{"id":251,"date":"2016-02-17T17:44:12","date_gmt":"2016-02-17T17:44:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/?p=251"},"modified":"2023-03-19T22:25:03","modified_gmt":"2023-03-19T22:25:03","slug":"in-memoriam-laurent-terzieff-un-athlete-affectif-du-coeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/in-memoriam-laurent-terzieff-un-athlete-affectif-du-coeur\/","title":{"rendered":"In memoriam: Laurent Terzieff,  un athl\u00e8te affectif du c\u0153ur"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-225\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1067702142.png\" alt=\"1067702142\" width=\"250\" height=\"207\"><\/p>\n<p>Le 2 juillet 2010 disparaissait \u00e0 75 ans Laurent Terzieff, une figure d&#8217;exception de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise et du cin\u00e9ma, acteur, metteur en sc\u00e8ne, d\u00e9couvreur des auteurs. Un acteur hors du commun. Laurent Terzieff avait une pr\u00e9sence physique quasi hypnotique se donnant corps et \u00e2me \u00e0 ses personnages. On ne peut oublier \u00ab son visage asc\u00e9tique mang\u00e9 par un regard intense, ni sa voix extraordinairement timbr\u00e9e. \u00bbIl a jou\u00e9 avec les plus grands, au th\u00e9\u00e2tre : Roger Blin, Jean-Marie Serreau, Bob Wilson, Roger Planchon, Jean-Louis Barrault, Peter Brook, Jorge Lavelli, et au cin\u00e9ma : Pier Paolo Pasolini, Fran\u00e7ois Truffaut, Marcel Carn\u00e9, Clouzot, Bu\u00f1uel, Rossellini, Godard&#8230;<\/p>\n<p>Laurent Terzieff n&#8217;aspirait pas \u00e0 \u00eatre une star, ne courait pas apr\u00e8s le succ\u00e8s. Au-del\u00e0 de son immense talent il avait la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la modestie, l&#8217;intelligence et l&#8217;inqui\u00e9tude cr\u00e9ative tout simplement des \u00eatres d&#8217;exception.<\/p>\n<p>Son dernier r\u00f4le \u00e9tait Philoct\u00e8te, \u00e9crit pour lui sur mesure, dans la pi\u00e8ce de Jean-Pierre Sim\u00e9on, cr\u00e9\u00e9e par Christian Schiaretti le 24 septembre 2009 au Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on &#8211; Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Europe \u00e0 Paris o\u00f9, 50 ans auparavant (en 1959), Laurent Terzieff avait triomph\u00e9 en C\u00e9b\u00e8s dans <i>T\u00eate d&#8217;Or<\/i> de Claudel mise en sc\u00e8ne par Jean-Louis Barrault. Son interpr\u00e9tation de Philoct\u00e8te lui a valu la distinction la plus haute, le Prix Moli\u00e8re 2010 du meilleur acteur.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re r\u00e9plique de Terzieff &#8211; Philoct\u00e8te avant de quitter la sc\u00e8ne &#8211; l&#8217;\u00eele de Lemnos, \u00e9tait :<\/p>\n<blockquote><p>Adieu enfin terre de Lemnos,<br \/>\nRochers qui furent ma demeure<br \/>\nHerbe que le vent \u00e9puise et vous<br \/>\nMeutes hurlantes de vagues adieu<br \/>\nAdieu enfin prison sur la falaise<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nMaintenant je vous laisse \u00e0 votre solitude<br \/>\nMaintenant je vous quitte<br \/>\nDonne-moi Lemnos vieille complice<br \/>\nHarass\u00e9e par la vague<br \/>\nDonne-moi de franchir heureusement les mers<br \/>\nVers un myst\u00e8re nouveau.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le voil\u00e0 parti dans son ultime voyage, ailleurs, comme il est venu d&#8217;ailleurs.<\/p>\n<p>Fils d&#8217;artistes russes, m\u00e8re plasticienne, p\u00e8re sculpteur, \u00e9migr\u00e9s en France, Laurent Terzieff (de son vrai nom Tchermerzine) est n\u00e9 en 1935 \u00e0 Toulouse.<\/p>\n<figure id=\"attachment_253\" aria-describedby=\"caption-attachment-253\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-253\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1133044006.png\" alt=\"Laurent Terzieff dans Philoct\u00e8te, de Jean Pierre Sim\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l'Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l'Europe, Saison 2009\/2010 \u00a9 Christian Ganet.\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1133044006.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1133044006-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-253\" class=\"wp-caption-text\">Laurent Terzieff dans Philoct\u00e8te, de Jean Pierre Sim\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Europe, Saison 2009\/2010 \u00a9 Christian Ganet.<\/figcaption><\/figure>\n<p>En 1944, sous les bombardements, il d\u00e9couvre Paris puis le th\u00e9\u00e2tre. La vocation du jeune Terzieff, passionn\u00e9 par la po\u00e9sie et la philosophie, se cristallise lorsqu&#8217;il assiste \u00e0 <i>La sonate des spectres<\/i> de Strinberg mise en sc\u00e8ne par Roger Blin qui deviendra son p\u00e8re spirituel.<\/p>\n<p>Il d\u00e9bute \u00e0 18 ans (en 1953) dans <i>Tous contre tous<\/i> d&#8217;Arthur Adamov mise en sc\u00e8ne par Jean-Marie Serreau. Les liens d&#8217;amiti\u00e9 le lient \u00e0 Adamov dont il va cr\u00e9er et jouer plusieurs pi\u00e8ces. La m\u00eame amiti\u00e9 le lie avec Claude Mauriac qui lui consacre un livre (<i>Laurent Terzieff<\/i> aux \u00c9ditions Stock) et dont il montera en 1971 une pi\u00e8ce tr\u00e8s \u00e9tonnante <i>Ici&#8230; maintenant<\/i>.<\/p>\n<p>Il d\u00e9bute au cin\u00e9ma en 1958 dans <i>Les tricheurs<\/i> de Marcel Carn\u00e9, dans le r\u00f4le d&#8217;un \u00e9tudiant boh\u00e8me et cynique qui le rendra c\u00e9l\u00e8bre. Il va alterner d\u00e9sormais le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma en faisant trois films avec Claude Autant Lara dont <i>Tu ne tueras point<\/i>, <i>La prisonni\u00e8re <\/i>avec Henri Georges Clouzot, tourne beaucoup en Italie : avec Roberto Rossellini (<i>Vanina Vanini<\/i>), Pier Paolo Pasolini dans <i>I Ragazzi<\/i> puis dans <i>Ostia<\/i> et dans <i>M\u00e9d\u00e9e<\/i> avec Maria Callas, avec Valerio Zurlini dans <i>Le d\u00e9sert des Tartares<\/i>.<\/p>\n<p>Il joue Jean dans <i>La Voie lact\u00e9e<\/i> de Luis Bu\u00f1uel, tourne beaucoup avec Philippe Garrel (<i>Le r\u00e9v\u00e9lateur, Les hautes solitudes, Un ange passe, Voyage au jardin des morts<\/i>), avec Claude Berri (<i>Germinal<\/i>), Jean-Luc Godard (<i>D\u00e9tective<\/i>) et plus r\u00e9cemment avec Pascal Thomas (<i>Mon petit doigt m&#8217;a dit&#8230;<\/i>)<\/p>\n<p>En 1961 Laurent Terzieff cr\u00e9e avec Pascale de Boysson sa propre compagnie et d\u00e9bute comme metteur en sc\u00e8ne avec <i>La pens\u00e9e<\/i> de L\u00e9onid Andreiev.<\/p>\n<p>Tout en continuant de jouer sous la direction d&#8217;autres metteurs en sc\u00e8ne : Jean-Louis Barrault, Guy Suarez, Jorge Lavelli, Peter Brook, Bob Wilson avec lequel il fait <i>Oedipus Rex<\/i> de Stravinsky, avec Pierre Boulez pour <i>Le martyre de saint S\u00e9bastien<\/i>, il est souvent interpr\u00e8te dans ses propres spectacles.<\/p>\n<p>Il prend r\u00e9solument le parti des auteurs contemporains peu connus et inconnus en France, r\u00e9v\u00e9lant ainsi Slawomir Mrozek (<i>Tango, Les \u00e9migr\u00e9s, Le pic du bossu, L&#8217;ambassade, \u00c0 pied)<\/i>, Carlos Semprun, le Danois Peter Asmussen, et de nombreux auteurs du domaine anglo-saxon : Edward Albee, Isra\u00ebl Horovitz, Eugene O&#8217;Neill, Brian Friel, Murray Schisgal dont il a mont\u00e9 plus de 10 pi\u00e8ces, Ronald Harwood, James Saunders, Cristopher Hampton, Arnold Wesker, David Hare.<\/p>\n<p>Il explique ainsi ses choix d&#8217;auteurs \u00e9trangers, notamment anglo-saxons: \u00ab J&#8217;y ai trouv\u00e9 les deux aspects de la r\u00e9alit\u00e9 humaine : l&#8217;homme jet\u00e9 dans le monde, l&#8217;homme social qui se bat, qui travaille et l&#8217;homme int\u00e9rieur. Le th\u00e9\u00e2tre moderne qui a d\u00e9marr\u00e9 \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1950 avec Beckett, Ionesco, Adamov, Vauthier et d&#8217;autres, a perdu par la suite sa substance et son enracinement dans \u00ab ici et maintenant \u00bb. Je n&#8217;ai trouv\u00e9 qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tranger des auteurs qui, tout en ayant assimil\u00e9 le nouveau th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, rendaient compte en m\u00eame temps des pr\u00e9occupations sociales de l&#8217;homme. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent Terzieff n&#8217;a pas mont\u00e9 de classiques :<\/p>\n<blockquote><p>En tant que metteur en sc\u00e8ne &#8211; explique-t-il &#8211; je ne me sens pas concern\u00e9 par des lectures nouvelles issues de la dialectique brechtienne des classiques, pas plus que par les relectures historiques marxistes du r\u00e9pertoire. Tout travail sur un classique est forc\u00e9ment r\u00e9f\u00e9rentiel. On y distingue beaucoup plus l&#8217;apport personnel d&#8217;un metteur en sc\u00e8ne. Cet aspect r\u00e9f\u00e9rentiel me d\u00e9range. Cela entra\u00eene entre le public et le spectacle une sorte de complicit\u00e9 intellectuelle qui tient du clin d&#8217;\u0153il.<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Terzieff avait une vision pr\u00e9cise de ce qu&#8217;il attendait du th\u00e9\u00e2tre :<\/p>\n<blockquote><p>Le th\u00e9\u00e2tre contemporain ne doit pas coller \u00e0 l&#8217;actualit\u00e9 imm\u00e9diate. Il doit se situer en avant ou en retrait par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement. Je crois que la vision th\u00e9\u00e2trale de l&#8217;histoire devrait \u00eatre panoramique : en amont, en aval et sur les c\u00f4t\u00e9s. J&#8217;aime beaucoup les pi\u00e8ces qui interrogent notre \u00e9poque parce qu&#8217;elles sont capables de modifier notre histoire. Je pense que la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue entre dans le monde des id\u00e9es, donc dans le th\u00e9\u00e2tre. Et les id\u00e9es \u00e0 leur tour mod\u00e8lent l&#8217;histoire.<\/p><\/blockquote>\n<p>Politique, le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait pour lui po\u00e9tique dans son essence. D&#8217;o\u00f9 un certain nombre de ces spectacles qui mettent en sc\u00e8ne la parole des po\u00e8tes : Rilke, Milosz, ses po\u00e8tes f\u00e9tiches, mais aussi d&#8217;autres : Brecht, Aragon, Cendrars, Desnos, Goethe, Heine, H\u00f6lderlin, Neruda, Poe.<\/p>\n<figure id=\"attachment_252\" aria-describedby=\"caption-attachment-252\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-252\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1296768403.png\" alt=\"Laurent Terzieff dans Philoct\u00e8te, de Jean Pierre Sim\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l'Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l'Europe, Saison 2009\/2010 \u00a9 Christian Ganet.\" width=\"500\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1296768403.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1296768403-300x199.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-252\" class=\"wp-caption-text\">Laurent Terzieff dans Philoct\u00e8te, de Jean Pierre Sim\u00e9on, Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Europe, Saison 2009\/2010 \u00a9 Christian Ganet.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Laurent Terzieff s&#8217;est form\u00e9 au gr\u00e9 de ses rencontres d\u00e9cisives avec des grandes \u0153uvres, notamment celles de Claudel, et avec des artistes aux personnalit\u00e9s marquantes comme Adamov, Bu\u00f1uel, Pasolini, Brook et d&#8217;autres.<\/p>\n<p>Il aimait et avait besoin d&#8217;un constant renouvellement, de passer d&#8217;un monde \u00e0 l&#8217;autre. Il se disait un nomade du th\u00e9\u00e2tre et a fait sienne l&#8217;id\u00e9e camusienne d&#8217;exp\u00e9rimenter toutes les possibilit\u00e9s du m\u00e9tier d&#8217;acteur. Son immense savoir du th\u00e9\u00e2tre, de l&#8217;art, de l&#8217;acteur ne s&#8217;appuie pas sur les th\u00e9ories m\u00eame s&#8217;il les connaissait toutes, mais vient de l&#8217;exp\u00e9rience, de l&#8217;exploration des sources, des pratiques diverses.<\/p>\n<p>L&#8217;exercice du m\u00e9tier d&#8217;acteur \u00e9tait pour lui un sacerdoce. \u00ab L&#8217;acteur &#8211; disait-il en citant Artaud &#8211; est peut-\u00eatre \u2018un athl\u00e8te affectif du c\u0153ur\u2019 mais tellement bless\u00e9 de solitude. Je crois qu&#8217;il n&#8217;aura jamais assez de th\u00e9\u00e2tre, qui est une exp\u00e9rience collectivement v\u00e9cue, pour se remettre de cette blessure. \u00bb<\/p>\n<p>Terzieff acteur poss\u00e9d\u00e9, vampiris\u00e9, par le personnage, \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 du mod\u00e8le de Diderot, se rapprochait plut\u00f4t d&#8217;Artaud :<\/p>\n<blockquote><p>Le d\u00e9bat que propose Diderot dans <i>Le paradoxe du com\u00e9dien<\/i> est d\u00e9pass\u00e9, peut-\u00eatre l&#8217;a-t-il toujours \u00e9t\u00e9. Je pense toutefois qu&#8217;il a contribu\u00e9 \u00e0 une prise de conscience analytique du probl\u00e8me du com\u00e9dien. Quand Diderot exige du com\u00e9dien qu&#8217;il annihile le mouvement de sa sensibilit\u00e9 au profit de ce qu&#8217;il appelle \u2018le sang-froid\u2019, personnellement je ne peux pas le suivre. Par contre quand il parle de contr\u00f4ler les effets de sa sensibilit\u00e9, l\u00e0 je suis tout \u00e0 fait d&#8217;accord. Il y a aussi Brecht et sa fameuse th\u00e9orie de distanciation. Brecht dit : les sentiments nous poussent \u00e0 demander \u00e0 la raison des efforts extr\u00eames et la raison \u00e9claire nos sentiments.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Paradoxe pour paradoxe, je pr\u00e9f\u00e8re de beaucoup ce que dit Jacques Copeau : \u00ab Vous dites du com\u00e9dien qu&#8217;il entre dans un r\u00f4le, il se met dans la peau d&#8217;un personnage. Il me semble que ce n&#8217;est pas exact. C&#8217;est le personnage qui s&#8217;approche du com\u00e9dien, qui lui demande tout ce dont il a besoin pour exister \u00e0 ses d\u00e9pens et qui peu \u00e0 peu le remplace dans sa peau.<\/p><\/blockquote>\n<p>Contrairement \u00e0 certains acteurs qui transmettent leur art, Laurent Terzieff n&#8217;a jamais manifest\u00e9 un go\u00fbt pour la p\u00e9dagogie :<\/p>\n<blockquote><p>La grande difficult\u00e9 de la p\u00e9dagogie c&#8217;est que les jeunes attendent de vous une m\u00e9thode. Je n&#8217;en ai pas ou plut\u00f4t j&#8217;en invente une diff\u00e9rente pour chaque pi\u00e8ce, quelquefois contradictoire avec celle de la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente. Je trouve que chaque texte secr\u00e8te sa propre m\u00e9thode. On ne peut pas appliquer les m\u00eames grilles \u00e0 toutes les \u0153uvres. Pour moi la direction d&#8217;acteurs c&#8217;est 80 % de la mise en sc\u00e8ne, peut-\u00eatre plus. Il n&#8217;y a rien de plus beau, de plus gratifiant, de plus enrichissant dans ce m\u00e9tier que de semer les graines dans l&#8217;imagination d&#8217;un com\u00e9dien et de les voir pousser. Je ne crois pas qu&#8217;on puisse faire ce travail dans un cadre p\u00e9dagogique.<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u00e9couvreur des auteurs, Laurent Terzieff aimait aussi revenir \u00e0 ses auteurs f\u00e9tiches, r\u00e9interroger certaines \u0153uvres. Parmi ces derni\u00e8res mises en sc\u00e8ne <i>Mon lit en zinc<\/i> de David Hare (2006), <i>Hughie<\/i>d&#8217;Eugene O&#8217;Neill (2007), <i>L&#8217;habilleur<\/i> de Ronald Harwood (2009).<\/p>\n<p>Terzieff se tenait toujours \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des chapelles, des tendances, des querelles partisanes, et au-del\u00e0 des clivages et des cat\u00e9gories esth\u00e9tiques. Il travaillait autant dans les th\u00e9\u00e2tres priv\u00e9s que dans les publics.<\/p>\n<p>\u00c9lectron libre, il \u00e9tait admir\u00e9 non seulement par tous les publics mais aussi par l&#8217;ensemble de la profession th\u00e9\u00e2trale. Les Prix, les r\u00e9compenses diverses, ont jalonn\u00e9 son parcours depuis le Prix G\u00e9rard Philipe en 1964, le Prix de la Critique du meilleur acteur en 1975, le Prix National de Th\u00e9\u00e2tre en 1987, le Prix Pirandello en Italie en 1989, aux nombreux Prix Moli\u00e8re : du meilleur metteur en sc\u00e8ne pour <i>Ce que voit Fox<\/i> de James Saunders en 1988, pour <i>Temps contre temps<\/i> de Ronald Harwood en 1993, Moli\u00e8re, Prix Adami de mise en sc\u00e8ne pour<i> L&#8217;habilleur<\/i> de Ronald Harwood en 2007, enfin Moli\u00e8re pour le meilleur acteur en 2010 pour ses interpr\u00e9tations dans <i>L&#8217;habilleur<\/i> et dans <i>Philoct\u00e8te<\/i> de Jean-Pierre Sim\u00e9on.<\/p>\n<p>En 2003 il re\u00e7oit un hommage des acteurs le distinguant pour la qualit\u00e9 de son engagement dans la profession.<\/p>\n<p>Il fait partie d\u00e9sormais de ces immenses acteurs, hommes de th\u00e9\u00e2tre comme G\u00e9rard Philipe, Jean Marais, Alain Cuny, Maria Casar\u00e8s, Antoine Vitez et d&#8217;autres dont les noms resteront \u00e0 jamais grav\u00e9s dans l&#8217;histoire du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<div align=\"justify\">\n<hr>\n<p><b>Note de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Celui-ci et tous les autres propos cit\u00e9s de Laurent Terzieff ont \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9s aux entretiens r\u00e9alis\u00e9s par Bernard Bonaldi \u00e0 France Culture en 1997.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-225\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1067702142-150x150.png\" alt=\"1067702142\" width=\"150\" height=\"150\"><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<b>Ir\u00e8ne Sadowska Guillon<\/b> est critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et Pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb \u00c9changes Franco Hispaniques des Dramaturgies Contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2010 Ir\u00e8ne Sadowska Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon* Le 2 juillet 2010 disparaissait \u00e0 75 ans Laurent Terzieff, une figure d&#8217;exception de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise et du cin\u00e9ma, acteur, metteur en sc\u00e8ne, d\u00e9couvreur des auteurs. Un acteur hors du commun. Laurent Terzieff avait une pr\u00e9sence physique<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":225,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-251","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1067702142.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7gg5F-43","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=251"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":892,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions\/892"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media\/225"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}