{"id":114,"date":"2016-02-16T16:33:31","date_gmt":"2016-02-16T16:33:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/?p=114"},"modified":"2023-03-19T22:30:48","modified_gmt":"2023-03-19T22:30:48","slug":"levolution-du-personnage-feminin-dans-limaginaire-des-dramaturges-quebecoises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/levolution-du-personnage-feminin-dans-limaginaire-des-dramaturges-quebecoises\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9volution du personnage f\u00e9minin dans l\u2019imaginaire des dramaturges qu\u00e9b\u00e9coises"},"content":{"rendered":"<p><strong>Brigitte Purkhardt<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-118\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1403217464.png\" alt=\"1403217464\" width=\"250\" height=\"166\"><\/p>\n<p><em>Resum\u00e9 :<\/em><\/p>\n<p><em>Au Qu\u00e9bec \u2013 comme un peu partout \u00e0 travers le monde \u2013 la condition f\u00e9minine a subi des transformations majeures depuis un quart de si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019instar de leur perc\u00e9e dans maints domaines de la vie sociale, les femmes ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019affirmer au th\u00e9\u00e2tre dans d\u2019autres secteurs que ceux de l\u2019interpr\u00e9tation. Sc\u00e9nographes, metteures en sc\u00e8ne et auteures dramatiques ont ainsi inject\u00e9 du sang neuf au th\u00e9\u00e2tre gr\u00e2ce \u00e0 une cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9invent\u00e9e. Ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution sc\u00e9nique et dramatique du personnage f\u00e9minin. Dans un premier temps, celui-ci endosse les r\u00f4les sociaux d\u00e9volus traditionnellement aux femmes (la m\u00e8re, la fille, l\u2019\u00e9pouse, l\u2019amante) pour en d\u00e9noncer les tares, les limites, les abus, les injustices. Pour en r\u00e9v\u00e9ler aussi la lucidit\u00e9, les aspirations, la r\u00e9volte. Mais apr\u00e8s la d\u00e9nonciation et la revendication, s\u2019affirme le besoin d\u2019agir \u00e0 la suite d\u2019h\u00e9ro\u00efnes ayant v\u00e9cu hors des sentiers battus. Telles H\u00e9lo\u00efse, Camille Claudel, Ana\u00efs Nin et bien d\u2019autres \u00ab ic\u00f4nes \u00bb. La sororit\u00e9 s\u2019impose aussi de plus en plus. Comme si la lib\u00e9ration de la femme avait an\u00e9anti la rivalit\u00e9 entre femmes. De nos jours, la dramaturgie des femmes explore davantage les zones de la condition humaine dans une dimension particuli\u00e8re : celle du fantastique et du mythe. Plusieurs spectacles des derni\u00e8res ann\u00e9es ont exploit\u00e9 le th\u00e8me de Barbe Bleue. La femme n\u2019y est plus une victime sauv\u00e9e par ses fr\u00e8res, mais un \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 combattre le mal et l\u2019absurde pour construire un monde meilleur. <\/em><em>Avec l\u2019homme pour complice.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>The evolution of the feminine character in the imaginary of the women dramatists of Qu\u00e9bec<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>In Quebec, as almost everywhere throughout the world, the feminine condition underwent major transformations in the last quarter of a century. Concurrently with their breakthrough in many spheres of social life, women began asserting themselves in the theater world assuming roles other than that of acting. Female scenographers, directors and dramatists thus injected new blood in theater, thanks to a reinvented creativity &#8211; which contributed to the scenic and dramatic evolution of the feminine character. In a first time, this character takes on the social roles that had been traditionally the lot of women (the mother, the daughter, the wife, the mistress) to denounce their flaws, their limitations, their abuses, their injustices, and also to bring to light their lucidity, their aspirations, their revolt. But after the denunciation and the demands appears the need to follow suite to heroines who lived off the beaten track, such as H\u00e9lo\u00efse, Camille Claudel, Ana\u00efs Nin, and other &#8221; icons &#8220;. The sisterhood also imposes itself more and more. As if woman&#8217;s liberation had annihilated the rivalry between women. Nowadays, the dramaturgy of women explores the facets of the human condition in a particular dimension: that of the fantastic and the myth. Several plays of the last few years had Blue Beard as a theme. No longer a victim saved by her brothers, the woman emerges as a human being determined to fight evil and absurdity in order to build a better world. With man as partner.<\/em><\/p>\n<p>Au Qu\u00e9bec, dans les ann\u00e9es 1970, le th\u00e9\u00e2tre s\u2019extirpe d\u2019un colonialisme culturel qui l\u2019avait maintenu dans une forme d\u00e9sormais caduque sur les plans de la langue, des id\u00e9ologies ainsi que des enjeux sociaux et politiques. Le r\u00e9pertoire traditionnel ne r\u00e9pondant plus \u00e0 ce changement d\u2019orientation, de nouvelles troupes voient le jour avec la cr\u00e9ation collective comme instrument de travail et mode d\u2019expression. Divers ph\u00e9nom\u00e8nes de civilisation sont alors explor\u00e9s afin d\u2019alimenter un mat\u00e9riau dramatique et spectaculaire soucieux de t\u00e9moigner des hauts et des bas de son \u00e9poque. Des artistes engag\u00e9s \u2013 \u00ad hommes et femmes \u2013 passent au crible les in\u00e9galit\u00e9s sociales et rel\u00e8vent, entre autres maux, le pi\u00e8tre \u00e9tat de la condition f\u00e9minine. Diverses facettes du v\u00e9cu f\u00e9minin deviennent ainsi source d\u2019inspiration dramatique : de l\u2019intime au public, de la d\u00e9nonciation \u00e0 la revendication. Arm\u00e9s de bonne volont\u00e9, acteurs et actrices mettent de concert la main \u00e0 la p\u00e2te dans ce passionnant tournant de leur profession. Sauf que cr\u00e9ateurs et cr\u00e9atrices ne sont pas toujours sur la m\u00eame longueur d\u2019onde\u2026 Les femmes estiment que les hommes comprennent mal l\u2019univers mental f\u00e9minin, tel que l\u2019exprime la com\u00e9dienne Anne-Marie Provencher : \u00ab Ce serait croire au P\u00e8re No\u00ebl que de continuer d&#8217;\u00eatre en attente de l&#8217;homme qui \u00e9crira les mots qui m&#8217;habitent, qui engendrera les images qui m&#8217;engrossent, qui fera na\u00eetre mes chansons, qui me mettra au monde<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. \u00bb M\u00eame les th\u00e8mes propos\u00e9s par les \u00ab filles \u00bb sont souvent balay\u00e9s ou d\u00e9figur\u00e9s par les \u00ab gars \u00bb. Ce qui perp\u00e9tue en somme le mus\u00e8lement s\u00e9culaire de la parole des femmes, lesquelles d\u00e9sertent peu \u00e0 peu les rangs des nouvelles troupes et fondent leurs propres compagnies qu\u2019elles d\u00e9cident de conjuguer au f\u00e9minin dans tous les secteurs des m\u00e9tiers de la sc\u00e8ne, faisant fi par le fait m\u00eame de la tradition qui les avait confin\u00e9es au ghetto de l\u2019interpr\u00e9tation. Elles donnent \u00e0 leurs regroupements des noms signifiants : Le Th\u00e9\u00e2tre des cuisines, Le Th\u00e9\u00e2tre exp\u00e9rimental des femmes, La Commune \u00e0 Marie, Les Folles Alli\u00e9es\u2026 \u00c0 leur mani\u00e8re, elles ont embo\u00eet\u00e9 le pas au renouveau du th\u00e9\u00e2tre qu\u00e9b\u00e9cois en lui injectant leur vision, leurs valeurs, leur langage et leur esth\u00e9tique. Mais on leur doit surtout d\u2019avoir jumel\u00e9 le personnage f\u00e9minin \u00e0 son mod\u00e8le dans la r\u00e9alit\u00e9 alors en pleine mutation, enclenchant de la sorte l\u2019alchimie du verbe de la f\u00e9minitude.<\/p>\n<p>Dans un premier temps \u2013 sous la banni\u00e8re f\u00e9ministe \u2013 le personnage f\u00e9minin endosse les r\u00f4les sociaux d\u00e9volus depuis des si\u00e8cles aux femmes (la m\u00e8re, la fille, la s\u0153ur, l\u2019\u00e9pouse, l\u2019amante) pour en d\u00e9noncer les tares, les limites, les abus, les injustices. Pour en r\u00e9v\u00e9ler aussi la lucidit\u00e9, la r\u00e9volte, les aspirations. Dans une telle entreprise, l\u2019actrice pr\u00eate corps, sensibilit\u00e9 et parole \u00e0 une de ses semblables dont elle expose le sort. Malgr\u00e9 la gravit\u00e9 du propos et des \u00e9clats de col\u00e8re, le ton \u00e9chappe en g\u00e9n\u00e9ral au pathos. Un souffle tour \u00e0 tour \u00e9pique et po\u00e9tique traverse les pi\u00e8ces relev\u00e9es <em>de songs<\/em> \u00e0 la Brecht et d\u2019un zeste d\u2019humour, lequel \u2013 selon Ionesco \u2013 \u00ab rose ou noir ou cruel [\u2026] peut nous rendre la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9<a href=\"#end3\"><sup>[2]<\/sup><\/a> \u00bb. Assez souvent, ce genre de cr\u00e9ation s\u2019appuie sur des monologues, en solo ou en parall\u00e8le. Un proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019une certaine critique machiste a d\u00e9nigr\u00e9 malgr\u00e9 son dynamisme et son ing\u00e9niosit\u00e9 dans la mise en spectacle. Par exemple, <em>Les F\u00e9es ont soif <\/em>(1978) de Denise Boucher s\u2019articule sur trois monologues interpr\u00e9t\u00e9s par les personnages de la prostitu\u00e9e, de l\u2019\u00e9pouse au foyer et de la Statue de la Vierge Marie. S\u2019y trouve une sc\u00e8ne du viol de la prostitu\u00e9e. L\u2019agression est repr\u00e9sent\u00e9e par un immense oiseau qui s\u2019abat sur la jeune femme. R\u00e9f\u00e9rence iconoclaste au Saint-Esprit f\u00e9condant la Vierge. Les deux autres personnages soutiennent l\u2019attaque avec les propos orduriers du violeur. La pi\u00e8ce se termine par une d\u00e9livrance. Sur fond sonore de cha\u00eenes qui tombent, la Vierge se d\u00e9barrasse de son chapelet, l\u2019\u00e9pouse de son tablier et la prostitu\u00e9e de ses bottes aux talons aiguilles. \u00ab J\u2019en appelle \u00e0 moi. Parce que le temps des victimes est termin\u00e9<a href=\"#end4\"><sup>[3]<\/sup><\/a> \u00bb clame la Statue. Bref, la structure monologu\u00e9e n\u2019\u00e9tait point d\u00e9pourvue de qualit\u00e9s spectaculaires.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce <em>Joie<\/em><a href=\"#end5\"><sup>[4]<\/sup><\/a> de Pol Pelletier \u2013 construite sur un monologue en solo \u2013 s\u2019est montr\u00e9e encore plus impressionnante sur le plan sc\u00e9nographique. L\u2019actrice-auteure y joue les cycles de son \u00e9volution artistique et existentielle, oscillant entre la foire et la c\u00e9r\u00e9monie. Elle entre en sc\u00e8ne d\u00e9guis\u00e9e en clown, mais elle tient un cierge allum\u00e9, comme une officiante pr\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer un myst\u00e8re. En guise d\u2019\u00e9pilogue, elle quitte la sc\u00e8ne v\u00eatue d\u2019un ample manteau rouge, en pr\u00eatresse, apr\u00e8s avoir fait jongler les spectateurs m\u00e2les avec le vocabulaire de l\u2019anatomie f\u00e9minine, comme un amuseur de foule. Tout au long du spectacle, le chant, la danse et le mime ponctuent son propos. Elle porte un gant \u00e0 la main gauche, c\u2019est \u00ab l\u2019oiseau noir de la m\u00e9moire \u00bb, la part rationnelle de l\u2019\u00eatre, le yang, qu\u2019elle enl\u00e8ve chaque fois qu\u2019il r\u00e9prime \u00ab les mammif\u00e8res de la m\u00e9moire \u00bb, son c\u00f4t\u00e9 visc\u00e9ral, le yin. Elle utilise aussi le m\u00eame accessoire, du d\u00e9but \u00e0 la fin, une grosse poche rembourr\u00e9e, \u00ab le sac de n\u0153uds \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire toutes ces tensions qu\u2019on arrache de soi, qu\u2019on ficelle en paquet, qu\u2019on roue de coups, mais qu\u2019on continue de tra\u00eener comme un boulet. Rarement a-t-on vu l\u2019expression d\u2019une pareille symbiose entre le travail et la vie, entre une personne et un groupe. Il n\u2019en demeure pas moins que, selon une certaine critique, <em>Joie<\/em> reste un produit narcissique, d\u2019autant plus qu\u2019une femme qui se raconte \u00ab ce n\u2019est pas de l\u2019art, c\u2019est du t\u00e9moignage<a href=\"#end6\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Quant aux pi\u00e8ces \u00e0 plusieurs personnages, elles se concentrent plut\u00f4t sur les liens \u2013 positifs et n\u00e9gatifs \u2013 que les femmes entretiennent avec leur entourage. Il arrive que les liens familiaux, amicaux, professionnels et amoureux soient scrut\u00e9s par le biais de la m\u00e9taphore et du symbole. Dans <em>Bernadette et Juliette ou la vie, c\u2019est comme la vaisselle, c\u2019est toujours \u00e0 recommencer<\/em> (1978) d\u2019\u00c9lizabeth Bourget, la qualit\u00e9 des rapports humains se confond avec les tracasseries du quotidien, en particulier sur le plan des relations amoureuses que les efforts d\u2019affranchissement social des h\u00e9ro\u00efnes perturbent. Ce qui solidifie en revanche l\u2019amiti\u00e9 ou la sororit\u00e9, un th\u00e8me de plus en plus pr\u00e9sent dans la dramaturgie au f\u00e9minin. Comme si la lib\u00e9ration de la femme avait contribu\u00e9 \u00e0 la disparition de la rivalit\u00e9 entre femmes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_117\" aria-describedby=\"caption-attachment-117\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-117\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1163652510.png\" alt=\"Titre : Bernadette et Juliette ou la vie, c'est comme la vaisselle, c'est toujours \u00e0 recommencer. Auteure : Elizabeth Bourget. M.e.s.: Gilbert Lepage assist\u00e9 de Manon Desmarais. Production : Th\u00e9\u00e2tre Les Pichous. Lieu : Centre d'essai Le Conventum (1978). Acteurs : Jacques L'Heureux et Dani\u00e8le Panneton.Photographe : Daniel Kieffer.\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1163652510.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1163652510-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-117\" class=\"wp-caption-text\">Titre : Bernadette et Juliette ou la vie, c&#8217;est comme la vaisselle, c&#8217;est toujours \u00e0 recommencer. Auteure : Elizabeth Bourget. M.e.s.: Gilbert Lepage assist\u00e9 de Manon Desmarais. Production : Th\u00e9\u00e2tre Les Pichous. Lieu : Centre d&#8217;essai Le Conventum (1978). Acteurs : Jacques L&#8217;Heureux et Dani\u00e8le Panneton.Photographe : Daniel Kieffer.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Une autre tendance du th\u00e9\u00e2tre des femmes a \u00e9t\u00e9 de mettre en situation des \u00abic\u00f4nes\u00bb f\u00e9minines. Les unes mythiques comme Morgane et Jocaste \u2013 et d\u2019autres historiques telles H\u00e9lo\u00efse, la Corriveau, Violette Leduc, Emily Carr, Gertrude Stein, Marina Tsveta\u00efeva, Camille Claudel, Ana\u00efs Nin. Le parcours de ces figures exemplaires de la transgression de l\u2019ordre \u00e9tabli confirme qu\u2019il est possible pour une femme de sortir des sentiers battus malgr\u00e9 les emb\u00fbches rencontr\u00e9es, ainsi que le d\u00e9voile les p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019intrigue. Le th\u00e8me de la cr\u00e9ation se manifeste en outre par intervalles. S\u2019imposent d\u00e8s lors des personnages de cr\u00e9atrices aussi avides de r\u00e9ussir leur vie que leurs \u0153uvres. La pi\u00e8ce d\u2019Abla Farhoud<em>Quand le vautour danse <\/em>(1997) pr\u00e9sente la chor\u00e9graphe Suzanne qui transpose en ballet un conte babylonien dans lequel la d\u00e9esse Vautour ensorcelle le prince Darios pour le punir de l\u2019amour passionn\u00e9 qu\u2019il porte \u00e0 sa s\u0153ur V\u00e9nusia. De fa\u00e7on analogue, dans la vie de Suzanne, le d\u00e9mon de la folie s\u2019est empar\u00e9 de son fr\u00e8re Simon dont elle doit subir le harc\u00e8lement. Elle a beau traduire en mouvements la possession du prince, la d\u00e9mence de son fr\u00e8re la remue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me. Mais au fur et \u00e0 mesure que l\u2019artiste peaufine le spectacle, la femme s\u2019initie au d\u00e9tachement. Elle se jette dans le feu de la danse en Ph\u00e9nix qui vainc le Vautour et rena\u00eet de ses cendres.<\/p>\n<p>De nos jours, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes et des individus \u00e9tant en principe acquise dans la plupart des domaines de la vie sociale, la femme se sent davantage interpell\u00e9e par les al\u00e9as de l\u2019humanit\u00e9. Aussi le personnage f\u00e9minin actuel est-il aiguillonn\u00e9 par un questionnement incessant sur l\u2019existence, m\u00eame quand celle-ci se cantonne en territoire familier. Dans <em>La Liste<\/em> (2010) de Jennifer Tremblay, une femme se sent responsable de la mort d\u2019une voisine qu\u2019elle n\u2019a pas aid\u00e9e avec un renseignement qui aurait pu peut-\u00eatre la sauver. Elle raconte les \u00e9pisodes de leur courte amiti\u00e9 de \u00ab cigale \u00bb et de \u00ab fourmi \u00bb sans n\u00e9gliger leur <em>modus vivendi <\/em>de m\u00e8res et d\u2019\u00e9pouses au foyer par choix : un r\u00f4le attribu\u00e9 aux femmes autrefois par la fatalit\u00e9. Alors que la voisine Caroline improvise sa vie familiale avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la protagoniste (qui n\u2019a pas de nom) g\u00e8re la sienne avec une rigueur monacale, tributaire d\u2019une liste de t\u00e2ches \u00e0 abattre qu\u2019elle consigne au fil des jours : \u00ab Rendez-vous coiffeur. Emballer cadeaux. Ampoules sapin. R\u00e9parer chaise. Sortir jeux. Charger batteries<a href=\"#end7\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. \u00bb Un tel <em>vade-mecum<\/em> traverse la pi\u00e8ce sur un ton de litanies psalmodi\u00e9es par des nonnes. Un corps en proie \u00e0 la panique se niche n\u00e9anmoins dans cette atmosph\u00e8re de paix apparente, ainsi que le sugg\u00e8rent les titres des diverses sc\u00e8nes : Expiration, oppression, essoufflement, syncope, \u00e9touffement, suffocation, inspiration. Inspiration au propre et au figur\u00e9 puisque la narratrice inscrit sur sa derni\u00e8re liste : \u00ab Ressusciter Caroline<a href=\"#end8\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. \u00bb Par la creation \u2026<\/p>\n<figure id=\"attachment_116\" aria-describedby=\"caption-attachment-116\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-116\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1019119185.png\" alt=\"Titre : La Liste. Auteure : Jennifer Tremblay. M.e.s. : Marie-Th\u00e9r\u00e8se Fortin. Production : Th\u00e9\u00e2tre d'Aujourd'hui. Lieu : Th\u00e9\u00e2tre d'Aujourd'hui (2010). Actrice : Sylvie Drapeau. Photographe : Suzanne O'Neill.\" width=\"500\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1019119185.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1019119185-300x197.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-116\" class=\"wp-caption-text\">Titre : La Liste. Auteure : Jennifer Tremblay. M.e.s. : Marie-Th\u00e9r\u00e8se Fortin. Production : Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Aujourd&#8217;hui. Lieu : Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Aujourd&#8217;hui (2010). Actrice : Sylvie Drapeau. Photographe : Suzanne O&#8217;Neill.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Si l\u2019imaginaire des femmes a souvent fray\u00e9 avec la fable, il s\u2019enracine volontiers aujourd\u2019hui dans le terreau du mythe, cette \u00ab voie royale \u00bb vers les origines profondes de l\u2019\u00eatre. Dans la derni\u00e8re pi\u00e8ce de Lise Vaillancourt <em>Tout est encore possible <\/em>(2009<em>)<\/em>, Ginette \u2013 une journaliste scientifique \u2013 exp\u00e9rimente le sort traumatisant de l\u2019Hermaphrodite mythologique. Apr\u00e8s une aventure sexuelle d\u2019une nuit, elle se bute au reflet de son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re amant chaque fois qu\u2019elle se regarde dans un miroir. Le reflet finit pas prendre corps et elle se fond en lui. Pendant le court laps de temps de sa m\u00e9tamorphose en m\u00e2le, elle constate que sa fusion avec l\u2019autre l\u2019aura sensibilis\u00e9e \u00e0 une plus grande conscience de soi. Et Ginette n\u2019est pas au bout de ses surprises\u2026 Se d\u00e9couvrant une bosse su sein, elle apprend que cette \u00e9minence n\u2019est point une tumeur maligne mais la statuette d\u2019une d\u00e9esse de la fertilit\u00e9 du pal\u00e9olithique. Une cr\u00e9ature vivante ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne sa bouche \u2013 ouverte sur une \u00e9cographie, ferm\u00e9e sur une autre \u2013 et dont tous les outrages v\u00e9cus par les femmes au cours des si\u00e8cles ont nourri la plainte impuissante. On pourrait aussi associer cette d\u00e9esse \u00e0 la m\u00e9moire des valeurs f\u00e9minines \u2013 pr\u00e9valant dans les soci\u00e9t\u00e9s matriarcales archa\u00efques \u2013 incrust\u00e9es \u00e0 jamais dans la chair des femmes de toujours. En fait, le personnage f\u00e9minin s\u2019int\u00e9resse de plus en plus \u00e0 une humanit\u00e9 r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e ou issue d\u2019un paradis perdu alors que \u00ab l\u2019homme \u00e9tait une femme sans perdre de sa force et la femme \u00e9tait un homme sans perdre de sa gr\u00e2ce<a href=\"#end9\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u00bb. Le temps n\u2019est plus \u00e0 la col\u00e8re ni \u00e0 la vengeance, mais \u00e0 la r\u00e9conciliation, \u00e0 la paix, \u00e0 l\u2019amour. Pour qu\u2019advienne la dualitude et cesse le dualisme.<\/p>\n<figure id=\"attachment_115\" aria-describedby=\"caption-attachment-115\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-115\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1275644332.png\" alt=\"Titre : Tout est encore possible. Auteure : Lise Vaillancourt. M.e.s. : Daniel Meilleur. Production : Compagnie de th\u00e9\u00e2tre Les Deux Mondes en codiffusion avec le Th\u00e9\u00e2tre d'Aujourd'hui. Lieu : Th\u00e9\u00e2tre d'Aujourd'hui (2009). Actrice : Louise Bombardier. Photographe : Yves Dub\u00e9.\" width=\"500\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1275644332.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1275644332-300x199.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-115\" class=\"wp-caption-text\">Titre : Tout est encore possible. Auteure : Lise Vaillancourt. M.e.s. : Daniel Meilleur. Production : Compagnie de th\u00e9\u00e2tre Les Deux Mondes en codiffusion avec le Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Aujourd&#8217;hui. Lieu : Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Aujourd&#8217;hui (2009). Actrice : Louise Bombardier. Photographe : Yves Dub\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est l\u2019esprit qui anime d\u2019ailleurs plusieurs spectacles con\u00e7us par des femmes, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, sur le th\u00e8me de Barbe Bleue. L\u2019\u00e9pouse n\u2019y est plus une victime sauv\u00e9e par ses fr\u00e8res, mais un \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 combattre le mal et l\u2019absurde pour l\u2019av\u00e8nement d\u2019un monde meilleur. Dans une des versions<a href=\"#end10\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, la derni\u00e8re \u00e9pouse cherche \u00e0 savoir ce que sont devenues ses trois s\u0153urs dont chacune a disparu apr\u00e8s s\u2019\u00eatre mari\u00e9e avec Barbe Bleue. C\u2019est pour cette raison qu\u2019elle p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet interdit o\u00f9 elle trouve les cadavres morcel\u00e9s de ses s\u0153urs. Elle les ressuscite en rassemblant les morceaux \u00e9pars de chaque corps. Surprise par son mari et condamn\u00e9e \u00e0 mort, elle r\u00e9ussit \u00e0 retarder le moment de l\u2019ex\u00e9cution au point de d\u00e9barrasser Barbe Bleue des trois carapaces responsables de sa barbarie. De la m\u00eame trempe que la Belle, elle a humanis\u00e9 la B\u00eate. Dans une autre adaptation<a href=\"#end11\"><sup>[10]<\/sup><\/a>, c\u2019est le double intime d\u2019un \u00e9poux millionnaire, amoureux et g\u00e9n\u00e9reux qui se tapit dans une petite pi\u00e8ce en haut d\u2019un escalier, prohib\u00e9e il va sans dire. Lorsque son \u00e9pouse Gr\u00e2ce en force la porte, elle distingue un \u00e9tranger \u00e9tendu sur le sol \u2013 mutil\u00e9 et ensanglant\u00e9. Elle fr\u00e9mit devant l\u2019appel muet de \u00ab ses yeux noirs accroch\u00e9s \u00e0 [ses] yeux bleu ciel comme des bras \u00e0 une bou\u00e9e. Tout le noir du monde dans ses yeux qui disent r\u00e9chauffez-moi<a href=\"#end12\"><sup>[11]<\/sup><\/a> \u00bb. En qu\u00eate de ce baume que sont de \u00ab vraies \u00bb larmes, il n\u2019est visible que dans l\u2019ombre et dispara\u00eet d\u00e8s que jaillit la lumi\u00e8re. Gr\u00e2ce le tire de la pi\u00e8ce secr\u00e8te, accroch\u00e9 \u00e0 son dos, apr\u00e8s avoir compris intuitivement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un tel geste. Un nouveau couple vient de na\u00eetre, dont les partenaires unis d\u00e9sormais par des liens visc\u00e9raux se sont d\u00e9pouill\u00e9s de leur oripeaux classiques d\u2019homme prodigue et de femme entretenue.<\/p>\n<p>Par del\u00e0 la guerre des sexes, la femme assume maintenant le fait qu\u2019elle partage avec l\u2019homme la m\u00eame gal\u00e8re sur cet oc\u00e9an imp\u00e9tueux qu\u2019est la vie. Tous deux se rejoignent dans un no man\u2019s land existentiel en tant qu\u2019humains pr\u00e9occup\u00e9s de se red\u00e9finir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette galaxie d\u00e9routante qu\u2019est l\u2019humanit\u00e9. Dans <em>Les Exil\u00e9s de la lumi\u00e8re<\/em>, Lise Vaillancourt pr\u00e9cise semblable id\u00e9al par le truchement d\u2019une d\u00e9finition moderne du mot humain : \u00ab Homme ou femme qui, apr\u00e8s avoir invent\u00e9 les divinit\u00e9s, doit maintenant inventer l\u2019humanit\u00e9<a href=\"#end13\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>En fin de compte, depuis que s\u2019est enclench\u00e9e l\u2019alchimie du verbe de la f\u00e9minitude, la femme \u2013 en tant que sujet dramatique et entit\u00e9 sc\u00e9nique \u2013 a \u00e9volu\u00e9 de l\u2019\u0153uvre au noir de la condition f\u00e9minine au grand \u0153uvre de la condition humaine.<\/p>\n<hr>\n<p><b>Notes de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Rapport\u00e9 par Alexandre Cadieux dans son m\u00e9moire de ma\u00eetrise intitul\u00e9 <em>L&#8217;improvisation dans la cr\u00e9ation collective qu\u00e9b\u00e9coise : Trois troupes par elles-m\u00eames.<\/em> Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2009, p.70.<br \/>\n<a name=\"end3\"><\/a>[2] Voir <em>Journal en miettes<\/em>, Paris, Folio 211, 1992, p. 144.<br \/>\n<a name=\"end4\"><\/a>[3] Montr\u00e9al, Typo Th\u00e9\u00e2tre, 2008, p.78.<br \/>\n<a name=\"end5\"><\/a>[4] Il y a eu quatre versions de ce spectacle de 1990 \u00e0 1993.<br \/>\n<a name=\"end6\"><\/a>[5] <em>Joie<\/em>, Montr\u00e9al, les \u00c9ditions du remue-m\u00e9nage, 1995, p.22.<br \/>\n<a name=\"end7\"><\/a>[6] <em>Longueuil<\/em>, Les \u00c9ditions de la Bagnole, Collection Parking, 2008, p.43.<br \/>\n<a name=\"end8\"><\/a>[7] <em>Ibid<\/em>. p.57.<br \/>\n<a name=\"end9\"><\/a>[8] Ainsi que l\u2019\u00e9voque Lise Vaillancourt dans <em>Les Exil\u00e9s de la lumi\u00e8re<\/em>, Montr\u00e9al, Dramaturges \u00c9diteurs, 2008, p. 8.<br \/>\n<a name=\"end10\"><\/a>[9] Tel que le relate la conteuse et com\u00e9dienne Danielle Bissonnette dans des s\u00e9ances de contes (2009).<br \/>\n<a name=\"end11\"><\/a>[10] <em>La Petite Pi\u00e8ce en haut de l\u2019escalier<\/em> de Carole Fr\u00e9chette, Montr\u00e9al, Lem\u00e9ac, 2008.<br \/>\n<a name=\"end12\"><\/a>[11] I<em>bid<\/em>. p. 35.<br \/>\n<a name=\"end13\"><\/a>[12] <em>Op.cit.<\/em> p. 68.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-118\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1403217464-150x150.png\" alt=\"1403217464\" width=\"150\" height=\"150\"><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<strong>Brigitte Purkhardt <\/strong>d\u00e9bute sa vie professionnelle au Qu\u00e9bec en tant qu\u2019auteur dramatique pour la radio et la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 elle a aussi travaill\u00e9 comme animatrice dans le cadre d\u2019\u00e9missions pour les femmes et pour les jeunes. Elle a enseign\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre au coll\u00e9gial et la litt\u00e9rature \u00e9rotique \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Elle a publi\u00e9 quelques livres (roman, essai, conte, monologue dramatique). Comme critique de th\u00e9\u00e2tre, elle a tenu une chronique dans la revue <em>Arcade<\/em> et elle continue de collaborer \u00e0 la <em>Revue de th\u00e9\u00e2tre Jeu<\/em>. Elle remercie le Conseil des Arts du Canada d\u2019avoir soutenu son s\u00e9jour \u00e0 Erevan par une bourse couvrant les frais de transport.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2010 Brigitte Purkhardt<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brigitte Purkhardt* Resum\u00e9 : Au Qu\u00e9bec \u2013 comme un peu partout \u00e0 travers le monde \u2013 la condition f\u00e9minine a subi des transformations majeures depuis un quart de si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019instar de leur perc\u00e9e dans maints domaines de la vie<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":118,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-114","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-files","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2016\/02\/1403217464.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7gg5F-1Q","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=114"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":899,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114\/revisions\/899"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media\/118"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=114"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=114"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/3\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=114"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}