{"id":287,"date":"2016-02-11T19:58:54","date_gmt":"2016-02-11T19:58:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/?p=287"},"modified":"2022-05-29T09:40:31","modified_gmt":"2022-05-29T09:40:31","slug":"le-tramway-de-warlikowski-son-elegie-et-son-horizon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/le-tramway-de-warlikowski-son-elegie-et-son-horizon\/","title":{"rendered":"Le Tramway de Warlikowski: Son \u00e9l\u00e9gie et son horizon"},"content":{"rendered":"<p><strong>Georges Banu<\/strong><a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-210\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1014254786.png\" alt=\"1014254786\" width=\"220\" height=\"161\" \/><\/p>\n<p><b><i>Un Tramway<\/i><\/b><b> <\/b>(2010, d\u2019apr\u00e8s<b> <\/b><i>A Streetcar Named Desire<\/i><b>, <\/b>de Tennessee Williams); <i>Version fran\u00e7aise<\/i>: Wajdi Mouawad;<i>Adaptation<\/i>: Krzysztof Warlikowski;<i> Dramaturge<\/i>: Piotr Gruszczynski; <i>D<\/i><i>\u00e9cor &amp; costumes<\/i> : Malgorzata Szczesniak;<i>Lumi\u00e8re<\/i> : Felice Ross\u00a0<i>Musique <\/i>: Pawel Mykietyn; <i>Acteurs:<\/i> Isabelle Huppert, Andrzej Chyra, Florence Thomassin, Yann Collette, Renate Jett, Cristi\u00e1n Soto; <i>Production<\/i>: Od\u00e9on-Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Europe, Nowy Teatr \u2013 Varsovie, Grand Th\u00e9\u00e2tre de Luxembourg, De Koninklijke Schouwburg \u2013 den Haag, Holland Festival \u2013 Amsterdam, Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, Emilia Romagna Teatro Fondazione, spielzeit&#8217;europa | Berliner Festspiele, MC2:Grenoble; <i>Premi\u00e8re<\/i>: Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, Paris, 4 f\u00e9vrier 2010.<\/p>\n<p>Dans le th\u00e9\u00e2tre de Warlikowski rien ne r\u00e9siste et tout semble \u00eatre vou\u00e9 \u00e0 une in\u00e9vitable \u00e9rosion, mais la perspective sera \u00e0 jamais non pas celle du d\u00e9sastre brutal, de l\u2019effondrement pr\u00e9cipit\u00e9, mais plut\u00f4t celle de la lente d\u00e9gradation, de la d\u00e9composition, de la d\u00e9ch\u00e9ance progressive. Il apporte aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des spasmes et de la violence directe, \u00e9poque du \u00ab bruit et de la fureur \u00bb, l\u2019\u00e9l\u00e9gance de la chute irr\u00e9versible sur fond d\u2019\u00e9l\u00e9gie. Cette conviction m\u2019est apparue avec \u00e9vidence apr\u00e8s son c\u00e9l\u00e8bre <i>Angels in America<\/i> de Tony Kushner o\u00f9, avec une discr\u00e9tion infinie, il suivait le cheminement progressif de la mort. Il aime avancer demi \u2013 ton par demi\u2013ton, pas \u00e0 pas, et, sur la pointe des pieds, comme un Watteau \u00e0 l\u2019envers, Warlikowski nous dirige nullement vers une Cyth\u00e8re enchant\u00e9e mais, chaque fois, vers une impasse sans issue ni perspective. Lui, l\u2019\u00eatre moderne par excellence, s\u2019\u00e9chappe \u00e0 \u00ab la modernit\u00e9 \u00bb agressive de certains coll\u00e8gues de g\u00e9n\u00e9ration pour suivre, avec un go\u00fbt particulier pour la nuance, le mouvement d\u2019un coucher du soleil qui conduit, irr\u00e9m\u00e9diablement, vers la nuit.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cent spectacle <i>le Tramway<\/i>, admirablement traduit par un \u00e9crivain Wajdi Mowawad, est inspir\u00e9 par la c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Tennessee Williams, rendue mythique gr\u00e2ce au film d\u2019Elia Kazan avec ses deux monstre sacr\u00e9s, Marlon Brando et Vivien Leigh, conforte cette conviction car il s\u2019engage sans cris ni fracas sur long cheminement vers la folie, l\u2019\u00e9garement et la perte du r\u00e9el. Non, ici on ne bascule pas dans le drame avec brutalit\u00e9, ici on emprunte la voie implacable de l\u2019extinction jusqu\u2019au dernier souffle qui s\u2019\u00e9teint, au dernier son que l\u2019on entend. Warlikowski rappelle \u00ab la m\u00e9lancolie \u00bb de ce grand artiste qui vient de dispara\u00eetre, Gr\u00fcber, le metteur en sc\u00e8ne qui avait pouss\u00e9 le plus loin l\u2019art du chuchotement, \u00e0 peine audible, signal furtif d\u2019un violent cri int\u00e9rieur. Ne demandait-il pas aux com\u00e9diens \u00ab d\u2019avoir le c\u0153ur chaud et la bouche froide \u00bb ? Et, dans le noir de la salle, je me souviens, en regardant <i>le Tramway<\/i>, de la plus belle d\u00e9finition du m\u00e9lancolique qui, \u00e9crit Diderot, est habit\u00e9 par \u201c l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine perfection qu\u2019on ne trouve ni en soi, ni dans les autres, ni dans les objets de ses plaisirs, ni dans la nature \u201d. La m\u00e9lancolie c\u2019est une exp\u00e9rience du manque. Ici, dans ce <i>Tramway<\/i> r\u00e9put\u00e9 par ses d\u00e9chirements teint\u00e9s de cette psychanalyse \u00ab sauvage \u00bb ch\u00e8re \u00e0 Tennessee Williams, nous retrouvons le go\u00fbt \u00e9l\u00e9giaque de Warlikowski, artiste de plus en plus s\u00e9duit par ce qui dispara\u00eet, ce qui s\u2019\u00e9vanouit et finit par creuser des vides vertigineux. \u00ab Il y aura toujours quelque chose d\u2019absent \u00bb semble-t-il dire comme jadis Camille Claudel l\u2019\u00e9crivait dans un message \u00e0 Rodin imprim\u00e9 sur le mur de la derni\u00e8re maison o\u00f9 elle v\u00e9cut, sur les quais de la Seine, avant son enfermement. Blanche fait penser \u00e0 Camille\u2026toutes les deux \u00e9prises d\u2019hommes, vaincues par le d\u00e9sir, enferm\u00e9es dans le labyrinthe sans issue de leur esprit. C\u2019est le son de cette \u00e9l\u00e9gie de la perte qui nous emporte trois heures durant.<\/p>\n<figure id=\"attachment_290\" aria-describedby=\"caption-attachment-290\" style=\"width: 240px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-290\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1368627781.png\" alt=\"Isabelle Huppert \u00a9 Pascal Victor\" width=\"240\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1368627781.png 240w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1368627781-199x300.png 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-290\" class=\"wp-caption-text\">Isabelle Huppert \u00a9 Pascal Victor<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est le propre du th\u00e9\u00e2tre de Warlikowski d\u2019accepter la sc\u00e8ne pour la d\u00e9border ensuite, de vous inviter \u00e0 plonger dans la fable pour mieux vous diriger vers un hors &#8211; sc\u00e8ne mental qu\u2019elle \u00e9veille et r\u00e9active. Th\u00e9\u00e2tre qui appelle au voyage int\u00e9rieur, qui vous lib\u00e8re, et cette libert\u00e9 peut \u00eatre bienvenue tandis que d\u2019autres la craignent et r\u00e9futent. R\u00e9ception \u00e9cartel\u00e9e que suscite cet artiste qui cultive la rupture ! Moi, ce que j\u2019aime c\u2019est qu\u2019il ne vous rend pas prisonnier du plateau, sans pour autant adopter la posture \u00ab s\u00e9curisante \u00bb de la distance et de l\u2019artifice d\u00e9nonc\u00e9, assum\u00e9 comme tel. Oui, ce <i>Tramway<\/i> qui a exasp\u00e9r\u00e9 certains, me r\u00e9jouit parce qu\u2019il ne m\u2019emporte pas avec force et brutalit\u00e9, mais m\u2019entra\u00eene en douceur sur les chemins de la folie de Blanche et me laisse libre de \u00ab d\u00e9river \u00bb, de ne pas \u00eatre tout \u00e0 fait soumis au d\u00e9terminisme in\u00e9branlable de l\u2019histoire de Tennessee Williams. J\u2019aime me perdre avec Warlikowski car c\u2019est la meilleure mani\u00e8re de me retrouver. Il pratique et vous entraine vers ce que l\u2019on pourrait d\u00e9signer comme \u00e9tant <i>le th\u00e9\u00e2tre du moi<\/i>. Cela instaure une relation de subjectivit\u00e9 \u00e0 subjectivit\u00e9, le metteur en sc\u00e8ne et le spectateur communiquent sur ce terrain partag\u00e9. Il n\u2019y a pas de la place pour le neutre ici. Et d\u2019ailleurs Warlikowski, de mani\u00e8re provocatrice, l\u2019affirmait dans un entretien r\u00e9cent en affirmant : \u00ab <i>le Tramway nomm\u00e9 d\u00e9sir<\/i> parle de Tennessee Williams, <i>le<\/i> <i>Tramway<\/i> parle de moi \u00bb.<\/p>\n<p>Si avant, Warlikowski p\u00e9n\u00e9trait et s\u2019appuyait sur le texte seul, la posture a chang\u00e9, surtout depuis (<i>A)pollonia.<\/i> A l\u2019aide de son dramaturge Piotr Gruszczynski, il intervient d\u00e9sormais dans le texte non pas seulement pour proc\u00e9der \u00e0 des coupes, mais surtout pour introduire des textes emprunt\u00e9s \u00e0 d\u2019autres auteurs, penseurs, philosophes. Antoine Vitez appelait cela des \u00ab parenth\u00e8ses \u00bb personnelles, elles interviennent comme des associations d\u2019id\u00e9es, comme des conversions d\u2019une \u00e9criture en une autre \u2013 pour preuve le d\u00e9sormais exemple c\u00e9l\u00e8bre discours d\u2019Agamemnon de retour de la guerre emprunt\u00e9 aux<i>Bienveillantes<\/i> de Jonathan Littel \u2013 comme des m\u00e9ditations en acte. Le metteur en sc\u00e8ne s\u2019appuie sur le texte sans pour autant s\u2019interdire de mobiliser ses souvenirs, de proc\u00e9der \u00e0 des emprunts, de citer, d\u2019ajouter des chants afin justement d\u2019inscrire l\u2019\u0153uvre mont\u00e9e dans le champ de la culture, de sa culture. Elle est ainsi \u00ab hybrid\u00e9e \u00bb et non simplement \u00ab mont\u00e9e \u00bb par le metteur en sc\u00e8ne qui, pareil \u00e0 un lecteur obstin\u00e9, ne fait pas l\u2019\u00e9conomie des annotations inscrites \u00ab en marge \u00bb de la page, il les int\u00e8gre comme de l\u00e9gitimes r\u00e9actions subjectives \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9v\u00e9nements et des \u00eatres. Si le proc\u00e9d\u00e9 se retrouve ici ou l\u00e0, Warlikowski se distingue par le souhait de ne pas afficher la rupture car il proc\u00e8de par des insertions furtives, des glissements discrets, des digressions l\u00e9g\u00e8res. Si les chansons interviennent comme des irruptions ext\u00e9rieures explicites \u2013 ici, comment ne pas \u00e9voquer l\u2019\u00e9motion intense procur\u00e9 par <i>Tancr\u00e8de et Clorinde<\/i> dans l\u2019interpr\u00e9tation de Renate Jett \u2013 les textes \u00e9trangers s\u2019immiscent sans d\u00e9chirer la structure textuelle, p\u00e9n\u00e8trent souterrainement des dans le texte source. Ainsi Warlikowski et ses collaborateurs proc\u00e8dent avec une sorte de violence douce en \u00e9vitant l\u2019\u00e9vidence du geste d\u00e9pourvu de l\u2019agressivit\u00e9 d\u2019un Castorf ou un Langhoff. C\u2019est \u00e9videmment l\u2019option qui convient \u00e0 Warlikowski, mais, parfois, j\u2019aurais aim\u00e9 que la coupure soit plus explicite et le montage plus assum\u00e9. Warlikowski n\u2019aime pas et ne cherche pas \u00e0 ouvrir les guillemets, il consid\u00e8re que \u00ab tout nous appartient \u00bb et qu\u2019il est plus pertinent de mobiliser des r\u00e9f\u00e9rences et des citations sur le mode du parler quotidien comme si le spectacle nous entrainait \u00ab naturellement \u00bb sur les terrains familiers au metteur en sc\u00e8ne et \u00e0 ses collaborateurs. Ils ne souhaitent pas exposer leur geste, ils veulent l\u2019accomplir sans \u00e9vidence. Le texte est dit comme s\u2019il s\u2019agissait de la pi\u00e8ce d\u2019origine, mais en r\u00e9alit\u00e9, pareil \u00e0 un fleuve qui a chang\u00e9 de cours il charrie des fragments et des mots venus d\u2019ailleurs. Ainsi s\u2019instaure ce que j\u2019aimerais appeler une apaisante \u00ab esth\u00e9tique de l\u2019archipel \u00bb qui r\u00e9unit des \u00eeles et des textes disparates auquel l\u2019eau du texte central serre de liant. Suivons son mouvement sans soubresauts ni tourbillons perturbateurs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_289\" aria-describedby=\"caption-attachment-289\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-289\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1090509621.png\" alt=\"Isabelle Huppert, Renate Jett, et (de dos) Yann Collette \u00a9 Pascal Victor\" width=\"500\" height=\"328\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1090509621.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1090509621-300x197.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-289\" class=\"wp-caption-text\">Isabelle Huppert, Renate Jett, et (de dos) Yann Collette \u00a9 Pascal Victor<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ici le metteur en sc\u00e8ne cherche des appuis ailleurs, mais bien qu\u2019inqui\u00e8te et sur les nerfs, sa pens\u00e9e n\u2019est pas agressive. Pens\u00e9e qui fait le constat du d\u00e9sastre sans que le sang coule comme dans tant d\u2019autres spectacles actuels. Ce la n\u2019emp\u00eache pas que les \u00eatres subissent des attaques plus graves, qu\u2019ils sont encore plus en danger mais leurs terribles h\u00e9morragies restent internes. Le c\u0153ur explose, les art\u00e8res craquent, le sang envahit les organes sans qu\u2019il d\u00e9gorge sur les planches ni exasp\u00e8re par abus de pr\u00e9sence. Non, ici, comme dirait Grotowski avec une de ses c\u00e9l\u00e8bres formules b\u00e2tardes, la blessure est \u201c dedans soi-m\u00eame \u201d. Et nous en sommes les t\u00e9moins t\u00e9tanis\u00e9s. Blanche en apporte la preuve ultime.<\/p>\n<p>Blanche, cette Blanche de d\u2019Isabelle Huppert qui plonge dans la maladie sans pr\u00e9caution ni cris : nous sommes si loin ici des manifestations extr\u00eames issues d \u2018Actors\u2019 Studio. De Blanche, la com\u00e9dienne fournit les d\u00e9sarrois inquiets, la fragilit\u00e9 extr\u00eame qui menace \u00e0 chaque instant sa silhouette fr\u00eale de se briser en \u00e9clats comme une l\u00e9g\u00e8re statue de porcelaine, ses n\u00e9vroses de la puret\u00e9 hygi\u00e9nique comme s\u2019il s\u2019agissait, inlassablement, de se nettoyer de la salet\u00e9 du monde. L\u2019actrice subit la violence, mais sans en adopter les expressions, ses nerfs la l\u00e2chent, sa physionomie se d\u00e9forme, mais sa beaut\u00e9 reste intacte, \u00ab blanche \u00bb et impure, la beaut\u00e9 d\u2019une voyageuse projet\u00e9e dans l\u2019oc\u00e9an de glace d\u2019une folie ordinaire, d\u2019une d\u00e9route qui suscite la panique et non pas le d\u00e9sespoir effr\u00e9n\u00e9e. Nous assistons au d\u00e9rapage de Blanche que Huppert restitue avec une d\u00e9votion extr\u00eame. Elle ne se prot\u00e8ge pas, elle s\u2019avance dans un enfer du d\u00e9sordre qui prend l\u2019allure trompeuse d\u2019un r\u00e9el encore en \u00e9quilibre, \u00e9quilibre menac\u00e9, pr\u00e9caire, pr\u00eat \u00e0 basculer dans son contraire. Et n\u2019est-ce pas ceci, justement, le sympt\u00f4me le plus d\u00e9routant lorsqu\u2019on dialogue avec un malade pour qui le chaos que l\u2019on per\u00e7oit nous effraie parce qu\u2019il pr\u00e9serve une apparence trompeuse d\u2019\u00e9quilibre ? Sans sentimentalisme ni exc\u00e8s physique, Huppert nous suit la chute de Blanche. Sismographe hypersensible d\u2019un ravageur tremblement de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Andrzey Chira dans Stanley s\u2019inscrit dans le m\u00eame registre. S\u2019il a un accent \u00e9tranger qui s\u00e9duit l\u2019oreille \u2013 il n\u2019est pas d\u2019ici ! \u2013 rien d\u2019animal chez lui, seulement une sensualit\u00e9 en manque d\u2019accomplissement. Ludique et sans cesse enjou\u00e9, ce Stanley se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019image brutale propos\u00e9e par Tennessee Williams. Warlikowski temp\u00e8re les pulsions, le d\u00e9sir n\u2019a rien de simplement physique, il provient d\u2019une insatisfaction, d\u2019un besoin profond, humain, int\u00e9rieur que sa femme Stella ne parvient plus \u00e0 satisfaire. Florence Thomassin s\u2019efface, dispara\u00eet, s\u2019absente et en raison de ce vide l\u2019\u00e9nergie de Kowalski se consomme dans le jeu de boules ou d\u00e9vie immanquablement vers le corps de Blanche. Cette Blanche qui est approch\u00e9e par Mitch, le copain, auquel Yann Colette accorde une humanit\u00e9 particuli\u00e8re, une faiblesse d\u00e9routante, une affection inassouvie. Entre Stanley et Blanche, il se perd lui aussi, \u00e0 sa mani\u00e8re discr\u00e8te. Il n\u2019y a personne de fort ici, c\u2019est une assembl\u00e9e de faibles que Warlikowski r\u00e9unit, mais faibles non pas r\u00e9sign\u00e9s, mais faibles\u2026en manque, en attente ! Et si la musique disait justement ce dont ils sont d\u00e9pourvus et si elle intervenait alors pour lib\u00e9rer ce que les mots ne peuvent plus dire ? <i>De la parole aux chants\u2026<\/i>c\u2019est le cheminement de la parole qui s\u2019essouffle, de l\u2019espoir qui meurt, de la d\u00e9tresse qui s\u2019installe vers un espace sonore, libre, affranchi des d\u00e9sastres quotidiens. A ces orphelins de la vie il ne reste plus que l\u2019\u00e9motion des \u00ab songs \u00bb. Non pas les \u00ab songs \u00bb brechtiens, mais les \u00ab songs \u00bb de la m\u00e9lancolie la plus profonde qui ainsi, un instant, semble \u00eatre surmont\u00e9e. Moment suspendu auquel succ\u00e8de la chute ! Chute inlassablement reprise\u2026non pas chute des h\u00e9ros, mais des \u00eatres qui ont cess\u00e9 d\u2019avancer. Warlikowski les aime et les comprend tous. Ce spectacle qui ne juge ni accuse personne t\u00e9moigne de l\u2019affection qu\u2019il leur porte.<\/p>\n<p>Une des pratiques courantes, m\u00eame st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, de la mise en sc\u00e8ne moderne consiste dans l\u2019usage de \u00ab l\u2019adresse directe \u00bb. Elle suppose la prise en charge de la pr\u00e9sence du public \u00e9rig\u00e9 en partenaire avec lequel on souhaite engager un dialogue, amorcer un \u00e9change, surmonter le silence habituellement consenti. Cette \u00ab adresse directe \u00bb, le plus souvent, se pratique sur le mode d\u2019un appel \u00e0 la vigilance, d\u2019une invitation \u00e0 l\u2019\u00e9veil, d\u2019une mise en proc\u00e8s du monde. C\u2019est une pratique militante. Warlikowski l\u2019adopte, mais pour lui donner, au contraire, une couleur diff\u00e9rente, autre. De la sc\u00e8ne on ne lance pas les mots pour interpeller les spectateurs, mais plut\u00f4t pour les rapprocher d\u2019elle, pour en faire les t\u00e9moins \u00e9mus des destins qui s\u2019effondrent, des vies qui s\u2019\u00e9croulent. \u00ab L\u2019adresse directe \u00bb, prend ici le sens d\u2019un appel de d\u00e9tresse, d\u2019un s.o.s qui, sans r\u00e9ponse, nous \u00e9rige en partenaires coupables de silence. \u00ab Je suis l\u00e0, je vous entends et pourtant je ne r\u00e9ponds pas \u00bb &#8211; c\u2019est ce que, repli\u00e9 dans mon fauteuil je me dis, tout en \u00e9tant convaincu que l\u2019appel r\u00e9sonne en moi, qu\u2019il y a un \u00e9cho, mais il est muet. Et alors je me souviens d\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres dispositifs po\u00e9tiques dont Hans Blumenberg, avec g\u00e9nie, a explor\u00e9 l\u2019\u00e9tendue : \u00ab naufrage avec spectateur \u00bb. Oui, je suis le spectateur du naufrage de Blanche\/Huppert.<\/p>\n<figure id=\"attachment_288\" aria-describedby=\"caption-attachment-288\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-288\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1244696512.png\" alt=\"(de gauche \u00e0 droite) Isabelle Huppert (sur l'\u00e9cran), Yann Collette, Florence Thomassin, Cristian Sotto, Renate Jett \u00a9 Pascal Victor\" width=\"500\" height=\"340\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1244696512.png 500w, https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1244696512-300x204.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-288\" class=\"wp-caption-text\">(de gauche \u00e0 droite) Isabelle Huppert (sur l&#8217;\u00e9cran), Yann Collette, Florence Thomassin, Cristian Sotto, Renate Jett \u00a9 Pascal Victor<\/figcaption><\/figure>\n<p>Warlikowski proc\u00e8de ici \u00e0 un autre renversement d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9 : souvent on proc\u00e8de \u00e0 l\u2019isolement d\u2019un personnage par des poursuites qui l\u2019enferment dans un cercle de lumi\u00e8re. Combien de fois ne l\u2019a-t-on pas vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour rehausser la pr\u00e9sence d\u2019une star, exciter la foule par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une idole de rock ou de pop music, bref pour surligner une renomm\u00e9e : comme dans les contes de Vladimir Propp il s\u2019agit chaque fois de surench\u00e9rir sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab h\u00e9ros \u00bb l\u00e9gendaire, chanteur ou acteur. Ici, Warlikowski ose utiliser ce proc\u00e9d\u00e9 depuis longtemps rejet\u00e9 sur les plateaux, mais pour le d\u00e9tourner, le renverser et produire le contraire de l\u2019effet habituellement souhait\u00e9. Il entoure d\u2019un \u00ab halo \u00bb de lumi\u00e8re les personnages \u00e0 l\u2019abandon qui se livrent \u00e0 des monologues o\u00f9 ils font le constat de leurs d\u00e9faites. Le \u00ab cercle de lumi\u00e8re \u00bb exalte ici non pas des vainqueurs aux vertus d\u00e9mesur\u00e9es, mais des vaincus repli\u00e9s sur eux \u2013 m\u00eames. Ils sont enferm\u00e9s dans \u00ab un cercle \u00bb qui renforce leur solitude. Et parce qu\u2019ainsi \u00e9clair\u00e9s\/enferm\u00e9s nous entendons mieux les mots de ces repli\u00e9s sur eux-m\u00eames et, hautement inquiets, nous guettons ces corps pr\u00eats de l\u2019effondrement. La lumi\u00e8re exasp\u00e8re leur d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Tout le spectacle s\u2019appuie sur la sc\u00e9nographie inoubliable de Malgorzata Szczesniak. Elle allie la double dimension du spectacle en proposant d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un espace priv\u00e9 \u00e9pur\u00e9, une esquisse d\u2019appartement, et de l\u2019autre un espace fantasmatique, l\u2019espace du d\u00e9sir et du corps \u00e9panoui, un bowling qui renvoie \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence textuelle explicite : la passion de Kowalski pour le jeu de boulles. A cela s\u2019ajoute l\u2019\u00e9cran des projections vid\u00e9o de Denis Gu\u00e9guin qui suivent, de pr\u00e8s, le visage \u00e0 l\u2019abandon ou le corps menac\u00e9 de Blanche\/Huppert, ses crises et ses d\u00e9routes insupportables. Les images disent ce que les mots taisent. La tension sc\u00e9nographique de cet espace complexe est le socle sur lequel se construit le spectacle : ils s\u2019entraident avec une efficacit\u00e9 dramaturgique exemplaire. Dialogue parfait qui, comme toujours chez Walikowski\/ Szczesniak, s\u2019accomplit sur l\u2019horizontalit\u00e9. L\u2019horizontalit\u00e9 d\u00e9pourvue de toute autre chance en dehors de ses limites, de ce champ de bataille, de ces d\u00e9chirements qui ne finissent jamais par lever les yeux vers des ciels sauveurs. La verticalit\u00e9 est interdite. Nous nous trouvons ici, bourreaux et victimes ensemble, c\u2019est entre nous que tout doit se r\u00e9gler. C\u2019est de cet appel \u00e0 la lucidit\u00e9 la\u00efque que Warlikowski ne se dissocie jamais. Et, en lui, je me reconnais. A un hors \u2013 sc\u00e8ne divin je m\u2019interdis de penser tant que je suis dans le champ social. Il n\u2019y a pas de place pour Dieu. Il ne me concerne qu\u2019en tant qu\u2019\u00eatre priv\u00e9. Et le th\u00e9\u00e2tre parce qu\u2019il sera \u00e0 jamais un espace public ne peut \u00eatre que r\u00e9fractaire \u00e0 la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s tant de mots, de pleurs, de chants, comment oublier ce mur couvert de mots, cet espoir projet\u00e9 sur l\u2019\u00e9criture? Warlikowski ne s\u2019inspire-t-il pas ici de la civilisation h\u00e9bra\u00efque et sa confiance dans le livre? Ce spectacle ne cesse pas de nous renvoyer \u00e0 nous \u2013 m\u00eames, \u00e0 d\u2019autres, au-del\u00e0 de la Nouvelle Orl\u00e9ans de Tennessee Williams. Spectacle europ\u00e9en de la m\u00e9moire et du d\u00e9chirement, de la n\u00e9vrose glac\u00e9e et de l\u2019\u00e9l\u00e9gie inachev\u00e9e.<\/p>\n<p>A propos de ce spectacle on a parl\u00e9 de \u00ab crise \u00bb de Warlikowski. Et l\u2019acception accord\u00e9e fut celle de l\u2019impasse, du repli sur soi, de l\u2019absence d\u2019innovation. Warlikowski en fut \u00e9branl\u00e9. Il avait tort, mais je ne suis pas parvenu \u00e0 le lui faire entendre. Car il y a \u00ab crise \u00bb, j\u2019ose l\u2019affirmer, mais crise de croissance. Quel sens accorder \u00e0 ce diagnostic? Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9passement du statut de metteur en sc\u00e8ne qui fut le sien jusqu\u2019ici, d\u2019un besoin d\u2019affirmation encore plus explicite de soi, d\u2019une ascension au statut d\u2019 \u00ab auteur \u00bb \u00e0 part enti\u00e8re. Est-ce que Grotowski n\u2019a-t-il pas \u00e9prouv\u00e9 le m\u00eame sentiment apr\u00e8s <i>Apocalypsis cum figuris<\/i> o\u00f9 il appliqua cette \u00ab esth\u00e9tique de l\u2019archipel \u00bb qui l\u2019a conduit a conjuguer la Bible, Dosto\u00efevski et Simone Veil ? Terminus d\u2019un parcours\u2026Kantor, autrement, il se confronta au m\u00eame \u00e9cueil apr\u00e8s les <i>Mignons et les guenons. <\/i>Brook, \u00e0 peine de quelques ann\u00e9es plus jeune que Warlikowski, quitta le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 quarante ans pour s\u2019interroger sur la meilleure mani\u00e8re de continuer. Et tous, diff\u00e9remment certes, mais en m\u00eame temps r\u00e9unis par la m\u00eame angoisse, se r\u00e9clame de Dante qui \u00e0 la mi &#8211; vie s\u2019interroge comment avancer dans la \u00ab selva oscura \u00bb. Grotowski s\u2019est \u00e9loign\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, Kantor a d\u00e9couvert <i>la Classe morte<\/i> et la forme appropri\u00e9e pour un discours autobiographique, Brook a invent\u00e9 ce lieu magique de l\u2019entre-deux vie \/th\u00e9\u00e2tre que sont les Bouffes du Nord. Voil\u00e0 le sens de \u00ab la crise \u00bb! Warlikowski trouvera-t-il la r\u00e9ponse pour r\u00e9pondre \u00e0 la croissance qui est la sienne? Ce qu\u2019(<i>A)pollonia<\/i>annon\u00e7ait, le <i>Tramway<\/i> le confirme. Son horizon d\u2019attente a chang\u00e9. Il faut choisir entre se retirer comme Grotowski ou inventer une forme comme Kantor. Car d\u00e9sormais il est plus qu\u2019un metteur en sc\u00e8ne. Voil\u00e0 son d\u00e9fi actuel !<br \/>\n<i>Streben<\/i>\u2026c\u2019est un mot faustien cher \u00e0 Strehler et Gr\u00fcber. Aller vers\u2026Grotowski s\u2019est dirig\u00e9 \u00ab vers \u00bb le th\u00e9\u00e2tre pauvre, Brook \u00ab vers \u00bb le th\u00e9\u00e2tre premier, Kantor \u00ab vers \u00bb le th\u00e9\u00e2tre de la mort, Wilson \u00ab vers \u00bb l\u2019ombre. Warlikowski est en route, plus que jamais <i>vers<\/i>\u2026<i>Streben<\/i>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-210\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1014254786-150x150.png\" alt=\"1014254786\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <b>Georges Banu<\/b> est Pr\u00e9sident d\u2019honneur de l\u2019AICT, Professeur \u00e0 la Sorbonne (Paris III), essayiste et critique de th\u00e9\u00e2tre. Il a sign\u00e9 un grand nombre d\u2019ouvrages consacr\u00e9 surtout au th\u00e9\u00e2tre du XX\u00e8me si\u00e8cle et aux relations entre le th\u00e9\u00e2tre et la peinture. Parmi d\u2019autres, on peut nommer les livres <i>Le rouge et or. Le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019italienne<\/i> (1989), <i>Peter Brook : De Timon d\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 La temp\u00eate<\/i> (1991), <i>Exercices d\u2019accompagnement : D\u2019Antoine Vitez \u00e0 Sarah Bernardt<\/i> (2002), <i>La sc\u00e8ne surveill\u00e9e<\/i> (2006). Il a assur\u00e9 la direction des num\u00e9ros sp\u00e9ciaux de la revue <i>Alternatives Th\u00e9\u00e2trales<\/i> (<i>Les r\u00e9p\u00e9titions, D\u00e9buter, Les penseurs de l\u2019enseignement<\/i>). Sur les relations entre le th\u00e9\u00e2tre et la peinture, dans les \u00e9ditions d\u2019Adam Bir\u00f6, il a publi\u00e9 : <i>Le rideau ou la f\u00ealure du monde<\/i> (1997), <i>L\u2019homme de dos<\/i> (2000), <i>Nocturnes : Peindre le nuit, jour dans le noir<\/i> (2005).<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2009 Georges Banu<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Banu[1] Un Tramway (2010, d\u2019apr\u00e8s A Streetcar Named Desire, de Tennessee Williams); Version fran\u00e7aise: Wajdi Mouawad;Adaptation: Krzysztof Warlikowski; Dramaturge: Piotr Gruszczynski; D\u00e9cor &amp; costumes : Malgorzata Szczesniak;Lumi\u00e8re : Felice Ross\u00a0Musique : Pawel Mykietyn; Acteurs: Isabelle Huppert, Andrzej Chyra, Florence<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":210,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-287","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre-reviews","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2016\/02\/1014254786.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7eLHg-4D","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=287"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":715,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287\/revisions\/715"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/media\/210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}