9 dans plusieurs th\u00e9\u00e2tres, pas seulement \u00e0 ARTiShok. Et la saison pass\u00e9e, je me suis surprise \u00e0 penser\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre est une affaire de jeunes\u00a0\u00bb. Moi, je n\u2019ai plus rien \u00e0 dire, para\u00eet-il.<\/em> C\u2019est une situation dramatique, quand on n\u2019a plus rien \u00e0 dire ni \u00e0 faire. Il semble qu\u2019il n\u2019y a plus ni douleur, ni joie, ni n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure qui pousse \u00e0 cr\u00e9er. Qu\u2019est-ce que je pourrais encore inventer\u00a0? Par quoi \u00e9tonner\u00a0? Je ressentais presque une rancune envers le th\u00e9\u00e2tre, une rancune sans doute enfantine\u00a0: j\u2019avais donn\u00e9 ma vie pour lui, et lui, en retour, ne m\u2019avait pas transform\u00e9e, il n\u2019avait pas non plus transform\u00e9 ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Avignon, et que nous nous sommes retrouv\u00e9s litt\u00e9ralement au c\u0153ur de la joie de vivre\u00a0! Chaque jour, nous jouions notre spectacle tard le soir, et d\u00e8s le lendemain, nous organisions des performances de rue. C\u2019est une pratique obligatoire \u00e0 Avignon\u00a0: m\u00eame les stars du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais sortent dans la rue. On invite les passants, on discute avec des spectateurs potentiels ou ceux de la veille\u2026 Nous avons plong\u00e9 dans ce grand d\u00e9fil\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres, des milliers de gens dansant, chantant. Nos enfants participaient aussi, habill\u00e9s en costumes, r\u00e2lant un peu, mais r\u00e9p\u00e9tant en fran\u00e7ais\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Venez voir notre spectacle, Cabaret Ma\u00efakovski\u00a0!\u00a0\u00bb <\/em>Je me disais\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Oh, combien nous sommes de fous de th\u00e9\u00e2tre\u00a0!\u00a0\u00bb <\/em>Il y avait tant de joie et de bonheur autour\u00a0!\u00a0J\u2019ai compris alors pourquoi j\u2019\u00e9tais venue au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: pour cette joie-l\u00e0. Mes professeurs m\u2019avaient toujours dit que le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est Dionysos, et qu\u2019il faut tourner son visage vers le dieu R\u00e2.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image8-4.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-306\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image8-4.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image8-4.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image8-4.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cabaret Ma\u00efakovski<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le po\u00e8me \u00ab&nbsp;<em>Le Nuage en pantalon&nbsp;\u00bb<\/em> de Vladimir Ma\u00efakovski. Mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Galina Pyanova. Cr\u00e9ation&nbsp;: juin 2025. Sur la photo&nbsp;: Salim Balgazin (Vladimir Ma\u00efakovski), Anton Bolkunov (basse). Photo&nbsp;: Janar Chaki<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">Un critique fran\u00e7ais a \u00e9crit \u00e0 propos de votre spectacle <font class=\"no-italics\">Cabaret Ma\u00efakovski<\/font> :<br><br>Vladimir Ma\u00efakovski, c\u2019est du protopunk. Musique, po\u00e9sie et provocations sont au menu de ce cabaret d\u00e9jant\u00e9, construit autour du po\u00e8me fondateur \u00ab&nbsp;Le Nuage en pantalon&nbsp;\u00bb, [\u2026] \u00e0 la fois lyrique, r\u00e9volutionnaire et provocateur [\u2026] Beaucoup d\u2019humour visuel, car les artistes, tr\u00e8s clownesques, s\u2019expriment en russe, rarement en fran\u00e7ais (quelques phrases apprises phon\u00e9tiquement, dont on comprend deux mots sur trois). Et tant mieux&nbsp;: c\u2019est encore plus dr\u00f4le&nbsp;! [\u2026] On se comprend au-del\u00e0 du langage. Quel message d\u2019espoir&nbsp;! (Boyaire)<br><br>Comment se passaient vos repr\u00e9sentations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galina Pyanova\u00a0: <\/strong>Nous avions apport\u00e9 un cabaret punk, autrement dit un cabaret po\u00e9tique et musical. Nous jouions au Th\u00e9\u00e2tre Atypik, un espace tr\u00e8s intime, d\u2019une cinquantaine de places, comme notre petite sc\u00e8ne \u00e0 Almaty. Mais son architecture donnait l\u2019impression d\u2019un petit cirque. Je pensais sans cesse \u00e0 notre spectacle <em>Clowns<\/em>. En m\u00eame temps, cette ar\u00e8ne rappelait quelque chose d\u2019antique, de grec. Apr\u00e8s chaque repr\u00e9sentation, les spectateurs restaient, attendaient que nous sortions pour prolonger la conversation. \u00c0 Avignon, nous faisions mille choses\u00a0: nous inventions des chansons, des arrangements, de nouveaux projets. L\u00e0-bas, j\u2019ai eu envie, \u00e0 nouveau, de jouer dans la rue. Il y avait une \u00e9nergie juste, une \u00e9nergie qui parlait d\u2019amour pour la vie. Je veux garder cette sensation dans nos prochains spectacles, notamment dans <em>La Mouette<\/em>, sur laquelle nous avons commenc\u00e9 \u00e0 travailler. Ce que dit Anton me pla\u00eet\u00a0: l\u2019artiste a le droit de voir \u00e0 sa mani\u00e8re. Moi, aujourd\u2019hui, je pense que <em>La Mouette<\/em> est une pi\u00e8ce sur la d\u00e9sillusion, y compris la d\u00e9sillusion face au th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est une pi\u00e8ce sur les r\u00eaves qui ne se r\u00e9alisent pas, sur la vie qu\u2019on ne vit pas, alors qu\u2019on devrait. Peut-\u00eatre que si Kostia Treplev n\u2019avait pas choisi le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain, il serait devenu metteur en sc\u00e8ne. Le spectacle qu\u2019il a mis est g\u00e9nial. Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, quelques personnages parlent de leurs \u00e9motions pendant son spectacle. La repr\u00e9sentation de Kostia est en r\u00e9alit\u00e9 un spectacle immersif \u2013\u00a0avant l\u2019invention du mot. Mais sa m\u00e8re est inqui\u00e8te\u00a0: son fils a choisi un chemin dont elle ne veut pas pour lui. Si Kostia avait eu foi en lui-m\u00eame, s\u2019il avait ignor\u00e9 les nerfs de sa m\u00e8re et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas devenu \u00e9crivain, il serait peut-\u00eatre devenu metteur en sc\u00e8ne \u2013 et toute la trag\u00e9die aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9e. Je n\u2019ai pas encore formul\u00e9 clairement mes id\u00e9es aux acteurs pour <em>La Mouette<\/em>. Mais je sais une chose\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas l\u00e0 pour nous dire que tout va mal. Le th\u00e9\u00e2tre nous apprend \u00e0 aimer chaque seconde de la vie. Il porte en lui la joie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes de fin<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>Le programme <em>\u00c9chos des Steppes<\/em> a r\u00e9uni deux th\u00e9\u00e2tres ind\u00e9pendants \u2013\u00a0Jolda Dance Theatre et ARTiShok\u00a0\u2013 ainsi que deux th\u00e9\u00e2tres d\u2019\u00c9tat\u00a0: le Th\u00e9\u00e2tre de Marionnettes et le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Art Traditionnel Alataou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><em>Kvartirniki<\/em> (du mot russe <em>kvartira<\/em> \u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;appartement&nbsp;\u00bb)&nbsp;: expositions d\u2019art sovi\u00e9tique <em>underground<\/em> organis\u00e9es dans des appartements ou ateliers d\u2019artistes. Dans les ann\u00e9es 1970-80, certaines \u0153uvres ne pouvaient pas \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es dans les mus\u00e9es ou galeries publiques \u00e0 cause de la censure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a><em>Z\u00e9leny Tr\u00e9ougolnik<\/em> (\u00ab&nbsp;Triangle vert&nbsp;\u00bb)&nbsp;: groupe artistique <em>underground<\/em> d\u2019Almaty actif entre 1988 et 1993. <em>Kyzyl Tractor<\/em> (\u00ab&nbsp;Tracteur rouge&nbsp;\u00bb)&nbsp;: collectif artistique n\u00e9 \u00e0 la charni\u00e8re des ann\u00e9es 1980-90.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end4\" href=\"#back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><em>Arbat<\/em>&nbsp;: nom informel de la partie pi\u00e9tonne de la rue Jibek Joly (Route de la Soie) \u00e0 Almaty. Lieu culturel et cr\u00e9atif embl\u00e9matique de la ville, fr\u00e9quent\u00e9 par artistes, po\u00e8tes, musiciens, habitants et visiteurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end5\" href=\"#back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>Boris Pr\u00e9obrajenski (1938-2012), metteur en sc\u00e8ne kazakh. \u00c0 partir de 1986, directeur artistique du Th\u00e9\u00e2tre Jeune Public et fondateur de <em>Nova\u00efa Sc\u00e9na<\/em> (\u00ab&nbsp;<em>La Nouvelle Sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end6\" href=\"#back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>Th\u00e9\u00e2tre dramatique acad\u00e9mique r\u00e9publicain allemand (DTA \u2013&nbsp;<em>Deutsches Theater Almaty<\/em>). Cr\u00e9\u00e9 en 1980 \u00e0 T\u00e9mirtaou (Kazakhstan), install\u00e9 \u00e0 Almaty depuis 1989.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end7\" href=\"#back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><em>DrGrTr <\/em>(<em>DRevneGRecheskaya TRagedia<\/em>) \u2013 abr\u00e9viation russe signifiant \u00ab&nbsp;Trag\u00e9die grecque ancienne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end8\" href=\"#back8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>Le terme \u00ab&nbsp;personne de nationalit\u00e9 caucasienne&nbsp;\u00bb est un clich\u00e9 bureaucratique p\u00e9joratif et un st\u00e9r\u00e9otype utilis\u00e9 pour d\u00e9signer suppos\u00e9ment les habitants du Caucase. Il est apparu dans les ann\u00e9es 1980 et s\u2019est r\u00e9pandu en Russie dans un contexte de tensions interethniques croissantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end9\" href=\"#back9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u00c9l\u00e9na et Victor Vorobyovs&nbsp;: artistes kazakhs contemporains, sp\u00e9cialis\u00e9s dans la vid\u00e9o, la photographie et l\u2019installation artistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end10\" href=\"#back10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><em>Les Gens faciles<\/em> (<em>Liogki\u00e9 ludi<\/em>)&nbsp;: pi\u00e8ce du dramaturge russe Mikha\u00efl Dournenkov, cr\u00e9\u00e9e en 2003 et mise en sc\u00e8ne \u00e0 ARTiShok en 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end11\" href=\"#back11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>Dina Goder&nbsp;: critique russe de th\u00e9\u00e2tre, de cirque et de marionnettes. <em>Le Masque d\u2019or<\/em>&nbsp;: prix th\u00e9\u00e2tral annuel qui r\u00e9compense les meilleurs spectacles et artistes en Russie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end12\" href=\"#back12\"><sup>[12]<\/sup><\/a><em>La Chronique des temps pass\u00e9s<\/em> (<em>Povest vremiannykh let<\/em>)&nbsp;: plus ancienne chronique slave orientale, r\u00e9dig\u00e9e au XII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end13\" href=\"#back13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>Le terme \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre d\u2019un peintre&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 introduit par l\u2019historien russe de la sc\u00e9nographie et sp\u00e9cialiste du th\u00e9\u00e2tre V. Berezkin au milieu des ann\u00e9es 1990 pour d\u00e9crire les th\u00e9\u00e2tres qui se situent \u00e0 l\u2019intersection des arts du spectacle et des arts visuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end14\" href=\"#back14\"><sup>[14]<\/sup><\/a><em>Crime et Ch\u00e2timent<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le roman de Fiodor Dosto\u00efevski, mis en sc\u00e8ne en 2022 par Anton Bolkunov (metteur en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end15\" href=\"#back15\"><sup>[15]<\/sup><\/a><em>Cent ans de solitude<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le roman de Gabriel Garc\u00eda M\u00e1rquez, mis en sc\u00e8ne en 2020 par Anton Bolkunov (metteur en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe).<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Boyaire, Philippe. <em><a href=\"https:\/\/lagazettedutheatre.fr\/critique\/cabaret-maiakovsky\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/lagazettedutheatre.fr\/critique\/cabaret-maiakovsky\/\">Cabaret Ma\u00efakovski<\/a><\/em>, 16 juillet 2025.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Irina-Antonova.jpeg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-307\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Irina-Antonova.jpeg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Irina-Antonova.jpeg?resize=300%2C300&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/Irina-Antonova.jpeg?w=400&amp;ssl=1 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Irina Antonova<\/strong> PhD en histoire, critique de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendante (Kazakhstan), membre de l&#8217;AICT et de l\u2019UNIMA. Auteure d\u2019articles et de publications sur l&#8217;histoire du th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et de rue kazakhstanais et fran\u00e7ais, et sur les diff\u00e9rentes formes de performances contemporaines. Professeure d\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre et des beaux-arts. Coorganisatrice de Festivals internationaux de th\u00e9\u00e2tres de marionnettes et membre du jury du festival des arts visuels <em>Otkrov\u00e9ni\u00e9<\/em> (Almaty, Kazakhstan). Observatrice des festivals de marionnettes de Binic (France), Bia\u0142ystok (Pologne), Omsk, Ekaterinbourg (Russie).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2025 Irina Antonova<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em>,&nbsp;#32, December 2025<br>e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png?w=800&#038;ssl=1\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":302,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-298","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/32\/wp-content\/uploads\/sites\/33\/2025\/10\/image4-7.jpeg?fit=800%2C533&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=298"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/298\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":435,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/298\/revisions\/435"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/media\/302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/32\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}