{"id":314,"date":"2023-05-12T17:00:24","date_gmt":"2023-05-12T17:00:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/?p=314"},"modified":"2023-05-27T10:36:59","modified_gmt":"2023-05-27T10:36:59","slug":"quand-ecrire-pour-le-theatre-cest-assembler-des-materiaux-disparates-entretien-avec-sarah-berthiaume","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/quand-ecrire-pour-le-theatre-cest-assembler-des-materiaux-disparates-entretien-avec-sarah-berthiaume\/","title":{"rendered":"Quand \u00e9crire pour le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est assembler des mat\u00e9riaux disparates. Entretien avec Sarah Berthiaume"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>par Herv\u00e9 Guay<\/strong><a name=\"back\" href=\"#end\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Wollstonecraft<\/em>, le texte de l\u2019autrice canadienne d\u2019expression fran\u00e7aise, Sarah Berthiaume, qui vient d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de Quat\u2019Sous \u00e0 Montr\u00e9al, pourrait donner l\u2019impression qu\u2019\u00e0 ses yeux, \u00e9crire est fondamentalement destructeur. Cette pi\u00e8ce qui porte le nom de famille de la m\u00e8re de Mary Shelley s\u2019inspire du s\u00e9jour du po\u00e8te et de sa femme dans la villa de Lord Byron o\u00f9 elle a accouch\u00e9 de son roman fantastique, <em>Frankenstein<\/em>, \u00e0 la suite d\u2019une comp\u00e9tition entre Mary, son \u00e9poux et leur h\u00f4te afin d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire la plus horrible qui soit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Cr\u00e9ation et r\u00e9\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la plume de Sarah Berthiaume, l\u2019histoire de ce Prom\u00e9th\u00e9e moderne invent\u00e9e par l\u2019autrice anglaise du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se transforme en conte contemporain. \u00c9puis\u00e9e par une suite de fausses couches, Marie, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de cette pi\u00e8ce, se s\u00e9pare de son bien-aim\u00e9, lui aussi po\u00e8te, avant de cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces la \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sorte d\u2019imprimante 3D destin\u00e9e \u00e0 produire des Tupperwares. Elle m\u00eale alors \u00e0 de la r\u00e9sine des f\u0153tus qu\u2019elle conservait au cong\u00e9lateur, ne sachant trop quoi en faire dans l\u2019univers dystopique o\u00f9 elle \u00e9volue. \u00c0 la fin de ce drame tourment\u00e9, la jeune femme trouve tout de m\u00eame le moyen de se r\u00e9concilier avec le monstre qu\u2019elle a engendr\u00e9 et qui a pris les traits de son mari. Cette ressemblance donne m\u00eame lieu \u00e0 l\u2019une des sc\u00e8nes les plus r\u00e9jouissantes de la pi\u00e8ce au cours de laquelle Claire, l\u2019amie de Marie, prend la \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb pour son mari et lui permet ainsi de trouver refuge dans la villa de Biron, amateur de drogues et de jeunes gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autrice dramatique qui n\u2019a pas 40 ans compte parmi les plus reconnues de la dramaturgie qu\u00e9b\u00e9coise actuelle. Elle en est \u00e0 une \u00e9poque de sa vie o\u00f9 elle aime alterner cr\u00e9ation pure et r\u00e9\u00e9criture de toutes sortes. Juste avant <em>Wollstonecraft<\/em>, elle a d\u2019ailleurs sign\u00e9 une nouvelle version de classiques comme <em>Les sorci\u00e8res de Salem<\/em> de Miller ou <em>Un ennemi du peuple <\/em>d\u2019Ibsen, cette derni\u00e8re adaptation ayant \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e dans la salle la plus prestigieuse de Montr\u00e9al, le Th\u00e9\u00e2tre du Nouveau Monde. Elle y a f\u00e9minis\u00e9 le r\u00f4le du docteur Stockmann, en actualisant le drame un peu dans le go\u00fbt de ce qui se fait dans les grandes maisons berlinoises. Le th\u00e9\u00e2tre allemand contemporain semble d\u2019ailleurs une des sources d\u2019inspiration de Berthiaume \u2013 elle cite d\u2019ailleurs Roland Schimmelpfenning, l\u2019auteur du <em>Dragon d\u2019or<\/em>, comme l\u2019un de ses auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u2013 tout en se disant proche d\u2019autres femmes et auteurs nord-am\u00e9ricains comme Sarah Ruhl qui, tout comme elle, \u00e9crivent pour la sc\u00e8ne. Sa sensibilit\u00e9, qui allie une langue d\u2019une crudit\u00e9 presque na\u00efve \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine et l\u2019invention formelle venue d\u2019Europe, n\u2019est pas inhabituelle au Qu\u00e9bec o\u00f9 elle s\u2019est fait conna\u00eetre avec <em>Yukonstyle<\/em> (2010), <em>Villes mortes<\/em> (2011) et <em>Nous habiterons D\u00e9troit<\/em> (2014). On trouve encore les m\u00eames ingr\u00e9dients dans <em>Nyotaimori<\/em> (2018) o\u00f9 elle d\u00e9crit, non sans onirisme, l\u2019ali\u00e9nation que produit le travail aux quatre coins de la plan\u00e8te. Et cette combinaison hante encore <em>Wollstonecraft<\/em> o\u00f9 elle aborde plus directement la cr\u00e9ation au sein d\u2019un monde fascin\u00e9 par la technologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Du jeu \u00e0 l\u2019\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e \u00e0 Trois-Rivi\u00e8res, dans une famille o\u00f9 la culture est valoris\u00e9e \u2013 son p\u00e8re est r\u00e9alisateur d\u2019\u00e9missions jeunesse, sa m\u00e8re est professeure de fran\u00e7ais \u2013 , Berthiaume sait tr\u00e8s t\u00f4t que la sc\u00e8ne l\u2019appelle. C\u2019est alors le jeu qui l\u2019attire. Elle est accept\u00e9e dans l\u2019une des nombreuses \u00e9coles de th\u00e9\u00e2tre de la r\u00e9gion de Montr\u00e9al. Elle r\u00e9siste au formatage des acteurs pratiqu\u00e9 au coll\u00e8ge Lionel-Groulx et se d\u00e9couvre davantage attir\u00e9e par la cr\u00e9ation au sens large que seulement par l\u2019interpr\u00e9tation. Mais elle est moins brave que son camarade de cohorte, Simon Boulerice qui, lui, se lance rapidement dans l\u2019\u00e9criture sous toutes ses formes. Elle n&#8217;est pas s\u00fbre d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur. La r\u00e9ception positive de <em>Yukonstyle<\/em>, bient\u00f4t traduite en quatre langues, ainsi que celle de ses premi\u00e8res pi\u00e8ces, lui font faire la transition du jeu dans le th\u00e9\u00e2tre pour la jeunesse vers l\u2019\u00e9criture comme principale activit\u00e9 de cr\u00e9ation. Elle appartient \u00e0 cette premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d\u2019autrices au Qu\u00e9bec qui ont su conqu\u00e9rir tout de suite le c\u0153ur du public.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je ne suis pas quelqu\u2019un qui \u00e9crit vite. Ma derni\u00e8re pi\u00e8ce [avant <em>Wollstonecraft<\/em>], c\u2019\u00e9tait il y a cinq ans. J\u2019aime alterner avec des adaptations, des traductions, qui sont moins des cr\u00e9ations totales. \u00c7a me donne un rythme assez lent. Depuis <em>Yukonstyle<\/em>, je sens que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper la forme&nbsp;: de la narration, des passages plus litt\u00e9raires, en alternance avec le dialogue ; bref, \u00e0 apposer ma signature. \u00c0 pr\u00e9sent, chaque pi\u00e8ce me permet de faire \u00e9voluer cette forme. Je m\u2019int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement, dans mes trois derni\u00e8res pi\u00e8ces, \u00e0 la structure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En lisant sur Mary Shelley, Berthiaume s\u2019est rendu compte que celle-ci voyait l\u2019\u00e9criture comme de l\u2019assemblage de mat\u00e9riaux. Point de vue dans lequel elle se reconna\u00eet elle aussi. \u00c0 cela s\u2019ajoute pour sa part une envie d\u2019\u00eatre dans l\u2019impur, une esth\u00e9tique b\u00e2tarde, voire baroque. Elle se lance presque toujours le d\u00e9fi de faire tenir ensemble des formes, des tonalit\u00e9s, des genres qui n\u2019ont rien \u00e0 voir les uns avec les autres, comme \u00ab&nbsp;des dialogues assez crus avec des passages plus litt\u00e9raires, du <em>spoken word<\/em>, des rimes \u00bb, etc. L\u2019autre dimension qui l\u2019attire, c\u2019est celle d\u2019\u00e9crire \u00ab&nbsp;des partitions pour les acteurs&nbsp;\u00bb, mani\u00e8re de continuer autrement la carri\u00e8re d\u2019actrice qu\u2019elle a d\u00e9laiss\u00e9e. \u00ab&nbsp;Morceaux de viande dans lesquels les acteurs peuvent mordre&nbsp;\u00bb, dit-elle \u00e0 propos de ces personnages, cadeau qui s\u2019accompagne souvent du fait qu\u2019elle \u00e9crit ses pi\u00e8ces pour qu\u2019un m\u00eame com\u00e9dien y incarne deux ou trois r\u00f4les diff\u00e9rents. Elle avoue candidement que c\u2019est souvent venu de contraintes de production o\u00f9 l\u2019on ne pouvait se payer qu\u2019une tr\u00e8s petite distribution&nbsp;: ce \u00e0 quoi Berthiaume n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9fractaire dans la mesure o\u00f9 elle cr\u00e9e mieux dans la contrainte et que sa mani\u00e8re s\u2019est beaucoup nourrie de faire du th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique et de la multiplicit\u00e9 avec peu.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Sarah-Berthiaume.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-318\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Sarah-Berthiaume.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Sarah-Berthiaume-200x300.jpeg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sarah Berthiaume. Cr\u00e9dit&nbsp;: Hugo B. Lefort<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">Point de vue critique et renouvellement formel<\/p>\n\n\n\n<p>Berthiaume ne rechigne pas non plus quand j\u2019avance que son th\u00e9\u00e2tre s\u2019adonne \u00e0 la critique du capitalisme avanc\u00e9. Elle sent toutefois la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajouter ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis toujours inconfortable quand les gens me demandent si je fais du th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9. Pour moi, le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas un moyen de militer.&nbsp; En revanche, \u00eatre une femme et \u00e9crire du th\u00e9\u00e2tre vient avec un aspect militant. Mais je n\u2019\u00e9cris pas mes pi\u00e8ces comme des manifestes. Mis plus simplement, mes pr\u00e9occupations et mes valeurs transparaissent dans ce que j\u2019\u00e9cris. La pi\u00e8ce est l\u2019amalgame de ce que je vis et j\u2019observe. Apr\u00e8s, mon point de vue sur le monde transpara\u00eet de lui-m\u00eame.&nbsp;[\u2026] Au fond, \u00e7a ne sert \u00e0 rien d\u2019\u00eatre anticapitaliste au th\u00e9\u00e2tre, car ce n\u2019est pas l\u00e0 que le combat se gagne. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les questions formelles sont donc celles qui l\u2019interpellent le plus. Elle se rappelle par exemple que l\u2019int\u00e9gration du r\u00e9cit au th\u00e9\u00e2tre lui est venu au moment de la cr\u00e9ation de <em>Yukonstyle<\/em>. Comme il n\u2019\u00e9tait pas possible que ses personnages, \u00eatres de peu de mots, puissent t\u00e9moigner dans des dialogues recherch\u00e9s de l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace nordique qu\u2019ils habitent, il fallait qu\u2019ils soient travers\u00e9s par le territoire. D\u2019o\u00f9 les r\u00e9cits qui passaient au travers d\u2019eux, qui rythmaient la pi\u00e8ce et lui donnaient une ampleur po\u00e9tique. C\u2019est depuis ce qu\u2019elle recherche dans tous ces textes que cette porte qui ouvre les vannes et sort son \u00e9criture du r\u00e9alisme. En clair, plus on avance dans la pi\u00e8ce, plus le texte d\u00e9rape, verse dans l\u2019onirisme ou le fantastique. L\u2019autrice se laisse alors porter par les vertus du bizarre et de l\u2019\u00e9tonnement. Mais encore faut-il que cette parole, aussi ludique soit-elle, repose sur une structure robuste.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image4-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-328\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image4-1.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image4-1-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image4-1-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00c9dith Patenaude, metteure en sc\u00e8ne de <em>Wollstonecraft<\/em>, en compagnie de l\u2019autrice dramatique Sarah Berthiaume.<br>Cr\u00e9dit\u00a0: Th\u00e9\u00e2tre de Quat\u2019sous, Montr\u00e9al.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>On aurait donc tort de croire que <em>Wollstonecraft<\/em> soit le reflet de pr\u00e9occupations de l\u2019autrice envers les effets des nouvelles technologies. L\u2019\u0153uvre est plut\u00f4t n\u00e9e de l\u2019assemblage de trois mat\u00e9riaux non li\u00e9s les uns aux autres mais qui pointaient tous dans la m\u00eame direction. Le premier, c\u2019est le d\u00e9r\u00e8glement climatique, plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9t\u00e9 sans \u00e9t\u00e9 de 1816, qui a men\u00e9 Mary Shelley \u00e0 inventer son Frankenstein ; le second est plus personnel, l\u2019accumulation de trois fausses couches durant la pand\u00e9mie avant la venue de son second enfant ; le troisi\u00e8me s\u2019av\u00e8re la pol\u00e9mique sur l\u2019appropriation culturelle qui a fait rage ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans le milieu th\u00e9\u00e2tral et litt\u00e9raire. Le regard n\u00e9gatif port\u00e9 au Canada anglais sur les personnages \u00e9trangers de ses pi\u00e8ces a ainsi attir\u00e9 son attention sur la dimension potentiellement monstrueuse de son travail. Or, c\u2019est la d\u00e9sorganisation v\u00e9cue pendant l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de COVID-19 qui l\u2019a incit\u00e9e \u00e0 faire \u00e9tat de l\u2019usage des technologies pour pallier les rat\u00e9s du syst\u00e8me de sant\u00e9 dans sa pi\u00e8ce, aspect qu\u2019elle a ensuite \u00e9tendu \u00e0 l\u2019ensemble du drame. Cela \u00e9tant, son drame explore principalement le th\u00e8me de l\u2019amour-haine envers ses propres cr\u00e9ations. \u00c0 quoi s\u2019est ajout\u00e9e en dernier lieu l\u2019impression vive qu\u2019a d\u00e9pos\u00e9e en elle la visite de la maison m\u00e8re de l\u2019entreprise Tupperware o\u00f9 l\u2019on se drapait dans des discours f\u00e9ministes et environnementaux totalement en porte-\u00e0-faux avec les objectifs commerciaux de la compagnie. L\u2019assemblage de tous ces mat\u00e9riaux a donn\u00e9 lieu aux trois personnages monstrueux qui se c\u00f4toient tout au long de la pi\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image3-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-440\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image3-5.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image3-5-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image3-5-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La com\u00e9dienne \u00c8ve Pressault dans le r\u00f4le de Marie dans <em>Wollstonecraft<\/em>, une production du Th\u00e9\u00e2tre de Quat\u2019sous, Montr\u00e9al, 2023. Cr\u00e9dit&nbsp;: Yanick Macdonald<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">L\u2019amour de la fiction et des contradictions<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019aime pr\u00e9senter des personnages qui, comme moi, sont tortur\u00e9s par des questionnements, des paradoxes. Le f\u00e9minisme en est un bon exemple. Ce n\u2019est pas le combat frontal qui m\u2019int\u00e9resse, mais plut\u00f4t la complexit\u00e9 que cela expose des personnages&nbsp;: leurs propres contradictions, leur part d\u2019ombres, les n\u0153uds [avec lesquels ils doivent composer].&nbsp;J\u2019aime particuli\u00e8rement les creuser quand ces paradoxes-l\u00e0 m\u2019appartiennent comme la culpabilit\u00e9 occidentale ou les schismes dans le mouvement f\u00e9ministe. J\u2019essaie de faire un th\u00e9\u00e2tre qui n\u2019est ni documentaire ni dans l\u2019autofiction ni dans la th\u00e9rapie. Je d\u00e9sire trouver un filon pour que ce soit totalement la fiction et l\u2019histoire qui l\u2019emportent.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On est d\u2019ailleurs dans une \u00e9poque o\u00f9 la fiction fait peur, parce qu\u2019on craint de parler des autres, de s\u2019approprier leur v\u00e9cu ou leur statut. En r\u00e9action, beaucoup de jeunes auteurs se tournent vers le documentaire ou l\u2019autofiction, qui restent tr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019eux. Selon moi, nous arrivons \u00e0 un point de saturation face \u00e0 ce type de formes, qui se ressemblent toutes. La v\u00e9rit\u00e9 ne me semble pas un socle assez solide pour cr\u00e9er une \u0153uvre int\u00e9ressante. Quant \u00e0 moi, je crois compl\u00e8tement \u00e0 la fiction et j\u2019ai envie de me laisser toutes les libert\u00e9s de mentir et [de divaguer] pour lib\u00e9rer la puissance de la fiction. J\u2019ai travaill\u00e9 sur des projets pr\u00e8s de l\u2019autofiction et du documentaire. C\u2019\u00e9tait chouette, mais comme cr\u00e9atrice, je trouve cela astreignant. J\u2019ai besoin d\u2019avoir le droit de mentir et de trahir compl\u00e8tement mon sujet pour aller o\u00f9 je veux. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Sarah Berthiaume, l\u2019\u00e9criture est donc moins un endroit o\u00f9 elle se torture qu\u2019un espace o\u00f9 elle s\u2019aventure afin de marier des mat\u00e9riaux disparates et inventer la meilleure architecture possible pour qu\u2019\u00e9merge de cette touffeur une fable o\u00f9 elle cherche \u00e0 se surprendre autant que les spectateurs auxquels elle s\u2019adresse. Elle estime d\u2019ailleurs qu\u2019une partie du public, qui l\u2019a connue au moment de la cr\u00e9ation simultan\u00e9e de <em>Yukonstyle<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Aujourd\u2019hui \u00e0 Montr\u00e9al et au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline \u00e0 Paris en 2013, continue de suivre son travail. Il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 dix ans depuis et m\u00eame si Sarah Berthiaume est sur le point d\u2019avoir 40 ans, l\u2019attention que ses pi\u00e8ces suscitent ne fl\u00e9chit pas. Bien des professeurs de c\u00e9gep (l\u2019\u00e9quivalent de la terminale et de la premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019universit\u00e9 dans le syst\u00e8me fran\u00e7ais) se plaisent du reste \u00e0 mettre ses pi\u00e8ces au programme de leurs cours. Peut-\u00eatre justement parce qu\u2019elle a assez de m\u00e9tier aujourd\u2019hui pour savoir qu\u2019\u00e9crire une pi\u00e8ce n\u00e9cessite pour elle une quantit\u00e9 suffisante de mati\u00e8re d\u00e9pareill\u00e9e pour qu\u2019elle ait du plaisir \u00e0 tout recoudre ensemble.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Cover photo<\/strong>:&nbsp;\u0391riane Castellanos, Jean-Christophe Leblanc et \u00c8ve Pressault dans&nbsp;<em>Wollstonecraft<\/em>&nbsp;de Sarah Berthiaume, une production du Th\u00e9\u00e2tre de Quat\u2019sous, Montr\u00e9al, 2023. Cr\u00e9dit : Yanick Macdonald&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Herve-Guay-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-315\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Herve-Guay-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/Herve-Guay.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Herv\u00e9 Guay<\/strong> est professeur d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales et directeur du D\u00e9partement de lettres et communication sociale \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Trois-Rivi\u00e8res. Il est l\u2019un des auteurs de<em> Le th\u00e9\u00e2tre contemporain au Qu\u00e9bec, 1945-2015<\/em> (PUM, 2020). Il a codirig\u00e9 <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00e9el. Th\u00e9\u00e2tres documentaires au Qu\u00e9bec<\/em> (Nota Bene, 2019). Il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales de 2011 \u00e0 2015, codirecteur du Centre de recherche interuniversitaire sur la litt\u00e9rature et la culture au Qu\u00e9bec de 2019 \u00e0 2021, du Laboratoire de recherche sur les publics de la culture de 2015 \u00e0 2021 et de la revue <em>Tangence<\/em> de 2012 \u00e0 2022.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2023 Herv\u00e9 Guay<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN:2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":316,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-314","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/05\/image2-1.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=314"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":454,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions\/454"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/media\/316"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}