{"id":389,"date":"2016-02-18T20:11:01","date_gmt":"2016-02-18T20:11:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/?p=389"},"modified":"2022-05-29T09:28:21","modified_gmt":"2022-05-29T09:28:21","slug":"oeuvres-completes-de-moliere-nouvelle-edition-complete-works-of-moliere-new-edition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/oeuvres-completes-de-moliere-nouvelle-edition-complete-works-of-moliere-new-edition\/","title":{"rendered":"\u0152uvres compl\u00e8tes de Moli\u00e8re (nouvelle \u00e9dition) (Complete Works of Moliere) new edition"},"content":{"rendered":"<h6 align=\"center\">Ed. par Georges Forestier &amp; Claude Bourqui<br \/>\n(Paris : Gallimard, 2010)<\/h6>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">Reviewed by <strong>Philippe Rouyer<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> (France)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-391 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1003004905.png\" alt=\"1003004905\" width=\"250\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1003004905.png 250w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1003004905-194x300.png 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p>La prestigieuse collection des \u00e9ditions Gallimard, La Pl\u00e9iade, cr\u00e9\u00e9 en 1931, publie ses 561<sup>\u00e8me<\/sup> et 562<sup>\u00e8me<\/sup> titres consacr\u00e9s \u00e0 une nouvelle \u00e9dition des \u0153uvres de Jean Baptiste Poquelin dit Moli\u00e8re. Ces deux volumes sortis en 2010 remplacent la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition de Moli\u00e8re, pr\u00e9par\u00e9e par Georges Couton et publi\u00e9e en 1972 (deux volumes n\u00b0 8 et 9 encore disponibles sur le march\u00e9.)<strong>Dans cette collection dont le principe est de fournir les \u0153uvres compl\u00e8tes sur papier bible avec introduction savante, notices, notes, appendices, documents pr\u00e9sent\u00e9es par les meilleurs sp\u00e9cialistes, Moli\u00e8re c\u00f4toie des auteurs fran\u00e7ais (et aussi \u00e9trangers) prestigieux. Nous citerons, pour le XX\u00e8me si\u00e8cle seulement, Claudel (n\u00b0s 72 et 73), Cocteau (n\u00b0 500), Genet (n\u00b0 491), Giraudoux ( n\u00b0 302), Ionesco (n\u00b0 372), Sarraute (n\u00b0 432), Sartre (n\u00b0 512) et Anouilh (n\u00b0s 536 et 537) dont la publication avait fait couler beaucoup d\u2019encre. On \u00e9tait surpris de voir sacralis\u00e9 un auteur qui se pr\u00e9tendait, certes, \u00eatre l\u2019h\u00e9ritier de Moli\u00e8re mais qui, de fait, appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019on peut appeler sans \u00eatre condescendant \u00ab le Boulevard Sup\u00e9rieur. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>La publication de cette nouvelle \u00e9dition des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> de Moli\u00e8re rompt avec les principes qui avaient guid\u00e9 Georges Couton o\u00f9 les \u0153uvres \u00e9taient class\u00e9es par ordre de repr\u00e9sentation. Elle est publi\u00e9e sous la direction de Georges Forestier, avec Claude Bourqui. (Textes \u00e9tablis par Edric Caldicott et Alain Riffaud. Com\u00e9dies-ballets co\u00e9dit\u00e9es par Anne Pi\u00e9jus. Avec la collaboration de David Chataignier, Gabriel Conesa, Jacqueline Lichtenstein, B\u00e9n\u00e9dicte Louvat-Molozay, Lise Michel et Laura Naudeix.) Elle a choisi l\u2019ordre de publication des \u0153uvres et de revenir \u00e0 la tradition classique en privil\u00e9giant les dates d\u2019\u00e9dition. On trouve aussi dans les pr\u00e9sentations des \u0153uvres (avec toutes les variantes reconnues ou douteuses) la chronologie des repr\u00e9sentations souvent difficile \u00e0 \u00e9tablir notamment pour les \u0153uvres du jeune Moli\u00e8re avant son installation d\u00e9finitive \u00e0 Paris en 1658.<\/p>\n<p>Le tome I contient : Introduction, chronologie, note sur la pr\u00e9sente \u00e9dition ; <em>Les Pr\u00e9cieuses ridicules, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, L\u2019\u00c9cole des maris, Les F\u00e2cheux, L\u2019\u00c9tourdi, Le D\u00e9pit amoureux, L\u2019\u00c9cole des femmes, La Critique de l\u2019\u00c9cole des femmes, Remerciement au roi, Les Plaisirs de l\u2019\u00eele enchant\u00e9e \/ La Princesse d\u2019\u00c9lide, L\u2019Amour m\u00e9decin, Le Misanthrope, Le M\u00e9decin malgr\u00e9 lui, Le Ballet des muses \/ Pastorale comique, Le Sicilien ou l\u2019Amour peintre, Sonnet \u00e0 M. de La Mothe Le Vayer, Amphitryon, Le Mariage forc\u00e9 <\/em>et<em> George Dandin.<\/em><\/p>\n<p>Autour des \u0153uvres de Moli\u00e8re : livrets des com\u00e9dies-ballets ; appendices et documents : Registre de La Grange (1659-1668), textes et gravures de l\u2019\u00e9dition des <em>\u0152uvres<\/em> de 1682, t\u00e9moignages contemporains ; notices et notes.<\/p>\n<p>Le tome II contient : Chronologie, avertissement ; <em>L\u2019Avare, La Gloire du Val-de-Gr\u00e2ce, Le Tartuffe, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme, Les Fourberies de Scapin, Psych\u00e9, Les Femmes savantes ; <\/em>pi\u00e8ces publi\u00e9es apr\u00e8s la mort de Moli\u00e8re, en 1674 : <em>Le Malade imaginaire<\/em>, dans l\u2019\u00e9dition de 1682 : <em>Don Garcie de Navarre, L\u2019Impromptu de Versailles, Le Festin de Pierre [Don Juan], M\u00e9licerte, Les Amants magnifiques, La Comtesse d\u2019Escarbagnas,<\/em> d\u2019apr\u00e8s un manuscrit du XVIIIe si\u00e8cle : <em>La Jalousie du Barbouill\u00e9, Le M\u00e9decin volant <\/em>; Po\u00e9sies diverses ; Autour des \u0153uvres de Moli\u00e8re : Actes ou sc\u00e8nes censur\u00e9s ou modifi\u00e9s, et livrets des com\u00e9dies-ballets.<\/p>\n<p>La publication de ce nouveau Moli\u00e8re dans la Pl\u00e9iade a fait resurgir un vieux serpent de mer que les sp\u00e9cialistes de Shakespeare connaissent aussi tr\u00e8s bien : Moli\u00e8re a-t-il vraiment \u00e9t\u00e9 l\u2019auteur de ses pi\u00e8ces ? Sans entrer dans le d\u00e9tail, on sait que certaines \u0153uvres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crites de la seule main de Moli\u00e8re mais de l\u00e0 \u00e0 affirmer&#8211;avec des outils scientifiques relativement fiables&#8211;que Pierre Corneille est l\u2019auteur qui se cache sous les traits du com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne Jean-Baptiste Poquelin dit Moli\u00e8re, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Mais on peut se reporter au site Internet \u00ab l\u2019affaire Corneille-Moli\u00e8re \u00bb qui surprend par sa force de conviction et rend souvent perplexe.<\/p>\n<p>Cette \u00e9dition est adoss\u00e9e au projet \u00ab Moli\u00e8re 21 \u00bb\u00a0 qui se fixe pour objectif comme le dit le site \u00ab de procurer une \u00e9dition \u00ab mixte \u00bb des \u0152uvres de Moli\u00e8re, tirant parti des avantages respectifs du support \u00e9lectronique en ligne et du support imprim\u00e9, et une compl\u00e9mentarit\u00e9 in\u00e9dite entre ces deux supports :<\/p>\n<blockquote><p>* l\u2019\u00e9dition Pl\u00e9iade 2010<br \/>\n* et le site Moli\u00e8re 21 qui fournit :<\/p><\/blockquote>\n<ul>\n<li>une base de donn\u00e9es intertextuelle qui met en rapport des lieux du texte de Moli\u00e8re avec des textes qui poss\u00e8dent un pouvoir herm\u00e9neutique sur le passage en question (sources, textes apparent\u00e9s, exemplification du registre lexical, imitations par d\u2019autres auteurs, etc.);<\/li>\n<li>un outil de visualisation comparative permet, pour certaines des pi\u00e8ces, d\u2019\u00e9valuer et d\u2019analyser la variabilit\u00e9 des textes dans les \u00e9ditions originales. Ce dispositif innovant, en proposant en ligne un acc\u00e8s \u00e0 des r\u00e9seaux s\u00e9mantiques, contextuels et culturels imm\u00e9diatement disponibles, permet \u00e0 la fois d\u2019\u00e9clairer abondamment l\u2019interpr\u00e9tation propos\u00e9e dans le volume imprim\u00e9 et d\u2019offrir \u00e0 l\u2019usager les moyens de nourrir une d\u00e9marche herm\u00e9neutique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin tout acheteur des trois ouvrages de la collection de la Pl\u00e9iade aura droit gratuitement \u00e0 <em>l\u2019Album Moli\u00e8re<\/em> sous coffret illustr\u00e9, 320 pages, 324 illustrations en noir et blanc et en couleurs. Comme le dit Fran\u00e7ois Rey qui en a choisi et comment\u00e9 l\u2019iconographie :<\/p>\n<p>\u00abRois et reines mis \u00e0 part, peu de Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e8re pr\u00e9photographique ont \u00e9t\u00e9 aussi abondamment portraitur\u00e9s de leur vivant que Moli\u00e8re ; aucune \u0153uvre, aussi richement et diversement illustr\u00e9e au cours des si\u00e8cles, sur le papier ou sur les planches. Le cin\u00e9ma a \u00e9largi la sc\u00e8ne et multipli\u00e9 les visages. La ritualisation de la vie culturelle a vid\u00e9 de substance les hommages rendus au g\u00e9nie. Dans l\u2019imagerie &#8211; faut-il parler d\u2019iconol\u00e2trie &#8211; r\u00e9publicaine, il y a beau temps que Moli\u00e8re a rejoint Marianne. Cet homme dont nous parlerions la langue et dont les combats, contre l\u2019hypocrisie, l\u2019intol\u00e9rance et le p\u00e9dantisme, seraient toujours les n\u00f4tres, ce saint la\u00efque objet d\u2019une d\u00e9votion st\u00e9rilisante, peut-on encore \u00ab l\u2019aimer sinc\u00e8rement de tout son c\u0153ur \u00bb, comme Sainte-Beuve le prescrivait il y a cent cinquante ans en correctif aux divers fanatismes ? Il semble que oui, et chaque mise en sc\u00e8ne r\u00e9ussie d\u2019une de ses pi\u00e8ces permet de le v\u00e9rifier. On peut aussi\u2014depuis trois lustres j\u2019en fais l\u2019exp\u00e9rience heureuse\u2014tenter de le retrouver sous l\u2019oc\u00e9an des commentaires, en de\u00e7\u00e0 des lectures et des relectures, chercher sa pr\u00e9sence, parfois la deviner, dans le tohu-bohu du Paris de son temps, entendre sa voix dans la cacophonie des textes et le brouhaha des discours. \u00bb<\/p>\n<p>La preuve que cette nouvelle \u00e9dition compl\u00e8te des \u0153uvres de Moli\u00e8re et son Album sont un moment important pour les \u00e9tudes sur Moli\u00e8re peut se mesurer au nombre d\u2019entr\u00e9es sur n\u2019importe quel site de recherche Internet : la plupart des journaux et revues de langue fran\u00e7aise leur ont consacr\u00e9 un article souvent long. Georges Forestier et Claude Bourqui se sont volontiers pr\u00eat\u00e9s au jeu des entretiens radio ou TV dont on peut trouver le contenu sur Internet.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais connaissent Moli\u00e8re, ou croient le conna\u00eetre bien. Des traditions \u00e9ditoriales et des l\u00e9gendes biographiques se sont dessin\u00e9es au fil des si\u00e8cles. Moli\u00e8re aurait mis en sc\u00e8ne et vilipend\u00e9 la m\u00e9decine et les m\u00e9decins parce qu\u2019il \u00e9tait malade. Il aurait offert des personnages jaloux et tenu des propos d\u00e9sabus\u00e9s sur le mariage parce qu\u2019il avait eu une femme l\u00e9g\u00e8re et des relations ambig\u00fces avec la fille de celle-ci. \u00ab\u00a0 On publie g\u00e9n\u00e9ralement ses \u0153uvres dans l\u2019ordre selon lequel elles furent cr\u00e9\u00e9es, alors que pour plusieurs pi\u00e8ces, et notamment pour <em>Tartuffe<\/em>, on ne poss\u00e8de pas le texte de la cr\u00e9ation. \u00bb insiste Georges Forestier. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il \u00e9tait malade qu\u2019il s\u2019en est pris aux m\u00e9decins, mais parce qu\u2019apr\u00e8s l\u2019interdiction du <em>Tartuffe<\/em>, il utilisa la m\u00e9decine comme all\u00e9gorie de la religion, sujet d\u00e9sormais prohib\u00e9.Surtout, on ne peut mettre sur le m\u00eame plan les pi\u00e8ces qu\u2019il publia lui-m\u00eame\u2014\u00e0 partir des <em>Pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>\u2014, celles que firent imprimer ses h\u00e9ritiers et celles qui rest\u00e8rent in\u00e9dites jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Cette nouvelle \u00e9dition, pr\u00e9cise Forestier \u00ab rompt avec de vieilles habitudes, reconstitue la trajectoire \u00e9ditoriale de l\u2019\u0153uvre et insiste sur ce qui distingue Moli\u00e8re des autres auteurs de son temps : une indiff\u00e9rence souveraine \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e8gles de po\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale ; des innovations radicales dans l\u2019\u00ab action \u00bb (la mani\u00e8re de jouer) comme dans la structure des pi\u00e8ces ; une r\u00e9ussite exceptionnelle dans la com\u00e9die \u00ab m\u00eal\u00e9e de musique \u00bb\u2026 En r\u00e9alit\u00e9 Moli\u00e8re partageait un ensemble de valeurs avec toute la soci\u00e9t\u00e9 mondaine de son temps et pratiquait \u00ab surtout un jeu permanent, sans pr\u00e9c\u00e9dent, sur et avec des valeurs qui \u00e9taient les siennes, que partageait son public (la Cour comme la Ville), que nous partageons toujours pour une bonne part, et dont il a fait la mati\u00e8re m\u00eame de ses com\u00e9dies, cr\u00e9ant ainsi entre la salle et la sc\u00e8ne une connivence inou\u00efe, qui dure encore. \u00bb Par ses id\u00e9es pr\u00e9figurant les Lumi\u00e8res, Moli\u00e8re n\u2019est pas si original qu\u2019on le croit. Comme les \u00ab mondains \u00bb civilis\u00e9s, dits aussi \u00ab galants \u00bb, il d\u00e9fend le bon go\u00fbt et la bonne vie contre les f\u00e2cheux, les p\u00e9dants, les bourgeois parvenus et les bas bleus jouant les savantasses. Sa philosophie est d\u2019un \u00ab mat\u00e9rialiste sceptique \u00bb, souligne Claude Bourqui, qui traduit Lucr\u00e8ce et se d\u00e9fie des fum\u00e9es m\u00e9taphysiques.<\/p>\n<p>Pour Forestier et Bourqui Moli\u00e8re est le reflet de la \u00ab culture mondaine \u00bb dont il d\u00e9nonce les d\u00e9rives fausses par exemple dans <em>Les Pr\u00e9cieuses ridicules, <\/em>premi\u00e8re \u0153uvre publi\u00e9e par ses soins. Il jouait Mascarille qui \u00e9tait donc un personnage <u>comique<\/u>. Tout l\u2019art de Moli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il connaissait bien, m\u00eame si on sait peu de choses sur les \u00e9tudes qu\u2019il a pu faire (cela s\u2019applique aussi \u00e0 Shakespeare) et d\u2019en donner une image \u00e0 la fois juste et comique. Cela va plus loin que le clich\u00e9 habituel de Moli\u00e8re, Bouffon du jeune roi Louis XIV et donc, \u00e0 ce titre uniquement, autoris\u00e9 \u00e0 tout dire. Si cela avait \u00e9t\u00e9 le cas l\u2019histoire \u00e9ditoriale de <em>Tartuffe <\/em>aurait \u00e9t\u00e9 plus simple. L\u2019\u00e9dition de<em>Tartuffe<\/em> aurait \u00e9t\u00e9 celle de la premi\u00e8re version et non la derni\u00e8re revue et amend\u00e9e.<em> Dom Juan <\/em>aurait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 de son vivant et non apr\u00e8s sa mort et sans modification du titre. Le lecteur dispose, au d\u00e9but des \u0152uvres et dans l\u2019Album, d\u2019une nouvelle chronologie de la vie de Moli\u00e8re constituant une mine de renseignements sur l\u2019homme, son \u0153uvre et sa post\u00e9rit\u00e9 plus ou moins mythique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9dition princeps de 1682 (comme le folio de Shakespeare de 1623) suivait le <em>Registre<\/em> de Lagrange qui pr\u00e9tend s\u2019appuyer sur les textes d\u2019apr\u00e8s repr\u00e9sentations ce qui n\u2019est rien moins que s\u00fbr.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est une chose \u00e9trange qu\u2019on imprime les gens malgr\u00e9 eux. Je ne vois rien de si injuste que je pardonnerais toute autre violence plut\u00f4t que celle l\u00e0. \u00bb Cette citation de Moli\u00e8re ouvre l\u2019introduction de cette nouvelle \u00e9dition : Moli\u00e8re savait bien l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9dition, les relations difficiles avec les libraires-\u00e9diteurs du Palais Royal et le probl\u00e8me du piratage. Les premi\u00e8res farces de Moli\u00e8re n\u2019ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es qu\u2019au XIX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0 et on n\u2019a pas la certitude qu\u2019elles sont de lui compl\u00e8tement ; de la m\u00eame mani\u00e8re la pr\u00e9tendue trilogie g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e de <em>Tartuffe<\/em> du <em>Misanthrope<\/em> et de <em>Don Juan<\/em> est le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9dition de 1682 et on lira les notes de Forestier et de Bourqui qui la remettent en question.<\/p>\n<p>Le Moli\u00e8re auteur populaire est aussi un peu un clich\u00e9 mis \u00e0 la mode par le XIX\u00e8me si\u00e8cle et la R\u00e9publique. Le public de Moli\u00e8re \u00e9tait un public ais\u00e9 appartenant \u00e0 la culture mondaine et \u00e0 la bourgeoisie commerciale ; les places co\u00fbtaient cher. Le com\u00e9dien Moli\u00e8re a certes connu des revers de fortune, mais \u00ab il est immens\u00e9ment riche. Son inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s d\u00e9cline un nombre d\u2019objets et de meubles pr\u00e9cieux impressionnant. Son train de vie est celui d\u2019une vedette d\u2019Hollywood. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pauvre. \u00bb dit Claude Bourqui dans <em>Le Temps<\/em> (Gen\u00e8ve) du 6 juin 2010.<\/p>\n<p>De plus Moli\u00e8re r\u00e9invente une forme de com\u00e9die qui n\u2019est pas celle que le peuple adorait. Sa \u2018nouvelle com\u00e9die\u2019 fait la synth\u00e8se du th\u00e9\u00e2tre espagnol et du th\u00e9\u00e2tre italien auquel il emprunte et am\u00e9liore un jeu tr\u00e8s physique donnant plus de force \u00e0 la fois au th\u00e9\u00e2tre et aux propos sociaux lucides qu\u2019il fait passer.<br \/>\nParadoxalement, les contemporains de Moli\u00e8re se sont reconnus dans ses portraits \u00e0 charge ou ont d\u00e9sign\u00e9 qui \u00e9taient ainsi attaqu\u00e9s par lui et pourtant, malgr\u00e9 la langue, quelquefois archa\u00efque pour un lecteur ou un spectateur d\u2019aujourd\u2019hui, Moli\u00e8re reste un peintre de la nature humaine qui ne fait jamais dans le portrait individuel.<\/p>\n<p>Certes, \u00abseul entre tous les dramaturges fran\u00e7ais qui se firent un nom au XVII\u00e8me si\u00e8cle, il n\u2019avait pas commenc\u00e9 par \u00eatre un lettr\u00e9 d\u00e9sireux de se faire reconna\u00eetre comme po\u00e8te et choisissant pour cela le plus haut genre de po\u00e9sie avec la po\u00e9sie \u00e9pique, la &#8220;po\u00e9sie dramatique&#8221; : il \u00e9tait un bel esprit affectant de consid\u00e9rer avec distance les principes savants de la composition dramatique, doubl\u00e9 d\u2019un com\u00e9dien r\u00e9fl\u00e9chissant en com\u00e9dien \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 sc\u00e9nique de son \u00e9criture. \u00bb \u00e9crit Forestier ( vol.1, introduction, p. xxxv).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette nouvelle \u00e9dition nous pouvons tenir la balance entre l\u2019auteur strictement com\u00e9dien et le com\u00e9dien devenu auteur par accident.<\/p>\n<p>Claude Bourqui pr\u00e9cise dans <em>Le Temps<\/em> (Gen\u00e8ve) du 6 juin 2010. \u00ab Pour chaque pi\u00e8ce, nous avons compar\u00e9 les versions. Avec cette question : est-ce que le document imprim\u00e9 correspond \u00e0 ce qui s\u2019est jou\u00e9? Certaines pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9es sous son contr\u00f4le, d\u2019autres pas. Dans ce cas de figure, quelle assurance avons-nous que le texte est conforme aux repr\u00e9sentations qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es? Nous avons proc\u00e9d\u00e9 par recoupements. \u00bb Les pi\u00e8ces publi\u00e9es apr\u00e8s sa mort posent un probl\u00e8me. \u00ab Un tiers de son \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une dizaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s sa mort, dans une \u00e9dition hagiographique. Certains textes ont \u00e9t\u00e9 trafiqu\u00e9s, comme <em>Don Juan<\/em>, pour lequel on a deux versions au moins, l\u2019une polic\u00e9e de 1682, l\u2019autre de 1683, fid\u00e8le au texte original de 1665. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les \u00e9diteurs mixaient les versions de 1682 et de 1683. Nous avons choisi de revenir \u00e0 celle de 1665, avec son titre, <em>Le Festin de Pierre<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>En conclusion on ne peut que recommander aux amateurs de th\u00e9\u00e2tre et aux biblioth\u00e8ques de commander ce <em>Moli\u00e8re Oeuvres compl\u00e8tes<\/em> de La Pl\u00e9\u00efade. On y trouvera le plaisir rare de la simple lecture et de la lecture \u00e9rudite et on pourra comparer \u00e0 loisir les variantes dont tout metteur en sc\u00e8ne d\u2019aujourd\u2019hui se doit de prendre en compte avant de donner \u00e0 son public sa lecture de telle ou telle \u0153uvre.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-390\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1035202298-150x150.png\" alt=\"1035202298\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Philippe Rouyer<\/strong> est Professeur \u00e9m\u00e9rite, Universit\u00e9 Michel de Montaigne Bordeaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2010 Philippe Rouyer<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ed. par Georges Forestier &amp; Claude Bourqui (Paris : Gallimard, 2010) Reviewed by Philippe Rouyer[1] (France) La prestigieuse collection des \u00e9ditions Gallimard, La Pl\u00e9iade, cr\u00e9\u00e9 en 1931, publie ses 561\u00e8me et 562\u00e8me titres consacr\u00e9s \u00e0 une nouvelle \u00e9dition des \u0153uvres<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":391,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-389","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre-in-print","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1003004905.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7gg5F-6h","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/389","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=389"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/389\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":801,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/389\/revisions\/801"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media\/391"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=389"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=389"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=389"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}