{"id":529,"date":"2022-06-07T14:55:24","date_gmt":"2022-06-07T14:55:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/?p=529"},"modified":"2023-03-15T11:06:17","modified_gmt":"2023-03-15T11:06:17","slug":"avignon-2021-liddell-vandalem-guedon-trois-manieres-de-faire-du-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/avignon-2021-liddell-vandalem-guedon-trois-manieres-de-faire-du-theatre\/","title":{"rendered":"Avignon 2021 : Liddell, Vandalem, Gu\u00e9don \u2013 Trois mani\u00e8res de faire du th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Selim Lander<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3c7ca\"><em>Liebestod<\/em>. Texte et mise en sc\u00e8ne, sc\u00e9nographie, costumes&nbsp;: Ang\u00e9lica Liddell. Avec A. Liddell, Borja Lopez, Gumersindo Puche, Palestina de los Reyes, Patrice Le Rouzic. Son&nbsp;: Antonio Navarro, lumi\u00e8res&nbsp;: Mark Van Denesse. Espagnol surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais, anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3c7ca\"><em>Kingdom<\/em>. Texte et mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Anne-C\u00e9cile Vandalem. Avec Arnaud Botman, Laurent Caron, Philippe Grand\u2019Henry, Epona Guillaume, Zo\u00e9 Lovacs. Frederico D\u2019Ambrosio, Leonor Malamatenios (\u00e9quipe de r\u00e9alisation). Les enfants en alternance&nbsp;: Juliette Goosens\/Ida M\u00fchleck, Lea Swaeles\/L\u00e9onie Chaidron, Isaac Mathot\/Noa Staes, Daryna Melnyck\/Eulalie Poucet. Les chiens Ice et Om\u00e9ga. Sc\u00e9nographie&nbsp;: Ruimtevaardres. Musique&nbsp;: Vincent Cahay, Pierre Kissling, son&nbsp;: Antoine Bourgain, lumi\u00e8res&nbsp;: Am\u00e9lie G\u00e9hin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3c7ca\"><em>Penth\u00e9sil\u00e9.e.s \u2013 Amazonomachie<\/em>. Texte&nbsp;: Marie Dilasser&nbsp;; M.E.S. La\u00ebtitia Gu\u00e9don&nbsp;; cr\u00e9ation sonore&nbsp;: J\u00e9r\u00f4me Castel&nbsp;; sc\u00e9nographie&nbsp;: Charles Chauvet&nbsp;; vid\u00e9os&nbsp;: Beno\u00eet Lahoz&nbsp;; lumi\u00e8res&nbsp;: L\u00e9a Maris&nbsp;; avec Lorry Hardel, Seydou Boro, Marie-Pascale Dub\u00e9&nbsp;; ch\u0153ur&nbsp;: Sonia Bonny, Juliette Boudet, Mathilde de Carn\u00e9, Lucile Pouthier.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Liebestod <\/em><\/strong><strong>\u2013 la provocation<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Ang\u00e9lica Liddell \u00e9tait en Avignon en 2016 avec une pi\u00e8ce dont nous avons dit peu de bien.<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Comme l\u2019indique le sous-titre&nbsp;: <em>El Olor a sangre no se me quita de los ojos&nbsp;\u2013 Juan <\/em><em>Belmonte<\/em>, elle raconte cette fois sa fascination de la mort dans une pi\u00e8ce inspir\u00e9e par le cr\u00e9ateur du \u00ab&nbsp;toreo spirituel&nbsp;\u00bb (sic). Quant au titre <em>Liebestod<\/em> (\u00ab&nbsp;mort d\u2019amour&nbsp;\u00bb en allemand), c\u2019est celui du final de <em>Tristan et Isolde<\/em> qui irriguera musicalement la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Liebes.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-531\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Liebes.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Liebes-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Liebes-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Liebestod<\/em> &#8211; Ang\u00e9lica Liddell s\u00e9duite par le taureau. Photo&nbsp;: Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans un d\u00e9cor d\u2019ar\u00e8ne de corrida, apr\u00e8s un prologue muet o\u00f9 l\u2019on voit appara\u00eetre successivement des chats (vivants et qui reviendront tout \u00e0 fait \u00e0 la fin) et un monolithe fa\u00e7on <em>2001, Odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em>, la pi\u00e8ce est divis\u00e9e en trois parties dont les deux premi\u00e8res sont la caricature d\u2019une certaine hyst\u00e9rie f\u00e9minine. A. L., assise sur une chaise, se soigne les jambes avec des compresses tout en vocif\u00e9rant (ce qu\u2019elle fera jusqu\u2019\u00e0 la toute fin). On attend le moment (sa sp\u00e9cialit\u00e9) o\u00f9 elle \u00e9cartera ses cuisses et exhibera son sexe \u00e0 nu. Cette fois, elle passe dessus un chiffon qui ressort souill\u00e9, ce qui nous vaut cette comparaison raffin\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;le sang et le sperme&nbsp;; le sang du Christ et le lait de la Vierge Marie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la deuxi\u00e8me partie, elle invective un taureau de carton-p\u00e2te, appelant la mort dans des termes pour le moins surprenants, du genre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je veux mourir parce que je veux vivre&nbsp;\u00bb&nbsp;! Comprenne qui pourra. Cela se termine par un mariage avec un handicap\u00e9 (r\u00e9el) auquel manquent un bras et une jambe.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin arrive la troisi\u00e8me partie nettement moins ennuyeuse pendant laquelle A. L., se prenant elle-m\u00eame \u00e0 partie, se moque de la complaisance qu\u2019elle a d\u00e9montr\u00e9e jusque-l\u00e0 (mais pourquoi l\u2019avoir fait dans ce cas&nbsp;?) et se moque des spectateurs (futurs instituteurs ou directeurs d\u2019\u00e9cole aux ambitions rat\u00e9es&nbsp;!) et d\u2019un monde du spectacle fonctionnaris\u00e9 qui a perdu son \u00e2me, i.e. l\u2019\u00e2me de la r\u00e9volte, celle des Rimbaud, Artaud, Genet\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La conclusion verra revenir le mari handicap\u00e9 sorti de sa chaise roulante et dorlot\u00e9 par A. L. \u00c0 la toute fin, il traversera la sc\u00e8ne sur son lit de mort, accompagn\u00e9 par les chats du prologue, dans une cage de verre. Ovations du public troubl\u00e9es par quelques \u00ab&nbsp;ouh&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Kingdom <\/em><\/strong><strong>\u2013 le classicisme<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Anne-C\u00e9cile Vandalem n\u2019a laiss\u00e9 pour sa part que de bons souvenirs au festival. <em>Kingdom<\/em> est la derni\u00e8re pi\u00e8ce d\u2019une trilogie dont on a pu appr\u00e9cier les deux premiers opus, <em>Tristesse<\/em> (2016)<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> et <em>Arctique<\/em> (2018).<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> <em>Kingdom<\/em> raconte l\u2019histoire d\u2019une famille qui s\u2019est taill\u00e9 un petit royaume dans la ta\u00efga. Avec les cousins qui se sont install\u00e9s plus tard, on ne s\u2019aime pas plus qu\u2019on ne se fr\u00e9quente, une barri\u00e8re s\u00e9pare les deux domaines.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelica-Kingdom-photo-Christophe-Raynaud-de-Lage.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-530\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelica-Kingdom-photo-Christophe-Raynaud-de-Lage.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelica-Kingdom-photo-Christophe-Raynaud-de-Lage-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelica-Kingdom-photo-Christophe-Raynaud-de-Lage-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Kingdom<\/em> \u2013 la petite maison dans la ta\u00efga. Photo&nbsp;: Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Kingdom<\/em> est une fable \u00e9cologique qui a mal tourn\u00e9. Les cousins pr\u00e9dateurs sont les plus forts. Mais va-t-on au th\u00e9\u00e2tre pour y apprendre une morale&nbsp;? C\u2019est un spectacle qu\u2019on vient chercher, du d\u00e9paysement, des \u00e9motions, des caract\u00e8res hors norme, tout ce qui est dans <em>Kingdom<\/em>. Dans le d\u00e9cor d\u2019abord&nbsp;: un coin de ta\u00efga avec une modeste maison de bois, une rivi\u00e8re borde le domaine, une barque est pos\u00e9e sur la rive, on voit encore un bouquet d\u2019arbre, une palissade. Deux chiens sont l\u00e0 comme chez eux. Il y aura deux cin\u00e9astes sur le plateau, deux personnages import\u00e9s venus r\u00e9aliser un documentaire sur ce retour \u00e0 la nature. Les membres de la famille les invitent \u00e0 filmer telle ou telle sc\u00e8ne, en ext\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison qui sera alors projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran au-dessus du plateau. La barri\u00e8re entre les deux familles n\u2019est pas infranchissable, un amour \u00e0 la Rom\u00e9o et Juliette s\u2019est nou\u00e9. Mais l\u2019un des fils du patriarche ne donne plus signe de vie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La beaut\u00e9 de cette pi\u00e8ce tient en grande partie \u00e0 la pr\u00e9sence de quatre jeunes enfants qui jouent, travaillent \u00e0 d\u00e9nouer un filet, ramassent du bois. Les deux chiens ajoutent une pr\u00e9sence et une dimension \u00e9motionnelle. Il y a encore deux adolescents r\u00e9volt\u00e9s comme il convient \u00e0 cet \u00e2ge et trois adultes avec de vraies trognes de pionniers. A.-C. V. organise tout ce petit monde avec maestria. La magie du th\u00e9\u00e2tre fonctionne&nbsp;: on est transport\u00e9 dans cet univers en toc avec cette famille en toc et l\u2019on a envie d\u2019y croire&nbsp;; ces gens ont beau \u00eatre s\u00e9par\u00e9s de nous par une rivi\u00e8re, nous sommes avec eux, nous partageons leurs sentiments, leurs craintes, nous souhaitons que leur aventure r\u00e9ussisse. Aucune recherche de distanciation, ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, ce th\u00e9\u00e2tre est-il vieux jeu&nbsp;? La comparaison avec <em>Liebestod<\/em> illustre parfaitement la scission qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9e entre, d\u2019une part, des metteurs (metteuses) en sc\u00e8ne, comme Anne-C\u00e9cile Vandalem qui, sans se croire oblig\u00e9s de puiser dans le r\u00e9pertoire<a href=\"#end4\" name=\"back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, conservent le souci de ce que l\u2019on appellera, faute de mieux, le \u00ab&nbsp;beau&nbsp;\u00bb, le \u00ab vrai&nbsp;\u00bb, et, d\u2019autre part, des \u00ab&nbsp;artistes&nbsp;\u00bb comme Ang\u00e9lica Liddell, homologues de certains&nbsp; plasticiens d\u2019aujourd\u2019hui qui se satisfont d\u2019exprimer leur \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb sans se soucier des go\u00fbts v\u00e9ritables du public, comptant sur la mode qui porte l\u2019art \u00ab&nbsp;contemporain&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Penth\u00e9sil\u00e9.e.s-Amazonomachie <\/em><\/strong><strong>\u2013 le \u00ab&nbsp;wokisme&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La\u00ebtitia Gu\u00e9don est fran\u00e7aise. Le r\u00e9sultat de la mise en sc\u00e8ne d\u2019un texte command\u00e9 \u00e0 Marie Dilasser est superbe du point de vue visuel et acoustique. Apr\u00e8s un prologue au cours duquel Marie-Pascale Dub\u00e9 mime \u00e0 grand renfort d\u2019onomatop\u00e9es un personnage dans lequel on croit reconna\u00eetre une amazone sur le sentier de la guerre, appara\u00eet Penth\u00e9sil\u00e9e (Lorry Hardel), la reine, majestueuse \u00e0 souhait (<em>mais,<\/em> comprendra-t-on bient\u00f4t, d\u00e9j\u00e0 morte), qui monte sur une petite estrade encadr\u00e9e de grosses bougies. Elle se lance dans un premier r\u00e9cit, d\u2019abord chuchot\u00e9, puis \u00e0 pleine voix. Achille (Seydou Boro) l\u2019interpelle par le truchement de l\u2019\u00e9cran de fond de sc\u00e8ne. Pourquoi&nbsp;?, par exemple, contrairement au mythe, s\u2019est-elle suicid\u00e9e en lan\u00e7ant le poitrail de son cheval contre la lance d\u2019Achille&nbsp;? La r\u00e9ponse de la reine n\u2019est pas tr\u00e8s claire&nbsp;; on croit comprendre qu\u2019elle aurait permis ainsi l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de femmes lib\u00e9r\u00e9e des hommes et, \u00e0 la diff\u00e9rence des amazones du mythe, heureuse et paisible. Suit un interm\u00e8de o\u00f9 Achille entame une sorte de danse d\u00e9sarticul\u00e9e qui traduit son chagrin et sa d\u00e9r\u00e9liction, au rebours du triomphe li\u00e9 \u00e0 sa victoire sur Penth\u00e9sil\u00e9e. Selon une version du mythe, Achille aurait \u00e9t\u00e9 en effet amoureux de Penth\u00e9sil\u00e9e&nbsp;; il vivrait alors un double deuil, de celle qu\u2019il aimait et de son ami Patrocle. Dans la derni\u00e8re partie de la pi\u00e8ce intervient un ch\u0153ur de quatre chanteuses qui interpr\u00e8tent <em>a cappella <\/em>(et sans micros) des morceaux de la musique sacr\u00e9e (occidentale). Elles interrompent ou se superposent au nouveau discours d\u2019une Penth\u00e9sil\u00e9e ressuscit\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Penthes.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-532\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Penthes.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Penthes-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Penthes-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Lorry Hardel en <em>Penth\u00e9sil\u00e9e<\/em>. Photo&nbsp;: Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tout cela, encore une fois, est tr\u00e8s beau, les interpr\u00e8tes \u2013&nbsp;com\u00e9diennes, danseur, chanteuses&nbsp;\u2013 sont magnifiques. Mais trop c\u2019est trop. Rien \u00e0 dire contre le choix d\u2019une Penth\u00e9sil\u00e9e et d\u2019un Achille noirs. Au contraire&nbsp;: pour le public europ\u00e9en en majorit\u00e9 blanc auquel cette pi\u00e8ce est surtout destin\u00e9e, le choix d\u2019interpr\u00e8tes issus des \u00ab&nbsp;minorit\u00e9s visibles&nbsp;\u00bb rend encore plus \u00e9vidente la distance avec les personnages de la mythologie. Cependant, fallait-il absolument choisir une com\u00e9dienne d\u2019un tel embonpoint pour interpr\u00e9ter Penth\u00e9sil\u00e9e, si ce n\u2019est pour cocher une case de plus de la rectitude politique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Car le texte en rajoute. Sur l\u2019engagement f\u00e9ministe, d\u2019abord, avec sa fastidieuse \u00e9num\u00e9ration des diverses sortes de sexes f\u00e9minins, la \u00ab&nbsp;galanterie vaincue&nbsp;\u00bb, les hommes \u00ab&nbsp;d\u00e9nonc\u00e9s&nbsp;\u00bb. Et fallait-il vraiment que le pauvre Achille, bien loin du h\u00e9ros de<em> l\u2019Iliade<\/em>, ne cesse de se tra\u00eener par terre&nbsp;? Comme si cela ne suffisait pas, on appelle les transsexuels \u00e0 la rescousse (\u00ab&nbsp;nous sommes une foule de trans&nbsp;\u00bb proclame une voix off), tandis que Penth\u00e9sil\u00e9e, dans son dernier discours \u00e0 figure de manifeste, se d\u00e9clare \u00e9galement antisp\u00e9ciste (\u00ab&nbsp;nous ne valons pas mieux qu\u2019un cochon d\u2019Inde&nbsp;\u00bb (sic).<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces beaux discours s\u2019adressant \u00e0 des spectateurs de th\u00e9\u00e2tre d\u00e9j\u00e0 tol\u00e9rants envers les diff\u00e9rentes \u00ab&nbsp;diversit\u00e9s&nbsp;\u00bb, autant dire que la pi\u00e8ce n\u2019a rien \u00e0 leur apprendre. Le th\u00e9\u00e2tre doit-il vraiment se suffire de caresser les spectateurs dans le sens du poil&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8res remarques&nbsp;: \u00c9tait-il indispensable d\u2019\u00e9quiper les com\u00e9diens de micros sans que la taille du lieu ne le justifie et pour une pi\u00e8ce, de surcro\u00eet, directement inspir\u00e9e du r\u00e9pertoire antique&nbsp;? Les acteurs dans les vastes th\u00e9\u00e2tres en plein-air de Gr\u00e8ce ou de Rome parvenaient bien \u00e0 se faire entendre, et ce, derri\u00e8re un masque&nbsp;! En outre, l\u2019amplification des voix contrecarre une autre mode, celle de la nudit\u00e9&nbsp;: on voit moins de com\u00e9diens int\u00e9gralement nus sur les plateaux. C\u2019est qu\u2019il faut bien dissimuler l\u2019\u00e9metteur&nbsp;! M\u00eame si les micros d\u2019oreille sont de moins en moins visibles, ce n\u2019est pas le cas de cet autre accessoire. Marie-Pascale Dub\u00e9 qui \u00e9tait cens\u00e9e se d\u00e9shabiller enti\u00e8rement \u00e0 un moment de la pi\u00e8ce est ainsi contrainte de garder une culotte couleur chair boursoufl\u00e9e dans le dos par l\u2019\u00e9metteur, pour un effet pour le moins incertain.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes de fin<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2016-3-que-hare-yo-dangelica-liddell\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2016-3-que-hare-yo-dangelica-liddell\/<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2016-1-bonjour-tristesses\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2016-1-bonjour-tristesses\/<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2018-10-vandalem-couperus-van-hove-in\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/periples-des-arts\/avignon-2018-10-vandalem-couperus-van-hove-in\/<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a name=\"end4\" href=\"#back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> <em>Kingdom<\/em> est inspir\u00e9e librement du documentaire <em>Braguino<\/em> de Cl\u00e9ment Cogitore.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/Selim-Lander-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-533\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Selim Lander<\/strong> vit en Martinique (Antilles fran\u00e7aises). Ses critiques paraissent dans la revue \u00e9lectronique <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/\" target=\"_blank\">mondesfrancophones.com<\/a> et dans la revue <em>Esprit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2022 Selim Lander<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":532,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-529","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-content\/uploads\/sites\/26\/2022\/06\/PER-Angelika-Penthes.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/529","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=529"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/529\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":992,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/529\/revisions\/992"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/media\/532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=529"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=529"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/25\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=529"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}