{"id":535,"date":"2020-05-29T08:47:34","date_gmt":"2020-05-29T08:47:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/?p=535"},"modified":"2025-07-02T12:49:20","modified_gmt":"2025-07-02T12:49:20","slug":"la-musique-live-et-la-felure-des-mots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/la-musique-live-et-la-felure-des-mots\/","title":{"rendered":"La musique <em>live<\/em> et la f\u00ealure des mots"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Georges Banu<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"resume\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap abstract\">R\u00e9flexions sur le rapport de la musique et les mots dans la mise en sc\u00e8ne moderne. Le pr\u00e9ambule porte sur les chants dans les spectacles d\u2019Andrei Serban et la transition \u00ab&nbsp;de la parole aux chants&nbsp;\u00bb. Ensuite intervient l\u2019examen des approches de Mnouchkine et Brook o\u00f9 la musique se place dans le sillage de l\u2019h\u00e9ritage oriental. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration va faire intervenir la musique live sur le plateau au nom d\u2019une volont\u00e9 d\u2019injecter de l\u2019\u00e9nergie et de satisfaire les attentes d\u2019un public jeune. \u00c0 cela r\u00e9pond pol\u00e9miquement son usage rituel chez Mihai Maniutiu, sa pr\u00e9sence m\u00e9lancolique dans les spectacles de Christoph Marthaler ou uniquement rythmique chez Robert Wilson.<br><strong>Mot-cl\u00e9s<\/strong>&nbsp;: transition, empreinte orientale, musique live, \u00e9nergie, m\u00e9lancolie, rituel,<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Live Music and the Fracture of Words<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Abstract<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"abstract\">Reflections on the relationship between music and words in modern stage direction. The preamble focuses on the use of songs in Andrei Serban\u2019s productions and the transition \u201cfrom speech to song.\u201d Next comes an examination of the approaches of Mnouchkine and Brook, where music follows the legacy of Eastern traditions. The new generation introduces live music on stage, driven by a desire to inject energy and meet the expectations of a younger audience. In response, a polemical use of music appears in Mihai Maniutiu\u2019s ritualistic approach, its melancholic presence in Christoph Marthaler\u2019s productions, or purely rhythmic use in Robert Wilson\u2019s work.<br><br><strong>Keywords:<\/strong> transition, Eastern influence, live music, energy, melancholy, ritual<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"un-preambule\"><strong>Un pr\u00e9ambule<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Une \u00e9motion s\u2019empara de moi lorsque, dans le jury de s\u00e9lection organis\u00e9 par un ami proche, Andrei Serban, le cr\u00e9ateur de la c\u00e9l\u00e8bre <em>Trilogie antique<\/em>, invitait les candidats \u00e0 passer \u00ab&nbsp;de la parole aux chants&nbsp;\u00bb et sous l\u2019emprise de cette d\u00e9couverte, le glissement r\u00e9v\u00e9lateur constitua l\u2019objet d\u2019un des \u00e9v\u00e9nements les plus accomplis organis\u00e9s dans les ann\u00e9es 90 par l\u2019Acad\u00e9mie Exp\u00e9rimentale des Th\u00e9\u00e2tres. Un livre lui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 et nous pouvons y retrouver les t\u00e9moignages les plus divers, les propos concrets de grands artistes qui ont cultiv\u00e9 cet exercice du \u00ab&nbsp;voyage&nbsp;\u00bb sonore, source d\u2019une palpitation affective ou d\u2019une rupture agressive. Soit le cama\u00efeu des sons, soit la d\u00e9chirure des <em>songs.<\/em> Soit la remont\u00e9e des \u00e9chos de l\u2019origine sacr\u00e9e, soit l\u2019insertion des m\u00e9lodies urbaines, soit la Gr\u00e8ce, soit l\u2019Allemagne&nbsp;! Avec comme terme interm\u00e9diaire l\u2019Italie et le <em>parlarcantando<\/em> de Monteverdi. Cette ind\u00e9cision fut plac\u00e9e par Heiner M\u00fcller sous le signe du fameux propos de Wittgenstein&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce dont nous ne pouvons plus parler il faut le taire&nbsp;\u00bb car l\u2019\u00e9crivain sensible \u00e0 la question avanc\u00e9e r\u00e9pondit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce dont nous ne pouvons plus parler il faut le chanter.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-1\">Vid\u00e9o 1<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Andre Serban: The Greek Trilogy Screener - Artfilms\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/OyjiKHtJrrM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Andrei Serban, <em>Trilogie antique<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les mots et les chants s\u2019\u00e9pousent et permettent le passage d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre en entra\u00eenant le spectateur sur le fleuve de l\u2019\u00e9motion suscit\u00e9e par ce frottement, par l\u2019incertitude du bord \u00e0 bord qui permet la travers\u00e9e si subtilement pratiqu\u00e9e. Tant\u00f4t ce sont les acteurs qui chantent, tant\u00f4t les personnages, mais, chaque fois, le spectre de la voix se dilate et acquiert une extension inusit\u00e9e auparavant. La s\u00e9duction provient du passage effectu\u00e9 autant que de la pratique affich\u00e9e. Nous nous retrouvons parfois de ce c\u00f4t\u00e9-ci, parfois de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons point\u00e9 alors un des sympt\u00f4mes de la mise en sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9poque. Et tout a attest\u00e9 la richesse de cet exercice aujourd\u2019hui plus ou moins en retrait&nbsp;: il a perdu de son ancienne attirance. Mais une mutation est intervenue, un remplacement s\u2019est op\u00e9r\u00e9 et cette nouvelle pratique a fini, aujourd\u2019hui, par se constituer en \u00ab&nbsp;mythologie&nbsp;\u00bb dans le sens barth\u00e9sien du terme, \u00e0 savoir en lieu commun, propre \u00e0 la sc\u00e8ne moderne. Il s\u2019agit du passage de la parole \u00e0 la musique <em>live<\/em>, de la communication linguistique au choc de la musique. \u00c0 quoi correspond-il&nbsp;? Je l\u2019ai constat\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es et il persiste encore en confirmant cette volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale d\u2019insertion sur le plateau des mat\u00e9riaux non th\u00e9\u00e2traux.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"l-empreinte-orientale\"><strong>L\u2019empreinte orientale<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Il y a des pr\u00e9curseurs qui ont ouvert la voie et elle porte la marque de l\u2019Orient, de ses manifestations syncr\u00e9tiques appr\u00e9ci\u00e9es pol\u00e9miquement par tant de gens de th\u00e9\u00e2tre ayant comme guide Artaud et ses hymnes lanc\u00e9s \u00e0 la gloire du \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre balinais&nbsp;\u00bb. Ils rendent hommage au recours \u00e0 la musique comme partenaire de jeu, v\u00e9ritable marque identitaire du spectacle oriental. Brook l\u2019assume et Mnouchkine la cultive.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les grands spectacles \u00e9piques inspir\u00e9s par les r\u00e9cits fondateurs de l\u2019Orient, <em>La Conf\u00e9rence des oiseaux<\/em> et le<em> Mahabharata<\/em>, Brook soit r\u00e9unit un petit orchestre soit se contente d\u2019un batteur de g\u00e9nie, Toshi Tsuchitori, plac\u00e9s chaque fois au coin du plateau. Ils suivent le d\u00e9roulement du spectacle et, ponctuellement, interviennent \u00e0 des moments bien pr\u00e9cis. Interventions \u00e9pisodiques, successives qui accordent \u00e0 la situation un surplus d\u2019impact et accentuent la port\u00e9e d\u2019un \u00e9v\u00e9nement&nbsp;: ils s\u2019inscrivent dans le d\u00e9roulement dramaturgique de la repr\u00e9sentation. Chaque fois la musique op\u00e8re comme un partenaire impromptu et occasionnel. Son r\u00f4le, bien qu\u2019inspir\u00e9 par les m\u00eames cultures, diff\u00e8re chez Ariane Mnouchkine qui a \u00e9rig\u00e9 Jean-Jacques Lem\u00eatre en double sc\u00e9nique. Lui aussi plac\u00e9 non pas sur le plateau, mais dans son intimit\u00e9, d\u00e9veloppe un v\u00e9ritable partenariat avec les com\u00e9diens qui \u00e9voluent sur la sc\u00e8ne&nbsp;: ils s\u2019avouent \u00eatre indissociables. La musique forme une sorte de nappe sonore ininterrompue qui nourrit, impulse et suit les acteurs. Et d\u2019ailleurs, toujours visible, Lem\u00eatre se constitue en \u00ab&nbsp;acteur\/musicien&nbsp;\u00bb \u00e0 part enti\u00e8re car int\u00e9gr\u00e9 dans la repr\u00e9sentation et pr\u00e9sent sans discontinuit\u00e9. Dans l\u2019entretien ci-joint Jean-Jacques Lem\u00eatre pr\u00e9cise la relation qu\u2019il cultive avec les com\u00e9diens, son r\u00f4le et sa mani\u00e8re de s\u2019associer \u00e0 leurs prestations. Il est leur partenaire de plateau. Et, en homme orchestre, ne privil\u00e9gie aucun \u00eatre ni aucun \u00e9pisode, il n\u2019a rien d\u2019un accompagnateur, il repr\u00e9sente l\u2019autre p\u00f4le de la repr\u00e9sentation qui s\u2019organise, comme une ellipse, sur la base de ces deux foyers&nbsp;: les paroles et la musique. Les deux sont \u00e9galement n\u00e9cessaires. Et ici on reconna\u00eet, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, le sceau de l\u2019Orient et de l\u2019Inde en particulier. Les spectacles de Mnouchkine ne peuvent pas s\u2019en s\u00e9parer et ils s\u2019appuient sur une origine double, orientale sur le plan des formes et occidentale sur le plan du discours. Ces fian\u00e7ailles les d\u00e9finissent. Et nous les rendent proches aussi bien qu\u2019\u00e9loign\u00e9s, relation que Mnouchkine affectionne.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-2\">Vid\u00e9o 2<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Jean-Jacques Lem\u00eatre et le Th\u00e9\u00e2tre du Soleil\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/eVpHg549sQM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jean-Jacques Lem\u00eatre et le Th\u00e9\u00e2tre du Soleil<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"l-emergence-du-present\"><strong>L\u2019\u00e9mergence du pr\u00e9sent<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Comme jadis, lors de la sc\u00e8ne originaire du passage de la parole aux chants, une m\u00eame \u00e9motion s\u2019est empar\u00e9e du spectateur que j\u2019\u00e9tais \u00e0 <em>Othello<\/em>, le spectacle de Thomas Ostermeier. \u00c9motion, depuis, r\u00e9it\u00e9r\u00e9e au point de devenir un marqueur des mises en sc\u00e8ne qu\u2019il signe \u00e0 la Schaub\u00fchne, de <em>Hamlet<\/em> \u00e0 <em>L\u2019Ennemi du peuple&nbsp;<\/em>: la musique <em>live<\/em> intervient constamment. Et elle procure le m\u00eame effet de surprise, de bouleversement, de d\u00e9flagration sonore qui brise la continuit\u00e9 du r\u00e9cit et injecte une \u00e9nergie toute particuli\u00e8re sur le plateau. Le proc\u00e9d\u00e9 a connu depuis une extension toute particuli\u00e8re au point de l\u2019\u00e9riger en signature commune d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de metteurs en sc\u00e8ne, de Warlikowski \u00e0 Wajdi Mouwawad. M\u00eame tout r\u00e9cemment dans <em>Wut <\/em>d\u2019Elfriede Jelinek, le metteur en sc\u00e8ne Nicolas Stemann l\u2019adoptait \u00e9galement. De quoi est-il le sympt\u00f4me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-3\">Vid\u00e9o 3<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Un ennemi du peuple\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/99YQkfvlKsY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Henrik Ibsen,<em> Un ennemi du peuple<\/em>, Thomas Ostermeier, Schaub\u00fchne am Lehniner Platz<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Parce que nous avons tous voulu \u00eatre des rockeurs&nbsp;\u00bb me r\u00e9pond ironiquement cet acteur unique, Andr\u00e9 Wilms, \u00e9pris de musique sur le plateau. Il s\u2019agirait donc d\u2019un r\u00e9sidu nostalgique, d\u2019un \u00e9cho de jeunesse. Qui l\u2019e\u00fbt cru&nbsp;? Thomas Ostermeier me l\u2019a confirm\u00e9 un jour, pas exactement dans les m\u00eames termes, mais en me rappelant qu\u2019il a d\u00e9but\u00e9 dans un orchestre de rock dont il a \u00e9prouv\u00e9 longtemps l\u2019impact, \u00ab&nbsp;m\u00eame aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb, conclut-il. Cette musique<em> live<\/em> serait donc la preuve d\u2019un d\u00e9sir jamais abandonn\u00e9, d\u2019une vocation initiale, d\u00e9vi\u00e9e ensuite. \u00ab&nbsp;Nous sommes faits de nos d\u00e9ceptions&nbsp;\u00bb, disent les sceptiques. Elles nous habitent encore et si nous ne souhaitons pas entretenir des leurres trompeurs, leur r\u00f4le consiste \u00e0 pr\u00e9server ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9, ce qui n\u2019est pas cendres encore, ce qui, souterrainement, br\u00fble encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici la musique <em>live<\/em> intervient comme une rupture, comme une fracture dans le d\u00e9roulement des mots. \u00c9mergence violente d\u2019une actualit\u00e9 sonore en plein d\u00e9veloppement d\u2019un texte per\u00e7u comme ancien, m\u00eame s\u2019il est soumis \u00e0 un travail de \u00ab&nbsp;contemporan\u00e9isation&nbsp;\u00bb. La musique nous rappelle le pr\u00e9sent, elle renvoie au quotidien des jeunes, elle agit comme un court-circuit. Rien n\u2019est continu, des fulgurances sont possibles et elles engendrent une d\u00e9flagration brutale au sein m\u00eame de la fiction. Comme un s\u00e9isme passager, source d\u2019une f\u00ealure qui laisse passer l\u2019air et permet de mieux respirer. Parfois, me suis-je interrog\u00e9&nbsp;: est-ce que la musique <em>live<\/em> n\u2019a pas un r\u00f4le similaire \u00e0 celui accord\u00e9 aux paysages libres, verdoyants et vivants, sur lesquels ouvrent si souvent les portraits de la Renaissance&nbsp;? Au c\u0153ur des salles ferm\u00e9es, comme jadis le paysage au c\u0153ur des palais, elle d\u00e9gage une fen\u00eatre vers l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-4\">Vid\u00e9o 4<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"King Size | Christoph Marthaler - extraits et entretien\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/zLYhxLDyGwc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Christoph Marthaler, <em>King Size<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-visee-generationnelle\"><strong>Une vis\u00e9e g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019exercice se retrouve dans <em>Le Nouveau Cabaret<\/em> de Warlikowski, o\u00f9 r\u00e9guli\u00e8rement les \u00e9pisodes musicaux se distinguent par leur intensit\u00e9, parfois abusive, trop r\u00e9p\u00e9titive. \u00c0 quoi renvoie un tel d\u00e9ferlement sonore&nbsp;? Plusieurs hypoth\u00e8ses se dessinent. D\u2019abord, comme jadis pour la vid\u00e9o \u00e0 ses d\u00e9buts, le d\u00e9sir de rattacher explicitement le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une modernit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rationnelle. Fournir \u00e0 un public jeune des satisfactions similaires, voire m\u00eame identiques \u00e0 celles procur\u00e9es par les concerts qu\u2019il fr\u00e9quente avec un engagement \u00e9perdu. Comme si les metteurs en sc\u00e8ne s\u2019av\u00e9raient r\u00e9volt\u00e9s contre le th\u00e9\u00e2tre comme art ancien, suivi prioritairement par un public \u00e2g\u00e9, peu attir\u00e9 par les grandes messes des <em>stars<\/em> rock ou pop. La musique repr\u00e9sente un palliatif \u00e0 cette inqui\u00e9tude. Palliatif qui s\u2019accompagne parfois de la reprise telle quelle des protocoles de r\u00e9ception repris par les spectacles qui invitent le public \u00e0 taper des mains, \u00e0 se lever, \u00e0 se constituer en communaut\u00e9 dont les liens se trouvent exacerb\u00e9s par la musique. Cette strat\u00e9gie agace parfois, car elle manipule un public et l\u2019entra\u00eene vers ces comportements dont on pensait le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019abri. Si j\u2019entre dans une salle, c\u2019est parce que je choisis de ne pas me livrer aux emportements d\u2019une foule r\u00e9unie sur les stades ou dans de gigantesques lieux de r\u00e9union. Le spectacle en adoptant leur fonctionnement t\u00e9moigne d\u2019un regret, d\u2019un refoulement des artistes et de leur volont\u00e9 d\u2019associer le public \u00e0 cette exp\u00e9rience du manque dont l\u2019exercice de la musique r\u00e9v\u00e8le la port\u00e9e. Preuve d\u2019une panique et volont\u00e9 de gu\u00e9rison temporaire, passag\u00e8re, contre la vieillesse du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique<em> live<\/em> atteste d\u2019une volont\u00e9 de rapprochement du pr\u00e9sent, par-del\u00e0 l\u2019intimidation que peut exercer la culture, surtout ce que l\u2019on appelle la<em> hochkultur <\/em>\u00e0 laquelle sont associ\u00e9s, pour bon nombre d\u2019adolescents, les textes du r\u00e9pertoire, m\u00eame Shakespeare. Elle apaise les craintes et annule les complexes, elle renvoie aux concerts et aux smartphones dont tout jeune est aujourd\u2019hui un habitu\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 cette musique, il cesse de se sentir \u00e9tranger et plonge dans le bruissement qui lui est familier&nbsp;; cela produit un effet de reconnaissance. On peut se demander si le recours \u00e0 la musique <em>live<\/em> ne s\u2019apparente pas \u00e0 l\u2019autre, que j\u2019ai observ\u00e9 jadis, de <em>la langue brute&nbsp;<\/em>? La langue de m\u00eame que la musique participent de la m\u00eame volont\u00e9 explicite de ralliement \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, du m\u00eame programme de cooptation d\u2019un public jeune, de la volont\u00e9 programmatique d\u2019att\u00e9nuer pour un spectacle le statut prestigieux d\u2019art du th\u00e9\u00e2tre pour le convertir en acte v\u00e9cu rattach\u00e9 au quotidien imm\u00e9diat&nbsp;! On emploie les mots charg\u00e9s d\u2019un pouvoir agressif et on convoque la musique affili\u00e9e au m\u00eame statut. Voici la strat\u00e9gie&nbsp;! Mais, parfois, une r\u00e9ticence se fait jour, une r\u00e9serve pointe&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre n\u2019envisage-t-il pas ainsi de r\u00e9pondre \u00e0 un \u00ab&nbsp;jeunisme&nbsp;\u00bb environnant comme s\u2019il s\u2019agissait de vouloir camoufler son statut et dissimuler sa nature&nbsp;? Ne peut-on pas \u00eatre r\u00e9ticent par rapport \u00e0 ces solutions qu\u2019un usage abusif peut convertir en strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dont le but consiste \u00e0 promouvoir un art consid\u00e9r\u00e9 comme vieux, mais adapt\u00e9 aux go\u00fbts de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration que l\u2019on souhaite s\u00e9duire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-5\">Vid\u00e9o 5<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Atemlos - Helene Fischer - Christoph Marthaler - Volksb\u00fchne Berlin\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/x7_xvtUj5nQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Atemlos &#8211; Helene Fischer &#8211; Christoph Marthaler &#8211; Volksb\u00fchne Berlin<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019exercice \u00e9voqu\u00e9 ici souhaite ainsi accorder aux mots et aux actes un surplus d\u2019\u00e9nergie, attester la fi\u00e8vre des personnages jeunes qui se confrontent aux d\u00e9chirements du monde, aux d\u00e9cisions radicales. La musique n\u2019accompagne pas, la musique exacerbe l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9tats, fait exploser la tenue des mots pour exasp\u00e9rer les \u00e9motions. Elle entra\u00eene une plong\u00e9e dans les t\u00e9n\u00e8bres et \u00e9galement rassure en raison des pouvoirs extr\u00eames dont la sc\u00e8ne semble ainsi se charger. Elle confirme le propos de M\u00fcller, elle entra\u00eene les mots au-del\u00e0 de leur vocation et projette le public, surtout jeune, dans les ab\u00eemes volcaniques, effervescents, que les metteurs en sc\u00e8ne souhaitent activer. Cette musique sert de liant tout autant que de lien avec un public que les artistes souhaitent satisfaire, sur un double plan. Celui de l\u2019exacerbation des passions et celui de la r\u00e9ception cultiv\u00e9e dans des espaces \u00e9trangers au th\u00e9\u00e2tre. Comment s\u2019adresser aux jeunes, comment ne pas vieillir&nbsp;: voil\u00e0 le sens inquiet de cet exercice&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-musique-echo-melancolique\"><strong>La musique, \u00e9cho m\u00e9lancolique<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-6\">Vid\u00e9o 6<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rufus Wainwright - A Woman&#039;s Face - Reprise (Sonnet 20)\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/l-XHIfc0N7c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les <em>Sonnets <\/em>de Shakespeare mis en sc\u00e8ne par Robert Wilson<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la musique sur le plateau intervient autrement chez des metteurs en sc\u00e8ne r\u00e9tifs \u00e0 ces angoisses. Elle se laisse d\u00e9signer par la pr\u00e9sence des pianos, des instruments, bref de tout ce qui annonce ses interventions. Dans les <em>Sonnets <\/em>de Shakespeare mis en sc\u00e8ne par Robert Wilson, dans les spectacles de Christoph Marthaler, dans <em>Comme il vous plaira<\/em> mis en sc\u00e8ne par Silviu Purcarete la musique instrumentale et vocale intervient en second plan, \u00e9loign\u00e9, en prolongement des mots. Elle les relaie et se constitue en \u00e9cho. Ici \u00e9galement il ne s\u2019agit pas d\u2019accompagnement, mais cette fois-ci le d\u00e9ni g\u00e9n\u00e9rationnel du public aussi bien que du th\u00e9\u00e2tre n\u2019op\u00e8re plus. La musique n\u2019exasp\u00e8re pas les mots, mais dilate leur r\u00e9sonance, att\u00e9nue les fronti\u00e8res et facilite leur communication. Point de \u00ab&nbsp;massification&nbsp;\u00bb du public cette fois-ci, bien au contraire, appel \u00e0 l\u2019introspection individuelle, \u00e0 la solitude discr\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e par les chants et les notes \u00e9gren\u00e9s avec douceur par des interpr\u00e8tes d\u2019un autre \u00e2ge que les batteurs ou les saxophonistes d\u2019Ostermeier ou Warlikowski. La musique s\u2019accorde au th\u00e9\u00e2tre sans proc\u00e9der \u00e0 la moindre greffe sonore vou\u00e9e \u00e0 sa r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00e9nerg\u00e9tique. Elle conduit vers les contr\u00e9es secr\u00e8tes des \u00eatres auxquels les mots ne parviennent pas toujours \u00e0 acc\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-7\">Vid\u00e9o 7<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Electra\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/0alS6_1V1qg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00c9lectre<\/em>, <em>mise en sc\u00e8ne<\/em> Mihai Maniutiu, Sibiu (2005)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il est significatif de retrouver souvent le recours \u00e0 la musique <em>live<\/em> m\u00eame dans les spectacles qui s\u2019appuient sur des textes li\u00e9s \u00e0 la tradition, spectacles rattach\u00e9s \u00e0 la culture populaire qui, d\u00e8s l\u2019origine, a pratiqu\u00e9 la communion des deux arts. Mihai Maniutiu pour <em>\u00c9lectre<\/em>, en Roumanie, a convi\u00e9 un groupe d\u2019une r\u00e9gion recul\u00e9e, le village Iza, qui par la force des chants, l\u2019impact des mots et l\u2019engagement des musiciens accentuait l\u2019impact tragique des \u00e9v\u00e9nements. On retrouvait ainsi une expression parfaite de la force des origines o\u00f9 la s\u00e9paration ne r\u00e9gnait pas et o\u00f9 les musiciens aussi bien que les acteurs convergeaient vers le m\u00eame but. Une jeune danseuse\/chanteuse cor\u00e9enne de pansori, Lee Jaram, pour raconter seule les pi\u00e8ces de Brecht, d\u00e9ploie un art de jeu consomm\u00e9, mais parfois se retire pour offrir \u00e0 des musiciens incandescents la possibilit\u00e9 d\u2019intervenir avec un maximum d\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les plateaux actuels, la pr\u00e9sence des musiciens se constitue en sceau identitaire, par-del\u00e0 les g\u00e9n\u00e9rations et leurs vis\u00e9es distinctes. Elle confirme la conviction que les mots ne se suffisent pas tout \u00e0 fait aujourd\u2019hui et n\u2019ont qu\u2019\u00e0 gagner en s\u2019associant avec les accords des formations ou des solistes que la sc\u00e8ne convie. Cette musique qui se produit dans notre intimit\u00e9 apporte la garantie d\u2019une pr\u00e9sence qui vient accro\u00eetre l\u2019aura qui est aujourd\u2019hui la valeur refuge des arts du vivant. Elle b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019apport des musiciens qui, par-del\u00e0 les diff\u00e9rences, s\u2019emploient \u00e0 la cultiver, l\u2019imposer, la rehausser. Et ainsi ce que la vid\u00e9o a retir\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre comme effet de pr\u00e9sence, la musique l\u2019accro\u00eet et accentue. Nous sommes convi\u00e9s \u00e0 un exercice g\u00e9mellaire auquel le plateau sert de foyer conciliateur.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne moderne s\u2019est trouv\u00e9 dans la musique jou\u00e9e en direct un alli\u00e9 pour cultiver ce qui la distingue dans ce monde de la communication virtuelle, la cohabitation des acteurs et des instrumentistes qui, en commun, procurent un effet de pr\u00e9sence. Peu importe ses manifestations&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-energie-de-plateau\"><strong>Une \u00e9nergie de plateau<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La musique<em> live<\/em> aide les com\u00e9diens, comme l\u2019atteste dans un entretien Lars Eidling, car elle injecte de l\u2019\u00e9nergie sur le plateau, rythme le jeu et nourrit l\u2019acteur de pulsions autres que simplement textuelles. Lui, ne glisse pas ce \u00ab&nbsp;la parole aux chants&nbsp;\u00bb, il se constitue seulement en r\u00e9ceptacle de la musique propuls\u00e9e fi\u00e9vreusement sur la sc\u00e8ne. Elle est n\u00e9cessaire non seulement au protagoniste, mais \u00e0 l\u2019\u00e9quipe tout enti\u00e8re. Comment expliquer autrement l\u2019importance prise par la d\u00e9faillance de Bertrand Cantat dans le spectacle de Wajdi Mouawad avec les trag\u00e9dies grecques&nbsp;? La musique<em> live<\/em> devait servir de relais entre le destin antique et le pr\u00e9sent imm\u00e9diat. Elle repr\u00e9sentait la conversion moderne du travail, on ne peut plus preneur, du coryph\u00e9e. La musique <em>live<\/em> aide la sc\u00e8ne \u00e0 s\u2019\u00e9panouir sur le plan des \u00e9nergies d\u00e9ploy\u00e9es et des engagements assum\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"video-8\">Vid\u00e9o 8<\/h6>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"DES FEMMES De Sophocle \/ Mise en sc&amp;egrave;ne Wajdi Mouawad\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/34829122?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Des Femmes<\/em> (<em>Les Trachiniennes, Antigone, Electre<\/em>), mise en sc\u00e8ne Wajdi Mouawad<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais la musique<em> live<\/em> accorde \u00e0 la salle aussi la possibilit\u00e9 de traverser brutalement le tunnel du temps et de joindre ces deux bouts&#8230; le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019engagement des com\u00e9diens dans la prof\u00e9ration du texte, de l\u2019autre la plong\u00e9e d\u00e9ferlante des musiciens dans le monde sonore. Rencontre op\u00e9r\u00e9e dans la pr\u00e9sence du spectateur invit\u00e9 \u00e0 reconsid\u00e9rer son statut, \u00e0 jouir alternativement et \u00e9pisodiquement de la m\u00e9moire des mots aussi bien que des \u00e9chappatoires propos\u00e9es par la fulguration musicale. Si le passage de <em>la parole aux chants<\/em> a marqu\u00e9 une \u00e9poque, la d\u00e9flagration musicale laisse son empreinte sur la n\u00f4tre, aujourd\u2019hui. Et ceci dans l\u2019attente d\u2019autres changements \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les metteurs en sc\u00e8ne lancent le m\u00eame appel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Brisons le flot des mots pour se vouer aux enivrements des sons et retrouver ensuite, renforc\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de cette rupture, la puissance de la langue et l\u2019attrait du r\u00e9cit.&nbsp;\u00bb La musique <em>live<\/em> est un rem\u00e8de et un palliatif. Elle rend au th\u00e9\u00e2tre ce droit \u00e0 la rupture sans qu\u2019il se d\u00e9sint\u00e8gre, elle lui inculque cette \u00e9nergie dont le rock est charg\u00e9, elle est une intermittence qui \u00e9largit l\u2019horizon de la r\u00e9ception.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-thumbnail is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/wp-content\/uploads\/sites\/22\/2020\/05\/banu-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-536\" style=\"width:150px;height:150px\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Georges Banu<\/strong> est Pr\u00e9sident d\u2019honneur de l\u2019AICT, Professeur \u00e0 la Sorbonne (Paris III), essayiste et critique de th\u00e9\u00e2tre. Il a sign\u00e9 un grand nombre d\u2019ouvrages consacr\u00e9s surtout au th\u00e9\u00e2tre du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et aux relations entre le th\u00e9\u00e2tre et la peinture. Parmi d\u2019autres, on peut nommer les livres <em>Le Rouge et or, Le Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019italienne<\/em> (1989), <em>Peter Brook&nbsp;: De Timon d\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 La Temp\u00eate<\/em> (1991), <em>Exercices d\u2019accompagnement&nbsp;: D\u2019Antoine Vitez \u00e0 Sarah Bernhardt<\/em> (2002), <em>La Sc\u00e8ne surveill\u00e9e<\/em> (2006). Il a assur\u00e9 la direction des num\u00e9ros sp\u00e9ciaux de la revue&nbsp;<em>Alternatives Th\u00e9\u00e2trales<\/em> (<em>Les r\u00e9p\u00e9titions, D\u00e9buter, Les penseurs de l\u2019enseignement<\/em>). Sur les relations entre le th\u00e9\u00e2tre et la peinture, aux \u00e9ditions d\u2019Adam Bir\u00f6, il a publi\u00e9&nbsp;: <em>Le Rideau ou la f\u00ealure du monde<\/em> (1997) <em>L\u2019Homme de dos<\/em> (2000), <em>Nocturnes&nbsp;: Peindre la nuit, jour dans le noir<\/em> (2005). R\u00e9cemment il vient de publier aux \u00e9ditions Arl\u00e9a, <em>La Porte, au c\u0153ur de l\u2019intime<\/em> (2015) et <em>Une lumi\u00e8re dans la ville, le lustre de l\u2019intime \u00e0 la sc\u00e8ne<\/em> (2020). En roumain, il a publi\u00e9 aux \u00e9ditions Nemira notamment <em>Parisul personal<\/em> (2013), <em>Casa cu daruri<\/em> (2015), <em>Lisusii mei<\/em> (2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2020 Georges Banu<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":538,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[13],"class_list":["post-535","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-topic","tag-special-front"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/wp-content\/uploads\/sites\/22\/2020\/05\/featured-1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":137,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/le-chemin-continue-entretien-avec-data-tavadze\/","url_meta":{"origin":535,"position":0},"title":"Le chemin continue : Entretien avec Data Tavadz\u00e9","author":"Georges Banu","date":"April 7, 2020","format":false,"excerpt":"Par Irina Gogoberidz\u00e9* \u00ab\u00a0Si votre grand-tante se trouve \u00eatre Ellen Terry, votre grand-oncle Fred Terry, vos cousins Gordon Craig et Phyllis Neilson-Terry, et votre grand-m\u00e8re la plus grande actrice shakespearienne de toute la Lituanie, vous \u00eates peu susceptible de vous lancer dans le commerce du poisson.\u00a0\u00bb Ces mots de John\u2026","rel":"","context":"In &quot;Interviews&quot;","block_context":{"text":"Interviews","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/category\/interviews\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/21\/wp-content\/uploads\/sites\/22\/2020\/04\/Tavadz%C3%A9.jpeg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":432,"url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/21\/martinique\/","url_meta":{"origin":535,"position":1},"title":"MARTINIQUE : Cahiers de confinement","author":"Georges Banu","date":"May 10, 2020","format":false,"excerpt":"Janine Bailly* La Structure \u00ab\u00a0Tropiques Atrium Sc\u00e8ne Nationale\u00a0\u00bb poursuit en ligne son activit\u00e9, sous l\u2019enseigne\u00a0: #Culturecheznous. 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