{"id":240,"date":"2020-10-18T07:24:15","date_gmt":"2020-10-18T07:24:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/?p=240"},"modified":"2026-06-22T10:16:17","modified_gmt":"2026-06-22T10:16:17","slug":"papa-merci-detre-mort-un-spectacle-pour-les-adultes-qui-etaient-autrefois-des-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/papa-merci-detre-mort-un-spectacle-pour-les-adultes-qui-etaient-autrefois-des-enfants\/","title":{"rendered":"\u00ab &#8230;papa merci d\u2019\u00eatre mort \u00bb \u2013 Un spectacle pour les adultes qui \u00e9taient autrefois des enfants"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Irina Antonova<\/strong><a name=\"back\" href=\"#end\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<h5 id=\"resume\" class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract wp-block-paragraph\">Le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes moderne cherche maintenant des points de contact avec des arts associ\u00e9s, en utilisant le langage et les codes sp\u00e9cifiques des pratiques artistiques contemporaines. Les intersections des marionnettes, des masques, des objets avec le com\u00e9dien et leur coexistence parall\u00e8le repoussent les limites visuelles et s\u00e9mantiques d&#8217;un spectacle de marionnettes. Le metteur en sc\u00e8ne et marionnettiste fran\u00e7ais Philippe Saumont a pr\u00e9sent\u00e9 sa propre version de l&#8217;interaction marionnette-com\u00e9dien bas\u00e9e sur un texte autobiographique et un syst\u00e8me complexe de contr\u00f4le de ce texte \u201cde l&#8217;ext\u00e9rieur\u201d. Son spectacle <font class=\"no-italics\">Je t&#8217;aime papa mais merci d&#8217;\u00eatre mort<\/font> a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 avec succ\u00e8s au Festival d&#8217;Avignon en 2018.<br><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong>th\u00e9\u00e2tre de marionnettes fran\u00e7ais, masque, dramaturgie pour th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, images arch\u00e9typiques dans le spectacle<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u201c&#8230;Dad, Thanks for Being Dead\u201d \u2013 A Show for Adults Who Were Once Children<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Abstract<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"abstract wp-block-paragraph\">Modern puppet theater now seeks points of connection with related arts, using the language and codes specific to contemporary artistic practices. The intersections of puppets, masks, and objects with the actor, and their parallel coexistence, push the visual and semantic boundaries of a puppet performance. The French director and puppeteer Philippe Saumont presented his own version of puppet-actor interaction based on an autobiographical text and a complex system of \u201cexternal\u201d control over that text. His show <em>I Love You Dad, But Thanks for Being Dead<\/em> was successfully presented at the Avignon Festival in 2018.<br><br><strong>Keywords:<\/strong> French puppet theatre, mask, dramaturgy for puppet theatre, archetypal images in performance<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, les th\u00e9\u00e2tres de marionnettes de province, compos\u00e9s de quelques personnes seulement, sont modernes et audacieux, m\u00eame s\u2019ils cherchent \u00e0 conserver leur identit\u00e9 r\u00e9gionale. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne surprenant pour moi, qui repr\u00e9sente une tradition et une pratique th\u00e9\u00e2trales fondamentalement diff\u00e9rentes. Ces gardiens passionn\u00e9s du pass\u00e9 et inventeurs de sources nouvelles et vivantes, qui alimentent le grand fleuve de la culture th\u00e9\u00e2trale fran\u00e7aise, ne sont pas toujours dans le radar des critiques de th\u00e9\u00e2tre et ne s\u2019int\u00e9ressent bien souvent qu\u2019\u00e0 la r\u00e9action de leur public. Combien de ces perles rares ai-je collect\u00e9es dans le cadre de festivals r\u00e9gionaux et internationaux&nbsp;! Si la chance nous sourit, si les conditions sont favorables, elles se trouvent rassembl\u00e9es en pr\u00e9cieux collier \u00e0 Avignon, \u00e0 Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, ou ailleurs sur la plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le destin a voulu que je fasse connaissance avec l\u2019un de ces th\u00e9\u00e2tres de Bretagne,Les Tarabates, et avec son directeur Philippe Saumont lors du Carnaval international des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes en 2012 \u00e0 Almaty \u2013&nbsp;ex-capitale du Kazakhstan. Ce th\u00e9\u00e2tre est devenu pour moi un laboratoire d\u2019\u00e9tude passionnant du th\u00e9\u00e2tre moderne et ancien des marionnettes, des objets, des images.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philippe Saumont a cr\u00e9\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre Les Tarabates en 1998. Pendant cette p\u00e9riode, il a mis en sc\u00e8ne une quinzaine de spectacles, du <em>Guignol, Polichinelle, Pulcinella, Punch<\/em> traditionnels \u00e0 des marionnettes contemporaines en papier, en sable, en peinture, etc.&nbsp;; ses spectacles sont musicaux et po\u00e9tiques, pour les tout-petits et pour les adultes. Les \u0153uvres de P. Saumont se distinguent par leur forme litt\u00e9raire exigeante, le haut niveau artistique de la cr\u00e9ation de marionnettes et une mani\u00e8re particuli\u00e8re de manipulation, qui se caract\u00e9rise par la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la gr\u00e2ce et l\u2019ironie de ses relations avec une marionnette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2018, Les Tarabates ont pr\u00e9sent\u00e9 le spectacle <em>Je t\u2019aime papa mais merci d\u2019\u00eatre mort<\/em> dans le cadre Off du festival d\u2019Avignon. Ce spectacle a \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Philippe Saumont qui utilise son propre texte autobiographique, \u00e9crit il y a presque vingt ans. C\u2019est pendant des tourn\u00e9es, des cr\u00e9ations, des ateliers, des festivals dans plus de trente pays du monde, que l\u2019auteur r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 propos du texte le plus touchant pour lui&nbsp;: un texte sur lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire simple et terrible de l\u2019enfant qui est devenu un t\u00e9moin involontaire du suicide de son p\u00e8re est racont\u00e9e par des moyens artistiques expressifs. Une multitude de significations \u2013&nbsp;esth\u00e9tiques et \u00e9thiques&nbsp;\u2013 \u00e9largissent l\u2019angle de vue et portent la repr\u00e9sentation au-del\u00e0 des formes traditionnelles des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes et du th\u00e9\u00e2tre d\u2019acteur. L\u2019autobiographie a d\u00e9fini le monologue comme le principal moyen de transmettre le texte et, si P. Saumont avait d\u00e9cid\u00e9 de jouer le r\u00f4le de lui-m\u00eame, on aurait pu y voir les signes d\u2019une autre forme visuelle et artistique&nbsp;: la performance. La d\u00e9l\u00e9gation de la mission du narrateur \u00e0 l\u2019acteur a d\u00e9fini une esth\u00e9tique diff\u00e9rente et a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le texte et les actions sont concentr\u00e9s entre les mains de Christophe \u00c9cobichon, com\u00e9dien et marionnettiste. Sur sc\u00e8ne, il est \u00e0 la fois un participant, un observateur direct des \u00e9v\u00e9nements et, dans les deux cas, un analyste de ses sentiments et de ses exp\u00e9riences. L\u2019esth\u00e9tique de la distanciation, bien connue dans le genre de la confession publique, est litt\u00e9ralement impr\u00e9gn\u00e9e de la souffrance infantile. Souffrance qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 totalement oubli\u00e9e ni surv\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le titre du spectacle du th\u00e9\u00e2treLes Tarabates \u2013&nbsp;<em>Je t\u2019aime papa mais merci d\u2019\u00eatre mort<\/em>&nbsp;\u2013 traduit un dilemme dramatique pour un enfant, dont l\u2019effet traumatisant sur le d\u00e9veloppement de sa personnalit\u00e9 ne peut \u00eatre surestim\u00e9. De forme monologique, le spectacle est une sorte de \u00ab&nbsp;forum&nbsp;\u00bb imaginaire avec de nombreux participants \u2013&nbsp;des personnages de la vie r\u00e9elle de l\u2019Enfant&nbsp;: la M\u00e8re, la S\u0153ur, le copain G\u00e9rard, la Ma\u00eetresse, l\u2019Oncle, la M\u00e8re Brandalac, le Prof de Foot, Ben-<em>l\u2019Arabe du coin<\/em>&#8230; Il y a aussi la police, les voisins, les amis d\u2019\u00e9cole, les copains de son p\u00e8re avec qui il passe du temps \u00e0 boire. Ils se parlent encore, et l\u2019Enfant, en tant qu\u2019adulte, pose les m\u00eames questions \u00e0 ces personnes qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image1-4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-242\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image1-4.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image1-4-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image1-4-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Christophe \u00c9cobichon avec le masque plastique. Photo&nbsp;: Christian Berthelot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le spectacle n\u2019est pas tant pour les enfants que pour les parents. Les spectateurs adultes \u2013&nbsp;dont des papas et des mamans&nbsp;\u2013 sont mis face \u00e0 la question principale de leur vie&nbsp;: Aimez-vous vos enfants&nbsp;? Les aimez-vous, en r\u00e9pondant de tout votre c\u0153ur \u00e0 l\u2019amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et inconditionnel d\u2019une petite cr\u00e9ature cr\u00e9dule, qui est plus ch\u00e8re pour vous que toutes les autres au monde&nbsp;? Mais le spectacle pose aussi une autre question, dont la r\u00e9ponse fait peur \u00e0 tous les parents du monde&nbsp;: \u00cates-vous s\u00fbrs que vos enfants vous aiment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h5 id=\"ecriture\" class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9criture<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les valeurs litt\u00e9raires et les caract\u00e9ristiques lexicales du texte en tant que base primaire du spectacle de P. Saumont m\u00e9ritent l\u2019attention, surtout dans le contexte du probl\u00e8me complexe de la dramaturgie pour le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le texte se compose de deux volets&nbsp;: la partie principale et une br\u00e8ve pr\u00e9face, dont le r\u00f4le est important. Contenant l\u2019id\u00e9e principale de l\u2019auteur, cette partie pourrait \u00e9galement \u00eatre situ\u00e9e \u00e0 la fin du texte principal sans changer le sens dans ce r\u00e9arrangement. Le texte forme un anneau&nbsp;: son d\u00e9but et sa fin ont un point de r\u00e9f\u00e9rence unique. Le titre de la repr\u00e9sentation est le d\u00e9but de l\u2019histoire depuis la fin. Cette construction rationnelle de la base litt\u00e9raire nie la perception du spectacle comme un monologue int\u00e9rieur de l\u2019enfant. Devant nous, un homme adulte qui se retrouve en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec ses souvenirs d\u2019enfance \u2013&nbsp;et pas seulement les mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, l\u2019analyse du vocabulaire \u00e9motionnel et \u00e9valuatif du texte montre que les mots \u00e0 connotation positive sont trois fois moins nombreux que les mots \u00e0 connotation n\u00e9gative explicite (m\u00eame s\u2019il s\u2019agit de souvenirs d\u2019enfance de notre contemporain, et non du h\u00e9ros du roman de V. Hugo<em> Les Mis\u00e9rables&nbsp;<\/em>!). Trois verbes au sens chaleureux, <em>de famille<\/em> (<em>d\u00e9fendre, sourire, faire des blagues<\/em>) confrontent toute une arm\u00e9e de verbes agressifs, mal\u00e9fiques, hostiles, humiliants (par exemple&nbsp;: <em>crier, boire <\/em>[de l\u2019alcool],<em> interdire, battre, taper, r\u00e2ler, pleurer, avoir peur, ne pas oser<\/em>). On observe la m\u00eame proportion d\u2019unit\u00e9s lexicales non verbales qui v\u00e9hiculent un sentiment de famille, de tranquillit\u00e9, de plaisir (<em>ma maman, ma s\u0153ur, des croissants au beurre, une odeur de fleurs et de croissants, poussin, cantine<\/em>) et celles qui remplissent le c\u0153ur et l\u2019\u00e2me de peur et de douleur (trop nombreuses pour un gar\u00e7on de dix ans&nbsp;: <em>des taloches, le vin, la guerre, des baffes, la cave, le pinard, le cimeti\u00e8re, des cr\u00e9dits,<\/em> etc. La pire d\u2019entre elles est <em>la b\u00eate noire de mon p\u00e8re<\/em>). Un certain nombre d\u2019adjectifs (<em>chiant, terrible, chagrin, malade<\/em>) aggravent la situation. Et le plus incroyable, c\u2019est que le mot <em>amour<\/em> n\u2019existe pas dans le texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec ses particularit\u00e9s de structure et de connotation, le texte a d\u00e9fini le langage sc\u00e9nique du spectacle&nbsp;: minimalisme et convention des d\u00e9cors con\u00e7us par Ronan M\u00e9nard, musique en direct de Yann Honor\u00e9, d\u00e9licatesse du jeu d\u2019acteur. Christophe \u00c9cobichon ressent tr\u00e8s subtilement l\u2019intonation litt\u00e9raire \u2013&nbsp;la douleur des larmes enfantines cach\u00e9es et des insultes imm\u00e9rit\u00e9es. Il ne joue pas l\u2019enfant, comme le font parfois les acteurs et actrices adultes, mais il joue un homme qui \u00e9tait autrefois un enfant, comme nous tous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">Effectivement, lorsqu\u2019on est adulte, on ne peut qu\u2019 \u00ab\u00a0imiter\u00a0\u00bb un enfant,\u00a0dit le com\u00e9dien. Jouer le r\u00f4le d\u2019un enfant peut \u00eatre un terrible \u00e9cueil. \u00ab\u00a0Singer\u00a0\u00bb n\u2019est pas jouer\u00a0! Il s\u2019agit de revivre des sensations. Se tenir devant l\u2019inconnu fait de nous des enfants. (\u00c9cobichon)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distanciation du personnage rend le jeu d\u2019\u00c9cobichon \u00e9motionnellement fort et non artificiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le spectacle est rempli de transitions dialectiques entre un \u00e9tat d\u2019enfant et celui d\u2019adulte et vice-versa. Il arrive qu\u2019un adulte surprenne par un comportement <em>enfantin<\/em> d\u00e9raisonnable. Les hommes adultes aiment souvent plaisanter et faire le clown, jouer avec leurs enfants aux petites voitures, aux trains miniatures ou \u00e0 la guerre&#8230; Ces jeux leur donnent plus de plaisir qu\u2019\u00e0 leurs propres enfants&nbsp;: le papa du Petit Nicolas<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> a tellement aim\u00e9 jouer au train \u00e9lectrique qu\u2019il a oubli\u00e9 que le jouet ne lui \u00e9tait pas destin\u00e9&#8230; Christophe \u00c9cobichon commence la pi\u00e8ce avec la m\u00eame infantilisation&nbsp;: il prend des poses incroyables sur la table, comme s\u2019il essayait de revenir vers son \u00e9tat d\u2019enfant&nbsp;: peut-il, lui, un adulte, r\u00e9p\u00e9ter les poses dans lesquelles il s\u2019endormait petit&nbsp;? Ainsi, le com\u00e9dien ressent le ton juste de sa confession, appelant \u00e0 l\u2019aide sa <em>m\u00e9moire motrice<\/em> qui le ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019enfance. Comme Philippe Saumont me l\u2019a confi\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">Nous en avons parl\u00e9 tous les deux et il [C. \u00c9cobichon] a lu le texte, alors je lui ai demand\u00e9 ce qu\u2019il voyait, ensuite cela a \u00e9t\u00e9 aller-retour entre lui et moi, mais c\u2019est moi qui proposais telles images et telles intentions. (Saumont)<\/p>\n\n\n\n<h5 id=\"pere\" class=\"wp-block-heading\"><strong>P\u00e8re<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le P\u00e8re est le seul personnage dont l\u2019incarnation est confi\u00e9e au second com\u00e9dien&nbsp;: son propre petit-fils Geoffrey Saumont, un jeune acteur de trente ans, aujourd\u2019hui presque du m\u00eame \u00e2ge que son grand-p\u00e8re. Le metteur en sc\u00e8ne et le com\u00e9dien ont travaill\u00e9 sur l\u2019image visuelle du P\u00e8re avec l\u2019artiste th\u00e9\u00e2trale bulgare Mari\u00e9ta Golom\u00e9hova.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image2-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-243\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image2-5.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image2-5-225x300.jpeg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mari\u00e9ta Golom\u00e9hova et Philippe Saumont en pr\u00e9paration du masque du P\u00e8re.&nbsp;Photo&nbsp;: Irina Antonova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne peut que regretter que la pr\u00e9sence dans l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un ma\u00eetre comme M. Golom\u00e9hova se soit limit\u00e9e \u00e0 quelques id\u00e9es et pr\u00e9paratifs. \u00c0 l\u2019aide de p\u00e2te plastique, elle a cr\u00e9\u00e9 un masque unique qui augmentait la taille de l\u2019acteur, lui faisant d\u00e9passer la t\u00eate et le faisant travailler presque \u00e0 l\u2019aveuglette. Cette d\u00e9couverte est tr\u00e8s int\u00e9ressante. Les petits enfants regardent vers le haut et ne per\u00e7oivent pas encore la vraie taille des personnes et des objets. Tous les adultes \u2013&nbsp;et surtout le p\u00e8re&nbsp;\u2013 leur paraissent \u00eatre des g\u00e9ants. Une \u00e9norme figure muette du P\u00e8re, avec un masque \u00e0 la place du visage, passe silencieusement au fond de la sc\u00e8ne. L\u2019Enfant recule de peur et se sent rejet\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re, elle dit aux gens que je suis la b\u00eate noire de mon p\u00e8re. J\u2019sais pas pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;(Saumont 32)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En travaillant avec un masque aussi complexe, Geoffrey Saumont a besoin de la pr\u00e9cision du sch\u00e9ma plastique du r\u00f4le&nbsp;: le P\u00e8re tourne la t\u00eate vers son fils, le regarde, mais ne le voit pas. Il ne voit rien du tout et ne ressent que de la douleur. C\u2019est un alcoolique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image3-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-244\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image3-5.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image3-5-225x300.jpeg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le masque-sculpture de Mari\u00e9ta Golom\u00e9hova. Photo&nbsp;: Irina Antonova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Enfant ne voit presque pas le P\u00e8re, alors il l\u2019invente et l\u2019imagine chaque fois diff\u00e9remment&nbsp;: il est comme un verre de vodka sur la table, comme la barbe \u00e0 papa, comme un masque en sucre<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, avec lequel, comme avec le simulacre d\u2019un indig\u00e8ne, il essaie de parler, mais sans avoir obtenu de r\u00e9ponse, il en mord un morceau, puis le second&#8230; Il dissout le masque du P\u00e8re dans un verre de vodka&#8230; Avant sa mort physique, le P\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9composer dans la conscience de l\u2019Enfant. Le P\u00e8re devient de plus en plus insaisissable, fragile, effrayant et finit par se mat\u00e9rialiser dans son dernier symbole&nbsp;: son nom au cimeti\u00e8re. La peur, l\u2019inqui\u00e9tude et la compassion pour ce grand homme fort, tous ces sentiments sont transmis par Christophe \u00c9cobichon sans affectation ni pression. Ces souvenirs continuent \u00e0 le blesser, lui, l\u2019adulte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le P\u00e8re est aussi incarn\u00e9 dans le spectacle, comme dans la m\u00e9moire, par d\u2019autres moyens non mat\u00e9riels. Le P\u00e8re, c\u2019est la guerre en Alg\u00e9rie, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 dans sa jeunesse, les chants militaires, l\u2019agression contre l\u2019\u00e9ternel ennemi imaginaire \u2013&nbsp;les murs de la maison&nbsp;\u2013, ainsi que contre ses proches faibles et impuissants, parce que lui-m\u00eame est faible et impuissant&#8230; Le P\u00e8re a, <em>a priori<\/em>, le droit de punir. Cela fait partie de son r\u00f4le social. L\u2019Enfant n\u2019a aucun doute sur ce droit de frapper les petits et les faibles juste parce qu\u2019il est le P\u00e8re. Le P\u00e8re frappe, c\u2019\u00e9tait et c\u2019est toujours comme \u00e7a dans le monde. Le P\u00e8re se comporte comme un enfant irresponsable&nbsp;: il d\u00e9pense l\u2019argent dans la boisson au caf\u00e9, juste pour rire, il marche sur le petit rebord en zinc sous la fen\u00eatre, effrayant sa femme et son fils. Cette image inhabituelle, presque c\u00e9leste, du P\u00e8re marchant sous la fen\u00eatre est exprim\u00e9e par un autre masque, un nuage de barbe \u00e0 papa.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image4-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-245\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image4-5.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image4-5-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image4-5-768x513.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le P\u00e8re interpr\u00e9t\u00e9 par Geoffrey Saumont. Photo : Christian Berthelot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pauvre homme de trente-sept ans aime-t-il sa famille, son fils&nbsp;? Oui. Dans le spectacle, il y a un court \u00e9pisode o\u00f9 le P\u00e8re, ayant effray\u00e9 l\u2019Enfant par son apparition soudaine, laisse un bonbon sur la table pour lui. C\u2019est une sc\u00e8ne \u00e9motionnellement puissante de l\u2019amour maladif d\u2019une \u00e2me malade, et les deux com\u00e9diens la jouent dans un silence complet, sans se rapprocher l\u2019un de l\u2019autre. Mais une corde tendue r\u00e9sonne dans ce silence&nbsp;! C\u2019est le moment o\u00f9 les spectateurs, eux aussi, gardent le silence et n\u2019osent m\u00eame pas bouger. Parce qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, comme \u00e0 l\u2019\u00e9glise, nous sommes tous ensemble, mais en m\u00eame temps nous sommes toujours en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec nous-m\u00eames et Dieu, ou nous-m\u00eames et notre conscience. Dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle, nous pouvons nous concentrer sur nos exp\u00e9riences et nos souvenirs, nous pouvons pleurer sans h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le psychologue russe Lev Vygotski, qui a \u00e9tudi\u00e9 la psychologie de l\u2019art, a \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">[&#8230;] l\u2019art s\u2019av\u00e8re \u00eatre quelque chose comme un traitement th\u00e9rapeutique pour l\u2019artiste, et pour le spectateur, c\u2019est un moyen de r\u00e9soudre le conflit avec l\u2019inconscient, sans tomber dans la n\u00e9vrose. (Vygotski 96)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce petit bonbon est aussi l\u2019image du P\u00e8re, imprim\u00e9e dans la m\u00e9moire de l\u2019Enfant, mais cette image est inconsciemment r\u00e9conciliante, r\u00e9demptrice.<\/p>\n\n\n\n<h5 id=\"enfant\" class=\"wp-block-heading\"><strong>Enfant<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et comment l\u2019Enfant ayant grandi se souvient-il de lui-m\u00eame&nbsp;? Comme un gar\u00e7on courageux, fort, intelligent&nbsp;? Non, le manque d\u2019amour des proches renforce toujours le complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, le sentiment d\u2019inutilit\u00e9, de confusion int\u00e9rieure, de d\u00e9sarroi. C\u2019est \u00e9galement g\u00eanant pour l\u2019Enfant. Il a honte non seulement du P\u00e8re, mais aussi de la M\u00e8re. Il a honte et il \u00e9prouve de la piti\u00e9 pour les deux. Christophe \u00c9cobichon exprime plastiquement ces sentiments&nbsp;: il met ses mains dans ses poches, hausse les \u00e9paules, se blottit de peur. Ses expressions faciales sont \u00e9tonnamment similaires \u00e0 celles d\u2019un adolescent hautain&nbsp;: ne croyez pas que je sois effray\u00e9 et bless\u00e9. Tout m\u2019est \u00e9gal. \u00ab&nbsp;Paradoxalement,&nbsp;dit C. \u00c9cobichon, les enfants font de tr\u00e8s mauvais clowns\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En un instant, le<em> th\u00e9\u00e2tre de distanciation<\/em> devient<em> th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9motion<\/em> <em>psychologique<\/em>, puis vice-versa. Encore devant nous, l\u2019adulte analyse les comportements du P\u00e8re, de la M\u00e8re, de la Ma\u00eetresse, des voisins&#8230; Il les analyse, mais, comme avant, il n\u2019ose pas les \u00e9valuer. Le c\u00f4t\u00e9 \u00e9motionnel de sa personnalit\u00e9 pr\u00e9vaut toujours sur le c\u00f4t\u00e9 rationnel. Il a encore beaucoup \u00e0 comprendre et \u00e0 pardonner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le rejet et l\u2019humiliation ne mettent pas en col\u00e8re ce gar\u00e7on. Il observe, r\u00e9fl\u00e9chit et grandit ainsi. Sa maturation s\u2019exprime par une r\u00e9sistance int\u00e9rieure, par le refus de se soumettre \u00e0 des circonstances. Il est trop jeune pour se r\u00e9volter ouvertement. En outre, la r\u00e9bellion d\u2019un enfant contre des adultes se termine le plus souvent par le r\u00e9tablissement de l\u2019autorit\u00e9 paternelle. Et en l\u2019absence du p\u00e8re, le pouvoir de la m\u00e8re, de la professeure, de la voisine&#8230; C\u2019est ce qui se passe. Le po\u00e8te italien Giacomo Leopardi \u00e9crivait en 1823&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-small-font-size wp-block-paragraph\">La p\u00e9riode la plus belle et la plus heureuse de la vie, l\u2019enfance, est associ\u00e9e \u00e0 mille tourments, \u00e0 mille angoisses et craintes, \u00e0 tant de charges d\u2019\u00e9ducation et de disciplines, qu\u2019un adulte [&#8230;], m\u00eame s\u2019il le pouvait, n\u2019accepterait jamais de redevenir un enfant, afin de ne pas revivre ce qu\u2019il a v\u00e9cu. (Rodari 19)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont des r\u00eaves qui sauvent l\u2019Enfant. Les \u00e9toiles et les nuages deviennent ses fid\u00e8les alli\u00e9s. Les nuages bonbon et les nuages de barbe \u00e0 papa tournent comme un man\u00e8ge devant la fen\u00eatre de la chambre o\u00f9 dort le gar\u00e7on, tandis que les \u00e9toiles le regardent doucement. En fait, il suffit de peu de choses pour qu\u2019un enfant se sente heureux&nbsp;! Les yeux tendres de maman, les mains fortes et gentilles de papa, le man\u00e8ge, la barbe \u00e0 papa, les croissants, au moins le dimanche. Et les mots principaux&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous t\u2019aimons&nbsp;\u00bb. C\u2019est tout, en fait.<\/p>\n\n\n\n<h5 id=\"archetypes-et-marionnettes\" class=\"wp-block-heading\"><strong>Arch\u00e9types et marionnettes<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le constructeur-d\u00e9corateur Ronan M\u00e9nard laisse la sc\u00e8ne nue, la limitant \u00e0 un immense rebord de fen\u00eatre symbolique. C\u2019est la fronti\u00e8re entre deux mondes. Derri\u00e8re le rebord de la fen\u00eatre, il y a des \u00e9toiles, des nuages, le ciel, l\u2019infini. Mais aussi le vide, la limite que traverse le P\u00e8re un jour, la mort. Sur sc\u00e8ne, il y a un autre objet important&nbsp;: une simple table en bois. Sa construction est universelle sur les plans arch\u00e9typique et polys\u00e9mique&nbsp;: une base quadrangulaire et un espace vide sur et sous celle-ci. Sur la table, le gar\u00e7on trouve un bonbon de son p\u00e8re, il y a aussi un verre de vodka qui est bris\u00e9, une fois gliss\u00e9 sur le bord sous l\u2019effet d\u2019une force invisible. Derri\u00e8re ce bord, il y a aussi le vide et la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la table est aussi un endroit o\u00f9 l\u2019Enfant peut se cacher et jouer. Sous la table, il arrange sa propre <em>maisonnette<\/em>. L\u00e0-dedans, c\u2019est tellement int\u00e9ressant&nbsp;! Ce symbole de l\u2019enfance semble \u00eatre reconnu par tous. Anciens enfants, nous r\u00eavions de conqu\u00e9rir ce petit espace autonome et d\u2019y arranger tout comme nous voulions. Cr\u00e9er notre monde et notre ordre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les accessoires de th\u00e9\u00e2tre traditionnels, dont la table, sont souvent repens\u00e9s aujourd\u2019hui dans le contexte de l\u2019art contemporain<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Ronan M\u00e9nard fait de la table l\u2019une des sc\u00e8nes de la repr\u00e9sentation, un lieu de jeu pour les acteurs et les marionnettes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 premi\u00e8re vue, dans ce spectacle, contrairement aux autres repr\u00e9sentations de P. Saumont, l\u2019humain pr\u00e9domine sur la marionnette. Mais ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai. Dans la r\u00e9alit\u00e9 vivante de cette cr\u00e9ation, la marionnette joue son propre jeu en parall\u00e8le, cr\u00e9ant un syst\u00e8me de relations parodiques, \u00e9tant sur sc\u00e8ne une marionnette traditionnelle \u00e0 fils, ou un masque \u2013&nbsp;mou, plastique, fluide, comestible, fragile&nbsp;\u2013, puis le fant\u00f4me du P\u00e8re, puis sa propre imitation. Les marionnettes peuvent transformer n\u2019importe quel objet en son antipode, changer son essence, le faire vivre comme l\u2019enfant le voit. Un \u00ab&nbsp;\u201ccomme si\u201d enfantin, selon Constantin Stanislavski, est bien plus fort que notre \u201csi\u201d magique&nbsp;\u00bb (Stanislavski 193).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image6-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-246\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image6-2.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image6-2-225x300.jpeg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le masque plastique de Mari\u00e9ta Golom\u00e9hova. Photo&nbsp;: Irina Antonova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Christophe \u00c9cobichon <em>s\u2019approprie<\/em> facilement n\u2019importe quel mat\u00e9riel. Il se souvient qu\u2019enfant, il inventait lui-m\u00eame des jouets \u00e0 partir de tout ce qui lui tombait sous la main et de ses fantasmes. C\u2019est ainsi que les marionnettes apparaissent sur sc\u00e8ne. Les marionnettes animent tout mat\u00e9riau dont elles sont faites et donnent un sens \u00e0 l\u2019espace dans lequel elles se trouvent. L\u2019Enfant confectionne la t\u00eate de son P\u00e8re \u00e0 partir de la barbe \u00e0 papa et joue une sc\u00e8ne sur la table, imitant son intonation d\u2019ivrogne. Il r\u00e9p\u00e8te les phrases qu\u2019il a entendues de son P\u00e8re et de ses copains, sans vraiment en comprendre le sens, et improvise lui-m\u00eame le texte&nbsp;; il pr\u00e9sente les sc\u00e8nes de guerre telles qu\u2019il les a vues au cin\u00e9ma, chante bruyamment des chansons de guerre, se d\u00e9guise en militaire. Il joue la guerre avec passion, comme tous les gamins de son \u00e2ge. Pour son P\u00e8re d\u2019ailleurs, la guerre n\u2019\u00e9tait pas un jeu. Et pour un enfant, <em>un casque militaire<\/em> sur la t\u00eate, c\u2019est plut\u00f4t une fa\u00e7on de se prot\u00e9ger contre la peur d\u2019une r\u00e9elle agression \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image7-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-247\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image7-1.jpeg 800w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image7-1-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image7-1-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Christophe \u00c9cobichon avec le masque de la barbe \u00e0 papa. Photo&nbsp;: Christian Berthelot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le spectacle de P. Saumont, l\u2019Enfant n\u2019invente pas tant le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes que le th\u00e9\u00e2tre de personnages. Et peu importe de quoi est fait ce personnage, m\u00eame s\u2019il est repr\u00e9sent\u00e9 par un doigt dans un trou sur une nappe. Chacun d\u2019eux a sa propre histoire, ses habitudes et ses caract\u00e9ristiques. Le personnage est une vie v\u00e9cue qui ne peut \u00eatre chang\u00e9e. Dans le spectacle, une seule marionnette en bois est d\u00e9tach\u00e9e de la surface et flotte librement dans l\u2019air, et ses mouvements ne sont soumis \u00e0 aucune pens\u00e9e, mais libres et simples, comme un r\u00eave d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"597\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image8.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-248\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image8.jpeg 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image8-201x300.jpeg 201w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sc\u00e8ne du spectacle. Photo&nbsp;: Christian Berthelot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une autre image arch\u00e9typale dans la pi\u00e8ce&nbsp;: un \u0153uf dans un nid. L\u2019\u0153uf et le nid sont des signes tr\u00e8s forts, ils sont souvent \u00e9voqu\u00e9s par des artistes. Ici, l\u2019\u0153uf est donn\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant, ce qui exprime un double symbole. Les cataclysmes et les tensions que vit la personne conduisent \u00e0 la recherche de r\u00e9ponses, souvent enferm\u00e9es dans des arch\u00e9types. L\u2019Enfant comprenait-il cela&nbsp;? Bien s\u00fbr que non. Une intuition enfantine a conduit le gar\u00e7on \u00e0 une image qui symbolise la protection, la paix et la tranquillit\u00e9. Intuitivement, il associe une coquille \u00e0 la maison familiale, lui-m\u00eame avec le poussin, et m\u00e8ne ses propres recherches scientifiques&nbsp;: un poussin na\u00eetra-t-il d\u2019un \u0153uf si on le met dans \u00ab&nbsp;un nid bien chaud avec une pelote de laine&nbsp;\u00bb&nbsp;? Une pelote de laine fabriqu\u00e9e de la m\u00eame barbe \u00e0 papa sur la sc\u00e8ne&#8230; Et \u00e0 la fin de son exp\u00e9rience infructueuse, il en arrive \u00e0 la conclusion impitoyable&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas comme \u00e7a que les poussins naissent&#8230; ils ont besoin de leur maman&nbsp;\u00bb&nbsp;(Saumont 48).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des fantasmes et des r\u00eaves qui remplacent l\u2019amour. La force de la volont\u00e9 et l\u2019espoir. Le poussin, qui n\u2019est pas sorti, mais qui est devenu un ami. Dans un merveilleux film sovi\u00e9tique r\u00e9alis\u00e9 par Rolan Bykov <em>La Voiture, le violon et le chien Klyaksa<\/em> (1974), un petit gar\u00e7on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai besoin des chats pour en faire des singes, car les chats grimpent aux arbres et les singes grimpent aux arbres. Il est tr\u00e8s facile de faire des ours \u00e0 partir de singes et on pourra faire des camarades \u00e0 partir d\u2019ours&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant est seul. Sa petite \u00e2me cherche un soutien et, sans le trouver, s\u2019engage seule sur le chemin vers la maturation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette fa\u00e7on de se voir et de voir les autres \u00e0 travers un syst\u00e8me complexe d\u2019attachements et de rejets est renforc\u00e9e par la musique. La musique n\u2019illustre pas l\u2019action et ne l\u2019accompagne pas de la m\u00eame mani\u00e8re que le fait <em>la musique d\u2019ameublement<\/em> d\u2019Erik Satie. Elle p\u00e9n\u00e8tre intimement dans la vie int\u00e9rieure de l\u2019image et r\u00e9sonne dans l\u2019\u00e2me de l\u2019Enfant avec des r\u00e9pliques sirupeuses et l\u00e9g\u00e8rement douloureuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yann Honor\u00e9 a \u00e9crit une belle musique originale pour ce spectacle, se r\u00e9v\u00e9lant ainsi un v\u00e9ritable compositeur de th\u00e9\u00e2tre. Le son en direct de la guitare \u00e9lectrique, du violoncelle basse \u00e9lectrique et de la basse \u00e9lectrique (Yann Honor\u00e9 joue lui-m\u00eame les \u00e9l\u00e9ments musicaux), suit la partition de la mise en sc\u00e8ne du spectacle, qui impose son tempo. La musique se montre en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s d\u00e9licate. Ce n\u2019est que dans le final, lorsqu\u2019un adulte se laisse enfin d\u00e9passer par la honte et la peur pour devenir le t\u00e9moin involontaire de la mort de son p\u00e8re, que les sons de la musique explosent dans son \u00e2me et qu\u2019il trouve enfin les mots amers de l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime papa mais merci d\u2019\u00eatre mort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philippe Saumont a cr\u00e9\u00e9 une performance de masques, de marionnettes, de personnes et d\u2019objets. Le spectacle est interdisciplinaire et interg\u00e9n\u00e9rationnel, et les relations grand-p\u00e8re \u2013 p\u00e8re \u2013 fils \u2013 petit-fils se sont m\u00eal\u00e9es dans un ensemble psychologique complexe. En fait, des masques et des objets, une marionnette en bois et une barbe \u00e0 papa sont sa propre substance. Et tout ce syst\u00e8me complexe de relations et de connexions est subordonn\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 du ma\u00eetre invisible \u2013&nbsp;le marionnettiste Philippe Saumont&nbsp;\u2013 qui cr\u00e9e la marionnette la plus importante et la plus paradoxale&nbsp;: lui-m\u00eame, son Enfant-\u00c9toile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En conclusion, je continue \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont le monde de l\u2019enfance peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 sur la sc\u00e8ne moderne. Il ne s\u2019agit pas de ce que l\u2019on appelle des \u00ab&nbsp;spectacles pour enfants&nbsp;\u00bb, car les intrigues f\u00e9eriques ou fantastiques, sous un d\u00e9guisement \u00ab&nbsp;d\u2019enfant&nbsp;\u00bb, ne sont bien souvent qu\u2019un simulacre de l\u2019\u00e2ge tendre. Le jeu des marionnettistes bretons, laconique et r\u00e9serv\u00e9, nous fait prendre conscience que l\u2019enfance est une p\u00e9riode pr\u00e9cieuse de la vie, plut\u00f4t qu\u2019une \u00e9tape pr\u00e9paratoire \u00e0 la future vie \u00ab&nbsp;d\u2019adulte&nbsp;\u00bb. C\u2019est une p\u00e9riode de vie int\u00e9rieure intense, remplie d\u2019\u00e9motions, bouillonnante sur le plan cognitif, physiologiquement complexe. Dans son \u00e9tude de l\u2019enfance, le th\u00e9\u00e2tre Les Tarabates se base sur l\u2019exp\u00e9rience subjective du personnage principal, qui n\u2019a symboliquement pas de nom dans la pi\u00e8ce. Avec l\u2019impitoyabilit\u00e9 d\u2019un adulte devenu p\u00e8re, le personnage revient sur lui-m\u00eame, petit, sans d\u00e9fense, mais en m\u00eame temps avec persistance et curiosit\u00e9&nbsp;: comme tous les enfants, il apprend le monde en jouant diff\u00e9rents personnages, dont le principal est son p\u00e8re. Passant une fois de plus son \u00ab&nbsp;chemin de croix&nbsp;\u00bb, d\u00e9sormais dans l\u2019espace public, le double h\u00e9ros de Philippe Saumont \u00ab&nbsp;se purifie&nbsp;\u00bb par les larmes de son enfance. Son exp\u00e9rience difficile a permis \u00e0 tous de comprendre, \u00e0 lui comme \u00e0 nous&nbsp;: l\u2019enfance peut \u00eatre diverse, mais il faut qu\u2019elle soit heureuse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 id=\"tw-target-text\" class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes de fin<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Le Petit Nicolas est un personnage connu de l\u2019\u0153uvre de litt\u00e9rature pour la jeunesse \u00e9crite de 1956 \u00e0 1965 par Ren\u00e9 Goscinny, et illustr\u00e9e par Jean-Jacques Semp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Avant le spectacle, Geoffrey Saumont fabrique les masques en sucre d\u2019apr\u00e8s les moules de Mari\u00e9ta Golom\u00e9hova.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end3\" href=\"#back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> En 2017, l\u2019artiste de th\u00e9\u00e2tre moscovite X\u00e9nia P\u00e9r\u00e9troukhina a montr\u00e9 une performance <em>D\u00e9jeuner <\/em>dans le cadre d\u2019une <em>master class Participatory theatre <\/em>\u00e0 Almaty, o\u00f9 les participants, dont moi, se sont mis sous la table, ont mang\u00e9 avec les mains du riz pilaf et se sont racont\u00e9 des histoires qui sont apparues spontan\u00e9ment. Et c\u2019\u00e9tait presque du th\u00e9\u00e2tre.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h5 id=\"bibliographie\" class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">\u00c9cobichon, Christophe. <em>Interview<\/em> Irina Antonova, le 15.06.2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Rodari, Gianni. <em>Grammatika fantazii&nbsp;; Skazki po telefonu [Grammaire de l\u2019imagination&nbsp;; Histoires au t\u00e9l\u00e9phone]<\/em>. Alma-Ata&nbsp;: Mektep, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Saumont, Philippe. <em>Interview<\/em> Irina Antonova, le 05.05.2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014. <em>Je t\u2019aime papa mais merci d\u2019\u00eatre mort<\/em>. Paris\u00a0: Bookelis, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Stanislavski, Konstantin. <em>Rabota aktera nad soboy [La Formation de l\u2019acteur]<\/em>. Moscou&nbsp;: Iskusstvo, 1985.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"hangingIndent wp-block-paragraph\">Vygotski, Lev. <em>Psihologiya iskusstva [Psychologie de l\u2019art]<\/em>. Rostov-sur-Don&nbsp;: Feniks, 1998.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail is-resized alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/Antonova200-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-408\" style=\"width:150px;height:150px\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/Antonova200-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/Antonova200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Irina Antonova&nbsp;:<\/strong> PhD, critique de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendante (Kazakhstan), membre de l\u2019AICT et de l\u2019UNIMA, a enseign\u00e9 l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre pendant quinze ans \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des sciences humaines de Saint-P\u00e9tersbourg (branche d\u2019Almaty). Coorganisatrice de Festivals internationaux de th\u00e9\u00e2tres de marionnettes et membre du jury du festival des arts visuels \u00ab<em>&nbsp;Otkrov\u00e9ni\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb (Almaty, Kazakhstan), participante des festivals de marionnettes d\u2019Ekaterinbourg et d\u2019Omsk (Russie, 2016, 2017). Observatrice de festivals de marionnettes \u00e0 Binic (France) et Bia\u0142ystok (Pologne). Auteure d\u2019articles sur l&#8217;histoire du th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et de rue kazakhstanais et fran\u00e7ais, et sur les diff\u00e9rentes formes de performances contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2020 Irina Antonova<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":247,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-240","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essays"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/10\/image7-1.jpeg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":999,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/reinventer-les-paysages-et-dessiner-les-vols-au-theatre-de-marionnettes-de-porto\/","url_meta":{"origin":240,"position":0},"title":"R\u00e9inventer les paysages et dessiner les vols au Th\u00e9\u00e2tre de Marionnettes de Porto","author":"Irina Antonova","date":"January 15, 2021","format":false,"excerpt":"Catarina Firmo* R\u00e9sum\u00e9 R\u00e9flexion autour de Li\u00e7\u00f5es de voo [Le\u00e7ons de vol] (2019), cr\u00e9ation du Th\u00e9\u00e2tre de Marionnettes de Porto, dans une mise en sc\u00e8ne d\u2019Isabel Barros. Un spectacle qui part de la po\u00e9tique de l\u2019acte de voler et met en lumi\u00e8re l\u2019animisme dans le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes. Sc\u00e9nographie et\u2026","rel":"","context":"In &quot;Critics on Criticism&quot;","block_context":{"text":"Critics on Criticism","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/critics-on-criticism\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/01\/image5-1.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/01\/image5-1.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/01\/image5-1.jpeg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/01\/image5-1.jpeg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":103,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/corps-voix-memoire-entretien-avec-guy-regis-jr\/","url_meta":{"origin":240,"position":1},"title":"Corps, voix, m\u00e9moire : Entretien avec Guy R\u00e9gis Jr.","author":"Irina Antonova","date":"September 23, 2020","format":false,"excerpt":"par Jason Allen-Paisant* Guy R\u00e9gis Jr. est actuellement l\u2019un des plus importants metteurs en sc\u00e8ne et auteurs de th\u00e9\u00e2tre en Ha\u00efti. Son itin\u00e9raire de cr\u00e9ateur commence en 1999, lorsqu\u2019il met en sc\u00e8ne Les Tambours du soleil de Ren\u00e9 Philoct\u00e8te. Jusque-l\u00e0, la plupart de ses exp\u00e9riences dans le th\u00e9\u00e2tre ont eu\u2026","rel":"","context":"In &quot;Interviews&quot;","block_context":{"text":"Interviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/interviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image12-1.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image12-1.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image12-1.jpeg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image12-1.jpeg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":506,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/marionetteatern-60-years-and-more\/","url_meta":{"origin":240,"position":2},"title":"Marionetteatern: 60 Years and More","author":"Irina Antonova","date":"November 21, 2020","format":false,"excerpt":"Margareta S\u00f6renson160 pp. \u00c9ditions Stockholmia forkag par Louise Lapointe* Journaliste et critique de th\u00e9\u00e2tre reconnue en Su\u00e8de, Margareta S\u00f6renson poss\u00e8de une connaissance approfondie des arts de la marionnette, de leur histoire, de leur contemporan\u00e9it\u00e9. Elle publie et collabore \u00e0 plusieurs ouvrages marquants sur l\u2019essor exceptionnel de la forme aux XXe\u2026","rel":"","context":"In &quot;Book Reviews&quot;","block_context":{"text":"Book Reviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/book-reviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/11\/L.-Lapointe-photo-Rene-Soudre-150x150.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":118,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/de-la-rencontre-aux-ecrans-une-approche-kaleidoscopique-du-reel-entretien-avec-berlin\/","url_meta":{"origin":240,"position":3},"title":"De la rencontre aux \u00e9crans: une approche kal\u00e9idoscopique du r\u00e9el : Entretien avec BERLIN","author":"Irina Antonova","date":"September 23, 2020","format":false,"excerpt":"par Karolina Svobodova* \u00ab\u00a0Nous avons commenc\u00e9 avec l\u2019envie de travailler dans la ville, de faire des recherches, des interviews, de filmer les gens, nous voulions partir de la ville plut\u00f4t que d\u2019un livre. Et le but c\u2019\u00e9tait de faire un spectacle.\u00a0\u00bb Fond\u00e9e en 2003 par Bart Baele, Yves Degryse et\u2026","rel":"","context":"In &quot;Interviews&quot;","block_context":{"text":"Interviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/interviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image4-4.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image4-4.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image4-4.jpeg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/image4-4.jpeg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":740,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/theatre-et-musique-un-mariage-risque\/","url_meta":{"origin":240,"position":4},"title":"Th\u00e9\u00e2tre et musique, un mariage risqu\u00e9","author":"Irina Antonova","date":"December 10, 2020","format":false,"excerpt":"Selim Lander* Antigone ma s\u0153ur \u2013 th\u00e9\u00e2tre musical. \u00c9criture collective d\u2019apr\u00e8s Sophocle de la Compagnie Th\u00e9\u00e2tre des Deux Saisons et du Collectif La Palmera. Conception et mise en sc\u00e8ne Nelson-Rafaell Madel, collaboration \u00e0 la dramaturgie Paul Nguyen, musique Yiannis Plastiras, sc\u00e9nographie et lumi\u00e8res Lucie Joliot, costumes et assistance \u00e0 la\u2026","rel":"","context":"In &quot;Performance Reviews&quot;","block_context":{"text":"Performance Reviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/performance-reviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/12\/AntiCongo-featured.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/12\/AntiCongo-featured.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/12\/AntiCongo-featured.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/12\/AntiCongo-featured.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":69,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/au-dela-des-frontieres-les-ponts\/","url_meta":{"origin":240,"position":5},"title":"Au-del\u00e0 des fronti\u00e8res, les ponts","author":"Irina Antonova","date":"September 23, 2020","format":false,"excerpt":"Georges Banu* R\u00e9sum\u00e9 Les fronti\u00e8res d\u00e9limitent les territoires et s\u00e9parent les arts. Leur suspension entra\u00eene le sacrifice de la puret\u00e9 recherch\u00e9e par \u00ab\u00a0la s\u00e9paration des genres\u00a0\u00bb propre \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique classique au profit de \u00ab\u00a0l\u2019impuret\u00e9\u00a0\u00bb shakespearienne. Elle s\u2019est impos\u00e9e dans les ann\u00e9es 60 et alors Peter Brook ou Ariane Mnouchkine ont\u2026","rel":"","context":"In &quot;Essays&quot;","block_context":{"text":"Essays","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/category\/essays\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/featured.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/featured.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/featured.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/22\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2020\/09\/featured.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=240"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1750,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240\/revisions\/1750"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/media\/247"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/22\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}