{"id":76,"date":"2022-06-07T08:41:57","date_gmt":"2022-06-07T08:41:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/?p=76"},"modified":"2025-07-02T12:04:46","modified_gmt":"2025-07-02T12:04:46","slug":"autour-de-lecologie-de-la-langue-les-obscenites-sur-la-scene-theatrale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/autour-de-lecologie-de-la-langue-les-obscenites-sur-la-scene-theatrale\/","title":{"rendered":"Autour de l\u2019\u00e9cologie de la langue\u00a0: les obsc\u00e9nit\u00e9s sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Irina Antonova<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>R<\/strong><strong>\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">Au milieu du si\u00e8cle dernier, le linguiste am\u00e9ricain Einar Haugen a invent\u00e9 le terme d\u2019\u00e9cologie linguistique. Plus tard, le philosophe russe Dmitri Likhatchov a propos\u00e9 le terme plus global d\u2019\u00e9cologie de la culture, en tant qu\u2019outil scientifique pour \u00ab&nbsp;prot\u00e9ger la culture humaine&nbsp;\u00bb. Likhatchov a \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La violation des lois de l\u2019\u00e9cologie biologique peut tuer l\u2019homme biologiquement. La violation des lois de la culture peut tuer l\u2019homme moralement&nbsp;\u00bb&nbsp;(Likhatchov 487). Le scientifique s\u2019inqui\u00e9tait de l\u2019appauvrissement du vocabulaire de la langue russe, qu\u2019il qualifiait de \u00ab&nbsp;v\u00e9ritable d\u00e9sastre \u00e9cologique&nbsp;\u00bb. L\u2019un des facteurs de ce d\u00e9sastre est l\u2019utilisation irresponsable du langage obsc\u00e8nesur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale russophone, cet acte \u00e9tant souvent compris comme un attribut de la libert\u00e9 cr\u00e9ative et de l\u2019expression personnelle de l\u2019auteur, un d\u00e9fi \u00e0 la biens\u00e9ance traditionnelle du th\u00e9\u00e2tre en tant qu\u2019institution de la culture et un d\u00e9dain d\u00e9monstratif du go\u00fbt public. La jeune dramaturgie russophone kazakhe pr\u00e9sent\u00e9e dans le cadre du festival Drama.Kz oblige \u00e0 s\u2019interroger sur le sens de la libert\u00e9 dans un contexte d\u2019appauvrissement lexical et de pollution de la langue russe. <br><br><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;:<\/strong> \u00e9cologie de la culture, \u00e9cologie de la langue, th\u00e9\u00e2tre russophone au Kazakhstan, vocabulaire obsc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>On the Ecology of Language: Obscenities on the Theatrical Stage<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Abstract<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">In the mid-20th century, the American linguist Einar Haugen coined the term <font class=\"no-italics\">linguistic ecology<\/font>. Later, the Russian philosopher Dmitri Likhatchov proposed the broader concept of <font class=\"no-italics\">cultural ecology<\/font> as a scientific tool to \u201cprotect human culture.\u201d Likhatchov wrote: \u201cViolating the laws of biological ecology can kill a man biologically. Violating the laws of culture can kill a man morally\u201d (Likhatchov 487). The scholar was concerned about the impoverishment of the Russian language vocabulary, which he described as a \u201ctrue ecological disaster.\u201d One of the contributing factors to this disaster is the irresponsible use of obscene language on the Russian-speaking theatrical stage, an act often understood as an attribute of creative freedom and the author\u2019s personal expression, a challenge to the traditional decorum of theatre as a cultural institution, and a demonstrative disdain for public taste. The emerging Kazakhstani Russian-speaking dramaturgy showcased at the Drama.Kz festival compels us to question the meaning of freedom in a context of lexical impoverishment and linguistic pollution of the Russian language.<br><br><strong>Keywords:<\/strong> cultural ecology, language ecology, Russian-speaking theatre in Kazakhstan, obscene vocabulary<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le monde, tout est li\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, \u00e0 l\u2019\u00e9cologie, car l\u2019\u00e9cologie nous fait penser au monde comme \u00e0 notre maison, et \u00e0 nous-m\u00eames, les humains, comme \u00e0 l\u2019incarnation des liens universels de l\u2019univers. Le critique litt\u00e9raire et th\u00e9\u00e2tral russe Vissarion Belinski a \u00e9crit en 1834 que dans la vie humaine \u00ab&nbsp;se manifeste le c\u00f4t\u00e9 spirituel sup\u00e9rieur de la vie universelle de l\u2019univers&nbsp;\u00bb&nbsp;(Belinski 13).<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cologistes et les philosophes consid\u00e8rent l\u2019homme et la nature comme un ensemble harmonieux et non s\u00e9parable, en mettant en \u00e9vidence des parall\u00e8les entre une diversit\u00e9 linguistique et biologique. L\u2019int\u00e9grit\u00e9 linguistique est une composante importante de cette harmonie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la doctrine de l\u2019\u00e9cologie linguistique, la relation entre la langue en tant que code culturel et la soci\u00e9t\u00e9 construisant ce code forme un \u00e9cosyst\u00e8me sp\u00e9cifique qui subit des d\u00e9sastres et des catastrophes comme tout autre \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme, en tant que personne linguistique et sujet de la langue, ne s\u2019exprime pas toujours de mani\u00e8re litt\u00e9raire et soutenue. Les contextes existants du discours familier et quotidien, y compris le vocabulaire obsc\u00e8ne, confirment la complexit\u00e9 de la structure linguistique, la coexistence et la collision des langues et des codes. Selon le philosophe Yuri Lotman,<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> un langage \u00ab&nbsp;se manifeste comme &#8220;naturel&#8221; (une non-langue), et l\u2019autre comme forc\u00e9ment artificiel&nbsp;\u00bb&nbsp;(Lotman 243), ce ph\u00e9nom\u00e8ne ayant un rapport direct avec le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9cologie de l\u2019environnement de parole sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un langage obsc\u00e8ne (<em>mat<\/em> en russe)&nbsp;? Il ne s\u2019agit pas de mots grossiers, mais de mots qui sont syst\u00e9matiquement bannis de l\u2019espace public (et le th\u00e9\u00e2tre est un espace public), ou qui sont couverts par des \u00ab&nbsp;bips&nbsp;\u00bb en raison de leurs significations insultantes et p\u00e9joratives. D\u2019autre part, on peut admettre que, dans certaines circonstances, une obsc\u00e9nit\u00e9 verbale peut \u00eatre l\u2019\u00e9quivalent lexical de toute \u00e9motion forte. Un \u00ab&nbsp;mot fort russe&nbsp;\u00bb<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> peut remplacer un \u00e9nonc\u00e9 complexe et a un sens non seulement explicite, mais aussi cach\u00e9. Dans chaque langue, le langage obsc\u00e8ne est \u00e9ternel et stable. Le <em>mat<\/em> russe est un code linguistique arch\u00e9typal auquel r\u00e9pond la conscience de l\u2019homme contemporain, ressortie des profondeurs de la conscience traditionnelle. C\u2019est pourquoi son utilisation sur sc\u00e8ne provoque in\u00e9vitablement une r\u00e9action involontaire de la part du public.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont les rapports entre le<em> mat<\/em> et le th\u00e9\u00e2tre en tant qu\u2019institution sociale et culturelle&nbsp;? Le th\u00e9\u00e2tre mod\u00e9lise non seulement la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019environnement avec lequel le spectateur entre en relation, mais aussi le spectateur pr\u00eat \u00e0 s\u2019identifier&nbsp;: ce dernier accepte (ou n\u2019accepte pas) la v\u00e9rit\u00e9 artistique du th\u00e9\u00e2tre, son langage sc\u00e9nique, mais aussi l\u2019environnement linguistique du spectacle. Et c\u2019est l\u00e0 que le th\u00e9\u00e2tre entre dans la zone de sa responsabilit\u00e9 \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le domaine de la responsabilit\u00e9 \u00e9cologique du th\u00e9\u00e2tre<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019un des aspects de l\u2019\u00e9cologie linguistique est l\u2019interlinguisme, qui est li\u00e9 au multilinguisme en tant qu\u2019habitat d\u2019une ethnie. L\u2019appauvrissement d\u2019une langue par sa pollution lexicale est tragique pour tout th\u00e9\u00e2tre national, surtout pour celui d\u2019un pays multiethnique comme le Kazakhstan. La mission du th\u00e9\u00e2tre russe dans le pays, dont environ 20&nbsp;% de la population sont des Russes ethniques, commence par la sensibilisation \u00e0 la langue litt\u00e9raire russe. Malgr\u00e9 le fait que 30 ans se sont \u00e9coul\u00e9s apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, de nombreux repr\u00e9sentants de 125 ethnicit\u00e9s du Kazakhstan consid\u00e8rent le russe comme leur langue maternelle. Dans toutes les r\u00e9gions du pays, il existe des th\u00e9\u00e2tres publics et priv\u00e9s qui jouent en russe. Outre les th\u00e9\u00e2tres russophones et kazakhophones, il existe des th\u00e9\u00e2tres jouant en cor\u00e9en, en ou\u00efgour, en allemand et en ouzbek. Cette diversit\u00e9 linguistique et culturelle affecte \u00e9galement le paysage mental et forme un \u00e9cosyst\u00e8me complexe qui est objectivement soumis \u00e0 l\u2019\u00e9rosion lexicale. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la langue russe est devenue de moins en moins r\u00e9pandue et la population russophone se sent de plus en plus traumatis\u00e9e. C\u2019est pourquoi le th\u00e9\u00e2tre russe au Kazakhstan est per\u00e7u par les russophones locaux comme un bastion de la langue maternelle et de la conscience linguistique depuis l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>La censure stricte de l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique emp\u00eachait les <em>d\u00e9chets du discours<\/em> de p\u00e9n\u00e9trer dans les textes litt\u00e9raires. Mais le milieu des ann\u00e9es 80 a vu le d\u00e9but du changement des attitudes culturelles et la transformation de la conscience artistique de l\u2019homme sovi\u00e9tique. Ce processus s\u2019est accompagn\u00e9, entre autres, de la pollution sans pr\u00e9c\u00e9dent du champ lexical. La critique de th\u00e9\u00e2tre russe Nina Velekhova croit que cette \u00ab&nbsp;id\u00e9e b\u00eate et joyeuse&nbsp;\u00bb \u2013<em> tout est possible partout&nbsp;! \u00c0 bas la censure<\/em>&nbsp;! \u2013 a commenc\u00e9 d\u00e8s la notoire <em>Perestro\u00efka<\/em> lanc\u00e9e en 1986. Celle-ci a <em>approfondi<\/em> (le mot favori de Mikha\u00efl Gorbatchev) la libert\u00e9 de tout. Le langage obsc\u00e8ne n\u2019\u00e9tait plus consid\u00e9r\u00e9 comme quelque chose de hors-norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de la pr\u00e9sence des obsc\u00e9nit\u00e9s dans des textes de th\u00e9\u00e2tre s\u2019est r\u00e9cemment pos\u00e9 au Kazakhstan, depuis le d\u00e9but de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les pionniers en la mati\u00e8re \u00e9taient des troupes de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendantes. Le public kazakh, inexp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, a \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fait par le langage grossier qui a jailli de la sc\u00e8ne. De nombreux spectateurs (et sp\u00e9cialistes de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;!), scandalis\u00e9s par de telles attaques lexicales, se sont imm\u00e9diatement fait clouer le bec par le clan agressif de la communaut\u00e9 semi-dilettante d\u2019avant-garde, ces derniers ayant enfin r\u00e9alis\u00e9 en quoi consistait la fameuse libert\u00e9 d\u2019expression. Mais la libert\u00e9 est une chose sournoise et moqueuse. Elle taquine et provoque. Au d\u00e9but, le langage obsc\u00e8ne suscite in\u00e9vitablement un int\u00e9r\u00eat perplexe et attire le public dans les petites salles de th\u00e9\u00e2tre. Certes, la libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019est pas limit\u00e9e par cela, mais je parle surtout de l\u2019\u00e9cologie de la parole. Ainsi, le vocabulaire de la classe sociale d\u00e9favoris\u00e9e et des criminels, \u00ab&nbsp;opprim\u00e9s, acharn\u00e9s, ha\u00efssant tout ce qui est plus soutenu, plus pur, plus beau, autrement dit ce qu\u2019ils ne poss\u00e8dent pas&nbsp;\u00bb&nbsp;(Velehova 67), implique les th\u00e9\u00e2tres ind\u00e9pendants dans les relations de march\u00e9, en les transformant en une structure purement commerciale. L\u2019utilisation sp\u00e9culative d\u2019un langage marginal a fini par \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des principales revendications du th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant russophone et symbolise sa diff\u00e9rence avec le th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00c9tat ob\u00e9issant et conservateur. Le fier indice \u00ab&nbsp;18+&nbsp;\u00bb<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> (parfois \u00ab&nbsp;16+&nbsp;\u00bb pour une raison m\u00e9connue), permet g\u00e9n\u00e9reusement au public de choisir s\u2019il veut ou non passer une heure et demie ou deux heures dans l\u2019atmosph\u00e8re f\u00e9tide des \u00e9missions verbales. N\u2019est-ce pas le triomphe de la d\u00e9mocratie et de la libert\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois dire d\u2019embl\u00e9e que la question de la censure n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce probl\u00e8me. Cela aurait \u00e9t\u00e9 la vision la plus vulgaire et la plus primitive du probl\u00e8me. D\u2019autant plus que lorsqu\u2019il s\u2019agit de la libre circulation du langage obsc\u00e8ne sur sc\u00e8ne (et pas seulement), la censure, m\u00eame si elle existe, ne se manifeste en aucune fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9\u00e2tres ind\u00e9pendants sont libres de choisir leur r\u00e9pertoire, ainsi ils montrent (sous forme de spectacles ou de lectures) des pi\u00e8ces de jeunes dramaturges de la Russie, du Kazakhstan, de l\u2019Ukraine et d\u2019autres pays ex-sovi\u00e9tiques, ce qui est d\u00e9j\u00e0 un progr\u00e8s en soi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"532\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-77\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image1.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image1-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image1-768x511.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La lecture de <em>Million de jeunes fans<\/em> de Mourtas Kajgaleev et Olesya Zay. Metteur en sc\u00e8ne S. Teifel. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Mais la th\u00e9matique contemporaine aig\u00fce de ces \u0153uvres rend encore plus \u00e9videntes l\u2019artificialit\u00e9 et la primitivit\u00e9 des dialogues, et la banalit\u00e9 des intrigues, qui r\u00e9p\u00e8tent celles que les m\u00e9dias cr\u00e9ent beaucoup plus professionnellement. Ajoutons ici un jeu d\u2019acteur m\u00e9diocre et une mise en sc\u00e8ne pr\u00e9tentieuse (ou absente), et il devient \u00e9vident que de tels spectacles et lectures ne d\u00e9passent souvent pas le niveau des spectacles amateurs. Ils sont bel et bien assaisonn\u00e9s d\u2019obsc\u00e9nit\u00e9s, souvent de mani\u00e8re d\u00e9plac\u00e9e. Le th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant courageux veut se rapprocher le plus possible \u00ab&nbsp;de la rue&nbsp;\u00bb, de la vie de tous les jours, mais ne prend de la rue que ce qu\u2019il est capable de prendre&nbsp;: non pas le fond et l\u2019essence des choses, mais plut\u00f4t leur forme, leur coquille, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose de primitif et d\u2019artificiel. Il ne s\u2019agit pas de courage, mais de d\u00e9r\u00e8glement moral et cr\u00e9atif, de \u00ab&nbsp;vulgarit\u00e9 des rues qui veut se faire passer pour une id\u00e9ologie&nbsp;\u00bb, comme l\u2019a affirm\u00e9 Anatoli Lounatcharski<a name=\"back4\" href=\"#end4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> en 1912&nbsp;(Lounatcharski 505).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la rue, le langage obsc\u00e8ne apparait spontan\u00e9ment comme une r\u00e9action verbale st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e \u00e0 divers \u00e9v\u00e9nements infimes. Dans l\u2019\u0153uvre dramatique, il est introduit dans le texte de mani\u00e8re intentionnelle, c\u2019est pourquoi il a l\u2019air artificiel, bas et peu artistique. N\u2019importe quel clochard utilise ce langage sp\u00e9cifique de mani\u00e8re beaucoup plus cr\u00e9ative et vari\u00e9e, tant sur le plan lexical que sur le plan intonatif. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de payer un billet pour profiter d\u2019exemples de langage obsc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1902, Constantin Stanislavski a racont\u00e9 que les com\u00e9diens du Th\u00e9\u00e2tre d\u2019art de Moscou s\u2019\u00e9taient rendus au march\u00e9 Khitrov pour ressentir l\u2019atmosph\u00e8re de la pi\u00e8ce <em>Les Bas-fonds<\/em> de Maxime Gorki. Pour les prot\u00e9ger de l\u2019agression des d\u00e9class\u00e9s, les artistes \u00e9taient accompagn\u00e9s du journaliste-m\u00e9diateur Vladimir Guiliarovski qui fr\u00e9quentait souvent de tels lieux. Stanislavski t\u00e9moignait qu\u2019\u00e0 un moment critique, Guiliarovski<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>a cri\u00e9 d\u2019une voix tonitruante un \u00e9norme juron qui nous a abasourdis par la complexit\u00e9 de sa construction. Des mendiants locaux, eux aussi, \u00e9taient paralys\u00e9s par le choc, le plaisir et la satisfaction esth\u00e9tique [&#8230;] Et nous avons vu se d\u00e9clencher des rires rauques, des applaudissements, des f\u00e9licitations et de la gratitude pour l\u2019ing\u00e9nieux juron qui nous a sauv\u00e9 de la mort ou de la mutilation [notre traduction].<\/p>\n<cite>Stanislavski 265<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces souvenirs de Stanislavski sont tr\u00e8s importants. La spontan\u00e9it\u00e9, l\u2019\u00e9motivit\u00e9 et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019exprimer son attitude avec du langage litt\u00e9raire rendent le langage obsc\u00e8ne \u00ab&nbsp;g\u00e9nial&nbsp;\u00bb et naturel, plein de sens du lieu et du moment. Mais ce sera tout. Gorki lui-m\u00eame, d\u00e9crivant la vie des mis\u00e9rables, a \u00e9vit\u00e9 de reproduire primitivement des expressions du march\u00e9 Khitrov et a mis des paroles bien diff\u00e9rentes dans la bouche de ses personnages.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Festival <em>Drama.KZ<\/em><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>En 2017, <em>Drama.KZ<\/em>, un festival de drame contemporain (en kazakh et en russe) a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 au Kazakhstan avec le soutien de l\u2019Union des travailleurs du th\u00e9\u00e2tre de Russie et de l\u2019Association des travailleurs des th\u00e9\u00e2tres russes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-78\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image2.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image2-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image2-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Discussion autour du spectacle. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le festival se d\u00e9roule sous forme de lectures et attire principalement un public professionnel, mais il y a aussi des spectateurs-auditeurs. Les lectures sont mises en sc\u00e8ne par des d\u00e9butants et des plus exp\u00e9riment\u00e9s et sont suivies de discussions, h\u00e9las, souvent mal articul\u00e9es et \u00e9logieuses. Il y a \u00e9galement des ateliers sur la th\u00e9orie et la pratique du th\u00e9\u00e2tre, car la plupart des auteurs ne sont pas des professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des cinq ann\u00e9es du festival, on a assist\u00e9 (et on a lu sur le site web) \u00e0 trente-huit pi\u00e8ces en russe, dont quatorze, soit pr\u00e8s de 40&nbsp;%, contiennent du langage obsc\u00e8ne. Personne n\u2019est g\u00ean\u00e9 par cela, ni par la pr\u00e9sence dans les textes de nombreuses fautes de style, de grammaire et de ponctuation, qu\u2019aucun des auteurs n\u2019a pris la peine de corriger. C\u2019est ainsi que les textes sont pr\u00e9sent\u00e9s au jury, qui ne voit dans ces opus aucune insulte professionnelle, mais parvient \u00e0 lire ces d\u00e9chets verbaux et m\u00eame \u00e0 identifier les <em>laur\u00e9ats<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019il y a deux fois plus de femmes dramaturges que d\u2019hommes. On observe la m\u00eame situation quant \u00e0 la proportion des auteurs et des auteures qui utilisent des obsc\u00e9nit\u00e9s dans leurs textes, ce qui donne l\u2019impression (malgr\u00e9 toutes les <em>avanc\u00e9es<\/em> proclam\u00e9es en mati\u00e8re de genre) que les femmes dramaturges font de leur mieux pour justifier leur intervention dans une profession authentiquement \u00ab&nbsp;masculine&nbsp;\u00bb par un vocabulaire extr\u00eamement brutal.<\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 de genre des pi\u00e8ces est impressionnante&nbsp;: drames, com\u00e9dies, monodrames, <em>drames de l\u2019absurde<\/em> (au moins, ce sont des auteurs qui le comprennent ainsi), <em>pi\u00e8ces provocatrices<\/em>, <em>pi\u00e8ces \u00e0 \u00e9nigmes<\/em> et m\u00eame paraboles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9matiques explor\u00e9es sont la famille (y compris la solitude, les enfants et les adultes rejet\u00e9s, et la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9), les gens \u00ab&nbsp;pas comme les autres&nbsp;\u00bb confront\u00e9s \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension et \u00e0 l\u2019opposition dans la soci\u00e9t\u00e9 (dont les patients psychiatriques), la politique et, bien s\u00fbr, la pand\u00e9mie du COVID-19. Une des pi\u00e8ces traite des questions environnementales&nbsp;: elle raconte l\u2019histoire d\u2019une ville pollu\u00e9e o\u00f9 les enfants meurent de cancers.<\/p>\n\n\n\n<p>La pertinence des probl\u00e9matiques est incontestable. Une autre question est de savoir \u00e0 quel niveau ces sujets sont explor\u00e9s et sous quelle forme les r\u00e9sultats du processus dramaturgique intellectuel se concr\u00e9tisent dans les paroles des personnages.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-79\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image3.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image3-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image3-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La lecture de <em>Rotation<\/em> de Malika Ilakhounova. Metteuse en sc\u00e8ne&nbsp;: A. Ramazan. Interpr\u00e8te&nbsp;: Maria Golm. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans cette partie de mes r\u00e9flexions, j\u2019ai envie de passer du style quasi scientifique au style de feuilleton, tout en essayant de rester dans les limites de la biens\u00e9ance et de ne pas suivre les \u00ab&nbsp;nouveaux&nbsp;\u00bb dramaturges qui se dirigent dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019ignorance et des mauvaises mani\u00e8res. Je ne veux pas, comme l\u2019\u00e9crivain malheureux, un personnage de <em>Drame<\/em> de Tchekhov,<a href=\"#end5\" name=\"back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> donner un coup de presse-papier sur la t\u00eate de l\u2019un d\u2019entre eux. De plus, j\u2019ai peur que, contrairement au personnage de cette histoire, les juges ne m\u2019acquittent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui sont donc ces personnages de pi\u00e8ces qui expriment leurs pens\u00e9es \u00ab&nbsp;courageuses&nbsp;\u00bb en utilisant <em>des obsc\u00e9nit\u00e9s lib\u00e9ratrices&nbsp;<\/em>? Ce sont tous des gens extr\u00eamement respectables&nbsp;! Enseignants, m\u00e9decins, fonctionnaires, chefs d\u2019entreprises nationales, directeurs d\u2019agences de publicit\u00e9. Il en va de m\u00eame pour un r\u00e9alisateur et un trafiquant de drogue, et bien entendu des \u00e9tudiants, des blogueurs, des musiciens.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui attriste ou met en col\u00e8re ces repr\u00e9sentants de l\u2019Homo Sapiens au point qu\u2019ils ne trouvent pas d\u2019autre moyen d\u2019exprimer leurs \u00e9motions qu\u2019un langage obsc\u00e8ne&nbsp;? Se pourrait-il que les pi\u00e8ces de Drama.Kz parlent d\u2019une haine d\u00e9vorante, d\u2019une terrible injustice, d\u2019un immense chagrin, d\u2019une perte irr\u00e9m\u00e9diable ou d\u2019une trahison insidieuse&nbsp;? Ou bien est-ce la jeune communaut\u00e9 ardente et cr\u00e9ative qui r\u00e9agit ainsi \u00e0 des bouleversements sociaux aigus, affichant sa \u00ab&nbsp;r\u00e9activit\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb, qui est aujourd\u2019hui \u00e0 la mode&nbsp;? Apr\u00e8s tout, un dramaturge devrait comprendre, lui, qu\u2019un discours grossier sur sc\u00e8ne est non seulement un geste \u00e9motionnel fort, mais aussi une gifle au go\u00fbt du public.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-80\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image4.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image4-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image4-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La lecture de <em>Les Neutres<\/em> de Sofia Oufimzeva-Gordeeva. Metteuse en sc\u00e8ne&nbsp;: E.Pen. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Pas du tout. On observe dans les pi\u00e8ces des personnages se ressemblant tous, d\u00e9peints par la main d\u2019un dilettante. Ces personnages errent en pronon\u00e7ant des phrases banales\u2026 Les situations sont des clich\u00e9s, les conflits se d\u00e9clenchent pour un rien&nbsp;: des m\u00e9decins \u00e9nerv\u00e9s contre leurs patients, des drogu\u00e9s et des alcooliques avec tous leurs attributs, des jeunes stupides devenus fous de flemme et d\u2019ennui, des m\u00e8res c\u00e9libataires fortes, des blogueurs incultes, des fonctionnaires incivils, etc. Pas un mot ou un sentiment vif, mais surtout le langage obsc\u00e8ne, dispers\u00e9 comme des flocons de pop-corn, comme l\u2019emballage froiss\u00e9 d\u2019un <em>fast-food<\/em>. \u00c0 quel point doit \u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e la vie de ces bip\u00e8des, qui crachent au visage du public des expressions vulgaires et priv\u00e9es de sens, s\u2019attaquant au monde spirituel de l\u2019homme&nbsp;! Et la question la plus importante&nbsp;: quel en est l\u2019objectif&nbsp;? Il ne s\u2019agit pas d\u2019amplifier le sens et la tension \u00e9motionnelle, ou les caract\u00e9ristiques verbales des personnages, mais seulement de les rendre aussi proches que possible du \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb, de leur faire parler un \u00ab&nbsp;langage humain&nbsp;\u00bb. Comme si le \u00ab&nbsp;langage humain&nbsp;\u00bb impliquait l\u2019utilisation syst\u00e9matique des grossi\u00e8ret\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un paradoxe&nbsp;! La \u00ab&nbsp;nouvelle&nbsp;\u00bb dramaturgie, lib\u00e9r\u00e9e de la censure, renvoie le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 un r\u00e9alisme quotidien \u00ab&nbsp;gris&nbsp;\u00bb, mais cette fois-ci avec un langage obsc\u00e8ne. Il y a trente ans, le metteur en sc\u00e8ne Gueorgui Tovstonogov<a href=\"#end6\" name=\"back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> a \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souvenons-nous de l\u2019\u00e9poque [&#8230;] o\u00f9 l\u2019on a propos\u00e9 de montrer sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre <em>tout comme dans la vie<\/em>. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 a disparu du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb. Les auteurs ne ma\u00eetrisant pas l\u2019art dramatique ni l\u2019art du verbe, transforment tout en \u00ab&nbsp;une photographie, une copie de la vie quotidienne [&#8230;] une similitude de vie ordinaire&nbsp;\u00bb (Tovstonogov 107) o\u00f9 pr\u00e9vaut un syst\u00e8me de signes verbaux primitifs. Le syst\u00e8me de signes idiomatiques, de symboles, d\u2019indices et d\u2019\u00e9motions passe \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. L\u2019intonation humaine est perdue. Les \u00e9nonc\u00e9s sont formul\u00e9s de mani\u00e8re directe, grossi\u00e8re, plate et incorrecte du point de vue des r\u00e8gles de la langue russe.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-81\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image5.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image5-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image5-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La lecture de <em>L&#8217;Homme qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 un pigeon<\/em> de Almas Seksenbayev. Metteuse en sc\u00e8ne&nbsp;: O.Li. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La n\u00e9gligence de la grammaire et de la ponctuation est catastrophique pour les textes th\u00e9\u00e2traux du site web <em>Drama.Kz.<\/em> Les fautes de ponctuation, elles, d\u00e9montrent l\u2019ignorance des auteur\u00b7e\u00b7s par rapport aux lois du discours sc\u00e9nique. C\u2019est l\u00e0 que les d\u00e9fauts de la formation professionnelle et esth\u00e9tique des jeunes sp\u00e9cialistes de la culture deviennent apparents.<\/p>\n\n\n\n<p>Les signes de ponctuation ont en russe une charge particuli\u00e8re. Dans la nouvelle <em>Le point d\u2019exclamation<\/em>, Tchekhov parle d\u2019une <em>Virgule fougueuse<\/em>, d\u2019un <em>Point fougueux<\/em>, des <em>Points d\u2019exclamation fougueux qui dansent le cancan<\/em> (le texte ne porte bien s\u00fbr pas sur les r\u00e8gles de la ponctuation, mais, comme toujours chez Tchekhov, sur la dignit\u00e9 humaine, mais la m\u00e9taphore est formidable&nbsp;!). Stanislavski soulignait l\u2019importance de l\u2019oralisation consciente des signes de ponctuation et de ses contours m\u00e9lodiques. L\u2019acuit\u00e9 ou la fluidit\u00e9 du discours, l\u2019augmentation ou la diminution du ton, les modulations de la voix humaine \u2013&nbsp;ces moyens expressifs cr\u00e9ent un fond sonore vibrant sp\u00e9cifique provoquant une vague d\u2019\u00e9nergie sur la sc\u00e8ne et dans le public. C\u2019est l\u2019\u00e9nergie vitale de tous les organismes vivants et de toute la biosph\u00e8re qui appara\u00eet ici et maintenant (presque tous les com\u00e9diens ont parl\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice de l\u2019action th\u00e9\u00e2trale lors des confinements pand\u00e9miques). Au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 d\u00e9faut de cette \u00e9nergie, tout perd son sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre remarque. Sur les 26 auteur\u00b7e\u00b7s russophones de <em>Drama.Kz<\/em>, les Russes ethniques sont en minorit\u00e9. Il en ressort que des auteur\u00b7e\u00b7s non russes (mais qui parlent et \u00e9crivent en russe) per\u00e7oivent la langue russe comme une langue sordide, de mauvaise \u00e9criture et de blasph\u00e8mes, qui ne peut que polluer l\u2019espace sonore. Et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un probl\u00e8me. Il semble que le langage obsc\u00e8ne et l\u2019incapacit\u00e9 de s\u2019exprimer correctement ne sont pas une question de style, mais uniquement de mauvaise formation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le festival r\u00e9publicain de la nouvelle dramaturgie au Kazakhstan est un \u00e9v\u00e9nement d\u2019une importance exceptionnelle. Il permet \u00e0 tous les participants int\u00e9ress\u00e9s par le processus th\u00e9\u00e2tral de se rencontrer dans un m\u00eame espace. Je ne voudrais pas seulement critiquer les dramaturges, d\u2019autant plus que parmi une trentaine de textes, il y en a deux ou trois qui sont vraiment int\u00e9ressants et o\u00f9 le langage obsc\u00e8ne qui simplifie le sens est (quasiment) absent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image6.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-82\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image6.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image6-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image6-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Discussion autour d\u2019un spectacle. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9tape irr\u00e9versible&nbsp;?<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Le travail sur un texte dramaturgique requiert, hormis la motivation, une bonne formation, un esprit large et une ma\u00eetrise de toute la richesse lexicale d\u2019une langue. Lorsque Stanislavski pr\u00e9parait le r\u00f4le de Salieri dans <em>Mozart et Salieri <\/em>d\u2019Alexandre Pouchkine en 1914, il r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 \u00ab&nbsp;la beaut\u00e9 et la noblesse de la parole comme l\u2019un des grands outils d\u2019expression et d\u2019impact sur sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb. Stanislavski s\u2019est demand\u00e9 comment le discours quotidien \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 celui de la sc\u00e8ne. Et il r\u00e9pondit&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] nous parlons non seulement sur la sc\u00e8ne, mais aussi dans la vie, de mani\u00e8re plate et mal articul\u00e9e [&#8230;] la simplicit\u00e9 mondaine et triviale de notre discours est inacceptable sur sc\u00e8ne [&#8230;]&nbsp;\u00bb&nbsp;(Stanislavski 379).<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre a consid\u00e9rablement chang\u00e9 depuis l\u2019\u00e9poque de Stanislavski. Le th\u00e9\u00e2tre moderne pr\u00e9f\u00e8re <em>appeler un chat un chat<\/em> sans se soucier de conventions, de d\u00e9cence ou d\u2019euph\u00e9mismes stupides. Il est \u00e9vident et indiscutable qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, un langage obsc\u00e8ne peut \u00eatre un moyen d\u2019expression, une manifestation artistique forte \u00e0 la limite d\u2019un choc \u00e9motionnel, stimulant et aiguisant la perception du spectateur. On pourrait retrouver une perle dans la boue. C\u2019est si triste quand cette perle se fait prendre dans le bec adroit du coq \u00e9sopique se prenant pour un dramaturge et qui, en raison de son ignorance, cherche obstin\u00e9ment \u00e0 faire sortir le spectateur \u00ab&nbsp;de sa zone de confort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re expression, devenue totalement banale et d\u00e9nu\u00e9e de sens, justifie l\u2019agression lexicale et les ambitions des cabotins ignorants du th\u00e9\u00e2tre. Le terme galvaud\u00e9 par les <em>business coachs<\/em> charlatans a pris place dans le milieu th\u00e9\u00e2tral, en expliquant toute action violente de nature morale ou esth\u00e9tique contre le spectateur. Il appara\u00eet que le langage obsc\u00e8ne ne rencontre plus de r\u00e9sistance nulle part. Nous nous y sommes presque r\u00e9sign\u00e9s, oubliant que les textes toxiques empoisonnent l\u2019environnement au m\u00eame titre que les productions nocives. Il est vrai que sur sc\u00e8ne, les obsc\u00e9nit\u00e9s verbales mettent souvent certains spectateurs mal \u00e0 l\u2019aise, jusqu\u2019\u00e0 provoquer du d\u00e9go\u00fbt, comme s\u2019ils remarquaient un insecte abominable rampant sur le mur. Et c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-83\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image7.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image7-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image7-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La lecture de<em> Les Neutres<\/em> de Sofia Oufimzeva-Gordeeva. Metteuse en sc\u00e8ne&nbsp;: E.Pen. Photo&nbsp;: Nikita Kotovsky<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Les \u00e9cologistes nous pr\u00e9viennent \u00e0 propos d\u2019un moment \u00e0 partir duquel le changement climatique devient irr\u00e9versible. Ne sommes-nous pas proches de la limite au-del\u00e0 de laquelle non seulement le spectateur est humili\u00e9, mais aussi o\u00f9 la personnalit\u00e9 du com\u00e9dien se d\u00e9truit&nbsp;? Anastassia Zou\u00efeva, une actrice du Th\u00e9\u00e2tre d\u2019art de Moscou, se souvient que Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko prot\u00e9geaient les com\u00e9diens. Le public, de plus, prot\u00e9geait lui aussi les com\u00e9diens en n\u2019osant pas perturber une action sur sc\u00e8ne par des bruits d\u00e9rangeants et l\u2019expression inappropri\u00e9e d\u2019\u00e9motions. Qui prot\u00e8ge les com\u00e9diens aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre question&nbsp;: la destruction de la Parole humaine est-elle r\u00e9versible au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Sans la Parole, la pens\u00e9e devient boueuse et artificielle, les sentiments sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019aide de pochoirs primitifs par les auteurs de pi\u00e8ces th\u00e9\u00e2trales. Et le public, compos\u00e9 de locuteurs natifs, se fait prendre en otage dans l\u2019espace communicatif o\u00f9 le langage obsc\u00e8ne<em>, <\/em>cecode culturel de la soci\u00e9t\u00e9, risque de devenir la norme de la communication verbale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est impossible d\u2019exiger une attitude responsable envers la nature sans exiger une attitude responsable envers l\u2019homme. Un air pur, une eau pure et une langue maternelle pure \u00e9duquent et instruisent l\u2019homme, dont la vie enti\u00e8re est une route vers le Temple, vers la lumi\u00e8re et la bont\u00e9. Vissarion Belinski a qualifi\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de Temple de l\u2019art. Il y a de la place pour la V\u00e9rit\u00e9 et la Parole, mais pas pour la salet\u00e9 et la vulgarit\u00e9. \u00ab&nbsp;La parole, la langue nous aident \u00e0 observer, \u00e0 remarquer et \u00e0 comprendre ce que nous n\u2019aurions pas vu ni compris sans elles, elles font d\u00e9couvrir \u00e0 l\u2019homme le monde qui l\u2019entoure&nbsp;\u00bb, a \u00e9crit Likhatchov&nbsp;(Likhatchov 27). La culture de la langue est une manifestation de la culture de la pens\u00e9e et de la conscience linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un article scientifique devrait se terminer par des conclusions. Mais je laisse la finale ouverte, libre d\u2019une in\u00e9vitable moralisation. Il ne fait aucun doute que le th\u00e9\u00e2tre a le droit de suivre sa propre voie dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans les arts.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, pour r\u00e9sumer mes r\u00e9flexions, je vais citer un passage du dialogue-parabole du film <em>Le Repentir,<\/em> du r\u00e9alisateur g\u00e9orgien Tengiz Abuladze<a href=\"#end7\" name=\"back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8230;Je demande&nbsp;: cette route m\u00e8ne-t-elle au Temple&nbsp;? &#8211; r\u00e9p\u00e9ta <br>impatiemment et avec exigence la vieille femme. <br>&#8211; Non [&#8230;] Elle ne m\u00e8ne pas au Temple. <br>L\u2019inconnue, surprise, leva les sourcils&nbsp;: <br>&#8211; \u00c0 quoi elle sert alors&nbsp;? \u00c0 quoi sert la route si elle ne m\u00e8ne pas au Temple&nbsp;? <\/p>\n<cite>Bo\u017eovi\u0107 114<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes de fin<\/strong><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\"><\/a><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Youri Lotman (1922<em>\u2013<\/em>1993). S\u00e9mioticien, philologue, sp\u00e9cialiste estonien de la litt\u00e9rature et historien de la culture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> L\u2019expression d\u00e9signant le <em>mat<\/em> russe \u2013&nbsp;le langage obsc\u00e8ne russe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Le syst\u00e8me actuel de classification par \u00e2ge des films est \u00e9tabli par les lois de la R\u00e9publique du Kazakhstan \u00ab&nbsp;Sur la protection des enfants contre les informations nuisibles \u00e0 leur sant\u00e9 et \u00e0 leur d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb du 2 juillet 2018, n\u00b0 169-V\u0406 \u0417\u0420\u041a, &#8220;Sur la cin\u00e9matographie&#8221; du 3 janvier 2019 n\u00b0212-V\u0406 \u0417\u0420\u041a et \u00ab&nbsp;Sur la t\u00e9l\u00e9vision et la radio&nbsp;\u00bb du 18 janvier 2012 n\u00b0545-1V.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end4\" href=\"#back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Anatoli Lounatcharski (1875<em>\u2013<\/em>1933). Critique musical et th\u00e9\u00e2tral russe. Le premier commissaire du Narkompros (Commissariat du Peuple \u00e0 l\u2019Instruction publique) dans le gouvernement sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end5\" href=\"#back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> R\u00e9sum\u00e9 de la nouvelle d\u2019Anton Tchekhov&nbsp;: un auteur connu re\u00e7oit chez lui, contre son gr\u00e9 et apr\u00e8s un long si\u00e8ge, une \u00e9crivaine dilettante qui lui fait lecture de son long et ennuyeux drame. Au deuxi\u00e8me acte, n\u2019en pouvant plus, il la tue. Le jury l\u2019acquitte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end6\" href=\"#back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Gueorgui Tovstonogov (1915<em>\u2013<\/em>1989). Metteur en sc\u00e8ne russe et sovi\u00e9tique, dirigeant du Grand th\u00e9\u00e2tre dramatique acad\u00e9mique \u00e0 Leningrad.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end7\" href=\"#back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Tenguiz Abouladz\u00e9 (1924<em>\u2013<\/em>1994). R\u00e9alisateur sovi\u00e9tique et g\u00e9orgien. En 1987 il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 par un Grand prix au Festival de Cannes pour son film <em>Le Repentir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Belinski, Vissarion. \u00abLiteraturnie mechtaniya [R\u00eaves litt\u00e9raires].\u00bb <em>O drame i teatre [sur le drame et le th\u00e9\u00e2tre] en deux volumes<\/em> 1 (1983): 6<em>\u2013<\/em>16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Bo\u017eovi\u0107, Viktor, \u00e9d. <em>Pokayanie [Le Repentir]<\/em>. Moskva: Vsesoyuznoe tvortchesko-proizvodstvennoe objedinenie &#8221; Kinocentr &#8220;, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Likhatchov, Dmitri. \u00abEkologiya kulturi [\u00c9cologie de la culture].\u00bb Likhatchov, Dmitri. <em>Izbrannie trudi po russkoi i mirovoi kulture [\u0152uvres choisies sur la culture russe et mondiale]<\/em>. Saint-P\u00e9tersbourg: SPbGUP, 2015. 485<em>\u2013<\/em>489.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">\u2014. \u00abKultura kak celostnaya sreda [La culture en tant qu&#8217;environnement int\u00e9gral].\u00bb <em>Izbrannie trudi po russkoi i mirovoi kulture [\u0152uvres choisies sur la culture russe et mondiale]<\/em> 2015: 21<em>\u2013<\/em>33.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Lotman, Youri. \u00abTeatralnii yazik i jivopis. K probleme ikonicheskoi ritoriki [Langage th\u00e9\u00e2tral et peinture. Sur le probl\u00e8me de la rh\u00e9torique iconique].\u00bb <em>Teatralnoe prostranstvo [Espace th\u00e9\u00e2tral]<\/em> (1979): 238<em>\u2013<\/em>252.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Lounatcharski, Anatoli. \u00abIdeinaya pesa. Pismo iz Parija [Pi\u00e8ce id\u00e9ologique. Lettre de Paris].\u00bb <em>Russkii teatralnii feleton [Feuilleton th\u00e9\u00e2tral russe]<\/em> (1991): 504<em>\u2013<\/em>508.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Stanislavski, Konstantin. <em>Moya jizn v iskusstve [Ma vie dans l\u2019art]<\/em>. Moskva: Iskusstvo, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Tovstonogov, Gueorgui. \u00abPriroda chuvstv [La nature des sentiments].\u00bb <em>Teatr no. 3<\/em> 1989: 106<em>\u2013<\/em>108.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent\">Velehova, Nina. \u00abStoit li Parij messi ? [Paris vaut-il bien une messe ?].\u00bb <em>Teatr no. 9<\/em> (1990): 64<em>\u2013<\/em>74.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/Irina-Antonova200-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-225\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/Irina-Antonova200-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/Irina-Antonova200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Irina Antonova :<\/strong> PhD en histoire, critique ind\u00e9pendante de th\u00e9\u00e2tre (Kazakhstan). Coorganisatrice et membre de jury de Festivals internationaux des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes et des arts visuels au Kazakhstan, participante et observatrice de festivals et de rencontres professionnelles en France, Pologne, Russie. Auteure d\u2019articles sur l&#8217;histoire du th\u00e9\u00e2tre kazakh et fran\u00e7ais, et sur les diff\u00e9rentes formes de performances contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2022 Irina Antonova<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN:2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":80,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-76","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-national-reports"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/03\/image4.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1007,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76\/revisions\/1007"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/media\/80"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}