Dramaturgies orales/sonores

Rédactrices invitées: Duška Radosavljević et Flora Pitrolo
Décembre 2021 (#24)

Au cours des dernières décennies, on a constaté un intérêt accru chez les gens de théâtre pour la parole et le son comme points de départ de la création théâtrale. On peut retracer cette tendance dans le théâtre verbatim du début des années 2000, dans les expériences de théâtre politique d’Anna Deavere Smith aux États-Unis, Tricycle à Londres, Teatr.doc à Moscou, processus qui a aussi suscité l’imagination de compagnies de danse comme DV8. L’intérêt du Québécois Robert Lepage pour le thème de la voix a aussi été exploré spécifiquement dans son spectacle de neuf heures Lipsynch (2008). En 2015, Simon McBurney du Théâtre Complicité a présenté deux spectacles au cœur desquels le développement du récit se fondait sur un son (amplifié) : Beware of Pity et The Encounter. Des formes théâtrales souvent qualifiées d’immersives, tels les travaux de Lundahl & Seitl, Silvia Mercuriali et, à l’occasion, de Rimini Protokoll recourent souvent au son comme partie intégrante de la dramaturgie.

Au Royaume-Uni, une forme théâtrale nommée « gig theatre » est apparue graduellement, surtout dans le circuit des festivals comme Latitude et le Fringe d’Édimbourg, pour pénétrer dans les salles grand public (Kate Tempest au Royal Court) et le West End (Misty d’Arinze Kene en 2018). On voit par ailleurs que l’utilisation de l’iconographie du rock sur scène n’est pas spécifique au RU puisqu’elle apparaît dans les travaux d’Aris Biniaris, d’Oliver Frljic, de Lola Arias et de Yury Butusov, chacun dans son contexte culturel particulier, tandis qu’aux États-Unis, Lin Manuel Miranda utilise le hip-hop pour contester et transformer les spectacles musicaux de Broadway. Pour ce dossier, nous considérons ces tendances parallèles comme un changement de paradigme.

Outre les tendances vers le sonore que nous avons déjà mentionnées, la COVID-19 a fait apparaître un nouvel intérêt pour le théâtre et la représentation conçus numériquement, qui la plupart du temps comprennent une dimension sonore. Parmi les nombreux exemples, non encore répertoriés, mentionnons The Promise  de Stacy Makishi au Yard Online et la technologie téléphonique d’avant-garde utilisée par Yannick Trapman-O’Brien sur le site « Telelibrary », pour créer des spectacles pendant le confinement ; il y a aussi la troupe de Daniele Bartolini, à Toronto, qui a conçu tout un festival de spectacles téléphoniques nommé Theatre-on-Call en avril 2020.

Cette recherche se situe au carrefour interdisciplinaire du théâtre et de la performance, de la dramaturgie, des études sur les médias, et des études théoriques et pratiques sur le son et la voix, tout en s’intéressant à la musicologie, à la muséologie, à l’anthropologie et aux sciences humaines numériques.

En tant que responsables de ce dossier, nous estimons que le nouvel intérêt pour le son comme élément dramaturgique faisant partie intégrante des méthodologies de la création théâtrale et performative (numérique ou non) exige aussi de ré-évaluer les méthodes de recherche pertinentes utilisées dans l’étude de ces travaux. Pour notre recherche exposée dans www.auralia.space, nous avons mis au point diverses méthodes, dont l’improvisation académique de dialogues, le format d’« introductions orales » aux ouvrages universitaires et l’« élaboration de documentaire » par Zoom. En outre, comme partie intégrante de ce dossier, nous aimerions poursuivre l’exploration du processus d’innovation et de présentation méthodologiques dans une publication académique.

En conséquence, nous lançons cet appel d’« artefacts académiques » combinant ou substituant le texte écrit aux potentialités du domaine numérique – enregistrements audiovisuels, soumissions codées ou autres formes expérimentales en réponse aux sujets suivants :

  • Dramaturgies de la parole et du son
  • Littérature orale, cybernétique et leur potentiel de décolonisation
  • Musicalité de la représentation
  • Ethnographie du spectacle numérique
  • Esthétique et politique de l’amplification
  • Le développement du récit dans l’espace vivant et numérique
  • Les gigs, le théâtre, le théâtre gig et les espaces entre eux
  • Au-delà du théâtre verbatim
  • Réflexion sur la dramaturgie et la composition
  • Processus de création sonore et orale
  • Méthodes de recherche sonore et orale
  • Écoute, assistance vivante et téléassistance numérique

Longueur des articles : maximum 30 000 car., 45 minutes de métrage, ou l’équivalent (en tout).

Toutes les soumissions seront révisées par des pairs.

Prière d’envoyer un résumé de 2000 car. à auraliaspace@gmail.com, indiquant le format de votre collaboration et pourquoi il s’agit du meilleur moyen de traiter du thème choisi, avec de brèves bios (300 car.) de tous les auteurs collaborant au projet soumis.

Veuillez noter les dates de tombée assez proches :

Résumés : le 30 novembre 2020
Remise de la première version : le 28 février 2021
Livraison de l’article final : le 30 octobre 2021
Publication : décembre 2021

BIOS

Duška Radosavljević est lectrice en Théâtre contemporain et performance au Royal Central School of Speech and Drama. Ses travaux académiques portent sur la dramaturgie, l’écriture pour la représentation et la création théâtrale. Duška est l’autrice de l’ouvrage primé Theatre-Making: Interplay Between Text and Performance in the 21st Century, et la directrice de publication de The Contemporary Ensemble  (2013) et de Theatre Criticism: Changing Landscapes (2016).

Flora Pitrolo est chercheuse, journaliste musicale, DJ, diffuseuse et autrice. Elle s’intéresse aux archives de la représentation expérimentale européenne et des scènes musicales depuis les années 1980. Sa publication importante la plus récente est le livre d’artiste Syxty Sorriso & Altre Storie (2017). Elle co-dirige un ouvrage sur les scènes disco non anglophones intitulé Disco Heterotopias.

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