{"id":415,"date":"2016-02-20T13:42:55","date_gmt":"2016-02-20T13:42:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/?p=415"},"modified":"2022-05-29T09:15:27","modified_gmt":"2022-05-29T09:15:27","slug":"breve-histoire-de-la-critique-theatrale-en-martinique-et-en-guadeloupe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/breve-histoire-de-la-critique-theatrale-en-martinique-et-en-guadeloupe\/","title":{"rendered":"Br\u00e8ve histoire de la critique th\u00e9\u00e2trale en Martinique et en Guadeloupe"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Christian Antourel et Alvina Ruprecht<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-424\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1021953982.png\" alt=\"1021953982\" width=\"135\" height=\"180\" \/>\u00a0 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-423\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1336489735.png\" alt=\"1336489735\" width=\"270\" height=\"180\" \/><\/p>\n<p><i>Christian Antourel est critique th\u00e9\u00e2tral pour le quotidien martiniquais <em>France-Antilles<\/em> et contribue r\u00e9guli\u00e8rement au site culturel <\/i><i><a href=\"http:\/\/www.madinin-art.net\/\">www.madinin-art.net<\/a>.<\/i><\/p>\n<p><em>Alvina Ruprecht<\/em>, critique th\u00e9\u00e2trale \u00e0 Radio Canada, contribue aux multiples sites en anglais et en fran\u00e7ais. Les deux auteurs sont membres fondateurs del\u2019Association r\u00e9gionale des critiques de th\u00e9\u00e2tre de la Cara\u00efbe (ARCT).<\/p>\n<p>Un rappel historique serait utile pour mieux comprendre\u00a0 le contexte culturel de la critique th\u00e9\u00e2trale qui se fait dans ces\u00a0 deux\u00a0 D\u00e9partements d\u2019Outre\u2013mer. Martinique et Guadeloupe,\u00a0 deux \u00eeles dans la Cara\u00efbe (Guadeloupe est en fait un archipel), \u00e9taient des colonies fran\u00e7aises jusqu\u2019en 1946, lorsqu\u2019elles ont vot\u00e9 un changement de statut par rapport \u00e0 la M\u00e9tropole. Au lieu de devenir ind\u00e9pendantes, elles ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00a0 garder des liens avec la France et devenir des \u00abd\u00e9partements \u00bb afin de jouir des droits des citoyens fran\u00e7ais\u00a0 \u00ab\u00e0 part enti\u00e8re\u00bb.\u00a0 Ce choix a bien s\u00fbr, abouti \u00e0\u00a0 une relation de d\u00e9pendance quasi-totale avec l\u2019\u00e9tat fran\u00e7ais, car la nature hautement centralis\u00e9e de l\u2019administration fran\u00e7aise a des cons\u00e9quences in\u00e9vitables sur la vie \u00e9conomique et culturelle des deux \u00eeles.<\/p>\n<p>L\u2019av\u00e8nement de ce qu\u2019on pourrait appeler la critique th\u00e9\u00e2trale dans la r\u00e9gion co\u00efncidait avec le d\u00e9veloppement du journalisme local (surtout la chaine Hersant des quotidiens France-Antilles) et la cr\u00e9ation (en 1972) du <i>Festival culturel de Fort de France par Aim\u00e9 C\u00e9saire en collaboration avec le metteur en sc\u00e8ne Jean-Marie Serreau. Ce Festival a eu des retomb\u00e9es culturelles extr\u00eamement importantes sur toute la r\u00e9gion puisqu\u2019il permettait de mettre en \u00e9vidence pour la premi\u00e8re fois, la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale sp\u00e9cifiquement carib\u00e9enne (en fran\u00e7ais et en cr\u00e9ole), et de valoriser les manifestations d\u2019une culture de la N\u00e9gritude. En effet, le Festival rassemblait non seulement les Martiniquais et les Guadeloup\u00e9ens domicili\u00e9s dans la r\u00e9gion et en France, mais aussi les Afro-Am\u00e9ricains et Afro-Carib\u00e9ens des \u00eeles anglophones et hispanophones voir m\u00eame les artistes de l\u2019Afrique du sud. C\u2019est \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement que la pratique critique locale a fait son apparition.<\/i><\/p>\n<p>Les d\u00e9buts \u00e9taient difficiles puisque l\u2019Universit\u00e9 des Antilles et de la Guyane n\u2019offrait aucun type d\u2019enseignement sur la discipline du th\u00e9\u00e2tre (ni d\u2019une perspective historique, ni d\u2019une perspective th\u00e9orique, ni d\u2019une perspective de recherche). Mich\u00e8le C\u00e9saire avait enseign\u00e9 des cours de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019universit\u00e9 pendant un bref moment mais le programme n\u2019a pas continu\u00e9 et puisqu\u2019il n\u2019existe non plus de Conservatoire des arts de la sc\u00e8ne, les possibilit\u00e9s de formation des critiques sont donc tr\u00e8s minces. Les critiques devaient apprendre leur m\u00e9tier sur le tas, souvent \u00e0 partir de la pratique journalistique, apr\u00e8s une formation en lettres ou en philosophie. Certains ont fr\u00e9quent\u00e9 le milieu th\u00e9\u00e2tral local pour suivre son \u00e9volution et comprendre la d\u00e9marche artistique des praticiens qu\u2019ils connaissaient.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 C\u00e9saire avait cr\u00e9\u00e9 ce Festival culturel (qui existe toujours en Martinique), le \u00ab reportage \u00bb culturel devenait de plus en plus urgent. Les premi\u00e8res manifestations d\u2019une \u00ab critique \u00bb th\u00e9\u00e2trale \u00e9taient souvent la reproduction des communiqu\u00e9s de presse, envoy\u00e9s par les compagnies elles m\u00eames. Par ailleurs, toute opinion jug\u00e9e trop n\u00e9gative par la r\u00e9daction du quotidien, \u00e9tait souvent modifi\u00e9e ou m\u00eame \u00e9limin\u00e9e pour ne pas d\u00e9courager les artistes. Par cons\u00e9quent, les artistes n\u2019avaient pas l\u2019habitude de lire des opinions s\u00e9rieuses sur leur travail, et surtout de recevoir des \u00e9valuations n\u00e9gatives puisque les auteurs de ces comptes rendus avaient appris \u00e0 int\u00e9rioriser un r\u00e9flex d\u2019autocensure, pour assurer la publication de leurs textes. Il s\u2019ensuit donc, que la pratique critique ne faisait pas du tout partie de l\u2019activit\u00e9 \u00ab normale \u00bb de la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale. L\u2019absence d\u2019une formation possible par l\u2019universit\u00e9, ou par le conservatoire, l\u2019absence d\u2019une ouverture du milieu th\u00e9\u00e2tral m\u00eame, le comportement n\u00e9gatif d\u2019une presse qui se d\u00e9sint\u00e9ressait du fait culturel dans les \u00eeles, tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes avaient des cons\u00e9quences n\u00e9gatives non seulement sur le d\u00e9veloppement de la profession de critique mais par extension, sur le d\u00e9veloppement de la pratique th\u00e9\u00e2trale. La critique ne faisait pas partie des m\u0153urs et sans regard critique intelligent, le progr\u00e8s est difficile.<\/p>\n<figure id=\"attachment_422\" aria-describedby=\"caption-attachment-422\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-422\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1276623669.png\" alt=\"Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00a9 GDS 2003\" width=\"280\" height=\"269\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-422\" class=\"wp-caption-text\">Aim\u00e9 C\u00e9saire \u00a9 GDS 2003<\/figcaption><\/figure>\n<p><i>Parmi les premiers critiques int\u00e9ressants qui se sont manifest\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il y a eu Pierre Lucette, journaliste \u00e0 France-Antilles et Nicom\u00e8de Gervais. Les articles de Lucette surtout montraient une grande sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la cr\u00e9ation locale et une excellente connaissance des nouvelles formes de th\u00e9\u00e2tre qui se d\u00e9veloppaient, souvent le r\u00e9sultat d\u2019un travail associatif entre amateurs. Ceci \u00e9tait surtout vrai en Guadeloupe alors que la formation des acteurs professionnels \u00e9tait amorc\u00e9e en Martinique dans les ann\u00e9es 1980.<\/i><\/p>\n<p>Quant \u00e0 ces premiers critiques, ils expliquaient les spectacles, suivaient l\u2019\u00e9volution des artistes et encourageaient le public d\u2019aller les voir. Cette forme de critique th\u00e9\u00e2trale avait une certaine port\u00e9e didactique mais elle a contribu\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment au d\u00e9veloppement d\u2019une prise de conscience du fait culturel sp\u00e9cifiquement martiniquais, et dans une certaine mesure de la pratique th\u00e9\u00e2trale guadeloup\u00e9enne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, En effet, Une seule troupe, guadeloup\u00e9enne, le<i>Th\u00e9\u00e2tre du Cycl\u00f4ne \u00e9tait invit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement au festival \u00e0 Fort-de-France. Dans les archives d\u2019Arthur L\u00e9rus, fondateur de la compagnie, on peut lire des comptes rendus dithyrambiques de Pierre Lucette sur la cr\u00e9ativit\u00e9 de cette petite compagnie qui avait pu rencontrer Jean-Marie Serreau et qui, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9tait en train de d\u00e9velopper un processus de jeu qui permettaient \u00e0 ses acteurs de cr\u00e9er un style de th\u00e9\u00e2tre compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9 des influences m\u00e9tropolitaines. C\u00e9saire avec compris leur d\u00e9marche et Lucette a pu l\u2019expliquer et diffuser la signification de leur travail dans les pages de France-Antilles. Sa contribution \u00e0 l\u2019histoire th\u00e9\u00e2trale de la r\u00e9gion \u00e9tait extr\u00eamement importante.<\/i><\/p>\n<figure id=\"attachment_421\" aria-describedby=\"caption-attachment-421\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-421\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1030166322.png\" alt=\"Adams Kwateh, critique th\u00e9\u00e2tral, journaliste \u00e0 France-Antilles, Martinique \u00a9 D.R.\" width=\"280\" height=\"224\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-421\" class=\"wp-caption-text\">Adams Kwateh, critique th\u00e9\u00e2tral, journaliste \u00e0 France-Antilles, Martinique \u00a9 D.R.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parall\u00e8lement aux grands quotidiens, les \u00eeles ont vu surgir, dans les ann\u00e9es 1980, de petits tablo\u00efdes et magazines mensuels ind\u00e9pendants, fond\u00e9s par des professeurs de lettres ou d\u2019histoire, par des \u00e9crivains ou par des groupements de diff\u00e9rentes tendances politiques qui int\u00e9graient des commentaires culturels parmi leurs analyses politiques. Ils affichaient souvent des titres en cr\u00e9ole :<i>Magwa, Antilla, Jougwa, Naif, , C.A.R.\u00c9, Ja Ka Ta ou <em>Moun.<\/em><\/i><\/p>\n<p>Le lecteur y trouvait des textes plus longs, plus touffus qu\u2019un simple article de journal et ainsi est n\u00e9 un v\u00e9ritable \u00ab journalisme culturel \u00bb beaucoup plus s\u00e9rieux. C\u2019est ainsi que les intellectuels pouvaient subvertir les reportages publi\u00e9s dans les grands quotidiens locaux, r\u00e9dig\u00e9s la plupart du temps par des journalistes fran\u00e7ais qui ne connaissaient pas les \u00eeles et souvent imposaient des crit\u00e8res europ\u00e9ens sur les ph\u00e9nom\u00e8nes culturels qu\u2019ils comprenaient mal. Par exemple, la langue cr\u00e9ole posait toujours un probl\u00e8me pour les \u00ab M\u00e9tropolitains \u00bb et le fait que beaucoup d\u2019\u0153uvres sc\u00e9niques se jouaient en cr\u00e9ole et que souvent le texte n\u2019\u00e9taient pas disponibles car non publi\u00e9s, les jugements exprim\u00e9s par les journalistes \u00e9taient tr\u00e8s n\u00e9gatifs et on pouvait entendre, des opinions selon lesquelles le th\u00e9\u00e2tre en Guadeloupe (surtout) n\u2019existe pas ou que le th\u00e9\u00e2tre populaire , surtout en cr\u00e9ole, est tr\u00e8s amusant mais trop vulgaire et donc ce n\u2019est pas le \u00ab vrai \u00bb th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_420\" aria-describedby=\"caption-attachment-420\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-420\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1037588231.png\" alt=\"Jean-Michel Palin: acteur, auteur dramatique, critique th\u00e9\u00e2tral guadeloup\u00e9en \u00a9 Alvina Ruprecht\" width=\"280\" height=\"209\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-420\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Michel Palin: acteur, auteur dramatique, critique th\u00e9\u00e2tral guadeloup\u00e9en \u00a9 Alvina Ruprecht<\/figcaption><\/figure>\n<p><i>Cette nouvelle vague de non journalistes, d\u2019\u00e9crivains, des praticiens de la sc\u00e8ne, des professeurs et des \u00ab penseurs \u00bb ind\u00e9pendants, cherchaient \u00e0 subvertir la b\u00eatise des autres en analysant les ph\u00e9nom\u00e8nes culturels \u00e0 partir de leur propre perspective. Ces publications ind\u00e9pendantes \u00e9taient une forme de r\u00e9sistance culturelle, mais puisqu\u2019elles \u00e9taient destin\u00e9es surtout \u00e0 un public plus cultiv\u00e9, elles avaient de grosses difficult\u00e9s financi\u00e8res et beaucoup ont disparu dans les ann\u00e9es 1990.<\/i><\/p>\n<p>On retient deux publications qui ont eu des r\u00e9percussions importantes sur la r\u00e9flexion des futurs critiques de th\u00e9\u00e2tre. En 1980, l\u2019auteur guadeloup\u00e9en Max Jeanne a publi\u00e9 un article intitul\u00e9 \u00ab Sociologie du th\u00e9\u00e2tre antillais \u00bb dans un num\u00e9ro sp\u00e9cial de sa revue (C.A.R.\u00c9. n.6, 1980, p.7-43) consacr\u00e9 \u00e0 une r\u00e9flexion sur i&#8217;mpact du th\u00e9\u00e2tre sur l\u2019environnement social, la premi\u00e8re fois qu\u2019un sp\u00e9cialiste de th\u00e9\u00e2tre tente d\u2019expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne th\u00e9\u00e2tral de ce point de vue. En 1999, Mich\u00e8le C\u00e9saire, auteur dramatique, metteure en sc\u00e8ne et directrice artistique de sa troupe Th\u00e9\u00e2tre Racines (Martinique) a publi\u00e9 deux num\u00e9ros d\u2019une revue intitul\u00e9e <i>Parall\u00e8le 14. Ce recueil d\u2019entretiens, d\u2019essais et de commentaires sur le th\u00e9\u00e2tre en Martinique r\u00e9dig\u00e9s par des praticiens, des chercheurs et des universitaires, \u00e9tait la premi\u00e8re publication sp\u00e9cialis\u00e9e de ce genre et aurait pu devenir une voix importante dans le d\u00e9bat sur le th\u00e9\u00e2tre local si elle avait re\u00e7u le financement n\u00e9cessaire \u00e0 sa survie. Malheureusement, le troisi\u00e8me num\u00e9ro de <em>Parall\u00e8le 14<\/em> n\u2019a jamais vu le jour.<\/i><\/p>\n<figure id=\"attachment_419\" aria-describedby=\"caption-attachment-419\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-419\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1162689732.png\" alt=\"Th\u00e9\u00e2tre Aim\u00e9 C\u00e9saire, lieu des manifestations th\u00e9\u00e2trales du Festival Culturel de Fort de France, Martinique \u00a9 Alvina Ruprecht\" width=\"500\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1162689732.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1162689732-300x199.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-419\" class=\"wp-caption-text\">Th\u00e9\u00e2tre Aim\u00e9 C\u00e9saire, lieu des manifestations th\u00e9\u00e2trales du Festival Culturel de Fort de France, Martinique \u00a9 Alvina Ruprecht<\/figcaption><\/figure>\n<p><i>\u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1980 le paysage \u00ab critique \u00bb a chang\u00e9 puisque des universitaires \u00e9trangers ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la production th\u00e9\u00e2trale de la r\u00e9gion et les Antillais ont vu l\u2019\u00e9panouissement d\u2019une nouvelle forme de critique universitaire qui avait pour objet, les th\u00e9\u00e2tres de la r\u00e9gion. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, Mme Bridget Jones, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du West Indies \u00e0 la Jama\u00efque a initi\u00e9 des recherches compar\u00e9es sur les th\u00e9\u00e2tres anglophones et francophones de la r\u00e9gion. En 1997, elle a publi\u00e9 une liste exhaustive des textes dramaturgiques (jou\u00e9s ou non, publi\u00e9s ou non) originaire de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane fran\u00e7aise. Encore un travail de d\u00e9frichage qui int\u00e9ressait peu, apparemment, les universitaires locaux. <a href=\"#end1\"><sup>[i]<\/sup><\/a> Mme Alvina Ruprecht avait organis\u00e9 un colloque sur ces th\u00e9\u00e2tres avec la collaboration du D\u00e9partement de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. Aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne, nous avons not\u00e9 l\u2019\u00e9mergence des instituts d\u2019\u00e9tudes afro-am\u00e9ricaines et le d\u00e9veloppement des th\u00e9ories post-coloniales et les dipl\u00f4m\u00e9s de ces centres de recherche, rejetant la vision europ\u00e9ocentrique des pratiques textuelles et sc\u00e9niques, cherchaient de nouveaux objets d\u2019\u00e9tude. Si les recherches universitaires et les publications savantes foisonnaient de leur c\u00f4t\u00e9, la critique journalistique a \u00e9volue du sien.<\/i><\/p>\n<p>Actuellement, la presse \u00e9lectronique semble avoir remplac\u00e9 la presse imprim\u00e9e et certaines voix critiques s\u2019\u00e9l\u00e8vent au dessus de la m\u00eal\u00e9e pour gagner le respect du public et du milieu th\u00e9\u00e2tral lui-m\u00eame. La majorit\u00e9 de ses sources et ses voix se trouvent en Martinique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_418\" aria-describedby=\"caption-attachment-418\" style=\"width: 240px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-418\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1053010635.png\" alt=\"Guide culturel de la Caraibe Publication du site www.gensdelacaraibe.com \u00a9 Gensdelacaraibe\" width=\"240\" height=\"365\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1053010635.png 240w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1053010635-197x300.png 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-418\" class=\"wp-caption-text\">Guide culturel de la Caraibe Publication du site www.gensdelacaraibe.com <br \/>\u00a9 Gensdelacaraibe<\/figcaption><\/figure>\n<p><i>Des critiques tels qu\u2019Adams Kwateh et Christian Antourel , avec leur connaissance plus approfondie de la mati\u00e8re, la pr\u00e9cision de leurs jugements et le c\u00f4t\u00e9 po\u00e9tique du style d\u2019Antourel ont attir\u00e9 la sympathie du public. Ces deux journalistes travaillent pour France-Antilles Martinique mais puisque la politique \u00e9ditoriale ne favorise pas toujours des commentaires sur les spectacles, Antourel surtout publie r\u00e9guli\u00e8rement dans le site\u00a0<a href=\"http:\/\/www.madinin-art.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.madinin-art.net<\/a> fond\u00e9 il y a 5 ans par un autre critique qui signe ses articles \u00ab Roland Sabra \u00bb. Un certain \u00ab Selim Lander \u00bb collabore \u00e9galement avec lui. Cette publication est sans doute l\u2019organe le plus important de la r\u00e9gion quant \u00e0 la couverture de tous les spectacles de th\u00e9\u00e2tre qui ont lieu en Martinique. Pour la premi\u00e8re fois, la critique est lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019autocensure et les pr\u00e9jug\u00e9s des r\u00e9dacteurs journalistiques qui ont peur d\u2019offusquer le public. Les troupes de th\u00e9\u00e2tre attendent les jugements de Madinin-art, et de son directeur Sabra, avec tr\u00e9pidation pour voir si leurs spectacles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9molis ou lou\u00e9s. Les textes sont \u00e0 la fois bien \u00e9crits, souvent provocateurs, les jugements sont parfois tr\u00e8s tranchants mais les articles sont toujours accessibles et surtout, ils stimulent des d\u00e9bats autour de telle ou telle production, ce qui incite le public \u00e0 les voir.<\/i><\/p>\n<p>En Guadeloupe, il faudrait mentionner la cr\u00e9ation de la revue <i>Desrades par Daniel Maragn\u00e8s dans les ann\u00e9es 1990 qui a ouvert ses pages \u00e0 des commentaires critiques, des entretiens et des analyses du fait th\u00e9\u00e2tral dans la r\u00e9gion. Cette publication \u00e9tait excellente parce qu\u2019elle encourageait des r\u00e9flexions en profondeurs et acceptait des contributions des sp\u00e9cialistes universitaires venus de l\u2019ext\u00e9rieur (St\u00e9phanie B\u00e9rard et Alvina Ruprecht) tout en permettant aux artistes eux- m\u00eames, tels que Gerty Dambury ou Mich\u00e8le Montantin de participer \u00e0 la discussion. Malheureusement, <em>Desrades<\/em>semble avoir disparu de la sc\u00e8ne : une tr\u00e8s grande perte pour la discussion th\u00e9\u00e2trale en Guadeloupe.<\/i><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence du <em>Festival du th\u00e9\u00e2tre des Abymes<\/em> (<em>T\u00e9yat Zabim<\/em>) en 1996 en Guadeloupe, devenu plus r\u00e9cemment <em>Cap Excellence<\/em> est couvert par des publications telles que <em>T\u00e9l\u00e9mag <\/em>ou des sites tels que <em>Coco News<\/em> bas\u00e9s en Guadeloupe. Ces articles renseignent le public sur ces activit\u00e9s mais la v\u00e9ritable critique th\u00e9\u00e2trale n\u2019y est pas.<\/p>\n<figure id=\"attachment_417\" aria-describedby=\"caption-attachment-417\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-417\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1395372427.png\" alt=\"Parvis du Centre Sonis \u00e0 Pointe \u00e0 Pitre, Guadeloupe. Lieu du Festival du t\u00e9at zabim, devenu Festival Cap Excellence. Reprise du festival en 2009 \u00a9 Alvina Ruprecht\" width=\"500\" height=\"371\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1395372427.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1395372427-300x223.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-417\" class=\"wp-caption-text\">Parvis du Centre Sonis \u00e0 Pointe \u00e0 Pitre, Guadeloupe. Lieu du Festival du t\u00e9at zabim, devenu Festival Cap Excellence. Reprise du festival en 2009 \u00a9 Alvina Ruprecht<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_416\" aria-describedby=\"caption-attachment-416\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-416\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1307471907.png\" alt=\"Madinin\" width=\"500\" height=\"91\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1307471907.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1307471907-300x55.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-416\" class=\"wp-caption-text\">Madinin<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour combler ces lacunes, il existe maintenant deux sites \u00ab fran\u00e7ais \u00bb o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre a une place importante : Africultures (<a href=\"http:\/\/www.afritheatre.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.afritheatre.com<\/a>) et <i>Gens de la Caraibe<\/i> (<i><a href=\"http:\/\/www.gensdelacaraibe.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.gensdelacaraibe.org<\/a>). La pr\u00e9sence des discours sur le th\u00e9\u00e2tre est tr\u00e8s \u00e9vidente puisque les deux sites proposent des analyses, des critiques ainsi que des pages ressemblant aux communiqu\u00e9s de presse sur les th\u00e9\u00e2tres antillais o\u00f9 Ha\u00efti figure \u00e9galement. Dans le cas d\u2019<em>Afritheatre<\/em>, le site insiste sur la cr\u00e9ation sc\u00e9nique et la dramaturgie des artistes africains bas\u00e9s ou de passage \u00e0 Paris, tout en tenant davantage compte actuellement des spectacles et des artistes afro-antillais, dans une vision afrocentrique de ses concepteurs.<\/i><\/p>\n<p>Finalement , il faut signaler un site hybride, \u00e0 la fois universitaire et journalistique consacr\u00e9 uniquement aux th\u00e9\u00e2tres des d\u00e9partements et territoires fran\u00e7ais d\u2019outre-mer et \u00e0 ceux de ses voisins (<a href=\"http:\/\/www.carleton.ca\/francotheatres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.carleton.ca\/francotheatres<\/a>).\u00a0 Il\u00a0 comporte, entre autres, des articles de presse, des articles de recherche et\u00a0 des articles critiques sur les spectacles en Martinique, en Guadeloupe, en France (lorsque les troupes se d\u00e9placent) \u00e0 la R\u00e9union, \u00e0 la Nouvelle Cal\u00e9donie et m\u00eame au Canada o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre ha\u00eftien devient de plus en plus pr\u00e9sent. Les critiques qui y contribuent actuellement sont tous membres d\u2019une nouvelle <em>Association r\u00e9gionale des critiques\u00a0 th\u00e9\u00e2trales de la Cara\u00efbe<\/em> (ARCTC), fond\u00e9e il y a quatre ans\u00a0 et qui\u00a0 repr\u00e9sente la Jama\u00efque, la Barbade, Sainte-Lucie, la Guyane (anglaise), Ha\u00efti, la Martinique, la Guadeloupe.<\/p>\n<p>Cette ouverture vers d\u2019autres pays de la Cara\u00efbe, ces possibilit\u00e9s d\u2019un nouveau dialogue interculturel, rendu possible par les nouveaux m\u00e9dia et les \u00e9changes en ligne, ainsi que la circulation des DVD (notons entre autres les captations des spectacles r\u00e9alis\u00e9es par Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet, responsables de la Chapelle du verbe incarn\u00e9 \u00e0 Avignon), sont en train de transformer radicalement les rapports entre la critique th\u00e9\u00e2trale de la r\u00e9gion antillaise et les artistes de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[i] Bridget Jones (1997), <em>Paradoxes of French Caribbean Theatre. An annotated Checklist of Dramatic Works: Guadeloupe, Guyane, Martinique from 1900<\/em>, London, Roehampton Institute<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2010 Christian Antourel and Alvina Ruprecht<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christian Antourel et Alvina Ruprecht \u00a0 Christian Antourel est critique th\u00e9\u00e2tral pour le quotidien martiniquais France-Antilles et contribue r\u00e9guli\u00e8rement au site culturel www.madinin-art.net. Alvina Ruprecht, critique th\u00e9\u00e2trale \u00e0 Radio Canada, contribue aux multiples sites en anglais et en fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":475,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-415","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-critics-on-criticism","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/Anturel-Ruprecht.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7gg5F-6H","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=415"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":760,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415\/revisions\/760"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media\/475"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}