{"id":227,"date":"2023-05-09T08:03:15","date_gmt":"2023-05-09T08:03:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/?p=227"},"modified":"2023-06-17T10:30:47","modified_gmt":"2023-06-17T10:30:47","slug":"le-theatre-de-la-nuit-entretien-avec-dimitris-dimitriadis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/le-theatre-de-la-nuit-entretien-avec-dimitris-dimitriadis\/","title":{"rendered":"Le Th\u00e9\u00e2tre de la Nuit\u00a0: Entretien avec Dimitris Dimitriadis"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>par Kalliopi Exarchou<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Auteur de th\u00e9\u00e2tre, romancier, po\u00e8te, traducteur, Dimitris Dimitriadis, le dramaturge le plus important de Gr\u00e8ce, se confie sur le th\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui, sur son \u00e9criture dramatique et sur la mise en sc\u00e8ne de ses pi\u00e8ces en Gr\u00e8ce et dans l\u2019Europe enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Thessalonique en 1944, D. Dimitriadis fait des \u00e9tudes de th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma \u00e0 l&#8217;INSAS (Institut National Sup\u00e9rieur des Arts du Spectacle) de Bruxelles entre 1963 et 1968, en qualit\u00e9 de boursier de l&#8217;\u00c9tat belge. Au cours de ces ann\u00e9es, il \u00e9crit directement en fran\u00e7ais sa premi\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;:&nbsp;Le Prix de la r\u00e9volte au march\u00e9 noir&nbsp;(1965-1966), que Patrice Ch\u00e9reau monte en 1968 \u00e0 Aubervilliers.<\/p>\n\n\n\n<p>D. Dimitriadis a traduit des textes de Genet, Sartre, Blanchot, Bataille, Gombrowicz, Duras, Nerval, Moli\u00e8re, Kostas Axelos, Courteline, Maeterlinck, Shakespeare, Tennessee Williams, Eschyle, Euripide, Beckett, Drieu la Rochelle, Julien Green ou Cioran.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-228\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis1.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis1-200x300.jpeg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dimitris Dimitriadis. Photo&nbsp;: Georges Alexakis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La dramaturgie de D. Dimitriadis, une sc\u00e8ne nourrie de passions, monstrueuse, presque terrorisante, est une annonce g\u00e9nitale de l\u2019\u00eatre. Les paroles prononc\u00e9es des h\u00e9ros se laissent emporter par l\u2019amour, la rage, la vengeance mythique et humaine afin de d\u00e9nuder et d\u2019exposer l\u2019\u00eatre en qu\u00eate d\u2019absolu. L\u2019auteur \u0153uvre sur les mots en les rev\u00eatant d\u2019une parure d\u2019angoisse existentielle dont il est la victime et le sujet \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Humanitude. Telle est la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019homme. L\u2019homme est un \u00eatre humain. C\u2019est cela son humanitude. L\u2019homme vit comme il faut qu\u2019il vive, l\u2019homme meurt comme il faut qu\u2019il meure. Humanissime. Rien d\u2019autre. Quel que soit l\u2019homme, il garde le nom d\u2019homme. Il est cela. Hors de la tombe, comme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la tombe. Rien au-del\u00e0. Rien que cela&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Quelles sont les racines et les ailes de votre dramaturgie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les ailes et les racines de ma dramaturgie, si je garde ces m\u00e9taphores, ne sont rien d\u2019autre que moi-m\u00eame, quoi que cela puisse signifier pour quelqu\u2019un pour qui la dramaturgie et la litt\u00e9rature sont sa propre personne, son identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Un grand nombre de vos pi\u00e8ces entretient un contact \u00e9troit avec la trag\u00e9die grecque qui les dote d\u2019un tr\u00e9sor inimaginable. Comment vous servez-vous de la conception tragique sur les plans textuel et philosophique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La trag\u00e9die constitue pour moi une premi\u00e8re mati\u00e8re, une mati\u00e8re premi\u00e8re, la premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant pris comme point de d\u00e9part aussi bien le genre tragique que les \u00e9crits dramatiques, je me mets \u00e0 d\u00e9velopper mon point de vue qui est celui d\u2019un homme d\u2019aujourd\u2019hui, comme si la pi\u00e8ce \u00e9crite par moi faisait suite \u00e0 celles \u00e9crites \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat ne peut \u00eatre rien d\u2019autre qu\u2019une pi\u00e8ce similaire en tous points \u00e0 mes autres pi\u00e8ces qui ont comme point de d\u00e9part mon propre pr\u00e9sent historique. Pourtant, avoir comme mati\u00e8re premi\u00e8re une trag\u00e9die, p.ex. de Sophocle, cela apporte \u00e0 sa version contemporaine des \u00e9l\u00e9ments qui, aussi bien sur le plan de la forme que sur celui du contenu, comportent une dimension suppl\u00e9mentaire qui est d\u2019un c\u00f4t\u00e9 celle d\u2019une polyvalence apport\u00e9e par ce qu\u2019on pourrait appeler \u00ab&nbsp;un dialogue multiculturel&nbsp;\u00bb, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 des choses qui ne pourraient pas \u00eatre cit\u00e9es qu\u2019\u00e0 notre \u00e9poque, dans aucun cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Sophocle, ce qui signifie l\u2019importance capitale de l\u2019historicit\u00e9 dans la fonction de la dramaturgie.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute mani\u00e8re, c\u2019est le noyau tragique qui est le motif principal de ma d\u00e9marche th\u00e9\u00e2trale, et c\u2019est ce qui me procure, en tant que structure exclusivement humaine, pour d\u00e9velopper ma propre conception sur le fonctionnement du tragique \u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"429\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image2-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-230\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image2-1.jpg 600w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image2-1-300x215.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Instantan\u00e9 de la manifestation culturelle, \u00e0 l\u2019occasion de l&#8217;\u00e9dition de la traduction arabe des livres de Dimitris Dimitriadis&nbsp;<em>Je meurs comme un pays<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Transport<\/em>, soutenue par la Fondation Hell\u00e9nique Pour la Culture \u00e0 Alexandrie en collaboration avec l\u2019Organisation QUDRAN Pour l&#8217;Art et le D\u00e9veloppement (24 mai 2016), au centre polyvalent&nbsp;&nbsp;&#8220;Kabina&#8221;. Alexandrie,&nbsp; \u00c9gypte<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">La plupart de vos pi\u00e8ces ne sont pas qualifi\u00e9es de dramatiques&nbsp;; mais elles connaissent des mises en sc\u00e8ne successives. C\u2019est la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 intrins\u00e8que du souffle po\u00e9tique qui est mise en question&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart de mes pi\u00e8ces \u2013&nbsp;je parle de celles qui sont directement \u00e9crites en tant que textes th\u00e9\u00e2traux&nbsp;\u2013, sinon toutes, sont dramatiques en tant que telles. Leur th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 est leur raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre c\u2019est le drame.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a d\u2019autres textes de moi qui ne sont pas \u00e9crits pour le th\u00e9\u00e2tre, exemple embl\u00e9matique\u00a0: <em>Je meurs comme un pays<\/em>, qui sont des textes en prose mais qui connaissent, comme vous dites, des mises en sc\u00e8ne successives \u00e0 cause d\u2019une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 intrins\u00e8que qui fait que ces textes peuvent permettre \u00e0 un metteur en sc\u00e8ne de les rendre pr\u00e9sentables sur une sc\u00e8ne sans probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, de mon c\u00f4t\u00e9, je ne suis pas du tout enclin \u00e0 consid\u00e9rer mes textes en prose comme des textes qui, \u00e0 part leur \u00ab&nbsp;souffle po\u00e9tique&nbsp;\u00bb, appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale, et je dis cela parce que, comme prosateur et dramaturge, c\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re que j\u2019\u00e9cris dans le premier cas, d\u2019une tout autre mani\u00e8re dans le second, tout en \u00e9tant dans les deux cas la m\u00eame personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Prose et drame sont deux genres diff\u00e9rents, et, \u00e0 mon avis, il ne faut pas les confondre ou les prendre l\u2019un pour l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Votre dramaturgie, dans son ensemble, fait une plong\u00e9e authentique dans le <font class=\"no-italics\">pays de l\u2019Intime de l\u2019Homme<\/font>, \u00e0 la \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9 secr\u00e8te du Monde&nbsp;\u00bb. Quelle est l\u2019essence de cette \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, de ce <font class=\"no-italics\">pays de l\u2019Intime&nbsp;<\/font>?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette question vient de donner une r\u00e9ponse \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et fragmentaire chacun de mes textes \u00e0 sa mani\u00e8re propre, chacune de mes pi\u00e8ces dans sa th\u00e9matique \u00e0 elle et dans un style qui lui appartient.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proc\u00e9dure est tr\u00e8s similaire \u00e0 la mani\u00e8re dont on essaie d\u2019interpr\u00e9ter un \u00e9crit apocryphe qui \u00e0 chaque approche de sa texture ne c\u00e8de qu\u2019une partie infime de son sens incommensurable, de ses niveaux cach\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, c\u2019est cela le v\u00e9ritable processus de toute \u00e9criture digne de son nom.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"220\" height=\"324\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image3-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-231\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image3-1.jpg 220w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image3-1-204x300.jpg 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00c9dition portugaise, trad. par Jose Antonio Costa Ideias,&nbsp; Artistas Unidos, Livrinhos de Teatro 2006<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">a. L\u2019univers monstrueux, qui intronise sa terreur dans vos pi\u00e8ces, r\u00e9v\u00e8le-il l\u2019obscurit\u00e9 du dedans de l\u2019\u00e2me humaine qu\u2019on n\u2019ose pas dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">b. Et la <font class=\"no-italics\">catharsis&nbsp;<\/font>? Comment invite-t-elle le spectateur au sein d\u2019une telle atrocit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La fa\u00e7on dont est r\u00e9dig\u00e9e votre question correspond absolument \u00e0 la r\u00e9ponse que je pourrais lui donner.<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, le monstrueux n\u2019est autre chose que ce \u00ab&nbsp;dedans de l\u2019\u00e2me humaine&nbsp;\u00bb qui, \u00e0 cause de sa propre nature, nous rend incapables d\u2019oser l\u2019affronter et le prononcer, m\u00eame de le nommer, mais aussi d\u2019avoir le courage d\u2019avouer qu\u2019il constitue notre fond authentique, la richesse inestimable de notre personne, notre v\u00e9rit\u00e9 vraie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette incommensurable richesse est prouv\u00e9e principalement par l\u2019immense vari\u00e9t\u00e9 des \u0153uvres d\u2019art dont la principale, sinon l\u2019unique, source est cette monstruosit\u00e9 constitutive de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e0 cela ajouter que le monstrueux, en tant que mot, ne contient pas seulement le c\u00f4t\u00e9 laid, ex\u00e9crable, odieux, mais en m\u00eame temps tout ce qui appartient au beau, au sublime, au merveilleux, deux faces de la m\u00eame mati\u00e8re, deux extr\u00eames de la m\u00eame machine cr\u00e9atrice qui se conjuguent et se compl\u00e8tent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Seule l\u2019existence d\u2019un po\u00e8me dramatique, seul le fait que ce po\u00e8me existe, qu\u2019il est sorti d\u2019un auteur et offert \u00e0 un public, constitue, \u00e0 mon avis, d\u00e9j\u00e0 un \u00e9lan cathartique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e8nement m\u00eame d\u2019une repr\u00e9sentation, quel que soit le texte repr\u00e9sent\u00e9, cr\u00e9e, d\u00e8s le d\u00e9part et, je dirais, par principe, le premier pas vers la catharsis, car l\u2019effet cathartique n\u2019appartient pas uniquement \u00e0 ce \u00e0 quoi les spectateurs assistent, mais aussi au fait qu\u2019ils y assistent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, comme on sait, la catharsis est, nominalement, li\u00e9e \u00e0 la fonction et au fonctionnement de la trag\u00e9die par excellence, mais je ne crois pas qu\u2019elle est ou qu\u2019elle doit faire partie int\u00e9grante de tout \u00e9v\u00e8nement th\u00e9\u00e2tral&nbsp;dans le sens d\u2019un but \u00e0 atteindre co\u00fbte que co\u00fbte&nbsp;:&nbsp; je trouve beaucoup plus important et infiniment plus \u00ab&nbsp;utile&nbsp;\u00bb que le spectateur sorte du th\u00e9\u00e2tre non pas lib\u00e9r\u00e9, non pas content, mais charg\u00e9 de quelque chose qui appartient \u00e0 la r\u00e9flexion, au doute, au questionnement, moins soulag\u00e9 que probl\u00e9matis\u00e9, non pas tant assur\u00e9 dans ses credo conventionnels et affirm\u00e9s, mais plut\u00f4t d\u00e9stabilis\u00e9, d\u00e9plac\u00e9 vers des r\u00e9gions qu\u2019il ignorait, qu\u2019il \u00e9touffait pour ne pas en \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9, qu\u2019il ne voulait pas affronter pour ne pas perdre son \u00e9quilibre traditionnel et le sens commun de tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, nous avons une catharsis \u00e0 l\u2019envers, une inversion vitale&nbsp;; c\u2019est cette catharsis pr\u00e9cis\u00e9ment qui m\u2019int\u00e9resse&nbsp;: la charge et non la d\u00e9charge, le choc plut\u00f4t que la satisfaction, l\u2019aporie plut\u00f4t que la certitude, en gros se mouvoir int\u00e9rieurement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">a. Votre th\u00e9\u00e2tre est travers\u00e9 par un <font class=\"no-italics\">humanisme<\/font> qui n\u2019a aucun rapport avec l\u2019<font class=\"no-italics\">humanisme <\/font>d\u2019autrefois. Il s\u2019agit d\u2019un <font class=\"no-italics\">humanisme<\/font> qui envisage l\u2019Homme dans son <font class=\"no-italics\">imperfection<\/font>&nbsp;: le beau et le laid, le bien et le mal, la lumi\u00e8re et l\u2019obscurit\u00e9, le sacr\u00e9 et le sacril\u00e8ge. Est-ce que vous pouvez le d\u00e9crypter en d\u00e9tail&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">b. Le cycle \u00ab&nbsp;christique&nbsp;\u00bb de la naissance-catastrophe\/mort-renaissance fait partie de cette conception philosophique. Pouvez-vous nous expliquer la destruction purificatrice en question&nbsp;? Comment fonctionne-t-elle chez vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette imperfection dont vous donnez les principaux contenus, qui d\u2019une certaine mani\u00e8re d\u00e9finissent l\u2019humanisme comme je le con\u00e7ois, serait imparfaite en tant que d\u00e9finition sans ce qui est et signifie pour l\u2019homme la mortalit\u00e9, sa mortalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que l\u2019homme est mortel donne \u00e0 ma conception de l\u2019humanisme son caract\u00e8re qui le diff\u00e9rencie radicalement de tout autre humanisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La mortalit\u00e9, dans la conception que j\u2019ai d\u2019elle, n\u2019est pas une caract\u00e9ristique entre autres de la condition humaine, telles celles que vous citez dans votre question.<\/p>\n\n\n\n<p>La mortalit\u00e9 est le point de d\u00e9part, le facteur sine qua non, de tout ce qui, par la suite, fait de l\u2019homme ce qu\u2019il est en tant que personne humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme en tant que mortel&nbsp;: voil\u00e0 ce qui apporte \u00e0 mon humanisme son aspect apparemment \u00ab&nbsp;inhumain&nbsp;\u00bb, mais qui en fait est tout ce qu\u2019il y a de plus humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Car il n\u2019y a rien de plus humain que la mort humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce cycle, que vous appelez \u00ab&nbsp;christique&nbsp;\u00bb, n\u2019en est qu\u2019un d\u00e9termin\u00e9 par des lois qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec le Christ, tout au contraire, car celui-ci les a lui-m\u00eame subies, sauf la renaissance, en d\u2019autres termes la r\u00e9surrection&nbsp;; il est mort comme tout \u00eatre humain, c. \u00e0 d. il a \u00e9t\u00e9 lui aussi vaincu par la mort sans pouvoir, \u00e9videmment, la vaincre, car elle est invaincue.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la \u00ab&nbsp;destruction purificatrice&nbsp;\u00bb, oui, elle me semble absolument n\u00e9cessaire pour que les choses puissent avoir un nouveau commencement&nbsp;; dans ce sens la mort est lib\u00e9ratrice. Elle donne un terme \u00e0 une situation dont les ressources ont \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es depuis longtemps, et c\u2019est ainsi qu\u2019une nouvelle \u00e8re, un cycle in\u00e9dit peuvent surgir, sinon on aura la perp\u00e9tuation d\u2019un \u00e9tat de choses qui ne font que pourrir et qui nous pourrissent.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez moi cela fonctionne par la mise en \u00e9crit d\u2019une p\u00e9rip\u00e9tie dramatique n\u2019\u00e9tant destin\u00e9e qu\u2019\u00e0 aboutir \u00e0 sa solution terminale qui, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, est la fermeture d\u2019un cycle qui est celui de cette mise en \u00e9crit. Cela rend l\u2019\u00e9criture dramatique tr\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9e car, contrairement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, elle seule peut repr\u00e9senter cette mise \u00e0 mort et la rendre effective par les moyens po\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette destruction devient purificatrice dans le sens o\u00f9 elle cr\u00e9e un \u00e9v\u00e8nement, m\u00eame virtuel, m\u00eame invent\u00e9, qui ne peut, ou tr\u00e8s rarement, sinon jamais, avoir lieu dans le monde de tous les jours.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-232\" width=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image4.jpg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image4-185x300.jpg 185w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00c9dition fran\u00e7aise,&nbsp;<em>Insenso<\/em>, trad. Constantin Bobas-Robert Davreu \/ Stroheim, trad. Dimitra Kondylaki-Christophe Pellet, \u00c9ditions Espaces 34, Th\u00e9\u00e2tre contemporain en traduction, 2009<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">a.&nbsp;\u00ab&nbsp;Si imparfait que soit un homme quand il donne ce qu\u2019il donne c\u2019est beaucoup pour un autre homme. [\u2026] Un homme est beaucoup pour un homme.&nbsp;\u00bb (<font class=\"no-italics\">\u0399nsenso<\/font>).<br><br>Le <font class=\"no-italics\">D\u00e9sir e<\/font>t son enjeu primordial dans votre th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: est-ce une transgression ou un besoin fatal de l\u2019Homme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">b. Quelle est la place du <font class=\"no-italics\">corps<\/font> et de sa <font class=\"no-italics\">passion<\/font> chez vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Transgression radicale et besoin fatal de l\u2019\u00eatre humain, le d\u00e9sir est, avec, en premier, la mortalit\u00e9 et ses corr\u00e9latifs, la sexualit\u00e9 et l\u2019historicit\u00e9, ce qui constitue la raison d\u2019\u00eatre de mon \u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, comme absolument d\u00e9pendants du d\u00e9sir, le corps et ses passions font partie int\u00e9grante de ma th\u00e9matique, de ma motivation la plus profonde, d\u2019autant plus que ces sujets sont la g\u00e9ographie int\u00e9rieure la plus essentielle, le centre nucl\u00e9aire de toute la probl\u00e9matique politique, sociale, psychologique, morale de toute \u00e9poque, par cons\u00e9quent de la n\u00f4tre aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre, en tant qu\u2019art vivant, ayant le corps des com\u00e9diens comme \u00e9l\u00e9ment irrempla\u00e7able de sa r\u00e9alisation sc\u00e9nique, devient, sur le plan dramaturgique aussi un moyen de concevoir une pi\u00e8ce dramatique non seulement sur le plan de sa forme, sa structure, son langage, mais aussi sur celui du physique des personnages, autant de leur caract\u00e8re, de leur r\u00f4le, de leur histoire propre, que de leur constitution corporelle, chose qui, \u00e0 mon avis, d\u00e9termine leur destin\u00e9e sc\u00e9nique, leur pr\u00e9sence dramatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\"><font class=\"no-italics\">In-dicible, in-connaissable, in-fini, in-visible, in-compr\u00e9hensible, in-concevable<\/font>&nbsp;: ces codes pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s du pr\u00e9fixe \u00ab&nbsp;in-&nbsp;\u00bb \u00e9voquent la nature de la parole dramatique, font appel \u00e0 la nature du sacr\u00e9 en tant que source intarissable d\u2019intertextualit\u00e9 th\u00e9ologique du Po\u00e8te. Qu\u2019en pensez-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9fixe <em>in<\/em>, comme vous le posez avec la s\u00e9rie des mots qui le concr\u00e9tisent, fait appel chez moi \u00e0 un quelconque sacr\u00e9, du moins dans sa conception traditionnelle qui le rattache \u00e0 un monde o\u00f9 les dieux ou Dieu existent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde, pour moi, est vid\u00e9, c. \u00e0 d. lib\u00e9r\u00e9 des dieux et de Dieu. C\u2019est un monde o\u00f9 Dieu, surtout le Dieu chr\u00e9tien, n\u2019a jamais exist\u00e9, plut\u00f4t&nbsp;: il a exist\u00e9 comme mensonge, comme <em>in<\/em>existant, comme <em>in<\/em>vention, une construction mentale qui d\u00e9clencha et provoqua la pire m\u00e9connaissance de la nature humaine, sa totale d\u00e9naturation, sa compl\u00e8te soumission \u00e0 un dogme purement manipulateur qui a ha\u00ef aussi bien l\u2019homme que la femme, et finalement a rendu l\u2019\u00eatre humain non seulement \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame, mais aussi \u00e0 se m\u00e9priser lui-m\u00eame, \u00e0 ha\u00efr sa condition terrestre et vivre pour une illusion qui n\u2019a jamais donn\u00e9 des preuves qu\u2019elle n\u2019est pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9fixe<em> in<\/em> est donc pour moi, dans le sens des mots que vous citez, absolument <em>im<\/em>manent, terrestre, charnel, car \u00ab&nbsp;la nature du sacr\u00e9 en tant que source intarissable d\u2019intertextualit\u00e9 th\u00e9ologique&nbsp;\u00bb est radicalement invers\u00e9e&nbsp;: le Po\u00e8te assume cette source dans le sens ath\u00e9ologique, dans la direction carr\u00e9ment humaine, dans un projet de r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019<em>in<\/em>dicible, de l\u2019<em>in<\/em>connaissable, de l\u2019<em>in<\/em>fini, de l\u2019<em>in<\/em>visible, de l\u2019<em>in<\/em>compr\u00e9hensible, de l\u2019<em>in<\/em>concevable, sur le plan uniquement de la condition mortelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela appartient \u00e0 la constitution corporelle et intellectuelle de l\u2019\u00eatre humain, et il est temps que tout cela revienne \u00e0 son unique et juste propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre, en tant qu\u2019art qui a comme mati\u00e8re premi\u00e8re l\u2019homme, aussi bien m\u00e2le que femelle, est appel\u00e9 \u00e0 restituer la valeur de l\u2019homme, \u00e0 le d\u00e9barrasser de toute autre dimension en dehors de son propre esprit et de son propre corps, et \u00e0 essayer de l\u2019exploiter le plus profond\u00e9ment possible, mettre en \u00e9vidence son <em>in<\/em>t\u00e9riorit\u00e9 <em>in<\/em>\u00e9puisable \u2013&nbsp;encore deux<em> in<\/em> de tout premier ordre pour un dramaturge.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"405\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image5-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-233\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image5-1.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image5-1-300x152.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image5-1-768x389.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Esquecer,<\/em> de Dimitris Dimitriadis (Encena\u00e7\u00e3o Jean Paul Bucchieri) \u2013 contraCenas<strong>, <\/strong>trad. Jose Antonio Costa Ideias, 2019<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">\u00ab&nbsp;Le Drame de l\u2019Univers&nbsp;\u00bb, que vous pr\u00e9conisez au sujet de la Litt\u00e9rature, comporte les id\u00e9es de <font class=\"no-italics\">Hyper<\/font>, d\u2019<font class=\"no-italics\">Infini<\/font>, de <font class=\"no-italics\">Pas encore <\/font>(de Blanchot). En d\u2019autres mots, vous aspirez \u00e0 une \u00e9criture universelle, \u00e0 une litt\u00e9rature qui balise la voie vers une autre parole, une litt\u00e9rature qui pousse la litt\u00e9rature encore plus loin (<font class=\"no-italics\">Hyper-Litt\u00e9rature<\/font>). Permettez-moi de penser \u00e0 un parall\u00e8le entre cette conception et celle de l\u2019essence de votre \u00e9criture qui qualifie l\u2019<font class=\"no-italics\">infinitude <\/font>de l\u2019Homme. Est-ce vrai&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, ces notions constituent les \u00e9l\u00e9ments premiers d\u2019une conception de la litt\u00e9rature \u2013&nbsp;le premier jet concernait le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u2013 qui \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 cherche une forme qui puisse englober, sans jamais y parvenir, le Tout, dans le sens d\u2019une universalit\u00e9 cosmique et humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9fixe <em>Hyper<\/em> n\u2019est pas uniquement mentionn\u00e9 pour d\u00e9signer une hauteur mais aussi une profondeur, capables, toutes les deux, de confronter une r\u00e9alit\u00e9 humaine dont la caract\u00e9ristique primordiale est l\u2019<em>in<\/em>forme, le chaotique, l\u2019<em>in<\/em>compr\u00e9hensible, l\u2019<em>in<\/em>saisissable, enfin l\u2019<em>in<\/em>d\u00e9passable et l<em>\u2019in<\/em>\u00e9puisable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture, dans ce sens, qu\u2019elle soit th\u00e9\u00e2trale ou litt\u00e9raire, se confronte avec ce que vous nommez d\u2019un mot qui revient sans cesse dans la conception de mes \u00e9crits&nbsp;: <em>l\u2019infinitude de l\u2019homme dont seule l\u2019Hyper Litt\u00e9rature est la correspondante la plus ad\u00e9quate.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon avis, la r\u00e9alit\u00e9, par sa force r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice, d\u00e9passe toujours la fonction de l\u2019\u00e9criture, mais l\u2019\u00e9criture, de son c\u00f4t\u00e9, a la fonction, le r\u00f4le, la destin\u00e9e, de se confronter \u00e0 cette r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration par elle-m\u00eame. Par cons\u00e9quent, r\u00e9alit\u00e9 et litt\u00e9rature sont les deux pendants d\u2019une unit\u00e9 indivisible, et si la r\u00e9alit\u00e9 ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 la litt\u00e9rature, la litt\u00e9rature n\u2019a que la r\u00e9alit\u00e9 comme domaine propre d\u2019o\u00f9 elle \u00e9merge en le recr\u00e9ant par sa mise en forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en forme est incluse dans le terme <em>Hyper.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Votre question est si parfaitement r\u00e9dig\u00e9e que je n\u2019ai rien \u00e0 redire comme r\u00e9ponse, sauf un net <em>oui, c\u2019est vrai<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, comme vous dites, il y a un parall\u00e8le exorbitant entre cette conception et l\u2019essence de mon \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expression <em>Infinitude de Homme<\/em> est absolument valable pour tout ce que j\u2019\u00e9cris, se r\u00e9f\u00e9rant autant \u00e0 la notion de l\u2019humanisme qu\u2019\u00e0 tout ce que je viens de pr\u00e9ciser plus haut concernant toutes les notions avec le pr\u00e9fixe <em>in. <\/em>Cette infinitude contient tous les autres adjectifs similaires et elle nomme de mani\u00e8re exemplaire et totalisante l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">\u00ab&nbsp;\u00catre ou ne pas \u00eatre&nbsp;\u00bb est la question haml\u00e9tienne dont vous vous servez afin de vous d\u00e9crire vous-m\u00eame en tant qu\u2019auteur dramatique. Pouvez-vous nous expliquer le sens de cette question pour vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question n\u2019est pas pos\u00e9e de cette mani\u00e8re par moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma pi\u00e8ce <em>Pha\u00e9ton<\/em>, le jeune homme qui s\u2019appelle Lelo pose la m\u00eame question, mais en pr\u00e9cisant que ce n\u2019est pas du tout <em>cette alternative<\/em> qui compte mais le <em>comment<\/em>, non pas<br>\u00ab&nbsp;\u00eatre <em>ou<\/em> ne pas \u00eatre&nbsp;\u00bb, mais \u00ab&nbsp;<em>comment<\/em> \u00eatre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>comment<\/em> assumer cet \u00eatre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>comment<\/em> vivre enfin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, la question haml\u00e9tienne perd sa signification presque suicidaire et elle devient une question de vie, une question sur la vie, sur la possibilit\u00e9 de vivre, une question qui demande <em>oui,<\/em> <em>vivre, mais comment<\/em>&nbsp;<em>?<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image6-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-234\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image6-1.jpg 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image6-1-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>La&nbsp; Ronde du carr\u00e9<\/em> de Dimitris Dimitriadis, Od\u00e9on-Th\u00e9\u00e2re de l&#8217; Europe, mise en sc\u00e8ne de Giorgio Barberio Corsetti, 2010<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">a. Selon vous, que signifie \u00ab&nbsp;\u00e9crire pour le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb de nos jours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">b. Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui a-t-il besoin de donner la parole au \u00ab&nbsp;d\u00e9monique&nbsp;\u00bb&nbsp;? Quel sera son impact artistique et social sur la charte dramaturgique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">c. Quel est le r\u00f4le du cadre politico-social de la gr\u00e9cit\u00e9 dans votre \u00e9criture&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que signifiait depuis toujours&nbsp;: <em>parler de son \u00e9poque par des moyens d\u2019expression qui correspondent \u00e0 son \u00e9poque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toute dramaturgie provient de son \u00e9poque et s\u2019adresse \u00e0 son \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre, en tant qu\u2019art du pr\u00e9sent, a une dimension historique&nbsp;; chaque \u00e9poque a le th\u00e9\u00e2tre qui lui appartient et en lequel elle se reconna\u00eet, d\u2019o\u00f9 la diversit\u00e9 et la diff\u00e9rence de l\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale \u00e0 travers les si\u00e8cles, diversit\u00e9 et diff\u00e9rence qui sont d\u00e9termin\u00e9es par la sp\u00e9cificit\u00e9 de chaque \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u00e9pend de ce qu\u2019on entend par le mot <em>d\u00e9monique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019origine m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre est celle des myst\u00e8res, des manifestations orgiaques, de c\u00e9r\u00e9monies nocturnes et extatiques, d\u2019une tradition populaire, dionysiaque, phallique, \u00e9rotique, une tradition de f\u00eates et d\u2019activit\u00e9s pa\u00efennes qui proviennent de et se rapportent \u00e0 la r\u00e9gion la plus enfouie et la plus primitive, la plus tellurique de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est une v\u00e9rit\u00e9 historique, sans laquelle le th\u00e9\u00e2tre ne pourrait pas se constituer en tant que forme et genre artistique. Depuis, les choses ne sont pas rest\u00e9es immobiles. Comme je l\u2019ai dit plus haut, le th\u00e9\u00e2tre, en tant qu\u2019art du pr\u00e9sent, a suivi les changements des \u00e9poques et il a exprim\u00e9 \u00e0 chaque fois sa propre \u00e9poque avec les donn\u00e9es propres \u00e0 cette \u00e9poque pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet art th\u00e9\u00e2tral, je crois, reste toujours vivant le noyau ancien, archa\u00efque, originel, matriciel, qui constitue son identit\u00e9 enfouie, inexplor\u00e9e, toujours en attente, en suspens, mais qui n\u2019a pas encore trouv\u00e9, sur le plan dramaturgique, une correspondance avec son pr\u00e9sent historique qui lui permettrait de se mettre \u00e0 la disposition d\u2019une \u00e9criture contemporaine, li\u00e9e directement et de mani\u00e8re organique \u00e0 son temps pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez moi, je peux dire que ce c\u00f4t\u00e9 d\u00e9monique a souvent trouv\u00e9 une occasion de faire partie consubstantielle aussi bien de la conception d\u2019une pi\u00e8ce que de son \u00e9criture elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mot <em>gr\u00e9cit\u00e9,<\/em> trop charg\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tations aussi bien contradictoires que confondantes, ne correspond pas du tout \u00e0 ma fa\u00e7on de penser la tradition de mon pays et ses pr\u00e9suppos\u00e9s historiques et culturels.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis de nationalit\u00e9 grecque, c\u2019est la langue grecque qui est mon manuel d\u2019expression. Cela ne me limite pas dans le sens de ma probl\u00e9matique ni dans celui de ma fa\u00e7on de rendre cette probl\u00e9matique par \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, c\u2019est principalement la langue qui d\u00e9termine mon identit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain, mais la langue est aussi un instrument que je manie \u00e0 ma fa\u00e7on pour la mettre au service de ce que je veux chaque fois exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, il n\u2019y a pas de limite au champ de mes int\u00e9r\u00eats et de mes choix, je suis absolument libre, tout en restant grec, de m\u2019occuper de choses qui concernent aussi bien mon pays que tous les pays du monde.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image7.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-235\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image7.jpg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image7-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image7-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Teatro&nbsp;D. Maria Estreia&nbsp; <em>Monologos<\/em>&nbsp; de Dimitris Dimitriadis Para Jamais, Rio de Janeiro 2019<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">Vous avez dit que \u00ab&nbsp;l\u2019art th\u00e9\u00e2tral est l\u2019art humain par excellence&nbsp;\u00bb. Pourriez-vous d\u00e9velopper cette id\u00e9e majeure pour vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par les r\u00e9ponses que j\u2019ai donn\u00e9es plus haut je crois que j\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 votre question.<\/p>\n\n\n\n<p>Je peux seulement ajouter que lorsque je dis que l\u2019art th\u00e9\u00e2tral est l\u2019art humain par excellence, je veux dire par l\u00e0 que c\u2019est l\u2019art qui, par sa pratique m\u00eame, par l\u2019\u00e9criture, sa mise en interpr\u00e9tation et sa mise en espace, combine, de fa\u00e7on unique, la pr\u00e9sence vivante de l\u2019\u00eatre humain avec la r\u00e9flexion sur lui, sur tous les plans de son \u00eatre m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les genres th\u00e9\u00e2traux sont, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, des modes de pr\u00e9senter et de d\u00e9crire la nature humaine, l\u00e9g\u00e8re ou s\u00e9rieuse, dr\u00f4le ou tragique, mais toujours avec la pr\u00e9sence vivante du corps humain et de ses possibilit\u00e9s mentales et sentimentales, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une intrigue \u00e0 travers laquelle se d\u00e9veloppe une destin\u00e9e humaine, dr\u00f4le ou noire, sens\u00e9e ou insens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela apporte une preuve incontestable que le th\u00e9\u00e2tre tient et contient toutes les caract\u00e9ristiques qui le rapprochent, plus que tout autre art, de la nature humaine. Je dirais encore une fois mais de fa\u00e7on un peu solennelle que le th\u00e9\u00e2tre c\u2019est l\u2019homme m\u00eame.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"541\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-229\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis2.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Dimitris-Dimitriadis2-222x300.jpeg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dimitris Dimitriadis. Photo: Minas Tsitsi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"question\">Vos pi\u00e8ces sont mises en sc\u00e8ne en Gr\u00e8ce et en Europe enti\u00e8re. Quelle est votre opinion au sujet de ces mises en sc\u00e8ne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mon estime pour les metteurs en sc\u00e8ne est en baisse si rapide et si violente qu\u2019elle va bient\u00f4t approcher le degr\u00e9 z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi bien les mises en sc\u00e8ne de mes propres pi\u00e8ces que celles des autres auteurs, surtout celles qui appartiennent \u00e0 des \u00e9poques plus ou moins \u00e9loign\u00e9es de la n\u00f4tre, confirment ma certitude que ce qu\u2019on appelait jadis <em>mettre en sc\u00e8ne<\/em> est devenu un m\u00e9tier tout \u00e0 fait ind\u00e9pendant de l\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale&nbsp;: le metteur en sc\u00e8ne choisit d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 une pi\u00e8ce non pas pour lui faire dire ce qu\u2019elle dit mais ce que le metteur en sc\u00e8ne veut dire et qui, presque toujours, n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce que la pi\u00e8ce dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, il y a encore des exceptions, mais la r\u00e8gle, dominante et puissante, est celle des metteurs en sc\u00e8ne qui, avec toute l\u2019aisance que leur procure l\u2019immense r\u00e9pertoire de la dramaturgie mondiale, s\u2019emparent d\u2019un texte dramatique et se mettent \u00e0 l\u2019interpr\u00e9ter sans tenir compte ni de son identit\u00e9 historique, son appartenance \u00e0 une \u00e9poque pr\u00e9cise, ni de son contenu, de sa propre nature, de ce qui fait qu\u2019une pi\u00e8ce est ce qu\u2019elle est et pas autre chose&nbsp;: poss\u00e9d\u00e9s par l\u2019id\u00e9e maladive d\u2019actualiser une \u0153uvre du pass\u00e9, ils ne reculent devant aucune tendance d\u2019actualisation, imposant \u00e0 cette \u0153uvre des id\u00e9es qui ne sont pas seulement gratuites, \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la pi\u00e8ce elle-m\u00eame, mais la plupart du temps d\u00e9pourvues de sens, vides de toute r\u00e9flexion et de toute culture, en gros des idioties, des b\u00eatises, des soi-disant points de vue qui sont enfantins, lamentables, sans profondeur, produits de cerveaux sous-d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les metteurs en sc\u00e8ne sont devenus, dans leur plus grande majorit\u00e9, mondialement, les pires ennemis du th\u00e9\u00e2tre, qui, \u00e0 cause d\u2019eux, est en d\u00e9clin, principalement sur le plan de la dramaturgie, chose qui pr\u00e9conise, avec une assurance d\u00e9pourvue d\u2019esp\u00e9rance, l\u2019extinction graduelle du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e9fiance envers les metteurs en sc\u00e8ne est d\u00e9j\u00e0 grandement d\u00e9clar\u00e9e par des \u00e9crits, des publications dans la presse, des interventions publiques, avec des cons\u00e9quences en ce qui concerne mes relations avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, mes constatations \u00e9tant solides, je n\u2019arr\u00eaterai pas de poursuivre mon combat contre leur manie destructrice \u2013&nbsp;j\u2019y inclus aussi ceux qui exercent la critique th\u00e9\u00e2trale et qui sont grandement responsables de cette d\u00e9gradation car ils sont, dans leur majorit\u00e9, les d\u00e9fenseurs les plus fervents de ces \u00ab&nbsp;mise en sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013, et, dans la mesure du possible, ne faire qu\u2019une chose&nbsp;: avant de confier une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, j\u2019essaierai de m\u2019assurer de son attachement par une lecture de ma pi\u00e8ce qui correspond \u00e0 ma pi\u00e8ce, et non l\u2019inverse.<\/p>\n\n\n\n<p>Censure&nbsp;? Non. Contr\u00f4le&nbsp;? Oui, n\u00e9cessaire car impos\u00e9 par le comportement soi-disant intellectuel et artistique de ce courant catastrophique de mise en sc\u00e8ne qui impose un \u00e9tat nocif et, en fait, st\u00e9rile \u00e0 la nature et la pratique de l\u2019art du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"question\">Si je vous demandais d\u2019attribuer un seul titre qui englobe le mieux possible votre \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale, quel serait-il&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le Th\u00e9\u00e2tre de la Nuit.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/Kalliopi-Exarchou-150x150.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-236\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Kalliopi Exarchou <\/strong>est Professeur Associ\u00e9 au D\u00e9partement de Langue et de Litt\u00e9rature Fran\u00e7aises de l\u2019Universit\u00e9 Aristote de Thessalonique, en Gr\u00e8ce. Sa sp\u00e9cialit\u00e9 est La Th\u00e9orie et l\u2019Histoire du Th\u00e9\u00e2tre. Elle l\u2019auteur d\u2019ouvrages sur le th\u00e9\u00e2tre ainsi que d\u2019articles publi\u00e9s dans de revues scientifiques. Elle a publi\u00e9 une monographie sur le th\u00e9\u00e2tre de Dimitris Dimitriadis, intitul\u00e9e <em>Dimitris Dimitriadis&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Humanisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Son \u0153uvre litt\u00e9raire comporte des pi\u00e8ces, des recueils de po\u00e8me et des nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2023 Kalliopi Exarchou<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN:2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":235,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-227","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-content\/uploads\/sites\/28\/2023\/04\/image7.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=227"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":766,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/227\/revisions\/766"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/media\/235"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/27\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}