{"id":73,"date":"2016-02-09T19:27:26","date_gmt":"2016-02-09T19:27:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/?p=73"},"modified":"2022-05-29T09:39:01","modified_gmt":"2022-05-29T09:39:01","slug":"nouvelles-lectures-de-genet-en-coree","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/nouvelles-lectures-de-genet-en-coree\/","title":{"rendered":"Nouvelles lectures de Genet en Cor\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><strong>Shin, Hyun-sook<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-80\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1364439819.png\" alt=\"1364439819\" width=\"150\" height=\"202\" \/><\/p>\n<p><em>Resum\u00e9 \/ Abstract<\/em><\/p>\n<p><i>Un Festival Jean Genet, \u00e0 l&#8217;occasion du centenaire de sa naissance, aura lieu du 10 mars au 25 avril 2010, \u00e0 S\u00e9oul. Depuis les ann\u00e9es 80 jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, les jeunes metteurs en sc\u00e8ne cor\u00e9ens ont mont\u00e9 les pi\u00e8ces de Genet, surtout <\/i>Les Bonnes<i>,<\/i><i> en s&#8217;appuyant sur une large vari\u00e9t\u00e9 de techniques sc\u00e9niques. Parmi elles, <\/i>Les Bonnes<i> <\/i><i>(2000), performance exp\u00e9rimentale de Kang Ryang-Won m\u00eale langage corporel, silence et espace vide, avec des r\u00e9pliques tr\u00e8s raccourcies et mod\u00e9r\u00e9es. Kang a fait jouer tous les trois r\u00f4les f\u00e9minins par de jeunes acteurs et il a insist\u00e9 sur la sobri\u00e9t\u00e9 et la condensation du jeu physique selon la theorie &#8220;<\/i>Physical acting<i>&#8220;.<\/i><\/p>\n<p><b>1. Vue g\u00e9n\u00e9rale : Pi\u00e8ces de Genet jou\u00e9es en Cor\u00e9e<\/b><\/p>\n<p>Un Festival Jean Genet, \u00e0 l&#8217;occasion du centenaire de sa naissance, aura lieu du 10 mars au 25 avril 2010, \u00e0 S\u00e9oul. Le programme du festival comprend quatre pi\u00e8ces: <i>Les Bonnes, Haute Surveillance, Le Balcon, Les N\u00e8gres<\/i> et quelques spectacles adapt\u00e9s de ses romans comme <i>Le Journal du voleur<\/i> et <i>Querelle de Brest<\/i>. On peut regretter que la pi\u00e8ce <i>Les paravents<\/i> n&#8217;ait pas \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e. Ce Festival et cet hommage indiquent que m\u00eame de nos jours les pi\u00e8ces de Genet offrent aux jeunes metteurs en sc\u00e8ne cor\u00e9ens une grande diversit\u00e9 de lectures.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans les ann\u00e9es 1970 que deux pi\u00e8ces, <i>Les Bonnes<\/i> (1973, 1976) et <i>Haute Surveillance<\/i> (1978), ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es pour la premi\u00e8re fois \u00e0 S\u00e9oul. A cette \u00e9poque, le th\u00e9\u00e2tre de Genet paraissait obscur et \u00e9trange \u00e0 cause d&#8217;une part de sa forme th\u00e9\u00e2trale, d&#8217;autre part d&#8217;un message insaisissable. C&#8217;est pourquoi ce th\u00e9\u00e2tre fut peu jou\u00e9 et il demeura pendant assez longtemps mal connu alors que les pi\u00e8ces du th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Absurde, celles de Beckett, d&#8217;Ionesco, de D\u00fcrrenmatt, de Handke, d&#8217;Albee et de Pinter \u00e9taient chaleureusement accueillies par les critiques de th\u00e9\u00e2tre et par les spectateurs cor\u00e9ens.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 80, sous l&#8217;influence du th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Artaud, de Brecht, et du th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Avant-garde, les jeunes metteurs en sc\u00e8ne cor\u00e9ens eurent l&#8217;occasion de d\u00e9couvrir une large vari\u00e9t\u00e9 de techniques sc\u00e9niques. Parmi eux, Kim Young-Deouk a mont\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, <i>Les N\u00e8gres<\/i> en 1984 et <i>Le Balcon<\/i>en 1985. Dans cette derni\u00e8re pi\u00e8ce, il a utilis\u00e9 plusieurs postes de t\u00e9l\u00e9vision plac\u00e9s sur les trois murs de la sc\u00e8ne : il voulait obtenir des effets de miroir, refl\u00e9ter tout ce qui se passait au cours du spectacle. Les acteurs qui jouaient le r\u00f4le des clients avaient des bottes \u00e0 talons hauts de 35 centim\u00e8tres, quant \u00e0 leur maquillage il ressemblait \u00e0 celui d&#8217;un clown. On a pu voir des sc\u00e8nes de violence cruelle et de perversion. Kim Yong-Deouk a ainsi produit une parodie grotesque, pleine d&#8217;humour noir, critiquant l&#8217;absurdit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 post-capitaliste.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 90 jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, la pi\u00e8ce <i>Les Bonnes<\/i> a \u00e9t\u00e9 plusieurs fois produite avec diverses mises en sc\u00e8ne que les Cor\u00e9ens ont beaucoup appr\u00e9ci\u00e9es. En 1995, Lee Sung-Yeoul a mont\u00e9 les Bonnes d&#8217;une mani\u00e8re caricaturale avec des signes sc\u00e9niques audio-visuels. Il a fait jouer Madame par un acteur d\u00e9guis\u00e9 en clown et les deux bonnes par des actrices petites et tr\u00e8s minces. L&#8217;aspect ludique du spectacle fut renforc\u00e9 par des costumes et un maquillage grotesques, et l&#8217;utilisation d&#8217;objets semblables \u00e0 des jouets. Quant au c\u00f4t\u00e9 spectaculaire, il fut accentu\u00e9 par l&#8217;utilisation de miroirs, un jeu exag\u00e9r\u00e9, des sc\u00e8nes \u00e9rotiques jou\u00e9es comme par des automates. Pourtant, la mise en sc\u00e8ne de Lee Sung-Yeoul demeura un peu confuse et les signes sc\u00e9niques sembl\u00e8rent manquer de coh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Lee Yun-Taek, dramaturge et metteur en sc\u00e8ne, a produit <i>les Bonnes<\/i> plusieurs fois (en 1997, 2002 et 2008). Il a consid\u00e9r\u00e9 la pi\u00e8ce comme un th\u00e9\u00e2tre de songe et a interpr\u00e9t\u00e9 la mort de Claire dans le r\u00f4le de Madame, \u00e0 la fin du spectacle, comme la lib\u00e9ration de son d\u00e9sir obscur.<\/p>\n<p><i>Les Bonnes<\/i> (2008, 2009) mises en sc\u00e8ne r\u00e9cemment par Park Jine-Sine, jeune mime, est \u00e0 la fois une pantomime et un monologue. Le r\u00f4le de Madame est jou\u00e9 par un jeune acteur et celui des bonnes par deux jeunes actrices. Sur le plateau, il y a trois cadres de porte et un cadre sans tableau. Le spectacle se d\u00e9roule avec l&#8217;acteur et les actrices qui passent et repassent \u00e0 travers les cadres. A la fin, \u00e9cras\u00e9s sous les cadres, ils aboient l&#8217;un contre l&#8217;autre, s&#8217;insultent f\u00e9rocement sans \u00e9changer un regard. On peut dire que la mise en sc\u00e8ne de Park s&#8217;appuie avant tout sur le corps des acteurs et le mime.<\/p>\n<p>Dans ce qui suit nous allons examiner deux modes de repr\u00e9sentation assez remarquables, l&#8217;un li\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9criture corporelle, l&#8217;autre au rituel.<\/p>\n<p><b>2. Comment lire <i>Les Bonnes<\/i> de nos jours ?\u00a0<\/b><br \/>\n<b>2.1. Le corps humain comme essence du spectacle : L&#8217;\u00e9criture performative de Kang Ryang-Won<\/b><\/p>\n<p>La pi\u00e8ce <i>Les Bonnes<\/i> (2000), mise en sc\u00e8ne par Kang Ryang-Won, est une performance exp\u00e9rimentale qui m\u00eale langage corporel, silence et espace vide, avec des r\u00e9pliques tr\u00e8s raccourcies et mod\u00e9r\u00e9es. Kang a produit <i>Les Bonnes<\/i> en s&#8217;appuyant sur la th\u00e9orie du <i>&#8216;Physical Acting&#8217;<\/i> qui a pour support le corps humain. (Nam, 249)<\/p>\n<p>Selon cette th\u00e9orie, l&#8217;acteur est \u00e0 la fois un \u00eatre humain dont le corps et la voix produisent des stimuli et un ensemble de signes, intentionnels ou involontaires. Tous les signes \u00e9mis par l&#8217;acteur peuvent se regrouper autour de la mimique, de la gestuelle et de la voix. Comme les autres \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques, les signes physiques ne signifient que dans leur relation avec les autres signes de la repr\u00e9sentation. (Ubersfeld, 195)<\/p>\n<p>Prenons quelques exemples dans <i>Les Bonnes<\/i>. Cette pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e dans un petit th\u00e9\u00e2tre dont le plateau en planches ressemble \u00e0 un gymnase. Kang a r\u00e9duit le d\u00e9cor au minimum avec une coiffeuse et une charrette pleine de fleurs dans le coin gauche du plateau, un petit paravent au fond, un rideau d&#8217;\u00e9toffe bleu et transparent qui laisse passer la lueur sur le plateau. Kang a par ailleurs fait jouer tous les r\u00f4les f\u00e9minins, Madame et les bonnes, par de jeunes acteurs qui portaient des postiches, blond pour Madame, noir pour les bonnes, et une robe noire ou rouge \u00e0 haute taille sans manches.<\/p>\n<figure id=\"attachment_79\" aria-describedby=\"caption-attachment-79\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-79\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1380254861.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won\" width=\"400\" height=\"273\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1380254861.png 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1380254861-300x205.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-79\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won<\/figcaption><\/figure>\n<p>De sorte que leur corps musculeux enlevait toute f\u00e9minit\u00e9 aux personnages. Dans la premi\u00e8re s\u00e9quence, lors du &#8216;Jeu de Madame&#8217;, il n\u2019y a aucun \u00e9change de regards entre Madame et la bonne Solange. De temps en temps, Madame la regarde en face, mais la bonne baisse alors le regard, sinon jette un regard de travers. Cette expression du regard indique la hi\u00e9rarchie sociale qui existe entre Madame et les bonnes, mais aussi l\u2019impossibilit\u00e9 de communiquer entre elles. Dans cette sc\u00e8ne, Madame a une mimique \u00e9nergique et tr\u00e8s agressive, tandis que le teint maladif de Solange et sa d\u00e9marche \u00e0 pas de loup, les \u00e9paules tombantes, montrent qu&#8217;elle a peur de sa patronne. Dans le m\u00eame temps, on per\u00e7oit une fausse soumission et une curiosit\u00e9 malsaine.<\/p>\n<figure id=\"attachment_78\" aria-describedby=\"caption-attachment-78\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-78\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1202791842.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won\" width=\"400\" height=\"243\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1202791842.png 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1202791842-300x182.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-78\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won<\/figcaption><\/figure>\n<p>A la fin du jeu, alors qu\u2018elles jouent l&#8217;enterrement de Madame, Solange pousse la charrette pleine de fleurs et circule autour de Madame affol\u00e9e et agenouill\u00e9e par terre sous la menace de Solange.<\/p>\n<figure id=\"attachment_77\" aria-describedby=\"caption-attachment-77\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-77\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309814665.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won\" width=\"400\" height=\"273\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309814665.png 400w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309814665-300x205.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-77\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Kang, Ryang-Won<\/figcaption><\/figure>\n<p>Enfin quand Solange dit : &#8220;Elle nous aime comme ses fauteuils. Et encore! Comme la fa\u00efence rose de ses latrines!&#8221;(Genet 149), ses l\u00e8vres qui se contractent tr\u00e8s nerveusement montrent la haine qu\u2019elle \u00e9prouve contre ses conditions d&#8217;existence (bonne = fa\u00efence = objet que poss\u00e8de Madame).<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me s\u00e9quence, apr\u00e8s sa rentr\u00e9e, la v\u00e9ritable Madame va et vient sur le plateau en se tapant, en mesure, la t\u00eate avec les mains. Ce geste-mouvement, pareil \u00e0 celui d&#8217;un automate, montre l&#8217;angoisse et l&#8217;impatience de Madame devant l&#8217;emprisonnement de Monsieur, autrement dit devant la perte de son pouvoir social. Les acteurs n&#8217;utilisent pas la voix de fausset . Pourtant dans la sc\u00e8ne o\u00f9 la v\u00e9ritable Madame appara\u00eet, l&#8217;acteur qui tient le r\u00f4le de Madame parle d&#8217;une voix basse pleine de dignit\u00e9, alors que les deux bonnes parlent d&#8217;une voix nasillarde. A l&#8217;exception de cette sc\u00e8ne, tous les acteurs parlent sur un m\u00eame rythme, d&#8217;une voix blanche et tr\u00e8s monotone, sans timbre, en m\u00eame temps, leur voix r\u00e9sonne comme le son d&#8217;une machine.<\/p>\n<p>Kang Ryang-Won, dans cette mise en sc\u00e8ne des <i>Bonnes<\/i>, insiste sur la sobri\u00e9t\u00e9 et la condensation du jeu physique. A travers l&#8217;image corporelle, il a voulu figurer le conflit entre l&#8217;oppresseur et l&#8217;opprim\u00e9, entre l&#8217;envie et la haine. Il aurait cependant fallu pr\u00eater attention \u00e0 lier les actions physiques \u00e0 la profondeur narrative de la situation th\u00e9\u00e2trale pour que le &#8220;<i>Physical acting<\/i>&#8221; ne nous donne pas l&#8217;impression d&#8217;une exp\u00e9rimentation de pure forme.<\/p>\n<p><b>2.2. La mise en sc\u00e8ne de Park Jung-Hee : Performance rituelle et requiem.<\/b><\/p>\n<p><i>Les Bonnes<\/i> (en 2004, 2009) produites par Park Jung-Hee, metteuse en sc\u00e8ne, sont une sorte de requiem \u00e0 la m\u00e9moire des bonnes. Elle voit cette pi\u00e8ce comme un octa\u00e8dre ajust\u00e9 de morceaux de miroirs qui renvoie au d\u00e9sir des bonnes, un d\u00e9sir \u00e0 mort! Par sa mise en sc\u00e8ne, Park Jung-Hee, veut faire appara\u00eetre le d\u00e9sir obscur et refoul\u00e9 des bonnes, le faire parler et vivre sur le plateau. Pour ce faire, elle a remani\u00e9 cette fable en y greffant l&#8217;affaire criminelle des s\u0153urs Papin, auteurs du\u00a0 meurtre de leur maitresse (<i>Obliques<\/i> 100); Genet lui-m\u00eame se serait inspir\u00e9 de ce fait divers. En apparence, <i>Les Bonnes<\/i>, avec l&#8217;enqu\u00eate de l&#8217;inspecteur de police, donne l&#8217;impression d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre documentaire. Or, cette enqu\u00eate sert au th\u00e9\u00e2tre-cadre. Quant \u00e0 l&#8217;histoire des bonnes, elle renvoie au th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre. Park Jung-Hee a gard\u00e9 le contenu de la pi\u00e8ce, mais le d\u00e9nouement est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent puisque les deux s\u0153urs se suicident ensemble. En ce qui concerne le jeu sc\u00e9nique, elle a fait appel au rite chamaniste cor\u00e9en qui convoque l&#8217;\u00e2me du d\u00e9funt mort de fa\u00e7on injuste pour purifier sa rancune afin de le faire rena\u00eetre dans l&#8217;au-del\u00e0. C&#8217;est l&#8217;inspecteur qui dirige le spectacle avec son enqu\u00eate et ses commentaires. Par ailleurs, comme Park Jung-Hee a voulu interpr\u00e9ter la pi\u00e8ce sur le mode de la\u00a0 performance, elle a pris pour support du spectacle le corps des acteurs. Elle a \u00e9galement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&#8217;\u00e9conomie des objets sc\u00e9niques pour s&#8217;appuyer sur les effets d&#8217;\u00e9clairage. L&#8217;expression du d\u00e9sir des bonnes s&#8217;exprime soit par des gestes, soit vocalement ou alors par la danse<i>. Les Bonnes<\/i> ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es dans un petit th\u00e9\u00e2tre en sous-sol et le plateau donnait l&#8217;impression de se trouver dans un sanctuaire pour une messe noire. Au centre du plateau, il y avait une baignoire de marbre qui contenait de l&#8217;eau, et de chaque c\u00f4t\u00e9 de la baignoire, se dressaient deux torses auxquels \u00e9tait suspendue une robe, blanche pour l&#8217;un, rouge pour l&#8217;autre. Cette baignoire sera transform\u00e9e en baignoire de Madame, en lit, en prison, en tribune et en matrice, au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9roulement de l&#8217;intrigue et toujours en rapport avec les autres \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques. Au centre des fauteuils d&#8217;orchestre, se trouvait une petite table devant laquelle il y avait une chaise; sur la table \u00e9tait pos\u00e9e une machine \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne plong\u00e9e dans le noir est progressivement \u00e9clair\u00e9e et l&#8217;on voit appara\u00eetre l&#8217;inspecteur qui regarde la machine \u00e0 \u00e9crire, il entre ensuite sur sc\u00e8ne et raconte le meurtre des deux s\u0153urs. C&#8217;est au cours du spectacle que l&#8217;on trouvera la r\u00e9ponse \u00e0 la question: pourquoi et comment mourir? Apr\u00e8s la sortie de l&#8217;inspecteur, on entend une musique religieuse et les deux s\u0153urs en robe noire entrent sur sc\u00e8ne \u00e0 reculons, comme si l&#8217;on rembobinait un film. Elles caressent tour \u00e0 tour les robes, la baignoire, et font le geste de passer la serpilli\u00e8re sur le plancher. Apr\u00e8s avoir enlev\u00e9 sa petite robe noire, un des signes de la bonne, Claire en linge blanc plonge dans la baignoire, et Solange la suit. Ainsi commence &#8216;le Jeu de Madame&#8217;, elles se versent de l&#8217;eau l&#8217;une sur l&#8217;autre et s&#8217;insultent.<\/p>\n<figure id=\"attachment_76\" aria-describedby=\"caption-attachment-76\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-76\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1166054695.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee\" width=\"300\" height=\"435\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1166054695.png 350w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1166054695-207x300.png 207w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-76\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me s\u00e9quence, la nouvelle de l&#8217;acquittement de Monsieur met les deux bonnes au d\u00e9sespoir. Solange incite alors Claire au meurtre de Madame. Prises de fr\u00e9n\u00e9sie, elles sortent de la baignoire et dansent tr\u00e8s \u00e9rotiquement et furieusement en faisant le tour du plateau. Avec l&#8217;eau qui ruisselle de leur corps et de la baignoire, le sol est vite tremp\u00e9 et un \u00e9clairage bleu-vert cr\u00e9e une ambiance fantastique et d\u00e9cadente. A la fin, Claire met ses mains sur la nuque de Solange et dit en \u00e9clatant de rire : &#8220;Nous serons devenues un couple du coupable et de la sainte. Nous serons sauv\u00e9es&#8221;.<\/p>\n<figure id=\"attachment_75\" aria-describedby=\"caption-attachment-75\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-75\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309002627.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee\" width=\"300\" height=\"437\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309002627.png 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1309002627-206x300.png 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-75\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans la troisi\u00e8me s\u00e9quence, l&#8217;inspecteur qui joue \u00e9galement le r\u00f4le de Madame, entre sur la sc\u00e8ne. Apr\u00e8s avoir mis la robe rouge, Madame qui appara\u00eet grande et grosse, monte sur la baignoire couverte et invective les bonnes avec des gestes tr\u00e8s exag\u00e9r\u00e9s d&#8217;un juge et une voix de fausset. Au pied de la baignoire, les bonnes, tremp\u00e9es jusqu&#8217;aux os, se trainent comme deux chiennes. Il y a dans cette sc\u00e8ne une double image: celle d&#8217;un jugement religieux \u00e0 huis clos et celle du <i>Balcon<\/i>, une autre pi\u00e8ce de Genet. Ayant appris la nouvelle de l&#8217;acquittement de Monsieur, Madame crie de joie. Au m\u00eame moment appara\u00eet sur le mur sa silhouette pareille \u00e0 un aigle. Ici, l&#8217;inspecteur constitue le paradigme du pouvoir social en jouant tout \u00e0 la fois Madame et Monsieur, paradigme inattaquable qui domine le conscient et la vie des deux bonnes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_74\" aria-describedby=\"caption-attachment-74\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-74\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1327263758.png\" alt=\"Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee\" width=\"300\" height=\"456\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1327263758.png 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1327263758-197x300.png 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-74\" class=\"wp-caption-text\">Les Bonnes, mise en sc\u00e8ne de Park, Jung-Hee<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s la sortie de Madame, sous l&#8217;emprise d&#8217;une grande peur et du d\u00e9sespoir, les deux bonnes entrent dans un \u00e9tat de d\u00e9mence. Solange, assise sur la baignoire toujours couverte, confesse son crime, imitant la posture des menottes aux poignets. Sa silhouette grandit de plus en plus sur le mur tout en s&#8217;assombrissant.\u00a0 Enfin, Solange, agenouill\u00e9e, se l\u00e8ve lentement en faisant le geste de voler dans le ciel. Sa silhouette sur le mur figure vaguement la croix. A travers ce jeu physique de Solange (mimique-geste-mouvement), Park Jung-Hee visualise la transmutation de la criminelle en sainte. On peut ainsi consid\u00e9rer que la transgression de la loi des hommes peut \u00eatre reconnue, selon la loi de Dieu, comme un acte de saintet\u00e9. Apr\u00e8s cette sc\u00e8ne, les deux s\u0153urs se suicident dans l&#8217;eau de la baignoire.<\/p>\n<p>Faut-il voir ce suicide comme un retour dans la matrice ou comme une c\u00e9r\u00e9monie rituelle de purification? Dans le premier cas, la conclusion est tragique parce ce que la r\u00e9volte des bonnes (le prol\u00e9tariat), due \u00e0 la haine aussi bien qu&#8217;\u00e0 l&#8217;envie d&#8217;\u00eatre Madame (la bourgeoisie), a avort\u00e9 \u00e0 cause de leur ignorances : d&#8217;une part l&#8217;ignorance des codes sociaux, d&#8217;autre part l&#8217;ignorance de la cause de l&#8217;union de Madame avec Monsieur, autrement dit l\u2018ignorance de la coalition des biens et du pouvoir social. Leur suicide ne serait donc rien d&#8217;autre qu&#8217;une r\u00e9gression dans la matrice. Dans le second cas, on peut consid\u00e9rer que c&#8217;est une r\u00e9sistance symbolique \u00e0 condition que leur mort r\u00e9veille la conscience des bonnes qui vivent ainsi. On pourrait alors parler d&#8217;une renaissance rituelle. Le fait que l&#8217;inspecteur met un chrysanth\u00e8me blanc devant les bonnes mortes, soutiendrait cette interpr\u00e9tation. Quoi qu&#8217;il en soit, Park Jung-Hee laisse aux spectateurs le choix d&#8217;une interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Pour conclure tr\u00e8s bri\u00e8vement, on esp\u00e8re que pendant ce festival les spectateurs d\u00e9couvriront de nouvelles et passionnantes lectures des pi\u00e8ces de Genet.<\/p>\n<p><b>Bibliographie seleccion\u00e9e<\/b><\/p>\n<p class=\"hangingindent\">GENET, Jean .1977. <i>OEuvres compl\u00e8tes<\/i>, Paris, Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hangingindent\">JO, Heung-Yun .1999. <i>The Korean Shamanism<\/i>, Seoul National University Presse.<\/p>\n<p class=\"hangingindent\">NAM, Sang-Sik .2009. &#8220;The Stage of the Physical Acting: Focused on the Works of\u00a0 Rayag-Won Kang&#8217;s Theatre Company <i>Dong<\/i>, in <i>Journal of Korean Theatre Studies Association<\/i>. Seoul : Yeounkeuk-Kwa-Inngan. pp. 245-276.<\/p>\n<p class=\"hangingindent\">PAVIS, Patrice .2007. <i>La mise en sc\u00e8ne contemporaine<\/i>, Paris, Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hangingindent\">UBERSFELD, Anne .1981. <i>L&#8217;\u00e9cole du spectateur.<\/i> Paris : Editions sociales.<\/p>\n<p class=\"hangingindent\"><i>Obliques<\/i>, No 2, 1972.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-80\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1364439819-150x150.png\" alt=\"1364439819\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <b>Shin, Hyun-Sook<\/b> was Professor (currently Honorary Professor) at the University of Duksung (1980-2008). She is theatre critic and responsible for Remedial drama at the School for the handicapped.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2009 Shin, Hyun-Sook<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Shin, Hyun-sook[1] Resum\u00e9 \/ Abstract Un Festival Jean Genet, \u00e0 l&#8217;occasion du centenaire de sa naissance, aura lieu du 10 mars au 25 avril 2010, \u00e0 S\u00e9oul. 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