{"id":903,"date":"2023-12-19T18:36:09","date_gmt":"2023-12-19T18:36:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/?p=903"},"modified":"2023-12-21T22:34:34","modified_gmt":"2023-12-21T22:34:34","slug":"les-recits-dhoratio-portraits-et-aveux-des-maitres-du-theatre-europeen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/les-recits-dhoratio-portraits-et-aveux-des-maitres-du-theatre-europeen\/","title":{"rendered":"Les R\u00e9cits d&#8217;Horatio: Portraits et aveux des ma\u00eetres du th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>Par Georges Banu<\/strong><br><strong>298 pp. Paris&nbsp;: Actes Sud<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Critique par <strong>Louise Vigeant<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Georges Banu<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en janvier 2023, \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 79 ans. Toute la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale s\u2019est sentie en deuil, car Georges Banu \u00e9tait un intellectuel tr\u00e8s estim\u00e9. Cela parce que, non seulement il aimait vraiment le th\u00e9\u00e2tre et ses artisans \u2013 sans quoi il n\u2019aurait pu en parler de mani\u00e8re si intime, mais parce que les gens de th\u00e9\u00e2tre l\u2019aimaient, car ils se savaient profond\u00e9ment respect\u00e9s. Jamais p\u00e9dant malgr\u00e9 son \u00e9rudition, authentique dans son d\u00e9sir de saisir l\u2019art th\u00e9\u00e2tral sous tous ses angles, curieux et insatiable, Georges Banu a \u00e9t\u00e9 un spectateur assidu, et ce partout en Europe et ailleurs dans le monde. Ce qui lui a permis de devenir l\u2019un des plus grands connaisseurs de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral des derni\u00e8res d\u00e9cennies, et par le fait m\u00eame sa m\u00e9moire. Il aimait le th\u00e9\u00e2tre, je crois, parce que cet art raconte l\u2019\u00eatre humain, tout ce qui peut l\u2019agiter, ses passions comme ses \u00e9garements, ses r\u00eaves et ses \u00e9checs, parce qu\u2019il parle de la beaut\u00e9 comme de la laideur, de l\u2019espoir comme du d\u00e9sarroi; bref, rien de la vie n\u2019est \u00e9tranger au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et il le fait de mani\u00e8re \u00ab&nbsp;spectaculaire&nbsp;\u00bb. Comprendre l\u2019humain par le th\u00e9\u00e2tre, voil\u00e0 ce que Georges Banu a fait toute sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Art du dialogue, art \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, art impur, le th\u00e9\u00e2tre ne se laisse pas ais\u00e9ment appr\u00e9hender. M\u00eame ceux qui s\u2019y adonnent trouvent parfois difficile de mettre en mots ce qu\u2019ils cherchent ou accomplissent. Le critique, l\u2019essayiste, le professeur, chacun essaie \u00e0 sa mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;parler du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb. Peu y sont parvenu de mani\u00e8re aussi convaincante que Georges Banu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comprendre un texte, accepter ses interpr\u00e9tations, saisir le sens d\u2019une mise en sc\u00e8ne, situer un spectacle dans la continuit\u00e9 de l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre ou de la d\u00e9marche d\u2019un artiste, toutes ces t\u00e2ches demandent des connaissances, de l\u2019attention, de l\u2019ouverture d\u2019esprit et une bonne capacit\u00e9 d\u2019analyse et de r\u00e9flexion. Georges Banu assurait sur tous ces plans! &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon une de ses belles formules, il est difficile de parler de th\u00e9\u00e2tre \u00ab&nbsp;parce qu\u2019il allie la permanence des textes et le scintillement des spectacles&nbsp;\u00bb. De ce scintillement, il semble que Georges Banu ne se soit jamais lass\u00e9. Il n\u2019a eu de cesse d\u2019explorer l\u2019univers th\u00e9\u00e2tral et de l\u2019accompagner de ses r\u00e9flexions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Auteur de plus d\u2019une trentaine d\u2019ouvrages, Georges Banu a \u00e9crit sur des auteurs (Brecht, Tchekhov, Shakespeare), sur des sc\u00e9nographes (Kokkos), sur des metteurs en sc\u00e8ne (Grotowski, Brook, Strehler, Gr\u00fcber, Vitez, Mnouchkine, nommez-les). Ces ouvrages se pr\u00e9sentent comme des \u00ab&nbsp;essais&nbsp;\u00bb (<em>M\u00e9moires du th\u00e9\u00e2tre<\/em>, <em>La Sc\u00e8ne surveill\u00e9e<\/em>, <em>Le Th\u00e9\u00e2tre ou le D\u00e9fi de l\u2019inaccompli, Amour et d\u00e9samour du th\u00e9\u00e2tre<\/em>), parfois des \u00ab&nbsp;essais en miettes&nbsp;\u00bb (<em>L\u2019Oubli<\/em>), des \u00ab&nbsp;exercices&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;\u00e9crits&nbsp;\u00bb (<em>Miniatures th\u00e9oriques<\/em>) ou encore un \u00ab&nbsp;cahier de spectateur&nbsp;\u00bb (<em>Notre th\u00e9\u00e2tre, La Cerisaie<\/em>). Peu importe l\u2019\u00e9tiquette, il s\u2019agit toujours de textes o\u00f9 se m\u00ealent souvenirs personnels, observations, fines analyses. Au fil de tous ses livres, Georges Banu offre des \u00ab&nbsp;<em>rep\u00e8res pour un paysage de la sc\u00e8ne moderne<\/em>&nbsp;\u00bb, pour reprendre le sous-titre de ses <em>Miniatures th\u00e9oriques<\/em>.<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s un s\u00e9jour au Japon, il a \u00e9crit <em>L\u2019Acteur qui ne revient pas<\/em> ; d\u00e9j\u00e0 ce titre indique comment Georges Banu r\u00e9ussissait avec justesse \u00e0 mettre le doigt sur une caract\u00e9ristique d\u2019une pratique. Si l\u2019acteur, au Japon, ne revient pas pour saluer \u00e0 la fin d\u2019une repr\u00e9sentation, c\u2019est que la tradition veut qu\u2019il ne s\u2019agisse pas justement d\u2019une repr\u00e9sentation, mais bien d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e9v\u00e9nement&nbsp;\u00bb de l\u2019ordre du sacr\u00e9, revenir en tant qu\u2019acteur rel\u00e8verait du profane. Un fant\u00f4me ne peut revenir des morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En \u00ab&nbsp;spectateur lettr\u00e9&nbsp;\u00bb, comme il se d\u00e9finit dans ce livre, Georges Banu assiste \u00e0 des spectacles de n\u00f4, de kabuki, de bunraku, cherchant \u00e0 cerner leur essence et aussi \u00e0 voir ce qui diff\u00e9rencie ces manifestations th\u00e9\u00e2trales des spectacles europ\u00e9ens. Il consacre des textes au jeu (sous le signe de l\u2019exc\u00e8s), \u00e0 la sc\u00e9nographie (le plateau asym\u00e9trique et les fameux \u00ab&nbsp;chemins&nbsp;\u00bb), aux costumes extravagants, aux masques (et leur pouvoir de distanciation), etc. Et il convoque les Genet, Brecht, Mnouchkine, Brook et Vitez qui ont tous \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9s par le Japon.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab\u00a0Motif et variations\u00a0\u00bb \u00a0<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Motif et variations&nbsp;\u00bb, c\u2019est le sous-titre d\u2019un collectif<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> dirig\u00e9 par Banu, mais il pourrait l\u2019\u00eatre de plusieurs de ses ouvrages. Travailleur infatigable, Georges Banu cherchait constamment \u00e0 approfondir ses intuitions en fouillant une th\u00e9matique, un \u00ab&nbsp;motif&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les nombreux ouvrages de Georges Banu, il en est plusieurs qu\u2019on aime reprendre souvent, soit la trilogie <em>Le Rideau<\/em>, <em>ou La F\u00ealure du monde<\/em>, <em>L\u2019Homme de dos<\/em> et <em>Nocturnes<\/em>, &#8211; <em>Peindre la nuit &#8212; Jouer dans le noir<\/em>, o\u00f9 l\u2019auteur investigue ces th\u00e8mes (les titres sont explicites) qu\u2019il a rencontr\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre et dans la peinture. Magnifiquement illustr\u00e9s, ces albums captivent tant par les rapprochements propos\u00e9s que par les r\u00e9flexions qui les accompagnent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrive parfois \u00e0 Banu d\u2019explorer ainsi un th\u00e8me m\u00eame en dehors de la sph\u00e8re th\u00e9\u00e2trale (bien qu\u2019il y puise souvent des illustrations de ses propos), par exemple dans des essais sur \u00ab&nbsp;le repos&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;la porte&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;l\u2019oubli&nbsp;\u00bb (et son corolaire \u00ab&nbsp;la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb)&nbsp;: qu\u2019est-ce que l\u2019oubli? est-ce qu\u2019on choisit d\u2019oublier? quand? pourquoi? est-ce grave, d\u00e9sirable? De mani\u00e8re presque syst\u00e9matique, Banu passe en revue des exp\u00e9riences que nous avons tous en commun, mais auxquelles on ne s\u2019attarde pas n\u00e9cessairement sauf si un auteur comme lui nous y invite, avec intelligence. Chaque fois, il r\u00e9ussit \u00e0 entra\u00eener le lecteur \u00e0 sa suite dans un fascinant labyrinthe de pens\u00e9es et sa connaissance de l\u2019\u00eatre humain s\u2019en trouve enrichie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre autres, en 2010, il a fait para\u00eetre <em>Des murs\u2026au Mur<\/em>, o\u00f9 il convoque tous les murs&nbsp;: la Grande Muraille de Chine, le mur des Lamentations, le mur de Belfast, le mur de Gaza, le mur des D\u00e9port\u00e9s, les murs comm\u00e9moratifs des v\u00e9t\u00e9rans, et d\u2019autres, sans oublier bien s\u00fbr le Mur de Berlin, r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 tout ce que ces murs repr\u00e9sentent, symbolisent, permettent ou interdisent, profitant de l\u2019exercice pour sonder l\u2019esprit humain. Et parfois, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, on tombe sur une formule d\u2019une simplicit\u00e9 d\u00e9concertante d\u2019efficacit\u00e9&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;avant les pierres, il y a eu des id\u00e9es, des mots, un pass\u00e9 non r\u00e9solu&nbsp;\u00bb. Le\u00e7on d\u2019histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Parler de th\u00e9\u00e2tre<\/strong> <strong>sous un nouvel angle<\/strong><a href=\"#end4\" name=\"back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais Georges Banu ne se contentait pas d\u2019\u00e9tudier le th\u00e9\u00e2tre, de le commenter, il l\u2019accompagnait aussi. Il a collabor\u00e9 avec plusieurs metteurs en sc\u00e8ne certainement attir\u00e9s par sa qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, son ouverture \u00e0 toutes les aventures, son savoir accumul\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un intense commerce avec les \u0153uvres, son app\u00e9tit insatiable de l\u2019art. Et une certaine humilit\u00e9. Quand on a eu la chance et l\u2019\u00e9nergie &#8212; il dirait: le bonheur- suivre l\u2019activit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale europ\u00e9enne pendant des d\u00e9cennies, on peut se permettre alors d\u2019\u00e9crire ces <em>R\u00e9cits d\u2019Horatio<\/em><a href=\"#end5\" name=\"back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, l\u2019un de ses derniers livres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se \u00ab&nbsp;distribuant&nbsp;\u00bb dans le r\u00f4le d\u2019Horatio, cet ami fid\u00e8le \u00e0 qui le prince Hamlet, au moment de mourir, confie la mission de raconter son histoire, Georges Banu rassemble ses souvenirs, non pas pour offrir un palmar\u00e8s de ses \u00ab&nbsp;meilleurs spectacles&nbsp;\u00bb, loin de l\u00e0, mais pour \u00e9voquer des rencontres artistiques et humaines qui se sont \u00e9tal\u00e9es sur des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait la preuve qu\u2019un \u00ab&nbsp;t\u00e9moin s\u00e9duit&nbsp;\u00bb comme lui peut devenir l\u2019accompagnateur des artistes et non seulement un critique de leur travail. Il peut m\u00eame faire en sorte que bien des moments ne meurent pas vraiment. Sans cet Horatio, bien des histoires auraient \u00e9t\u00e9 perdues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Tapi dans l\u2019ombre&nbsp;\u00bb, Georges Banu a suivi le travail d\u2019artistes tr\u00e8s importants, de Vitez et Strehler, \u00e0 Barba et Gr\u00fcber, en passant par Brook, Stein, Wilson, Mnouchkine, et bien d\u2019autres; il a souvent \u00e9t\u00e9 une \u00ab&nbsp;oreille&nbsp;\u00bb pour eux et m\u00eame un ami. Parce qu\u2019il s\u2019est nourri \u00e0 leur art, il a aussi nourri leur r\u00e9flexion. Dans ces <em>R\u00e9cits d\u2019Horatio<\/em>, il dessine leurs portraits pour laisser des traces de leurs d\u00e9marches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son livre, Georges Banu fait voir que le travail de celui ou celle qui parle&nbsp;de th\u00e9\u00e2tre commence par un profond d\u00e9sir de communication de sensations, d\u2019\u00e9motions, d\u2019id\u00e9es. \u00c0 la lecture, on comprend aussi combien il est important de transmettre \u00ab&nbsp;ce que l\u2019on sait&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces <em>portraits et aveux<\/em> font conna\u00eetre les ma\u00eetres de la mise en sc\u00e8ne contemporaine sous un jour in\u00e9dit, car Georges Banu relate des bribes de conversations qu\u2019il a eues avec ces artistes tant\u00f4t dans des salles de r\u00e9p\u00e9tition, tant\u00f4t dans un hall de th\u00e9\u00e2tre, dans un a\u00e9roport en attente d\u2019un vol vers quelque festival, ou alors au restaurant apr\u00e8s une repr\u00e9sentation. C\u2019est sympathique, et comme plusieurs de ces artistes, en gens d\u2018abord de th\u00e9\u00e2tre donc d\u2019oralit\u00e9, ont souvent n\u00e9glig\u00e9 de coucher sur papier leurs id\u00e9es, c\u2019est \u00e0 travers ces fragments de vie que l\u2019on d\u00e9couvre certaines lubies, obsessions, d\u00e9sirs, th\u00e9ories. Chaque chapitre consacr\u00e9 \u00e0 un ou une artiste est suivi d\u2019aphorismes, qui peuvent agr\u00e9menter \u00e9ventuellement bien des textes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que dire de&nbsp;cette phrase de Tadeusz Kantor : \u00ab&nbsp;L\u2019art n\u2019est pas un reflet de la vie, mais sa doublure, comme la doublure d\u2019un v\u00eatement.&nbsp;\u00bb Ou encore celles-ci de Giorgio Strehler&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui compte, c\u2019est d\u2019\u00e9couter les \u0153uvres et d\u2019aimer les acteurs&nbsp;\u00bb et de Robert Wilson&nbsp;: \u00ab&nbsp;La forme est stylis\u00e9e, mais les sentiments sont vrais&nbsp;\u00bb. Id\u00e9es lanc\u00e9es comme \u00e7a, peut-\u00eatre autour d\u2019un verre!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La confiance que ces gens ont mis en Georges Banu est palpable. Et cela aussi est une belle \u00ab&nbsp;le\u00e7on&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9coute respectueuse et le d\u00e9sir de prolonger la port\u00e9e des spectacles par des \u00e9crits r\u00e9fl\u00e9chis ont ponctu\u00e9 la carri\u00e8re de Georges Banu qui a publi\u00e9 des ouvrages passionnants. Dans <em>R\u00e9cits d\u2019Horatio<\/em>, il se laisse aller \u00e0 raconter des anecdotes parfois savoureuses&nbsp;: Peter Brook qui dit \u00e0 sa troupe lors d\u2019une g\u00e9n\u00e9rale du <em>Mahabharata<\/em>: \u00ab\u00c7a ne va pas la seconde partie, m\u00eame Georges s\u2019est endormi!&nbsp;\u00bb. D\u2019autres plus touchantes, par exemple quand l\u2019auteur raconte avoir vu le <em>Lear<\/em> de Brook \u00e0 Bucarest alors qu\u2019il \u00e9tait jeune homme et partageait le m\u00eame si\u00e8ge qu\u2019un ami, tous deux enthousiastes de d\u00e9couvrir le th\u00e9\u00e2tre \u00ab&nbsp;d\u2019ailleurs&nbsp;\u00bb.&nbsp; Dix ans plus tard, toujours \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Bucarest, Il assiste au <em>Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> de Brook mais cette fois devant un public clairsem\u00e9 pour cause de restrictions officielles \u2013 on est sous Ceau\u015fescu&nbsp; \u00c0 la fin du spectacle, Puck, brisant le 4<sup>e<\/sup> mur, vient le voir ; Georges Banu \u00e9crit&nbsp; \u00ab&nbsp;Puck m\u2019a serr\u00e9 la main en me disant \u201cGood bye\u201d \u2013&nbsp;et alors, plong\u00e9 au plus profond de moi-m\u00eame, je me suis promis de r\u00e9pondre \u00e0 son appel et de revoir Brook de \u201cl\u2019autre c\u00f4t\u00e9\u201d du rideau de fer, encore infranchissable&nbsp;! Deux ann\u00e9es, je me suis pr\u00e9par\u00e9.&nbsp;\u00bb&nbsp; Il le retrouvera avec \u00e9motion des ann\u00e9es plus tard quand il aura quitt\u00e9 sa Roumanie natale pour une vie sous le signe d\u2019une plus grande libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme Horatio, Georges Banu s\u2019est fait conteur, non pas d\u2019<em>une<\/em> vie comme le personnage de Shakespeare, mais de fragments de vies, fid\u00e8le non pas \u00e0 un seul \u00ab&nbsp;prince&nbsp;\u00bb mais \u00e0 plusieurs, car il a voulu s\u2019alimenter \u00e0 plus d\u2019une source. Ainsi nous entra\u00eene-t-il avec lui dans une sorte de d\u00e9ambulation \u00e0 travers mille lieux qu\u2019il a assid\u00fbment fr\u00e9quent\u00e9s. Destin enviable.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes de fin<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Essayiste et critique, Georges Banu a fait para\u00eetre plus d\u2019une trentaine d\u2019ouvrages (dont trois ont obtenu l\u2019ann\u00e9e de leur parution le Prix du meilleur livre sur le th\u00e9\u00e2tre) et il a dirig\u00e9 plusieurs ouvrages collectifs. Il a r\u00e9alis\u00e9 des films&nbsp;sur Shakespeare et sur Ch\u00e9khov. Il a \u00e9t\u00e9 directeur g\u00e9n\u00e9ral de la collection <em>Le Temps du th\u00e9\u00e2tre <\/em>aux \u00c9ditions Actes Sud. Il a \u00e9t\u00e9 professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales \u00e0 la Sorbonne Nouvelle (Paris III). En 2014, l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise lui a d\u00e9cern\u00e9 le Grand Prix de la Francophonie.&nbsp; Georges Banu \u00e9tait pr\u00e9sident honoraire de l\u2019Association internationale des critiques de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Cette liste de titres n\u2019est pas exhaustive. Ajoutons que les livres de Georges Banu ont \u00e9t\u00e9 traduits en italien, allemand, espagnol, russe, roumain, hongrois, slovaque et polonais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> <em>L\u2019Enfant qui meurt&nbsp;: motif avec variations<\/em>, sous la direction de Georges Banu, coordonn\u00e9 par Isabelle Ansart et V\u00e9ronique Perruchon, Montpellier, L\u2019Entretemps, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end4\" href=\"#back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Des parties de cet article sont d\u00e9j\u00e0 parues dans le num\u00e9ro 182 (2022.2) de <em>JEU, Revue de th\u00e9\u00e2tre<\/em>, Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec, p.4-6.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end5\" href=\"#back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Georges Banu, <em>Les R\u00e9cits d\u2019Horatio, Portraits et aveux des ma\u00eetres du th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en<\/em>, collection Le Temps du th\u00e9\u00e2tre, Actes Sud-Papiers, 2021.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2023\/12\/Louise-Vigeant-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-905\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Louise Vigeant,<\/strong> Professeure au Qu\u00e9bec, aujourd\u2019hui retrait\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 membre de la r\u00e9daction de la Revue de th\u00e9\u00e2tre <em>Jeu<\/em> de 1988 \u00e0 2003 et sa r\u00e9dactrice en chef de 1998 \u00e0 2002. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sidente de l\u2019Association qu\u00e9b\u00e9coise des critiques de th\u00e9\u00e2tre et membre du conseil ex\u00e9cutif de l\u2019Association internationale des critiques de th\u00e9\u00e2tre (AICT) \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Georges Banu en \u00e9tait le pr\u00e9sident (1994-2000). Elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019organisatrice du congr\u00e8s de l\u2019AICT \u00e0 Montr\u00e9al en 2001, qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour Georges Banu de se rendre au Qu\u00e9bec. Elle a eu la chance de c\u00f4toyer pendant plusieurs ann\u00e9es celui qu\u2019elle a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0plus fin connaisseur de la sc\u00e8ne\u00a0\u00bb qu\u2019elle ait jamais rencontr\u00e9, un homme remarquable d\u2019une grande amabilit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2023 Louise Vigeant<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN:2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":904,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-903","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-book-reviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-content\/uploads\/sites\/29\/2023\/12\/image1-8.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=903"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":954,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903\/revisions\/954"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/media\/904"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=903"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=903"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/28\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=903"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}