{"id":57,"date":"2021-04-10T10:10:23","date_gmt":"2021-04-10T10:10:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/?p=57"},"modified":"2026-06-19T11:37:50","modified_gmt":"2026-06-19T11:37:50","slug":"la-resilience-des-pratiques-de-theatralite-a-travers-les-ages-exemples-du-bassin-linguistique-arabe-et-du-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/la-resilience-des-pratiques-de-theatralite-a-travers-les-ages-exemples-du-bassin-linguistique-arabe-et-du-maroc\/","title":{"rendered":"La r\u00e9silience des pratiques de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 \u00e0 travers les \u00e2ges : exemples du bassin linguistique arabe et du Maroc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Baker Saddiki<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract wp-block-paragraph\">Cet essai, qui n\u2019a pas pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9, a essentiellement pour objet de poser des interrogations au sujet de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 arabe, depuis ses origines populaires et patrimoniales attest\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 nos jours ; questionnements qui apportent un certain \u00e9clairage face \u00e0 une notion qui subitement est devenue notre r\u00e9alit\u00e9 commune : la r\u00e9silience.&nbsp;En ce sens, la pertinence de la d\u00e9marche est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ombre des incertitudes actuelles, et une meilleure connaissance du pass\u00e9 ne peut que participer \u00e0 la construction perp\u00e9tuelle du pr\u00e9sent pour tendre vers un avenir meilleur, et surtout l\u2019id\u00e9al que l\u2019on s\u2019en fait ; puisque comme disait le philosophe fran\u00e7ais Henri Bergson : \u00ab L\u2019id\u00e9e de l\u2019avenir est plus f\u00e9conde que l\u2019avenir lui-m\u00eame. \u00bb<br><strong>Mots\u2013cl\u00e9s : <\/strong>th\u00e9\u00e2tre marocain, th\u00e9\u00e2tre arabe, r\u00e9silience des pratiques, focus historique<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>The Resilience of Theatrical Practices Across the Ages: Examples from the Arabic Linguistic Sphere and Morocco<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Abstract<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"abstract wp-block-paragraph\">This essay, which does not claim to be exhaustive, primarily aims to raise questions concerning Arabic theatricality, from its popular and heritage origins, which are well documented, to the present day. These inquiries shed light on a concept that has suddenly become our shared reality: resilience. In this regard, the relevance of this approach is all the more necessary amidst current uncertainties, and a deeper understanding of the past can only contribute to the ongoing construction of the present, in order to strive towards a better future, and especially towards the ideal we envision. As the French philosopher Henri Bergson once said, \u201cThe idea of the future is more fruitful than the future itself.\u201d<br><br><strong>Keywords:<\/strong> Moroccan theatre, Arabic theatre, resilience of practices, historical focus<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>La culture en <em>stand-by<\/em> \u00e0 l\u2019heure du Stop COVID, mais avant&nbsp;?\u2026<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019humanit\u00e9 a v\u00e9cu une situation pand\u00e9mique unique, et inique \u00e0 bien des \u00e9gards, qui marqua un arr\u00eat quasi total durant plusieurs mois des activit\u00e9s li\u00e9es au spectacle vivant, dans une grande partie du globe terrestre. Une suspension qui impacta fortement les professionnels du secteur, avec des cons\u00e9quences socio\u00e9conomiques majeures, d\u2019autant plus probl\u00e9matiques que l\u2019employabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la pratique th\u00e9\u00e2trale \u2013&nbsp;et artistique en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u2013 est souvent frapp\u00e9e de pr\u00e9carit\u00e9, selon la d\u00e9finition \u00e9conomique classique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce qui est th\u00e9oris\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es, malgr\u00e9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de ses composantes, sous l\u2019acception \u00ab&nbsp;Industries culturelles et cr\u00e9atives&nbsp;\u00bb, le th\u00e9\u00e2tre appartient \u00e0 la cat\u00e9gorie des \u00ab&nbsp;Arts de la sc\u00e8ne et festivit\u00e9s&nbsp;\u00bb, comme le d\u00e9finit la classification de l\u2019UNESCO en vigueur \u00e0 des fins analytiques et statistiques. Cette tendance \u00e0 une \u00ab&nbsp;\u00e9conomisation&nbsp;\u00bb de la logique culturelle et de la pratique artistique, initi\u00e9e depuis le si\u00e8cle dernier, tend \u00e0 se normaliser aupr\u00e8s des acteurs eux-m\u00eames, du monde acad\u00e9mique ainsi que des autorit\u00e9s nationales et transnationales de tutelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 noter que le concept d\u2019<em>industrie culturelle<\/em> a \u00e9t\u00e9 introduit d\u00e8s 1947 par les Allemands Max Horkheimer et Theodor Adorno, fondateurs de l\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9cole de Francfort&nbsp;\u00bb, dans leur ouvrage <em>La Dialectique de la Raison<\/em> (<em>Dialektik der Aufkl\u00e4rung<\/em>\n<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, mais sont \u00e9voqu\u00e9es ici les \u00e9volutions acad\u00e9miques ult\u00e9rieures. En somme, cette grille de lecture pourrait \u00e9ventuellement aider \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des logiques sectorielles dans leurs aspects positifs de convergence des approches th\u00e9oriques et empiriques, mais en aucun cas servir d\u2019unique grille de lecture \u00e0 un domaine dans son essence insoumis, fr\u00f4lant parfois la s\u00e9dition vis-\u00e0-vis de l\u2019ordre \u2013&nbsp;au moins&nbsp;\u2013 social \u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le terme \u00ab&nbsp;Art&nbsp;\u00bb d\u00e9rive comme nous le savons du latin <em>ARS<\/em> \u2013 <em>ARTIS<\/em>, qui signifie \u00ab&nbsp;habilet\u00e9, m\u00e9tier, connaissance technique&nbsp;\u00bb, et durant ses diff\u00e9rentes \u00e9volutions \u00e9tymologiques \u00e0 travers les \u00e2ges, il fut m\u00eame parfois associ\u00e9 aux pratiques occultes et satanistes. C\u2019est dire le statut social des troubadours d\u2019antan, h\u00e9ritiers des interpr\u00e8tes grecs des textes de Sophocle et d\u2019Eschyle, ainsi que les contemporains de Moli\u00e8re, lui-m\u00eame inclus, auxquels l\u2019\u00c9glise refusait les derniers sacrements, leur imposant de ce fait la damnation \u00e9ternelle, avec ce que cela impliquait comme cons\u00e9quences dans les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, empreintes de religiosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les logiques actuelles tendraient \u00e0 occulter <em>de facto<\/em> l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pratiques artistiques, soit des nombreuses pratiques de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 potentiellement th\u00e9\u00e2tralisables dans son acception actuelle, mais encore plus l\u2019histoire longue et souvent sinueuse de ces diff\u00e9rentes traditions desquelles d\u00e9coule en partie l\u2019art du th\u00e9\u00e2tre dans ses formes pr\u00e9sentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, l\u2019histoire ne souffre pas de souffler les bougies de la dur\u00e9e de vie d\u2019un individu, et nous savons que pratiquement tous les professionnels des m\u00e9tiers sc\u00e9niques vivent actuellement une situation \u00e9conomique et sociale qui pour certains a depuis longtemps d\u00e9pass\u00e9 le point de rupture. Il me para\u00eet n\u00e9anmoins essentiel d\u2019aborder la r\u00e9silience des pratiques de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 \u00e0 travers les \u00e2ges, notamment dans le bassin culturel \u00e0 dominance linguistique arabe, auquel au final assez peu de chercheurs occidentaux se sont attel\u00e9s, comparativement au corpus existant en la mati\u00e8re concernant l\u2019\u00e9volution du <em>theatron<\/em> \u00e0 travers les \u00e9poques, depuis les f\u00eates \u00e0 la gloire de Dionysos jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Aper\u00e7u des pratiques de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 durant l\u2019\u00e9poque ant\u00e9islamique<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un pan non n\u00e9gligeable des traditions arabo-musulmanes est bas\u00e9 sur l\u2019oralit\u00e9, qu\u2019elles soient transcrites ou non, et cela est d\u2019autant plus vrai dans la soci\u00e9t\u00e9 arabe ant\u00e9islamique, o\u00f9 la prose allait souvent de pair avec le statut social des individus. Plusieurs figures majeures parmi les praticiens arabes du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont tent\u00e9 de revitaliser en partie cet h\u00e9ritage et ce corpus litt\u00e9raire dans lequel ils ont abondamment puis\u00e9&nbsp;; cristallis\u00e9e dans l\u2019un des exemples les plus probants&nbsp;: <em>Mille et une Histoires au Souk d\u2019Okaz<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e de l\u2019Irak jusqu\u2019au Maroc en passant par le Th\u00e9\u00e2tre Royal Albert Hall de Londres en 1985. Cette pi\u00e8ce reprend dans son essence les traditions arabes en mati\u00e8re de dramaturgie avec un texte original de l\u2019auteur palestino-jordanien Walid Saif, des musiques de l\u2019Irakien Mounir Bashir, une mise en sc\u00e8ne du Marocain Tayeb Saddiki et une production de l\u2019artiste libanaise Nidal al-Ashkar&nbsp;; la troupe \u00e9tait constitu\u00e9e d\u2019acteurs du Maroc, d\u2019Alg\u00e9rie, du Liban, de Syrie, de Palestine, d\u2019Irak et de Jordanie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet exemple illustre parfaitement les origines de ces quelques pratiques qui sont l\u2019un des fondements de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 arabe, parfois assimil\u00e9es par quelques chercheurs et acad\u00e9miciens \u00e0 des pratiques pr\u00e9th\u00e9\u00e2trales, et qui reviennent \u00e0 ces fameuses places o\u00f9 les po\u00e8tes s\u2019adonnaient \u00e0 des joutes verbales et les conteurs, \u00e0 des performances d\u2019interpr\u00e9tation, devant un public nombreux. Ces formes anciennes de spectacle vivant se passaient sur les places publiques, particuli\u00e8rement dans les march\u00e9s hebdomadaires et les foires annuelles, dont l\u2019une des plus fameuses est celle du \u00ab&nbsp;Souk Okaz&nbsp;\u00bb, dans la p\u00e9ninsule arabique.\n<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains \u00e9crits et r\u00e9cits nous sont parvenus, et l\u2019on peut constater leur actualit\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque, \u00e9logieux ou satiriques selon les auteurs, traitant entre autres de sujets sociaux et\/ou politiques. Les <em>Mu&#8217;allaqu\u00e2t<\/em>, un ensemble de po\u00e8mes d\u2019avant l\u2019apparition de l\u2019Islam, traduites par Jacques Berque\n<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, en sont un exemple \u00e9loquent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Signalons que le terme <em>Mu&#8217;allaqu\u00e2t<\/em> signifie litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;<em>Les Suspendues<\/em>&nbsp;\u00bb, et l&#8217;interpr\u00e9tation la plus ancienne et la plus populaire veut que ces odes aient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es si excellentes qu&#8217;elles auraient \u00e9t\u00e9 brod\u00e9es en lettres d&#8217;or puis suspendues \u00e0 la <em>Ka\u2019aba<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Voil\u00e0&nbsp;! Ma louange si bellement tu l&#8217;\u00e9coutes<\/em><br><em>Ce n&#8217;aura pas \u00e9t\u00e9, oh non, mal\u00e9diction&nbsp;!<\/em><br><em>Pour me produire \u00e0 tes faveurs<\/em><br><em>Ce n&#8217;est qu&#8217;une plaidoirie, puisse-t-elle me servir<\/em><br><em>Sinon j&#8217;aurais fait pacte avec le malheur&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le po\u00e8te Al-Nabigha Al-D\u0320ubyani, auteur de ces vers, \u00e9tait l\u2019un des nombreux orateurs de la c\u00e9l\u00e8bre place Okaz cit\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, et la tradition arabe le cite abondamment avec sa c\u00e9l\u00e8bre tente (<em>Qiba \u2019<\/em>en arabe) se livrant \u00e0 des exercices de style et envol\u00e9es lyriques face au public et aux badauds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant cette p\u00e9riode ant\u00e9islamique, \u00e0 travers quelques textes et \u00e9crits qui nous sont parvenus et dont certains d\u00e9crivent le v\u00e9cu de l\u2019\u00e9poque&nbsp;; nous pouvons \u00e9galement retenir les <em>Sa&#8217;\u00e2l\u00eek<\/em>&nbsp;; un mouvement de r\u00e9prouv\u00e9s sociaux et d\u2019insoumis de diverses provenances, des bandes de rebelles des temps anciens, mais surtout des po\u00e8tes et orateurs de premier plan. Leur sinistre r\u00e9putation les pr\u00e9c\u00e9dant n\u2019emp\u00eachait aucunement les gens d\u2019aller \u00e0 leur rencontre et de se d\u00e9lecter de leurs c\u00e9l\u00e8bres joutes verbales, majoritairement anticonformistes, dans une soci\u00e9t\u00e9 tribale fortement codifi\u00e9e et hi\u00e9rarchis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019\u00e0 nos jours, le singulier du terme pluriel <em>Sa\u2019\u00e2l\u00eek<\/em> est <em>Su&#8217;l\u00fbk<\/em> qui, suite \u00e0 une \u00e9volution \u00e9tymologique, d\u00e9finit actuellement l\u2019insoumis et le rebelle dans une traduction approximative, tant l\u2019impact est grand dans l\u2019imaginaire arabe de ces Robins des bois du 6<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, auxquels par ailleurs la l\u00e9gende pr\u00eate les hauts faits de redistribution des tr\u00e9sors pill\u00e9s en faveur des n\u00e9cessiteux. Nous le voyons, ces diverses pratiques sociales \u00e0 caract\u00e8re litt\u00e9raire traduisent des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019expression sociale, en phase avec l\u2019actualit\u00e9 du moment, d\u2019autant plus pertinentes dans leur th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, puis th\u00e9\u00e2tralisation moderne ult\u00e9rieure, qu\u2019elles \u00e9taient accomplies dans l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nombreuses manifestations dramatiques existaient \u00e9galement durant cette p\u00e9riode, et \u00e0 l\u2019instar de la Gr\u00e8ce antique et de l\u2019\u00c9gypte pharaonique, celles-ci concernaient essentiellement les f\u00eates consacr\u00e9es aux divinit\u00e9s (pratiques animistes), ou bien les f\u00eates saisonni\u00e8res de <em>Nayr\u00fbz<\/em>&nbsp;: printemps, et de <em>Mihraj\u00e2n<\/em>&nbsp;: automne, \u00e0 l\u2019occasion des foires p\u00e9riodiques, venant se greffer aux diverses joutes oratoires et performances cit\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment.\n<a href=\"#end4\" name=\"back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Notons que le terme \u00ab&nbsp;festival&nbsp;\u00bb se traduit aujourd\u2019hui par <em>Mihraj\u00e2n<\/em> en arabe, ce qui est r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019impact et la survivance \u2013&nbsp;sous une forme ou une autre&nbsp;\u2013 dans les pratiques artistiques actuelles de certaines formes antiques, quand bien m\u00eame celles-ci seraient difficilement cernables dans les grilles d\u2019analyse contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut signaler enfin que la langue dans la culture arabe rev\u00eat un caract\u00e8re sacr\u00e9, d\u2019o\u00f9 la pr\u00e9dominance du texte sur le visuel dans l\u2019imaginaire collectif&nbsp;; champs que la critique gagnerait \u00e0 analyser plus en profondeur, et auxquels les praticiens pass\u00e9s et actuels de l\u2019\u00e8re moderne se sont attel\u00e9s \u00e0 travers leurs exp\u00e9rimentations diverses et vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9loquent par ailleurs est cet exemple de l&#8217;\u00e9crivain \u00e9rudit Jorge Luis Borges, qui d\u00e9crit les dichotomies du rapport des Arabes avec les arts visuels, dans sa c\u00e9l\u00e8bre nouvelle \u00ab&nbsp;La qu\u00eate d\u2019Averro\u00e8s&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;parue dans son recueil <em>L\u2019Aleph<\/em> en 1949&nbsp;\u2013 lors d\u2019une mise en situation \u00e0 propos d\u2019une s\u00e9ance th\u00e9\u00e2trale en Chine m\u00e9di\u00e9vale, o\u00f9 les protagonistes arabes d\u00e9battent de la pertinence des artifices sc\u00e9niques, pour employer cette analogie, alors qu\u2019il aurait suffi selon l\u2019un d\u2019eux d\u2019un unique narrateur&nbsp;; et ce quelle que soit la complexit\u00e9 du conte. Borges situait ainsi son propos dans sa vision d\u2019une culture arabe, ignorant la repr\u00e9sentativit\u00e9 dans sa forme festive la plus aboutie ou, en termes modernes, la mise en sc\u00e8ne, alors que techniquement le conteur lui-m\u00eame ne pouvait subjuguer public nombreux et badauds dans le brouhaha ambiant des places sans un minimum d\u2019artifices jumel\u00e9s \u00e0 une prestation d\u2019interpr\u00e9tation dans le sens actuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autre part, et comme le soulignent les chercheurs espagnols Francesc Massip et Ra\u00fcl Sanchis<strong> <\/strong>Franc\u00e9s<a href=\"#end5\" name=\"back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, l\u2019auteur de <em>L\u2019Aleph<\/em> se trompait en concluant qu\u2019Averro\u00e8s \u2013&nbsp;protagoniste dans sa nouvelle&nbsp;\u2013 ne pouvait \u00ab&nbsp;imaginer ce qu\u2019est un drame sans soup\u00e7onner ce qu\u2019est un th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb, ce qui pourrait induire que le monde arabe ne connaissait pas du tout le th\u00e9\u00e2tre. Selon ces chercheurs et d\u2019autres de leurs confr\u00e8res occidentaux, Averro\u00e8s essayait seulement d\u2019appliquer \u00e0 la po\u00e9tique arabe la m\u00e9thodologie aristot\u00e9licienne, mais il n\u2019ignorait pas la terminologie sp\u00e9cifique des arts th\u00e9\u00e2traux\n<a href=\"#end6\" name=\"back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;; alors qu\u2019il est \u00e9vident que le monde musulman n\u2019avait pas la m\u00eame conception du th\u00e9\u00e2tre que celle de l\u2019Antiquit\u00e9, qui l\u2019\u00e9tayait sur une activit\u00e9 structur\u00e9e et une institution organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En sus, l\u2019Europe chr\u00e9tienne m\u00e9di\u00e9vale ne partageait pas non plus l\u2019id\u00e9e que s\u2019en faisait l\u2019Antiquit\u00e9&nbsp;; vu son aspect jug\u00e9 subversif comme cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment et durant les \u00e9poques du moyen-\u00e2ge europ\u00e9en se d\u00e9veloppe en Occident une production th\u00e9\u00e2trale diff\u00e9rente de la pratique grecque antique, \u00e0 l\u2019instar dans une certaine mesure de la culture musulmane durant la m\u00eame \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>*&nbsp;&nbsp; *&nbsp;&nbsp; *<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Avec l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Islam, entre survivance et \u00e9volutions<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La g\u00e9n\u00e9ralisation du monoth\u00e9isme et la nouvelle organisation sociale de la religion naissante ont eu des cons\u00e9quences profondes sur les plans politique et soci\u00e9tal, suite \u00e0 l\u2019islamisation ainsi que l\u2019unification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 caract\u00e8re tribal et profond\u00e9ment divis\u00e9e. Ces changements n\u2019iront pas sans heurts, et les diff\u00e9rents schismes qui perdurent depuis pr\u00e8s de quinze si\u00e8cles n\u2019en sont qu\u2019une des cons\u00e9quences plus ou moins directes&nbsp;; il est donc pr\u00e9visible que les pratiques en aient \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notons \u00e9galement qu\u2019avec l\u2019av\u00e8nement de la dynastie <em>omeyyade<\/em> \u2013&nbsp;en 661, soit 29 ans apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du proph\u00e8te de l\u2019Islam&nbsp;\u2013 fut enclench\u00e9 le passage \u00e0 marche forc\u00e9e vers un mode de vie plus s\u00e9dentaris\u00e9 et une urbanisation pr\u00e9cipit\u00e9e, acc\u00e9l\u00e9rant le d\u00e9veloppement de zones urbaines o\u00f9 les pratiques th\u00e9\u00e2trales selon la conception moderne tendraient \u00e0 se d\u00e9velopper avec plus de facilit\u00e9, m\u00eame si est attest\u00e9e l\u2019existence ant\u00e9rieure de centres urbains d\u2019importance. Nonobstant les influences culturelles majeures \u2013&nbsp;et leurs diff\u00e9rents impacts&nbsp;\u2013 des peuples nouvellement conquis et r\u00e9cemment islamis\u00e9s (Perses, Hindous, Berb\u00e8res, etc.), le propos sera centr\u00e9 sur le bassin linguistique arabophone, malgr\u00e9 sa diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Somme toute, faisons fi de la compr\u00e9hension assez simpliste de l\u2019Islam \u2013&nbsp;et de la Chr\u00e9tient\u00e9 par ailleurs \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque&nbsp;\u2013 tentant d\u2019expliquer par une conception th\u00e9ocratique le d\u00e9clin ou la stagnation, voire la dilution et\/ou disparition, de pratiques ancestrales assimil\u00e9es \u00e0 des formes de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9&nbsp;; car ces espaces d\u2019expression, dont les th\u00e9matiques passent facilement de la trag\u00e9die \u00e0 la com\u00e9die, ont perdur\u00e9 sous une forme ou une autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon le chercheur Mu\u1e25ammad Mu\u1e63\u1e6dafa Badawi, l\u2019interdit de la repr\u00e9sentation dans le dogme islamique est \u00e9galement invoqu\u00e9 pour tenter d\u2019expliquer cette \u00ab&nbsp;absence&nbsp;\u00bb, or la th\u00e9ologie musulmane ne condamne pas univoquement la peinture et la sculpture, tol\u00e9rant les images, miniatures et fresques lorsque tout soup\u00e7on d\u2019idol\u00e2trie est \u00e9cart\u00e9.<a href=\"#end7\" name=\"back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Il ajoute par ailleurs que les Arabes, d\u00e9positaires et traducteurs durant cette p\u00e9riode du savoir de la Gr\u00e8ce Antique, auraient pu s\u2019inspirer de son patrimoine th\u00e9\u00e2tral puisqu\u2019ils furent profond\u00e9ment influenc\u00e9s par sa philosophie et ses sciences&nbsp;; chose cependant probl\u00e9matique dans la mesure o\u00f9 la critique litt\u00e9raire privil\u00e9giait la po\u00e9sie, seul art par excellence dans la tradition arabe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette m\u00e9connaissance du <em>theatron<\/em> grec est loin d\u2019\u00eatre \u00e9tonnante puisque les commentaires \u2013&nbsp;plus d\u2019un mill\u00e9naire apr\u00e8s les spectacles \u00e0 la gloire de Dionysos&nbsp;\u2013 faits par exemple par les savants musulmans Farabi, Avicenne et Averro\u00e8s d\u00e9montrent clairement qu\u2019ils n\u2019avaient aucune familiarit\u00e9 avec cet art dans son acception antique&nbsp;; les deux premiers faussant le sens des termes grecs qu\u2019ils traduisent et le troisi\u00e8me traduisant \u00ab&nbsp;trag\u00e9die&nbsp;\u00bb par <em>Mad\u00eeh<\/em> (pan\u00e9gyrique) et \u00ab&nbsp;com\u00e9die&nbsp;\u00bb par <em>Hija\u2019<\/em> (satire), empruntant ainsi ces d\u00e9finitions \u00e0 l\u2019art po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une r\u00e9ponse empreinte de facilit\u00e9 consisterait \u00e0 r\u00e9torquer que les auteurs m\u00e9di\u00e9vaux d\u2019Occident des myst\u00e8res, des fabliaux, des farces et des soties, ainsi que les praticiens de ladite p\u00e9riode avaient certainement une connaissance limit\u00e9e des traditions th\u00e9\u00e2trales antiques, <em>a minima<\/em> tout autant que leurs contemporains musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour revenir \u00e0 la forme de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 que l\u2019on pourrait qualifier de dominante dans la tradition arabe, celle du conteur, le c\u00e9l\u00e8bre savant et encyclop\u00e9diste Al-Jahidh, contemporain des d\u00e9buts de la dynastie abbasside qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 celle des Omeyyades en l\u2019an 750, en a livr\u00e9 un t\u00e9moignage \u00e9loquent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Nous trouvons parmi ces gens des imitateurs capables de reproduire \u00e0 la perfection l\u2019accent des habitants du Y\u00e9men. Ils reproduisent de la m\u00eame mani\u00e8re l\u2019accent du Khurasanien, de l\u2019Ahwazien, de l\u2019Africain, du Sindien, ainsi que celui des autres ethnies, tant et si bien qu\u2019on le trouve plus naturel qu\u2019eux\u2026 Lorsqu\u2019ils imitent l\u2019aveugle, ils le font gr\u00e2ce \u00e0 des mimiques qu\u2019ils impriment \u00e0 leur visage, \u00e0 leurs yeux et \u00e0 leurs membres, si parfaitement que tu pourrais r\u00e9unir dix aveugles sans en trouver un seul qui ferait tout cela. On dirait qu\u2019il a r\u00e9uni toutes les particularit\u00e9s des aveugles en un seul. Ab\u00fb Dabb\u00fbba le Noir (al-zinj\u00ee) [\u2026] se mettait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du loueur d\u2019\u00e2nes \u00e0 la porte du Karkh (quartier de Bagdad), et commen\u00e7ait \u00e0 braire, et tous les \u00e2nes, qu\u2019ils soient malades, vieux ou fatigu\u00e9s, de se mettre \u00e0 braire\u2026 Il r\u00e9unissait en une seule forme tout ce qui constitue le braiment d\u2019un \u00e2ne\u2026&nbsp;\u00bb\n<a href=\"#end8\" name=\"back8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que ce savant d\u00e9crit ici, pr\u00e8s de deux si\u00e8cles apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Islam, c\u2019est l\u2019interpr\u00e9tation du conteur des places publiques empreinte de polyvalence et \u00e9maill\u00e9e de passages comiques, qui jonglait avec un riche r\u00e9pertoire litt\u00e9raire, allant des c\u00e9l\u00e8bres \u00ab&nbsp;Mille et une nuits&nbsp;\u00bb, aux <em>Azaliyate<\/em><em>s<\/em> \u2013&nbsp;en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Sayf ibn Dhi Yazan, roi l\u00e9gendaire qui gouverna le royaume de Himyar au Y\u00e9men actuel au 6<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u2013, en passant par les \u00e9pop\u00e9es romantiques et \u00e9piques (ex. <em>Antar &amp; Abla<\/em>, <em>Qayss &amp; Laila<\/em>, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notons par ailleurs l\u2019\u00e9volution palpable durant la m\u00eame \u00e8re du verbe arabe, voire une r\u00e9elle am\u00e9lioration et r\u00e9habilitation de la langue \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u0153uvre po\u00e9tique de Hammam ibn Ghalib (641-732), surnomm\u00e9 <em>Al-Farazdaq<\/em> (petite miche de pain), coauteur avec son comparse Djarir Ibn &#8216;Atiyya Ibn Hudhayfa al-Khataf\u00e2 de joutes po\u00e9tiques devenues c\u00e9l\u00e8bres&nbsp;: les <em>Naqa\u2019id<\/em> (antinomies). Ces changements linguistiques jumel\u00e9s \u00e0 la perduration des pratiques du conteur et des formes oratoires, ainsi que les histoires et l\u00e9gendes cont\u00e9es (et donc le r\u00e9pertoire), n\u2019ont eu cesse par ailleurs de puiser dans de nouvelles cultures, qui se sont peu ou prou dilu\u00e9es dans ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui commun\u00e9ment le monde arabo-musulman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour revenir aux diverses formes festives, les recherches sugg\u00e8rent que l\u2019Islam a \u00e9limin\u00e9 la plupart des c\u00e9r\u00e9monies rituelles comme les processions et les mascarades, tout en en tol\u00e9rant d\u2019autres parfois issues de pratiques animistes (en Perse et en Afrique du Nord par exemple), voire en en suscitant de nouvelles, notamment les pratiques chiites et celles des rites soufis.<a href=\"#end9\" name=\"back9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> \u00c0 ce titre, nous pouvons \u00e9voquer par exemple les <em>Kurraj<\/em>, combats de fiction, les <em>Li\u2019b al-Habasha<\/em>, o\u00f9 \u00e9taient simul\u00e9s des affrontements avec \u00e9p\u00e9es et boucliers interpr\u00e9t\u00e9s par des acteurs (<em>la\u2019ib<\/em>&nbsp;: joueur) mont\u00e9s sur des chevaux postiches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019origine de ce jeu remonterait \u00e0 d\u2019anciens rituels de fertilit\u00e9 de l\u2019ancienne Perse et d\u2019Asie centrale, et \u00e0 l\u2019\u00e9poque omeyyade les <em>Kurraj<\/em> portaient des courroies ornement\u00e9es et des grelots, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque <em>abbasside<\/em> suivante, le jeu \u00e9tait accompagn\u00e9 de musiciens, danseurs, chanteurs et acteurs, augmentant ainsi son caract\u00e8re festif. Ibn Khaldoun, au 14<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, historien arabe et pr\u00e9curseur de la sociologie moderne, d\u00e9crit avec pr\u00e9cision ces processions et cort\u00e8ges comme \u00e9tant une carcasse creuse en bois, figurant un cheval sell\u00e9, rev\u00eatu de longs jupons, dans laquelle se glissent danseurs ou danseuses qui donnent l\u2019impression de monter des chevaux-jupons et lancent leurs attaques avec agilit\u00e9, en dansant sur des po\u00e8mes mis en musique et accompagn\u00e9s de tambours et de fl\u00fbtes.\n<a href=\"#end10\" name=\"back10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>al-Andalus<\/em> (Andalousie musulmane), l\u2019existence de ces <em>Kurraj<\/em> est \u00e9galement attest\u00e9e dans les palais des califes et des notables, entre autres par le savant juif <em>Ma\u00efmonide<\/em>, rabbin s\u00e9farade du XII\u1d49 si\u00e8cle n\u00e9 \u00e0 Cordoue, qui y apporte moult d\u00e9tails en \u00e9voquant par exemple joueurs de fl\u00fbte et acteurs, costumes et accessoires agr\u00e9ment\u00e9s de dialogues sporadiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre forme de th\u00e9\u00e2tre dont les Arabes auraient eu connaissance durant la m\u00eame \u00e9poque est le th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres chinois, attest\u00e9 dans la cour du Calife abbasside Al-Mutawakkil (822-861) ainsi que par le savant musulman Abu Al-Hasan Shabashti, deux si\u00e8cles plus tard.\n<a href=\"#end11\" name=\"back11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Une connaissance qui fit des \u00e9mules, dont l\u2019exemple le plus connu et le plus document\u00e9 dans la litt\u00e9rature est celui des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre d&#8217;ombres d\u2019<em>Ibn Daniyal<\/em>, repr\u00e9sentations humoristiques de la vie \u00e9gyptienne sous le sultan Mamelouk Baybars en \u00c9gypte actuelle, durant le 13<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pratiques dont la survivance est attest\u00e9e par ailleurs durant les p\u00e9riodes ult\u00e9rieures et l\u2019\u00e8re ottomane&nbsp;; \u00e0 l\u2019instar de ce manuscrit trouv\u00e9 au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en \u00c9gypte, datant probablement du d\u00e9but du 18<sup>e<\/sup>, qui mentionne divers marionnettistes ainsi que les th\u00e9matiques de diff\u00e9rentes pi\u00e8ces de l\u2019\u00e9poque.<a href=\"#end12\" name=\"back12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Ces quelques exemples, loin d\u2019\u00eatre exhaustifs, donnent une id\u00e9e de la richesse du patrimoine \u2013&nbsp;au moins&nbsp;\u2013 arabe en mati\u00e8re de traditions de spectacle, qui perdur\u00e8rent jusqu\u2019aux colonisations&nbsp;; et auxquelles historiens et chercheurs gagneraient \u00e0 se pencher de mani\u00e8re beaucoup plus approfondie, en faisant fi des pr\u00e9jug\u00e9s en la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cet \u00e9gard, les questions \u00e0 poser pourraient concerner les formes de sociabilit\u00e9 qui furent associ\u00e9es \u00e0 ces pratiques, leurs diffusions g\u00e9ographiques, les nombreuses th\u00e9matiques abord\u00e9es, les aspects esth\u00e9tiques ainsi que le statut social des praticiens durant ces diverses \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Somme toute, l\u2019existence est donc attest\u00e9e de ces traditions \u00e9clectiques, auxquelles malheureusement les savants musulmans de ces \u00e9poques ont pr\u00eat\u00e9 au final peu d\u2019attention, se concentrant g\u00e9n\u00e9ralement en \u00e9tudiant la th\u00e9matique des arts \u00e0 tailler la part du lion \u2013&nbsp;en termes de documentation&nbsp;\u2013 aux productions litt\u00e9raires (<em>al-adab<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est par contre tout \u00e0 fait salutaire qu\u2019un pan important de nos arts populaires actuels d\u00e9coule de ces formes ancestrales, ce qui pourrait servir dans une certaine mesure de cadre de r\u00e9f\u00e9rence plut\u00f4t pertinent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>*&nbsp;&nbsp; *&nbsp;&nbsp; *<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>La p\u00e9riode du protectorat au Maroc (1912-1956), entre pratiques anciennes, influences exog\u00e8nes et revendications nationalistes et identitaires<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors des protectorats fran\u00e7ais et espagnol au Maroc, plusieurs salles de th\u00e9\u00e2tre furent construites&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre Cervant\u00e8s \u00e0 Tanger inaugur\u00e9 en 1913, le th\u00e9\u00e2tre municipal de Casablanca en 1922, suivi du th\u00e9\u00e2tre Municipal d\u2019El Jadida inaugur\u00e9 quant \u00e0 lui en d\u00e9cembre 1923.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces \u00e9difices ont connu chacun des destins diff\u00e9rents, celui d\u2019El Jadida a \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9 puis rebaptis\u00e9 <em>Mohammed Affifi<\/em>, du nom d\u2019un artiste natif de la m\u00eame ville qui l\u2019a dirig\u00e9 pendant quelques ann\u00e9es, le th\u00e9\u00e2tre de Tanger, le plus ancien, serait en cours de r\u00e9habilitation et enfin celui de Casablanca a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli par les autorit\u00e9s de la ville en 1984.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"520\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-59\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image1.jpg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image1-231x300.jpg 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Th\u00e9\u00e2tre municipal de Casablanca, saison 1946-1947. Photo: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Exception faite du Cervant\u00e8s \u00e0 Tanger, qui non seulement avait \u00e9t\u00e9 construit par un priv\u00e9, mais surtout parce qu\u2019il se situait dans une ville avec un statut sp\u00e9cial puisqu\u2019elle \u00e9tait sous administration internationale, ces lieux \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s au d\u00e9part aux non-Marocains, mais l\u2019on peut d\u00e9cemment affirmer qu\u2019ils ont connu les premiers contacts des autochtones avec le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ailleurs, les premiers contacts avec un th\u00e9\u00e2tre de conception occidentale, mais d\u2019expression arabe, ce fut avec plusieurs troupes du Moyen-Orient, berceau du nationalisme arabe \u00e0 l\u2019\u00e9poque, qui se produisirent au Maroc en pr\u00e9sentant des \u0153uvres aux sujets \u00e0 dominance nationaliste et identitaire. <a href=\"#end13\" name=\"back13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Un exemple qui inspira de jeunes \u00e9tudiants marocains qui auront t\u00f4t fait de tenter de pr\u00e9senter des \u0153uvres locales d\u00e8s les ann\u00e9es vingt, en puisant dans les textes arabes qui pourraient exprimer au mieux leurs revendications nationales.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"524\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-60\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image2.jpeg 640w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image2-300x246.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La photo de la pi\u00e8ce <em>Salaheddine El Ayoubi <\/em>(<em>Saladin<\/em>), plus ancienne photographie connue \u00e0 ce jour du th\u00e9\u00e2tre marocain contemporain. 1927. Photo&nbsp;: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mouvements du nationalisme marocain avaient \u00e9galement eu conscience du r\u00f4le que pouvait jouer le th\u00e9\u00e2tre comme instrument de diffusion en faveur de leur cause&nbsp;; \u00e0 l\u2019instar \u2013&nbsp;entre autres&nbsp;\u2013 de Abdelhak Torr\u00e8s en r\u00e9gion espagnole auteur de la pi\u00e8ce \u00ab&nbsp;la victoire du droit face \u00e0 l\u2019injustice&nbsp;\u00bb (<em>Intissar al haq \u2018ala al-batil<\/em>, 1933), ou bien dans la partie fran\u00e7aise de Mohammed El-Qorri, qui ira jusqu\u2019\u00e0 jouer et mettre en sc\u00e8ne ses propres cr\u00e9ations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1937, durant son incarc\u00e9ration par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, il fut parmi les fondateurs de la premi\u00e8re troupe th\u00e9\u00e2trale \u2013&nbsp;probablement en 1923&nbsp;\u2013, Jouq attamtil al-Fassi (troupe de l\u2019interpr\u00e9tation\/com\u00e9die <em>Fassi<\/em> \u2013&nbsp;relatif \u00e0 F\u00e8s), dont le r\u00e9pertoire comporte entre autres <em>al-Aoussiya\u2019<\/em> (les tuteurs), <em>al\u2019ilm oua nata\u2019ijouh<\/em> (la science et ses cons\u00e9quences), <em>Chahid as-Sahara\u2019<\/em> (le martyr du Sahara), etc. Ce th\u00e9\u00e2tre \u00e0 revendication nationaliste, fortement influenc\u00e9 par son contemporain d\u2019Orient, qui avait pour objectif, comme le pr\u00e9cise le chercheur marocain Hassan El-Mnaia, de faire converger le discours th\u00e9\u00e2tral aux r\u00e9alit\u00e9s des populations tout en l\u2019inscrivant dans une continuit\u00e9 historique, a connu deux principaux obstacles \u00e0 son d\u00e9veloppement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019interdit religieux, qui consid\u00e9ra l\u2019interpr\u00e9tation comme un p\u00e9ch\u00e9, en citant par exemple l\u2019ouvrage <em>Iqamat addalil \u2018ala hurmat attamtil<\/em> du th\u00e9ologien marocain Ahmed Ben Sdik Al-Ghomari, titre que l\u2019on pourrait traduire par \u00ab&nbsp;la preuve de l\u2019interdit de l\u2019interpr\u00e9tation&nbsp;\u00bb. El Mnaia nuance toutefois son propos en pr\u00e9cisant que d\u2019autres th\u00e9ologiens (Foqahas), ont au contraire encourag\u00e9 et accompagn\u00e9 le mouvement en cr\u00e9ant parfois des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 l\u2019instar de Abdallah El-Jirari qui \u00e9crivit en 1928 <em>Tahta rayati al \u2018ilm oua al-jihad<\/em> (sous la banni\u00e8re du savoir et de la guerre sainte \u2013&nbsp;<em>Jihad<\/em>). Une pr\u00e9cision&nbsp;: le mot <em>Jihad<\/em>, malgr\u00e9 sa connotation tr\u00e8s n\u00e9gative en Occident, peut signifier, selon le contexte dans lequel il est utilis\u00e9, l\u2019effort personnel ou la r\u00e9sistance, qu\u2019elle soit pacifique ou arm\u00e9e, voire la guerre dans son acception usuelle.<\/li>\n\n\n\n<li>Second obstacle, et non des moindres, l\u2019hostilit\u00e9 des autorit\u00e9s du protectorat qui virent d\u2019un tr\u00e8s mauvais \u0153il l\u2019\u00e9mergence de cet espace d\u2019expression qui non seulement mettait en avant les th\u00e9ories nationalistes, mais \u00e9galement \u00e9tait de plus en plus diffus\u00e9 aupr\u00e8s des masses formant la population autochtone. <\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous comprenons donc qu\u2019en termes de continuit\u00e9, l\u2019\u00e9volution de ces premi\u00e8res exp\u00e9riences se fit en dents de scie et il fallut attendre les derni\u00e8res ann\u00e9es du protectorat fran\u00e7ais, au milieu des soul\u00e8vements populaires suite au bannissement du Sultan Mohammed Ben Youssef, devenu plus tard le Roi Mohammed V, pour qu\u2019il y ait une vell\u00e9it\u00e9 de d\u00e9velopper la formation th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Centre Dramatique de la Ma\u00e2moura, inaugur\u00e9 en 1954 (dans une for\u00eat aux environs de Rabat), qui peut-\u00eatre au d\u00e9part \u00e9tait le r\u00e9sultat d\u2019une volont\u00e9 d\u2019institutionnaliser la pratique th\u00e9\u00e2trale\n<a href=\"#end14\" name=\"back14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, au lieu de laisser le champ libre aux nationalistes qui montaient en puissance, sera le noyau de ce qui constituera Firqat Attamtil al-Maghribi (troupe du th\u00e9\u00e2tre marocain), premi\u00e8re troupe de th\u00e9\u00e2tre professionnelle au Maroc.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"560\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image3.jpg 640w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image3-300x263.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Troupe du Th\u00e9\u00e2tre marocain dans la presse fran\u00e7aise, \u00e0 l\u2019occasion de sa participation au Festival du Th\u00e9\u00e2tre des Nations \u00e0 Paris (1956). Photo&nbsp;: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9cision d\u2019institutionaliser et de professionnaliser la pratique th\u00e9\u00e2trale eut des cons\u00e9quences indubitablement diff\u00e9rentes des effets \u00e0 priori escompt\u00e9s, puisque ce fut de cette p\u00e9pini\u00e8re de formation qu\u2019\u00e9merg\u00e8rent quelques figures qui entam\u00e8rent l\u2019aventure de r\u00e9appropriation et de revalorisation de leur patrimoine ancestral, \u00e9paul\u00e9es en cela par la formation d\u2019art dramatique qui leur a \u00e9t\u00e9 dispens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un registre tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, si l\u2019on revient aux origines des pratiques de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 qui sont partie int\u00e9grante de la culture marocaine, elles furent quasiment d\u00e9laiss\u00e9es par ces exp\u00e9rimentations th\u00e9\u00e2trales durant le protectorat, tant sur le plan esth\u00e9tique qu\u2019\u00e0 celui de la langue&nbsp;; le th\u00e9\u00e2tre \u00e9voluant durant cette p\u00e9riode \u00e9tait en arabe classique, selon le mod\u00e8le oriental susmentionn\u00e9, que la majorit\u00e9 de la population ma\u00eetrise moyennement&nbsp;; il fallut attendre l\u2019\u00e9poque postind\u00e9pendance pour qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre d\u2019expression locale \u00e9merge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ce sugg\u00e8rent en tout cas les archives qui nous sont parvenues&nbsp;; alors qu\u2019en termes de traditions festives, le Maroc en regorge eu \u00e9gard \u00e0 son caract\u00e8re multiculturel av\u00e9r\u00e9, de par ses influences musulmanes, arabes, berb\u00e8res, sahariennes, h\u00e9bra\u00efques et andalouses&nbsp;; ce qui ne peut qu\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 nourrir ses traditions et le socle de ses cultures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant d\u2019en fournir une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, il convient de pr\u00e9ciser que les pratiques marocaines de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 furent profond\u00e9ment boulevers\u00e9es durant le 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, suite aux changements sociaux fondamentaux qu\u2019a connus le pays&nbsp;; on peut citer par exemple l\u2019explosion d\u00e9mographique d\u2019une population de 5,4 millions d\u2019habitants en 1912 multipli\u00e9e par 6,3 en un si\u00e8cle (34 millions d\u2019habitants en 2014). Toujours selon les statistiques officielles du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux d\u2019urbanisation actuel est de 60%, alors que la population au d\u00e9but du protectorat fran\u00e7ais (1912-1956) \u00e9tait en \u00e9crasante majorit\u00e9 rurale, entra\u00eenant ainsi des changements radicaux des modes de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour revenir donc \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 pr\u00e9sents depuis des temps anciens au Maroc, nous pouvons \u00e9voquer les f\u00eates berb\u00e8res antiques (exemple de <em>Yennayer<\/em> ou <em>Yennar<\/em>), qui existent toujours principalement en milieu rural, souvent li\u00e9es aux \u00e9v\u00e9nements agraires, agr\u00e9ment\u00e9es de festivit\u00e9s, de musiques et de chants, que l\u2019on peut ais\u00e9ment comparer \u00e0 des rites carnavalesques. D\u2019autres c\u00e9l\u00e9brations coutumi\u00e8res sont \u00e9galement toujours perp\u00e9tu\u00e9es, appel\u00e9es plus commun\u00e9ment <em>Moussem<\/em>, et qui sont des f\u00eates r\u00e9gionales annuelles associant c\u00e9r\u00e9monies religieuses et activit\u00e9s festives et commerciales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Citons \u00e9galement une tradition unique au Maroc, celle de \u00ab&nbsp;<em>Soltan Tolba<\/em>&nbsp;\u00bb (le sultan des \u00e9tudiants), rendez-vous annuel qui avait lieu en g\u00e9n\u00e9ral apr\u00e8s la saison des pluies, lors duquel est \u00e9lu un sultan \u00e9ph\u00e9m\u00e8re parmi les \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 Al Quaraouiyine de F\u00e8s. Notons au passage que c\u2019est la plus ancienne universit\u00e9 au monde encore en activit\u00e9 selon l\u2019UNESCO, car la date admise de sa fondation est 877, par Fatima al-Fihriya, fille d\u2019un riche marchand originaire de la ville de Kairouan (dans l\u2019actuelle Tunisie).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour revenir \u00e0 ladite c\u00e9l\u00e9bration, avec le concours de l\u2019autorit\u00e9 centrale, le sultan temporaire choisit sa cour et r\u00e8gne symboliquement pendant une semaine, collecte des fonds par lettres scell\u00e9es imitant les courriers ch\u00e9rifiens officiels \u2013&nbsp;dont le diplomate fran\u00e7ais Eug\u00e8ne Aubin cite un exemple dans son livre <em>Le Maroc d\u2019aujourd\u2019hui<\/em> paru en 1903\n<a href=\"#end15\" name=\"back15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;\u2013&nbsp;; et ce, jusqu\u2019\u00e0 sa sortie en procession, mimant celle du sultan pour la pri\u00e8re du vendredi. Les origines de cette f\u00eate remonteraient au r\u00e8gne du sultan Moulay Rachid ben Ch\u00e9rif (1667-1672), fils du fondateur de la dynastie alaouite actuelle, et la version la plus commun\u00e9ment admise est qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e par ce dernier en r\u00e9compense de services rendus par les \u00e9tudiants de F\u00e8s, ville qui \u00e9tait pr\u00e9cisons-le l\u2019un des centres du pouvoir dans le Maroc de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette tradition a \u00e9t\u00e9 reproduite dans le th\u00e9\u00e2tre marocain en 1963 avec une mise en sc\u00e8ne de Tayeb Saddiki, et \u00e0 propos de la tradition originelle de ladite f\u00eate le chercheur marocain Abdelghani Maghnia en a fourni un d\u00e9roulement d\u00e9taill\u00e9, tout en situant sa disparition aux ann\u00e9es soixante-dix<a href=\"#end16\" name=\"back16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre forme d\u2019expression aujourd\u2019hui disparue, cette fois-ci purement f\u00e9minine dans une soci\u00e9t\u00e9 alors \u00e0 forte dominance patriarcale, c\u2019est <em>Masrah Assir<\/em> (th\u00e9\u00e2tre du secret), avec un public restreint et astreint au carr\u00e9 f\u00e9minin situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des maisons marocaines qui leur \u00e9tait traditionnellement r\u00e9serv\u00e9, o\u00f9 celles-ci se r\u00e9unissaient et entamaient des joutes verbales habituellement bas\u00e9es sur leur v\u00e9cu et leur quotidien. N\u00e9anmoins, il ne suffit pas d&#8217;un texte ni d&#8217;une histoire pour pr\u00e9tendre \u00e0 une forme de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, l&#8217;aspect visuel \u00e9tant primordial pour former la <em>doxa<\/em> du spectacle vivant&nbsp;: une des femmes se travestissait en homme tout en imitant les \u00e9poux respectifs de l&#8217;assistance. Cette caricature o\u00f9 l&#8217;homme est sing\u00e9 devant une assistance exclusivement f\u00e9minine (voire f\u00e9ministe&nbsp;?) forme donc le \u00ab&nbsp;spectacle&nbsp;\u00bb, qui se diff\u00e9rencie cela dit de la d\u00e9finition classique du th\u00e9\u00e2tre par au moins deux \u00e9l\u00e9ments&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Une improvisation intrins\u00e8que au concept, o\u00f9 l&#8217;actrice joue et d\u00e9joue les situations v\u00e9cues&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Un \u00e9change et une interaction tout au long de ladite performance avec l&#8217;assistance, accentuant ainsi l&#8217;aspect caricatural des situations pr\u00e9sent\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pratique pourrait \u00eatre assimil\u00e9e dans une certaine mesure au \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre de soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb diffus\u00e9 aupr\u00e8s de la noblesse europ\u00e9enne lors du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec toutefois cette diff\u00e9rence fondamentale que <em>Masrah Assir<\/em> \u00e9tait une pratique non \u00e9litiste, et plut\u00f4t g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et populaire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"447\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-62\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image4.jpg 640w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image4-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image4-130x90.jpg 130w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo datant du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle Th\u00e9\u00e2tre Lbsat. Photo&nbsp;: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, en termes de traditions th\u00e9\u00e2trales, il en existe deux formes anciennes attest\u00e9es que sont la <em>Halqa<\/em> (th\u00e9\u00e2tre en rond) et <em>Lbsat<\/em>, et le chercheur <em>Omar Fertat<\/em> \u00e9crit \u00e0 ce propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Maroc a connu ses propres formes th\u00e9\u00e2trales populaires, fruits d\u2019une r\u00e9elle tradition rituelle et spectaculaire perp\u00e9tu\u00e9e par les populations locales, qu\u2019elles soient berb\u00e8res, juives ou arabes. Ces formes th\u00e9\u00e2trales sont doublement populaires puisqu\u2019elles furent pratiqu\u00e9es par les couches les plus populaires et les plus d\u00e9favoris\u00e9es [\u2026] qui appr\u00e9ciaient les divertissements qui leur \u00e9taient propos\u00e9s dans un dialecte qu\u2019elles comprenaient et qui exploraient et mettait en sc\u00e8ne \u00e0 la fois, un monde fictionnel qui leur \u00e9tait proche et qui correspondaient \u00e0 leur imaginaire et \u00e0 leur v\u00e9cu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le m\u00eame auteur de poursuivre \u00e0 propos du th\u00e9\u00e2tre <em>Lbsat<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Apparu vers le 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, th\u00e9\u00e2tre satirique et \u00e9difiant qui fut souvent utilis\u00e9 par la population marocaine pour pr\u00e9senter ses dol\u00e9ances au sultan ou pour d\u00e9noncer une injustice, il est l\u2019une des rares formes th\u00e9\u00e2trales qui connurent une institutionnalisation dont la pratique fut encourag\u00e9e par les sultans alaouites.<a name=\"back17\" href=\"#end17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. L\u2019auteur fait r\u00e9f\u00e9rence au fait que le sultan alaouite Sidi Mohammed Ben Abdallah aurait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 encourager cette forme th\u00e9\u00e2trale. Notons par ailleurs que <em>Lbsat<\/em> poss\u00e8de des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors et accessoires servant \u00e0 agr\u00e9menter son aspect visuel, \u00e0 contrario de la <em>Halqa<\/em> qui s\u2019axe principalement sur la performance du conteur de la place.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"418\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image6.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-63\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image6.jpg 640w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image6-300x196.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un conteur (<em>Hlayqi<\/em>) animant une <em>Halqa<\/em> dans le Maroc des ann\u00e9es quarante. Photo&nbsp;: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concernant cette derni\u00e8re, le m\u00eame chercheur \u00e9crit que \u00ab&nbsp;malgr\u00e9 sa marginalisation et les diverses tentatives visant \u00e0 l\u2019interdire, ce th\u00e9\u00e2tre circulaire, consid\u00e9r\u00e9 comme le &#8220;berceau du th\u00e9\u00e2tre marocain&#8221;, demeure encore aujourd\u2019hui un art que les animateurs, com\u00e9diens aux multiples talents, continuent \u00e0 faire vivre sur les places publiques&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les g\u00e9n\u00e9rations postind\u00e9pendance des ann\u00e9es 50 et 60 t\u00e9moignent encore de la vivacit\u00e9 de ces spectacles et d\u2019autres festivit\u00e9s populaires dans les places publiques, qui tendent \u00e0 se rar\u00e9fier et dont la plus embl\u00e9matique reste la place Jemaa el-Fna \u00e0 Marrakech \u2013&nbsp;class\u00e9e au patrimoine mondial puis au patrimoine culturel immat\u00e9riel&nbsp;\u2013, o\u00f9 quelques artistes populaires, d\u00e9positaires actuels de cette m\u00e9moire collective, perp\u00e9tuent encore ces pratiques et traditions th\u00e9\u00e2trales.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"592\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image7.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-64\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image7.jpg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image7-203x300.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Place Jemaa El-Fna \u00e0 Marrakech. Photos datant du d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Photo&nbsp;: Archive Fondation Tayeb Saddiki, Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0\u00c9coutons le vieux conteur notre ma\u00eetre \u00e0 tous. Il n\u2019a comme unique accessoire, qu\u2019une canne\u2026 De toi, nous avons appris l\u2019essentiel de notre m\u00e9tier. Avec seulement une canne que tu transformes au gr\u00e9 du r\u00e9cit. La canne devient arbre qui verdoie, la canne se m\u00e9tamorphose en parapluie, ou encore en cheval qui galope. Hop\u2026 voici l\u2019\u00e9p\u00e9e qui blesse ou la plume qui consigne\u2026<br>Gloire \u00e0 toi, vieux conteur qui s\u2019\u00e9loigne doucement au soir de ta vie\u2026\u00a0\u00bb (<em>Le D\u00eener de Gala<\/em>, Tayeb Saddiki, 1990)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dramaturge marocain Tayeb Saddiki (1938-2016), auteur de ces lignes et figure majeure du th\u00e9\u00e2tre marocain du vingti\u00e8me si\u00e8cle, a toujours revendiqu\u00e9 la filiation du th\u00e9\u00e2tre local aux formes traditionnelles, \u00e0 leur t\u00eate la <em>Halqa<\/em>, et lors d\u2019un entretien avec la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise en 1972, il confiait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0La m\u00e9moire est cr\u00e9ation, la pi\u00e8ce s\u2019\u00e9crit en m\u00eame temps [\u2026] Chez nous, tout na\u00eet en m\u00eame temps avec une cr\u00e9ation simultan\u00e9e, et nous donnons \u00e0 l\u2019\u00e9criture sa vertu premi\u00e8re\u00a0: la fra\u00eecheur. Les conteurs qu\u2019on rencontre sur les places maghr\u00e9bines et celles d\u2019Orient sont en v\u00e9rit\u00e9 des gens qui poss\u00e8dent une technique extraordinaire.<br><br>Il n\u2019y a pas tout court d\u2019art dramatique connu qui pourrait en former de pareils. De toutes les fa\u00e7ons ces gens se forment sur la place, et il faut \u00eatre tr\u00e8s dou\u00e9 pour raconter une histoire sur la place avec tout le bruit des chanteurs, des danseurs et des acrobates qui les entourent\u2026 et pourtant, ce conteur arrive \u00e0 tenir en haleine son auditoire, \u00e0 respirer son texte comme on dit dans le m\u00e9tier, et \u00e0 int\u00e9resser son public [\u2026].<br><br>Quand on voit la qualit\u00e9 technique, on se demande si ce n\u2019est pas un mythe terrible d\u2019\u00eatre un marchand de r\u00eaves\u2026 Nous avons affaire \u00e0 un public qui juge sur pi\u00e8ce, Shakespeare ou Aristophane retrouvent une jeunesse devant ce public [\u2026].<br><br>C\u2019est une chance pour le champ de la cr\u00e9ation puisque nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 un public \u00e0 r\u00e9f\u00e9rence qui nous attend dans telle sc\u00e8ne parce qu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 sa culture [\u2026]. C\u2019est la chance de cr\u00e9er r\u00e9ellement et ensemble avec le public\u2026 Imm\u00e9diatement je voudrais ne pas jouer des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, mais th\u00e9\u00e2traliser des moments [\u2026].\u00a0\u00bb. (\u00c9mission <em>T comme th\u00e9\u00e2tre<\/em>, diffus\u00e9e en 1972. Office de radiodiffusion-t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise \u2013 ORTF)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comprenons que de par sa formation th\u00e9\u00e2trale en France aupr\u00e8s \u2013&nbsp;entre autres&nbsp;\u2013 de Jean Vilar au Th\u00e9\u00e2tre national populaire, il fait ici r\u00e9f\u00e9rence aux techniques du th\u00e9\u00e2tre occidental, en les mettant relativement en porte-\u00e0-faux avec celles du conteur, appel\u00e9 le <em>Rawi<\/em> (de <em>Riwaya<\/em>, le conte) au Maghreb et le <em>Hakawati,<\/em> celui qui raconte la <em>Hikaya<\/em>, l\u2019histoire, au Machrek (Orient musulman).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette aventure de r\u00e9appropriation, de revitalisation et (re)th\u00e9\u00e2tralisation de pratiques anciennes n\u2019est pas propre au Maroc, depuis l\u2019exp\u00e9rience de celui que l\u2019on qualifie de p\u00e8re du th\u00e9\u00e2tre syrien, Abou Khalil al-Qabbani (1833-1902), qui puisa dans les textes arabes m\u00e9di\u00e9vaux l\u2019inspiration pour ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, tout en les agr\u00e9mentant de chants populaires et des traditions du conteur susmentionn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pourrons citer des exp\u00e9riences d\u2019autres figures th\u00e9\u00e2trales, toutes aussi pertinentes dans le m\u00eame registre, celles de l\u2019\u00c9gyptien Tawfiq al-Hakim (1898-1987) ou encore le Syrien Saadallah Wannous (1941-1997), qui all\u00e8rent globalement dans le m\u00eame sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En somme, le th\u00e9\u00e2tre, de par ses diverses influences, nous raconte <em>in fine<\/em> la m\u00eame histoire, qui est celle d\u2019un espace d\u2019expression d\u00e9tenteur de ces r\u00e9cits qui construisent constamment nos soci\u00e9t\u00e9s, et quelle que soit la forme qu\u2019il prit \u00e0 travers les \u00e2ges et les cultures, il est cet espace de r\u00e9silience et de survivance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise actuelle devrait pousser \u00e0 plus de r\u00e9flexion concernant cette logique de r\u00e9appropriation, mais aussi et surtout de revitalisation des pratiques ancestrales qui, \u00e0 la fois, fondent et ont toujours fond\u00e9 un pan important des m\u00e9moires collectives des peuples, tout en irriguant les champs de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">*&nbsp;&nbsp; *&nbsp;&nbsp; *<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour conclure, conna\u00eetre notre pass\u00e9 sert indubitablement \u00e0 comprendre le pr\u00e9sent, mais surtout \u00e0 pr\u00e9parer l\u2019avenir<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet essai, qui n\u2019a pas pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9, a essentiellement pour objet de poser des interrogations au sujet du th\u00e9\u00e2tre arabe, depuis ses origines populaires et patrimoniales attest\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 nos jours&nbsp;; questionnements qui apportent un certain \u00e9clairage face \u00e0 une notion qui subitement est devenue notre r\u00e9alit\u00e9 commune&nbsp;: la r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce sens, la pertinence de la d\u00e9marche est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ombre des incertitudes actuelles, et une meilleure connaissance du pass\u00e9 ne peut que participer \u00e0 la construction perp\u00e9tuelle du pr\u00e9sent pour tendre vers un avenir meilleur, et surtout l\u2019id\u00e9al que l\u2019on s\u2019en fait&nbsp;; puisque comme disait le philosophe fran\u00e7ais Henri Bergson&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019id\u00e9e de l\u2019avenir est plus f\u00e9conde que l\u2019avenir lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 ces lignes sont \u00e9crites, les salles de spectacles et activit\u00e9s culturelles sont toujours \u00e0 l\u2019arr\u00eat dans la majeure partie des pays arabes, une grande partie de l\u2019Europe ainsi qu\u2019un nombre non n\u00e9gligeable de pays\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019heure d\u2019une surconsommation de contenus et d\u2019\u00e9volution des modes de \u00ab&nbsp;consommation culturelle&nbsp;\u00bb, l\u2019espace sc\u00e9nique \u2013&nbsp;en salle ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur par ailleurs&nbsp;\u2013 se drape des airs de vestige d\u2019un monde primairement physique, ce qui n\u2019emp\u00eache en aucun cas son irr\u00e9alit\u00e9 \u2013&nbsp;voire son irr\u00e9alisme&nbsp;\u2013 de nourrir sa r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet espace originel d\u2019\u00e9changes et de rencontres est en cela incontournable, du fait du lien social qu\u2019il tisse, d\u00e9coud parfois pour mieux le retisser&nbsp;; et les civilisations humaines, quelles que soient les r\u00e9volutions technologiques, auront toujours ce recours et ce besoin basique d\u2019interactions interpersonnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Th\u00e9\u00e2tre reste ce lieu par excellence, il est ce recoin o\u00f9 nous sont cont\u00e9es et racont\u00e9es d\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8res histoires, parfois h\u00e9rit\u00e9es depuis des temps imm\u00e9moriaux, refl\u00e9tant le tragi-comique de nos r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;; il est cet \u00eelot privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019expression, de pens\u00e9e et d\u2019interrogations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet Art qui parcourut les \u00e2ges, des f\u00eates pa\u00efennes d\u2019antan aux somptueux spectacles dans la cour de Versailles du Roi Soleil, en passant par l\u2019\u00e9poque napol\u00e9onienne et plus tard le <em>Reichstheaterkammer<\/em> (chambre du th\u00e9\u00e2tre du troisi\u00e8me Reich), a toujours fait preuve de survivance face aux contextes changeants, puisqu\u2019il est <em>in fine<\/em> un espace de l\u2019expression libre et lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut toujours pr\u00e9tendre uniformiser la pens\u00e9e, malgr\u00e9 l\u2019utopisme de cette assertion, mais la libre parole reste l\u2019apanage de l\u2019esprit humain, quand bien m\u00eame elle serait tue\u2026 En cela, le th\u00e9\u00e2tre puise sa force et trouve l\u2019un des fondements de son existence et de sa r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si demain l\u2019humanit\u00e9 venait \u00e0 ne plus \u00eatre, elle aura au moins jou\u00e9 la plus belle pi\u00e8ce qui ait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crite, et cette citation de S\u00e9n\u00e8que, qui nous est parvenue depuis les tr\u00e9fonds de l\u2019\u00e8re antique, n\u2019en reste que plus vraie de nos jours&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;La vie est pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: ce qui compte, ce n&#8217;est pas qu&#8217;elle dure longtemps, mais qu&#8217;elle soit bien jou\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u039dotes<\/strong> de fin<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;<em>Dialektik der Aufkl\u00e4rung<\/em> \u00bb&nbsp;(La Dialectique de la Raison), par Max Horkheimer &amp; Theodor Adorno (\u00e9dition 1947).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;<em>Encyclopaedia of Islam<\/em>&nbsp;\u00bb, par Peri Bearman, Thierry Bianquis, Clifford Edmund Bosworth, Emeri Johannes van Donzel &amp; Wolfhart Heinrichs. (Deuxi\u00e8me Edition, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Les dix grandes odes arabes de l&#8217;Ant\u00e9-Islam, Les Mu&#8217;allaqu\u00e2t<\/em> \u00bb, traduites et pr\u00e9sent\u00e9es par Jacques Berque, sociologue et anthropologue fran\u00e7ais (\u00e9dit\u00e9 en 1979).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end4\" href=\"#back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Le Th\u00e9\u00e2tre arabe<\/em> \u00bb, par Nada Tomiche et Ch\u00e9rif Khaznadar. (Publication de l&#8217;UNESCO, 1969).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end5\" href=\"#back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Traces musulmanes dans le th\u00e9\u00e2tre m\u00e9di\u00e9val europ\u00e9en<\/em> \u00bb, par Francesc Massip et Ra\u00fcl Sanchis Franc\u00e9s (\u00e9dition 2001).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end6\" href=\"#back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Live Theatre and Dramatic Literature in the Medieval Arab World<\/em> \u00bb, par Shmuel Moreh. (Edinburgh University, 1992).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end7\" href=\"#back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> \u00ab <em>The Development of Early Arabic Drama<\/em> \u00bb, par Mu\u1e25ammad Mu\u1e63\u1e6dafa Badawi. (Journal of Arabic Literature, 1984).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end8\" href=\"#back8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Kit\u0101b al-bay\u0101n wa al-taby\u012bn<\/em> \u00bb (Le livre de clart\u00e9 et de clarification), par Al-Jahidh ou Al-Jahi\u0329z (\u00e9crit au neuvi\u00e8me si\u00e8cle)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end9\" href=\"#back9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Le th\u00e9\u00e2tre dans le monde arabe<\/em> \u00bb. par Eve Feuillebois-Pierunek (\u00e9dition 2011).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end10\" href=\"#back10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> \u00ab <em>La Muqaddima<\/em> \u00bb (parfois traduite par Prol\u00e9gom\u00e8nes) : introduction au discours sur l&#8217;histoire universelle, Ibn Khaldoun (\u00e9crite en 1337).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end11\" href=\"#back11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Le Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;ombres<\/em> \u00bb, par Fran\u00e7oise Khaznadar et Ch\u00e9rif Khaznadar (\u00e9dition maison de la culture 1978).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end12\" href=\"#back12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Kitab Al-diyarat<\/em> \u00bb. (Traduction propos\u00e9e : livre des savoirs), Abu Al-Hasan Ali Ibn-Muhammad Shabash (\u00e9crit au 10\u00e8me si\u00e8cle).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end13\" href=\"#back13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Arabic Literature in the Post-Classical Period<\/em> \u00bb, par Rosella Dorigo Ceccato, (Cambridge University, 2006). Chapitre 17 : &#8220;Drama in the Post-Classical Period: A Survey&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end14\" href=\"#back14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> \u00ab <em>al-Masrah al-Maghribi, mina atta\u2019sis ila sina\u2019\u2019at al-furja<\/em> \u00bb (Th\u00e9\u00e2tre Marocain : de la fondation \u00e0 la cr\u00e9ation du spectacle), Hassan El Mnaia (\u00e9dition 1994).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end15\" href=\"#back15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Decolonizing Theatre History in the Arab World (The case of the Maghreb)<\/em> \u00bb, par Khalid Amine (Horizons\/Th\u00e9\u00e2tre, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end16\" href=\"#back16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Le Maroc d\u2019aujourd\u2019hui<\/em> \u00bb, Eug\u00e8ne Aubin, diplomate fran\u00e7ais (\u00e9dition 1903).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end17\" href=\"#back17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> \u00ab <em>Solt\u00e2n et-tolba, une forme de th\u00e9\u00e2tralisation chez les \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 Qarawiy\u00eene<\/em> \u00bb, par Abdelghani Maghnia. (Horizons Maghr\u00e9bins, 2008).<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/Baker-Saddiki-150x150.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-58\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/Baker-Saddiki-150x150.jpeg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/Baker-Saddiki-300x300.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/Baker-Saddiki.jpeg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Baker Saddiki<\/strong>&nbsp;est un acteur culturel, bas\u00e9 \u00e0 Casablanca.&nbsp;Master en Management interculturel, option anglophone (Universit\u00e9 de Haute Alsace, France), Master en Management et Gestion de r\u00e9seaux de vente (Universit\u00e9 de Haute Alsace, France).&nbsp;<br>Organisateur et producteur d\u2019activit\u00e9s artistiques, d\u2019\u00e9v\u00e9nements culturels, d\u2019ateliers artistiques ainsi que de rencontres et conf\u00e9rences. Depuis 2019, chroniqueur en langue fran\u00e7aise au m\u00e9dia marocain leCollimateur.ma. Directeur de Riouak, revue culturelle en langues arabe et fran\u00e7aise. <br>Pr\u00e9sident la Fondation Tayeb Saddiki pour la culture et la cr\u00e9ation. Membre de l\u2019Union des Producteurs Marocain affili\u00e9e \u00e0 l\u2019Union G\u00e9n\u00e9rale des Producteurs Arabes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2021 Baker Saddiki<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":63,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-57","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/image6.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":194,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/le-metteur-en-scene-face-au-defi-de-lexil\/","url_meta":{"origin":57,"position":0},"title":"Le metteur en sc\u00e8ne face au d\u00e9fi de l\u2019exil","author":"Baker Saddiki","date":"April 11, 2021","format":false,"excerpt":"Georges Banu* R\u00e9sum\u00e9 L\u2019exil du metteur en sc\u00e8ne, impos\u00e9 ou volontaire, est le plus souvent effectu\u00e9 sous l\u2019impact d\u2019un pouvoir totalitaire. L\u2019exp\u00e9rience del\u2019exil distingue le metteur en sc\u00e8ne des artistes autres, individuels, car il se confronte \u00e0 des communaut\u00e9s d\u2019acteurs \u00e9trangers, \u00e0 des conditions de travail diff\u00e9rentes par rapport au\u2026","rel":"","context":"In &quot;Essays&quot;","block_context":{"text":"Essays","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/essays\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/04\/featured3.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":288,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/lagarce-une-vie-de-theatre\/","url_meta":{"origin":57,"position":1},"title":"Lagarce, une vie de th\u00e9\u00e2tre","author":"Baker Saddiki","date":"May 5, 2021","format":false,"excerpt":"Jean-Pierre Thibaudat208 pp. Les Solitaires Intempestifs par Selim Lander* \u00ab\u00a0Montrer sur le th\u00e9\u00e2tre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu\u2019ils sont, la beaut\u00e9 et l\u2019horreur de leurs \u00e9changes et la m\u00e9lancolie aussit\u00f4t qui les prend lorsque cette beaut\u00e9 et cette\u2026","rel":"","context":"In &quot;Book Reviews&quot;","block_context":{"text":"Book Reviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/book-reviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/Photo-Selim-Lander-comp-238x300-1-150x150.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":230,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/une-denonciation-astucieuse-de-lislam-radical\/","url_meta":{"origin":57,"position":2},"title":"Une d\u00e9nonciation astucieuse de l\u2019islam radical","author":"Baker Saddiki","date":"May 5, 2021","format":false,"excerpt":"Selim Lander* J\u2019ai rencontr\u00e9 Dieu sur Facebook. Texte et mise en sc\u00e8ne Ahmed Madani. Cr\u00e9ation sonore Christophe S\u00e9chet. Lumi\u00e8re Damien Klein. Costumes Pascale Barr\u00e9. Avec Mounira Barbouch (la m\u00e8re), Louise Legendre (Nina), Valentin Madani (Amar). En ce mois de janvier 2021, la Martinique, petit territoire fran\u00e7ais d\u2019outre-mer, \u00e9tait l\u2019un des\u2026","rel":"","context":"In &quot;Performance Reviews&quot;","block_context":{"text":"Performance Reviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/performance-reviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/featured-1.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/featured-1.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/featured-1.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/featured-1.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":280,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/dancers-artists-lovers-ballets-suedois-1920-1925\/","url_meta":{"origin":57,"position":3},"title":"Dancers, Artists, Lovers: Ballets Su\u00e9dois 1920\u20131925","author":"Baker Saddiki","date":"May 5, 2021","format":false,"excerpt":"Edited by Erik Mattsson320 pp. Arvinius + Orfeus Publishing Reviewed by Anna \u00c5ngstr\u00f6m* \u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00adThe pioneering work of Stockholm\u2019s now long-gone Ballets Su\u00e9dois appears as a bold and luxurious period in the history of dance. This new anthology written by a team of international researchers in art, dance, theatre and music\u2026","rel":"","context":"In &quot;Book Reviews&quot;","block_context":{"text":"Book Reviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/book-reviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/Anna-Angstrom-150x150.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":455,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/transnational-subjectivities-of-arab-artists-in-europe\/","url_meta":{"origin":57,"position":4},"title":"Transnational Subjectivities of Arab Artists in Europe","author":"Baker Saddiki","date":"May 27, 2021","format":false,"excerpt":"Ruba Totah* Abstract In the last five years, hundreds of performing artists from Arab countries have been scattered throughout neighbouring countries and Europe. In exile, these artists have been increasingly forced into old and new complexities of nationalism, incorporating relational dynamics in emerging transnational spaces. The complexities have permeated artists\u2019\u2026","rel":"","context":"In &quot;Essays&quot;","block_context":{"text":"Essays","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/essays\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image4-3.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image4-3.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image4-3.jpeg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image4-3.jpeg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":267,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/creating-in-between-times-and-identities-expressions-of-contemporary-theatre-in-guatemala\/","url_meta":{"origin":57,"position":5},"title":"Creating In-between Times and Identities: Expressions of Contemporary Theatre in Guatemala","author":"Baker Saddiki","date":"May 5, 2021","format":false,"excerpt":"Regina Solis Miranda* and Luis Antonio Morales Rodr\u00edguez** Abstract Theatricality in contemporary Guatemala has its own poetics shaped by a tense interaction of multiple identities in a context defined by enforced colonial logic. By recognizing Mayan and Ladino\/mestizo theatrical trends, we can explore alternative ways of thinking that shape contemporary\u2026","rel":"","context":"In &quot;National Reports&quot;","block_context":{"text":"National Reports","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/category\/national-reports\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image6.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image6.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image6.jpeg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/23\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2021\/05\/image6.jpeg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1080,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions\/1080"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/media\/63"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/23\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}