{"id":531,"date":"2025-05-30T16:22:21","date_gmt":"2025-05-30T16:22:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/?p=531"},"modified":"2025-06-02T17:11:51","modified_gmt":"2025-06-02T17:11:51","slug":"frida-oui-mais-etait-ce-bien-necessaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/frida-oui-mais-etait-ce-bien-necessaire\/","title":{"rendered":"<em>Frida<\/em>\u00a0: oui, mais \u00e9tait-ce bien n\u00e9cessaire\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Selim Lander<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" style=\"background-color:#e3c7ca\"><em>Frida<\/em>, \u00e9criture et mise en sc\u00e8ne Pa\u00f5la Duniaud, avec L\u00e9ona Cosa, Sacha Vu\u010dini\u0107, Thierry Mulot, Sabrine Ben Nijma, Daphn\u00e9 Dumons, Pa\u00f5la Duniaud. Sc\u00e9nographie et lumi\u00e8re Martin Portais. Costumes Camille Verschuere. Fort-de-France, Tropiques Atrium, 21 mars 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2024 au Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses \u00e0 Paris est arriv\u00e9e \u00e0 la Martinique avec une distribution inchang\u00e9e \u00e0 l\u2019exception de l\u2019interpr\u00e8te du r\u00f4le titre, L\u00e9ona Cosa, rempla\u00e7ant Ana Lorvo (remarquable dans le seul en sc\u00e8ne <em>Tiens ton c\u0153ur <\/em>de Kouam Tawa pr\u00e9sent\u00e9e aux \u00ab\u00a0Z\u00e9brures d\u2019automne\u00a0\u00bb (ex \u00ab\u00a0Francophonies de Limoges\u00a0\u00bb) en septembre 2024. Avec L\u00e9ona Cosa, Sacha Vu\u010dini\u0107, le protagoniste masculin, soit l\u2019interpr\u00e8te de Diego Rivera, est le seul com\u00e9dien charg\u00e9 d\u2019un seul personnage, les autres se partageant entre plusieurs r\u00f4les. Ainsi Thierry Mulot, l\u2019autre homme de la distribution, interpr\u00e8te-t-il \u00e0 la fois le p\u00e8re de Frida, un communiste, un m\u00e9decin, un policier et m\u00eame Trotsky qui fut h\u00e9berg\u00e9 un temps chez le couple Rivera Kahlo et serait devenu l\u2019amant de Frida pendant quelques mois. Trois autres com\u00e9diennes, parmi lesquelles l\u2019auteure, Pa\u00f5la Duniaud, compl\u00e8tent la distribution, incarnant elles aussi plusieurs personnages.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"494\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image1-2.jpg?resize=400%2C494&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-532\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image1-2.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image1-2.jpg?resize=243%2C300&amp;ssl=1 243w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9e en 1910 \u00e0 Coyoac\u00e1n, au Mexique. Enfin, officiellement je suis n\u00e9e en 1907, mais je me suis arrang\u00e9e pour que ma naissance co\u00efncide avec la r\u00e9volution mexicaine, au Mexique moderne.\u00a0\u00bb (L\u00e9ona Cosa). Photo\u00a0: Emeric Gallego<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019on admire l\u2019aisance de L\u00e9ona Cosa en Frida Kahlo dans une distribution qui ne l\u2019avait pas pr\u00e9vue initialement, on peut estimer quand m\u00eame que son jeu, presque toujours dans l\u2019excitation, manque de nuances. Quant \u00e0 Sacha Vu\u010dini\u0107, son physique en fait un choix particuli\u00e8rement judicieux&nbsp;: avec sa haute stature, sa carrure imposante, il s\u2019impose sur le plateau et sa seule pr\u00e9sence suffit pour nous convaincre qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 de son vivant un grand homme admir\u00e9 et respect\u00e9. Mais, comme sa partenaire, il n\u2019aura gu\u00e8re de possibilit\u00e9s de creuser son personnage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on veut \u00e9crire une \u00ab&nbsp;biopic&nbsp;\u00bb de Frida Kahlo (1907-1954) pour la sc\u00e8ne, utiliser ou non ses tableaux est la premi\u00e8re question qu\u2019il faut trancher, sachant que certains autoportraits, comme celui o\u00f9 elle se pr\u00e9sente corset\u00e9e et les seins nus, sont devenus des ic\u00f4nes. M\u00eame question pour les \u0153uvres de son \u00e9poux, le non moins c\u00e9l\u00e8bre peintre Diego Rivera (1886-1957). Pa\u00f5la Duniaud a choisi de ne montrer aucun tableau, \u00e0 la bizarre exception pr\u00e8s d\u2019un barbouillage devant lequel Rivera-Sacha Vu\u010dini\u0107 fait semblant de travailler. Quant \u00e0 Frida, nous la retrouvons \u00e0 plusieurs reprises dans la \u00ab&nbsp;cage&nbsp;\u00bb tournante qui tient lieu de d\u00e9cor, faisant semblant de peindre une toile pos\u00e9e sur un chevalet que nous ne voyons que de dos. Le fait de ne pas montrer les tableaux dont on parle pourtant constamment est frustrant pour le spectateur qui n\u2019aurait pas au moins certains d\u2019entre eux d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate. Mais s\u2019il conna\u00eet les \u0153uvres, le spectateur sait d\u00e9j\u00e0 dans les grandes lignes ce que fut la vie de Frida\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image2-2.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-533\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image2-2.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image2-2.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image2-2.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est le mariage d\u2019une \u00e9l\u00e9phante et d\u2019une colombe. Je ne participerais pas \u00e0 ce mariage\u00a0!\u00a0\u00bb (Thierry Mulot et Sabrine Ben Njima). Photo\u00a0: Emeric Gallego<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019o\u00f9 la deuxi\u00e8me question&nbsp;: est-il raisonnable de se lancer dans l\u2019\u00e9criture d\u2019une pi\u00e8ce dont le seul objet est de raconter la vie d\u2019une femme c\u00e9l\u00e8bre, connue du public habituel du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? On objectera peut-\u00eatre que lorsque ce m\u00eame public assiste \u00e0 une repr\u00e9sentation de <em>Ph\u00e8dre<\/em>, il sait d\u00e9j\u00e0 l\u2019histoire. Il y a pourtant une diff\u00e9rence essentielle. Pour le public, l\u2019histoire de <em>Ph\u00e8dre<\/em> se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019intrigue con\u00e7ue par Racine \u2013&nbsp;on peut discuter la mise en sc\u00e8ne, l\u2019interpr\u00e9tation, mais pas le texte ni les faits relat\u00e9s dans la pi\u00e8ce&nbsp;\u2013 tandis que Frida Kahlo est un personnage r\u00e9el. Ainsi un Fran\u00e7ais a-t-il pu lire une ou plusieurs biographies d\u2019elle, sans compter tous les livres pour la jeunesse, visionner le film <em>Frida<\/em> (de Julie Taymor avec Salma Hayek, 2002), un ou plusieurs documentaires \u2013&nbsp;<em>The Life and Times of Frida Kahlo<\/em> (Amy Stechler, 2005), <em>Frida Viva la Vida<\/em> (Giovanni Troilo, 2019), <em>Exhibition On Screen&nbsp;: Frida Kahlo<\/em> (Ali Ray, 2020), le dessin anim\u00e9 <em>Hola Frida<\/em> (2025)&nbsp;\u2013 voire assister \u00e0 l\u2019une des pi\u00e8ces qui lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es r\u00e9cemment, comme <em>Frida Kahlo, ma r\u00e9alit\u00e9<\/em>, seul en sc\u00e8ne de B\u00e9n\u00e9dicte Allard (2022), <em>Une heure avec Frida Kahlo<\/em>, seul en sc\u00e8ne avec Laurence Ruatti (2025) ou \u00e0 la lecture des lettres de Frida par Helena Noguerra (2024), de telle sorte que le spectateur un tant soit peu inform\u00e9 a fatalement des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues sur Frida Kahlo et risque fort d\u2019\u00eatre (au moins en partie) d\u00e9\u00e7u dans la mesure o\u00f9 il y a peu de chances que la pi\u00e8ce soit enti\u00e8rement fid\u00e8le \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019est form\u00e9e du personnage de Frida.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a ces questions pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019esprit quand on assiste \u00e0 la premi\u00e8re pi\u00e8ce de la com\u00e9dienne Pa\u00f5la Duniaud (\u00e9galement \u00e0 la mise en sc\u00e8ne), mais il faut bien tenter d\u2019en faire abstraction si l\u2019on entend porter un regard le plus objectif possible, comme quelqu\u2019un qui ne conna\u00eetrait rien de l\u2019existence mouvement\u00e9e de Frida Kahlo.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image3-3.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-534\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image3-3.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image3-3.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image3-3.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Elle se rend \u00e0 la manifestation, je la pousse dans son fauteuil, elle s\u2019affiche comme une v\u00e9ritable h\u00e9ro\u00efne, pancarte dans la main gauche et poing droit lev\u00e9 en joignant sa voix au cri de la foule \u00ab\u00a0Gringos, asesino fuera\u00a0\u00bb. (Sacha Vu\u010dini\u0107). Photo\u00a0: Emeric Gallego<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dispositif sc\u00e9nique, peu \u00e9l\u00e9gant, mais efficace, se r\u00e9sume \u00e0 une cage mobile ferm\u00e9e par quatre rideaux diff\u00e9rents. Il suffit de la faire tourner pour \u00e9voquer des espaces diff\u00e9rents, comme un logement, une chambre d\u2019h\u00f4pital. Quelques \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor sont \u00e9galement faciles \u00e0 d\u00e9placer&nbsp;: un chevalet, un petit meuble contenant quelques accessoires. \u00c0 l\u2019exception des com\u00e9diens interpr\u00e9tant Frida (gilet et jupe longue bariol\u00e9e, parfois recouverte d\u2019un drap) et Rivera (salopette de peintre avec ou sans veste et cravate), les autres changent de costume \u00e0 plusieurs reprises, en coulisse, mais sans que cela nuise \u00e0 la fluidit\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce qui encha\u00eene vivement des tableaux faisant d\u00e9filer divers moments de la vie de Frida dans l\u2019ordre chronologique, depuis le d\u00e9part de la maison familiale jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 quarante-sept ans. Une com\u00e9dienne qui joue la journaliste a aussi pour fonction, alors assise en contrebas du plateau et pourvue d\u2019un micro, d\u2019annoncer l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 se d\u00e9roule chaque sc\u00e8ne, en m\u00eame temps que l\u2019\u00e2ge de Frida. Il n\u2019y a aucune projection, les jeux de lumi\u00e8re sont r\u00e9duits au minimum indispensable, la musique (guitare, piano) intervient rarement, mais chaque fois \u00e0 bon escient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faute de montrer les \u0153uvres, on pourrait tenter d\u2019\u00e9voquer leur contenu. Nous apprendrons simplement \u00e0 ce sujet que Rivera peignait des tableaux destin\u00e9s \u00e0 promouvoir la r\u00e9volution et que Frida voulait repr\u00e9senter la souffrance. La pi\u00e8ce tourne en r\u00e9alit\u00e9 autour de quatre th\u00e8mes principaux, les multiples op\u00e9rations de Frida, la liaison passionnelle entre les deux peintres (qui ne les emp\u00eachait pas de multiplier les aventures chacun de leur c\u00f4t\u00e9), leur engagement communiste commun, enfin l\u2019accession de Frida \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, et, plus accessoirement, Frida et sa famille.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image4-3.jpeg?resize=800%2C533&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-535\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image4-3.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image4-3.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image4-3.jpeg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Et toi, tu sais ce que je pense de tes fresques\u00a0? Tire-toi d\u2019ici, c\u2019est pas un bar pour les communistes corrompus.\u00a0\u00bb (Thiery Mulot, Sacha Vu\u010dini\u0107). Photo\u00a0: Emeric Gallego<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand la pi\u00e8ce commence, Frida est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cage, assise sur une chaise roulante, \u00e0 la suite de l\u2019une de ses nombreuses op\u00e9rations. Elle alternera ensuite entre les moments o\u00f9, debout, elle se comporte comme une personne valide et ceux o\u00f9, de nouveau clou\u00e9e sur sa chaise, elle retrouve la position assise, voire \u00e0 demi couch\u00e9e. Sans chercher le r\u00e9alisme&nbsp;: par exemple on voit encore les deux pieds de Frida sous sa robe longue apr\u00e8s qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 amput\u00e9e d\u2019une jambe&nbsp;! Si la pi\u00e8ce ne dissimule pas les \u00e9preuves physiques travers\u00e9es par Frida, elle ne cherche pas ou ne parvient pas \u00e0 la montrer comme un \u00eatre souffrant. On est plut\u00f4t surpris de la voir si vive entre deux op\u00e9rations, virevoltant, sautant m\u00eame dans les bras de Diego, comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Il y a des sc\u00e8nes de f\u00eate passablement alcoolis\u00e9es, les disputes entre les deux \u00e9poux sont montr\u00e9es, mais elles ne sont pas les meilleurs morceaux, comme si, l\u00e0 encore, on voulait \u00e9dulcorer tout ce que cette trajectoire a de tragique. La relation de Frida avec ses parents est peut-\u00eatre celle qui appara\u00eet la plus sinc\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Connaissant ou pas la vie de Frida Kahlo, surpris ou pas devant ce personnage qui semble increvable malgr\u00e9 les \u00e9preuves, \u00e0 commencer par la souffrance physique, le spectateur ne s\u2019ennuie pas \u00e0 regarder ce spectacle rondement men\u00e9. Reste n\u00e9anmoins la question pos\u00e9e dans le titre. Une pi\u00e8ce qui se donne comme objet de raconter une vie, en s\u2019attachant \u00e0 ne laisser de c\u00f4t\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment essentiel, est oblig\u00e9e de passer tr\u00e8s vite sur chacun d\u2019entre eux. On est comme devant un train qui d\u00e9file devant nous sans qu\u2019on puisse distinguer autre chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des compartiments que des images fugitives. Et l\u2019on se prend \u00e0 r\u00eaver d\u2019une autre pi\u00e8ce qui se serait concentr\u00e9e sur un seul aspect de la vie de Frida, par exemple sur la place de l\u2019infirmit\u00e9 dans son \u0153uvre, ou sur sa relation amoureuse mouvement\u00e9e avec Diego Rivera, des sujets qui auraient sans nul doute permis d\u2019\u00e9crire quelque chose de plus fort qu\u2019une s\u00e9rie d\u2019anecdotes, certes pas inint\u00e9ressantes.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full alignnone\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/05\/Selim-Lander.jpeg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-387\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Selim Lander<\/strong>&nbsp;vit en Martinique (Antilles fran\u00e7aises). Ses critiques paraissent dans la revue \u00e9lectronique&nbsp;<a href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">mondesfrancophones.com<\/a>&nbsp;et dans la revue&nbsp;<em>Esprit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2025 Selim Lander<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em>,\u00a0#31, June 2025<br>e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png?w=800&#038;ssl=1\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":535,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-531","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/31\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2025\/06\/image4-3.jpeg?fit=800%2C533&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=531"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":538,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions\/538"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/media\/535"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=531"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=531"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/31\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=531"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}