{"id":24,"date":"2019-04-14T16:35:31","date_gmt":"2019-04-14T16:35:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/?p=24"},"modified":"2023-03-19T09:54:50","modified_gmt":"2023-03-19T09:54:50","slug":"le-festival-independant-des-arts-du-spectacle-un-espace-pour-la-nouvelle-collectivite-theatrale-du-kazakhstan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/le-festival-independant-des-arts-du-spectacle-un-espace-pour-la-nouvelle-collectivite-theatrale-du-kazakhstan\/","title":{"rendered":"Le Festival ind\u00e9pendant des arts du spectacle:  Un espace pour la nouvelle collectivit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale du Kazakhstan"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Irina Antonova<\/strong><a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>&nbsp;: Lorsque le Kazakhstan a obtenu son ind\u00e9pendance en 1991, le th\u00e9\u00e2tre devient un champ de conflits organisationnels, artistiques et id\u00e9ologiques. Le pouvoir politique continue \u00e0 suivre le syst\u00e8me sovi\u00e9tique de gestion de la culture, y compris pour le th\u00e9\u00e2tre. Dans les conditions concr\u00e8tes d\u2019existence de la collectivit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre alternatif, l\u2019id\u00e9e d\u2019organiser un festival international de th\u00e9\u00e2tre est apparue dans la capitale culturelle du Kazakhstan, Almaty, en 2013. Cet \u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre par des gestionnaires de th\u00e9\u00e2tre jeunes et ambitieux, qui, malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019allocations de l\u2019\u00c9tat, r\u00e9unissent tous ceux qui \u00e9taient oppos\u00e9s aux institutions \u00ab&nbsp;officielles&nbsp;\u00bb de la culture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : th\u00e9\u00e2tre du Kazakhstan, communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale, festival international des arts visuels, th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis sept d\u00e9cennies,\nle th\u00e9\u00e2tre professionnel au Kazakhstan a fait partie int\u00e9grante de l\u2019espace\nth\u00e9\u00e2tral sovi\u00e9tique et de son syst\u00e8me id\u00e9ologique. Quand les processus de\nstagnation se renfor\u00e7aient dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique, le\nth\u00e9\u00e2tre du Kazakhstan repr\u00e9sentait de plus en plus, volontairement et involontairement,\ndes traits de la soci\u00e9t\u00e9 de crise. Il convient de souligner que nous ne parlons\npas seulement du th\u00e9\u00e2tre kazakhophone, mais aussi des autres th\u00e9\u00e2tres nationaux\nqui ont fonctionn\u00e9 sur le territoire du Kazakhstan sovi\u00e9tique (les th\u00e9\u00e2tres du Kazakhstan\nont jou\u00e9 et jouent jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent en six langues&nbsp;: kazakh, russe,\nou\u00efgour, cor\u00e9en, ouzbek et allemand). La pression id\u00e9ologique sur les\ncollectifs th\u00e9\u00e2traux du c\u00f4t\u00e9 de la machine d\u2019\u00c9tat, la position humiliante du\nth\u00e9\u00e2tre en qualit\u00e9 de vecteur ob\u00e9issant d\u2019id\u00e9es du \u00ab&nbsp;r\u00e9alisme\nsocialiste&nbsp;\u00bb, qui \u00e9tait la seule m\u00e9thode artistique permise, ainsi que le\nd\u00e9crochage croissant de la majorit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres sovi\u00e9tiques de province du\nprocessus th\u00e9\u00e2tral mondial ont rapidement rel\u00e9gu\u00e9 les th\u00e9\u00e2tres du Kazakhstan aux\nlimites du monde du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"apres-1989\"><strong>Apr\u00e8s\n1989<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suivant l\u2019effondrement\nde l\u2019URSS, le th\u00e9\u00e2tre du Kazakhstan est devenu un champ de conflits\nid\u00e9ologiques, artistiques, organisationnels. Pendant un quart de si\u00e8cle\nd\u2019ind\u00e9pendance, le pouvoir politique a conserv\u00e9 non seulement le syst\u00e8me\nsovi\u00e9tique de gestion publique en mati\u00e8re de culture, notamment th\u00e9\u00e2trale, mais\na continu\u00e9 \u00e0 s\u2019opposer aux manifestations de tendances non traditionnelles du\nth\u00e9\u00e2tre national, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019existence de quelques compagnies de th\u00e9\u00e2tre\nind\u00e9pendantes. La machine bureaucratique de gestion culturelle, se consid\u00e9rant\n\u00e0 juste titre comme une partie importante du travail id\u00e9ologique d\u2019\u00e9ducation\npatriotique, mise sur le soutien et la promotion de professionnels\n\u00ab&nbsp;solides&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans de telles\ncirconstances, semble-t-il, il est temps de faire revivre le c\u00e9l\u00e8bre <em>underground<\/em> comme forme la plus probable\nd\u2019une collectivit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale contestataire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique, l\u2019<em>underground<\/em> culturel (surtout musical et\nartistique) avait, de fa\u00e7on perceptible, beaucoup influenc\u00e9 le contenu de la\nculture sovi\u00e9tique dans son ensemble. Cependant, cela n\u2019existe pas au\nKazakhstan aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re raison est\nl\u2019absence r\u00e9elle d\u2019<em>underground<\/em> th\u00e9\u00e2tral\nsur le territoire du Kazakhstan pendant la p\u00e9riode sovi\u00e9tique. Il convient de\nnoter que dans les ann\u00e9es 1960 \u00e0 1970, la R\u00e9publique poss\u00e9dait un <em>underground<\/em> artistique tr\u00e8s int\u00e9ressant\net original, dont les id\u00e9es permettent m\u00eame aujourd\u2019hui aux artistes du\nKazakhstan de se positionner activement sur le march\u00e9 international de l\u2019art.\nPourquoi ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a-t-il pas surgi et ne s\u2019est-il pas d\u00e9velopp\u00e9 dans la\nsph\u00e8re th\u00e9\u00e2trale&nbsp;? De toute \u00e9vidence, parce que le th\u00e9\u00e2tre a toujours \u00e9t\u00e9\nun domaine trop lourd et peu maniable, et avait une structure interne complexe\nde subordination, en reproduisant totalement le syst\u00e8me bureaucratique de la\nsoci\u00e9t\u00e9. L\u2019artiste (le peintre, le sculpteur) pouvait cr\u00e9er seul, en dehors du\ncadre de toute institution culturelle&nbsp;; le com\u00e9dien, jamais. Dans le\nsyst\u00e8me culturel sovi\u00e9tique, il ne pouvait que faire partie d\u2019un ensemble,\nsinon d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, d\u2019une autre organisation th\u00e9\u00e2trale ou musical.Il ne pouvait\npas organiser ses activit\u00e9s de sa propre initiative. Cette situation a conduit\nau d\u00e9veloppement de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de com\u00e9diens et de metteurs en sc\u00e8ne\nqui \u00e9taient convaincus que le champ professionnel est s\u00e9par\u00e9 du non\nprofessionnel par un mur infranchissable constitu\u00e9 de dipl\u00f4mes d\u2019\u00e9tudes re\u00e7us\net de l\u2019affiliation indispensable de l\u2019acteur \u00e0 une quelconque institution de\nth\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00c9tat. Dans ce syst\u00e8me, le spectateur jouait un r\u00f4le de contemplateur\nd\u2019un objet d\u2019influence id\u00e9ologique et esth\u00e9tique. Les peintres et les\nsculpteurs, avec leur pratique de co-cr\u00e9ation, d\u2019exposition et de communication,\n\u00e9taient beaucoup plus disponibles dans le cadre d\u2019un appartement priv\u00e9, d\u2019un\ngrenier, d\u2019une cave ou d\u2019autres locaux similaires. Le th\u00e9\u00e2tre a toujours \u00e9t\u00e9\nper\u00e7u comme un temple, c\u2019est-\u00e0-dire un bel endroit, mais pas \u00ab&nbsp;le\nsien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-zone-de-liberte\"><strong>Une\nzone de libert\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 ceux\nqui aimaient le th\u00e9\u00e2tre, les amateurs sovi\u00e9tiques d\u2019art et de musique rock ont\neu l\u2019occasion de \u00ab&nbsp;respirer librement&nbsp;\u00bb chez quelqu\u2019un dans le\n\u00ab&nbsp;kvartirnik&nbsp;\u00bb artistique ou musical (il s\u2019agit d\u2019un concert ill\u00e9gal\nou d\u2019une exposition dans l\u2019appartement d\u2019un particulier). La communaut\u00e9 des\nspectateurs&nbsp;de th\u00e9\u00e2tre (qui existe encore aujourd\u2019hui) faisait partie de\nl\u2019intelligentsia sovi\u00e9tique, des gens cultiv\u00e9s et instruits, qui ont jou\u00e9 le\nr\u00f4le d\u2019experts en th\u00e9\u00e2tre, assidus \u00e0 toutes les premi\u00e8res. Plus ces experts\nvieillissaient, plus leurs \u00e9valuations et leurs attentes \u00e9taient\nr\u00e9trospectives. Apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique et de l\u2019id\u00e9ologie\nartistique d\u00e9pass\u00e9e, les th\u00e9\u00e2tres d\u2019\u00c9tat ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019agiter pour conserver\nleurs anciens admirateurs (plus exactement, leurs amateurs vieillissants), et\nattirer l\u2019attention des jeunes. Cependant, dans les conditions de surabondance\nd\u2019information, il n\u2019\u00e9tait pas facile de le faire. Certaines mises en sc\u00e8ne de\ncompromis qui ont \u00e9t\u00e9 faites sur le principe \u00ab&nbsp;comme cela se fait\naujourd\u2019hui en Occident&nbsp;\u00bb (\u00e0 savoir, des \u0153uvres classiques en costume\nmoderne, un p\u00eale-m\u00eale de constructions incompr\u00e9hensibles sur la sc\u00e8ne, une\nmusique tonitruante, une parole indistincte et des mouvements hyst\u00e9riques des\ncom\u00e9diens), ont mis en col\u00e8re certains et en ont amus\u00e9 d\u2019autres. La critique\nth\u00e9\u00e2trale \u00e9tait alors silencieuse. Les jeunes critiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure\nde parler publiquement, d\u2019ailleurs, ils n\u2019y \u00e9taient pas habitu\u00e9s par le syst\u00e8me\nde l\u2019enseignement professionnel dans son ensemble. Ceux \u00e0 qui cela \u00e9tait permis\nont fait une pause, sachant que les outils th\u00e9\u00e2trologiques qu\u2019ils ont acquis il\ny a trente ou quarante ans sont absolument d\u00e9pass\u00e9s et ne peuvent plus \u00eatre\napplicables \u00e0 l\u2019analyse du th\u00e9\u00e2tre contemporain. Ils n\u2019ont pas d\u2019autres moyens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les th\u00e9\u00e2tres\nprofessionnels \u00e9taient de nouveau livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames dans leur recherche\nincoh\u00e9rente. Apr\u00e8s leur agitation, ils ont pris la d\u00e9cision raisonnable de ne\npas bouleverser par leurs exp\u00e9riences la machine d\u2019\u00c9tat de la gestion\nculturelle qui les avait s\u00e9rieusement soutenus dans leurs p\u00e9riodes difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9but du si\u00e8cle actuel\nn\u2019a rien apport\u00e9 de fondamentalement nouveau, mais une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration\n\u00e9mergeait progressivement, sentant une faim culturelle et spirituelle aigu\u00eb. La\ndeuxi\u00e8me d\u00e9cennie du xxi<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle\na soudainement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence auparavant cach\u00e9e d\u2019une grappe enti\u00e8re de\ncompagnies th\u00e9\u00e2trales ind\u00e9pendantes qui, de temps en temps, ont pr\u00e9sent\u00e9 leurs spectacles,\nfondamentalement diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils avaient appris (si tant est qu\u2019on les\nenseign\u00e2t) dans la seule \u00e9cole de th\u00e9\u00e2tre du pays. Presque toutes ces\ncollectivit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales se sont retrouv\u00e9es \u00e0 Almaty, dans la capitale\nculturelle du Kazakhstan.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"naissance-d-un-festival\"><strong>Naissance\nd\u2019un festival<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2012, \u00e0\nl\u2019initiative de la fondation culturelle priv\u00e9e \u00ab&nbsp;Ya.N.O.T.&nbsp;\u00bb et de sa\njeune directrice Olga Soultanova, une enqu\u00eate sur les attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du\nth\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e parmi les jeunes de la ville d\u2019Almaty \u00e2g\u00e9s de seize \u00e0\nvingt-cinq ans. Les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate, pr\u00e9visibles, ont \u00e9t\u00e9\nd\u00e9cevants&nbsp;: 80&nbsp;% des repr\u00e9sentants de la jeunesse d\u2019Almaty n\u2019ont pas\nmentionn\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre dans leurs pr\u00e9f\u00e9rences culturelles et de divertissement,\net ce fait a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moteurs d\u2019une initiative culturelle priv\u00e9e unique, \u00e0\nsavoir la tenue \u00e0 Almaty du premier festival des th\u00e9\u00e2tres de la jeunesse de la\nville, \u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb. La pr\u00e9sence dans la plus grande ville du pays\n(la population d\u2019Almaty est de plus d\u2019un million et demi d\u2019habitants) d\u2019un si\ngrand nombre de th\u00e9\u00e2tres d\u2019apr\u00e8s les standards du Kazakhstan (au total en 2012,\nvingt-deux groupes de th\u00e9\u00e2tre urbains ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s&nbsp;: neuf publics et\ntreize priv\u00e9s) a stup\u00e9fi\u00e9, de toute \u00e9vidence, non seulement les initiateurs du\nfestival, mais aussi les chefs du d\u00e9partement de la culture de la ville,\ndevenant pour eux une v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation. Le r\u00e9sultat de cette r\u00e9v\u00e9lation\ng\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 un soutien mat\u00e9riel tout \u00e0 fait tangible du premier festival, en\n2013, par le <em>akimat<\/em> (la mairie) de la\nville et son administration de la culture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2014, le festival\nR\u00e9v\u00e9lation a tent\u00e9 encore une fois d\u2019attirer l\u2019attention du d\u00e9partement de la\nculture&nbsp;: un repr\u00e9sentant du d\u00e9partement a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident du jury\ninternational. Cependant, apr\u00e8s cela, le flirt&nbsp;momentan\u00e9 des organisateurs\navec les structures culturelles autoritaires de la ville a pris fin. Les\nfonctionnaires \u00ab&nbsp;culturels&nbsp;\u00bb ont fait le point tr\u00e8s rapidement sur la\nsituation, et ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 agir d\u00e9sormais en stricte conformit\u00e9 avec leurs\npositions et les attitudes du minist\u00e8re de la Culture, c\u2019est-\u00e0-dire, sans\nrefuser directement, mais en retardant la d\u00e9cision sur la question jusqu\u2019au\nmoment o\u00f9 elle ne serait plus d\u2019actualit\u00e9. Par cons\u00e9quent, les organisateurs en\n\u00e9taient r\u00e9duits \u00e0 faire les trois festivals suivants sans aucune aide,\nfinanci\u00e8re ou autre, des structures officielles, en se fondant uniquement sur\ndes liens personnels et le parrainage, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile \u00e0 obtenir. Les\nsponsors potentiels au Kazakhstan pr\u00e9f\u00e8rent soutenir des actions plus\ncompr\u00e9hensibles par leur produit final et moins illusoires par leurs objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le festival a \u00e9t\u00e9\ncon\u00e7u dans le but de former dans la ville d\u2019Almaty (et puis, peut-\u00eatre, dans le\npays) une nouvelle \u00ab&nbsp;communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale&nbsp;\u00bb, en combinant les\namateurs de th\u00e9\u00e2tre d\u2019Almaty de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, ainsi qu\u2019en\nencourageant les m\u00e9dias \u00e0 regarder le th\u00e9\u00e2tre sous un angle diff\u00e9rent. Pour\natteindre cet objectif, on a approch\u00e9, pour participer au premier festival,\nsurtout des compagnies de jeunes ind\u00e9pendantes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"363\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/1.-Gabbassovs.jpg?resize=550%2C363&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/1.-Gabbassovs.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/1.-Gabbassovs.jpg?resize=300%2C198&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Th\u00e9\u00e2tre de danse des s\u0153urs Gabbassovs.<em>Sans paroles<\/em>. Photo : Marina Konstantinova<br><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\npremier festival a offert un petit programme de dix spectacles (dont deux ont\n\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s par le th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00c9tat) et a rencontr\u00e9 le succ\u00e8s. L\u2019affiche du\nfestival a frapp\u00e9 par les noms de dramaturges importants&nbsp;: Anton Tchekhov,\nAndre\u00ef Platonov, Franz Kafka, Sophocle, Bertolt Brecht\u2026 Cela a suscit\u00e9 un vif\nint\u00e9r\u00eat du public qui s\u2019habituait progressivement, au fil de plusieurs ann\u00e9es,\n\u00e0 des performances commerciales, et pour qui la mise en sc\u00e8ne cr\u00e9ative ou les\njeux brillants des acteurs sont rest\u00e9s dans un pass\u00e9 lointain. Cependant, le\nniveau des spectacles du premier festival \u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment bas. Les membres\ndu groupe de th\u00e9\u00e2tre officiel \u2013&nbsp;du th\u00e9\u00e2tre kazakh Aou\u00e9zov et du th\u00e9\u00e2tre de\nmarionnettes&nbsp;\u2013 se sont d\u00e9marqu\u00e9sdans l\u2019ensemble par leurs techniques\nprofessionnelles et leurs poncifs travaill\u00e9s, sans que cela soit consid\u00e9r\u00e9\ncomme une r\u00e9v\u00e9lation. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"366\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/2.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Etat.jpg?resize=550%2C366&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-26\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/2.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Etat.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/2.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Etat.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Etat des marionnettes (Kazakhstan). <em>C\u0153ur de la M\u00e8re<\/em>d\u2019E. Ionov. <br>Photo : Diana Balayan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce\nqui concerne les compagnies ind\u00e9pendantes, les spectacles de la plupart d\u2019entre\nelles s\u2019apparentaient \u00e0 un club de th\u00e9\u00e2tre amateur, ou \u00e0 des repr\u00e9sentations\nd\u2019\u00e9tudiants. Elles ont essay\u00e9 de masquer l\u2019incomp\u00e9tence et le mauvais go\u00fbt par\nl\u2019effronterie et l\u2019impertinence. Le festival qui venait de na\u00eetre se trouvait\nclairement dans une impasse&nbsp;: les professionnels, ayant furet\u00e9 avec\nplaisir dans la direction des \u00ab&nbsp;amateurs&nbsp;\u00bb, ont m\u00e9pris\u00e9 ouvertement\nune telle \u00ab&nbsp;union corporative&nbsp;\u00bb. Les \u00ab&nbsp;ind\u00e9pendants&nbsp;\u00bb se\nconvainquaient de l\u2019incapacit\u00e9 fondamentale des \u00ab&nbsp;d\u00e9pendants&nbsp;\u00bb \u00e0\npercevoir les formes th\u00e9\u00e2trales contemporaines. La critique m\u00e9ditait,\ncomprenant ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, mais pour toute conclusion, les raisons\n\u00e9taient encore absentes. Le public n\u2019avait qu\u2019\u00e0 attendre ce qui allait se\npasser ensuite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"364\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/3.-Les-Visages.jpg?resize=550%2C364&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/3.-Les-Visages.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/3.-Les-Visages.jpg?resize=300%2C199&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Th\u00e9\u00e2tre exp\u00e9rimental des jeunes \u00ab Les Visages \u00bb (Kazakhstan). <em>Antigone<\/em> de Sophocle. Photo : Marina Konstantinova<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\ndeuxi\u00e8me festival \u2013&nbsp;et tous les suivants&nbsp;\u2013 a chang\u00e9 de format, en se\nproclamant festival international et ayant invit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres de la CEI<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\n\u00e0 participer, notamment ceux de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique. L\u2019Ukraine,\nl\u2019Ouzb\u00e9kistan, l\u2019Arm\u00e9nie et la Russie ont r\u00e9pondu. On a invit\u00e9, de Russie, le\nc\u00e9l\u00e8bre Gogol-Centre de Moscou, avec <em>Neuf<\/em>\nde Val\u00e9ri Petche\u00efkin (mise en sc\u00e8ne Sergue\u00ef Vinogradov), et <em>La&nbsp;Vieille Maison<\/em>, de Novossibirsk\nqui a pr\u00e9sent\u00e9 <em>Peer Gynt, <\/em>un\nspectacle tr\u00e8s fort, de Henrik Ibsen (mise en sc\u00e8ne Antonio Latella, Italie).\nMais la bombe du festival a \u00e9t\u00e9 <em>La&nbsp;Pluie\nderri\u00e8re le mur <\/em>(th\u00e9\u00e2tre The Ilkhome, mise en sc\u00e8ne Vladimir Pankov),\nd\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce du musicien rock Youri Klavdiev.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" id=\"secouer-le-public\"><strong>Secouer le public<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De\ntoute \u00e9vidence, l\u2019invitation de The Ilkhome avait pour but de \u00ab&nbsp;faire\nexploser&nbsp;\u00bb la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale d\u2019Almaty etd\u2019initier le public au\nnouveau lexique th\u00e9\u00e2tral et verbal. Mais il y avait une circonstance\nint\u00e9ressante. Les organisateurs du festival ont sous-estim\u00e9 la connaissance\nd\u2019un amateur lambda de th\u00e9\u00e2tre. En supposant que la repr\u00e9sentation ne serait\npas accept\u00e9e par le public \u00ab&nbsp;traditionnel&nbsp;\u00bb, les organisateurs ne\nsemblaient pas s\u2019attendre \u00e0 ce que ces spectateurs prennent eux-m\u00eames le r\u00f4le\ndes \u00ab&nbsp;traditionnels&nbsp;\u00bb. La majorit\u00e9 du public, y compris les com\u00e9diens\net les metteurs en sc\u00e8ne des th\u00e9\u00e2tres d\u2019Almaty, a compris <em>La&nbsp;Pluie derri\u00e8re le mur<\/em> comme un hommage aux ann\u00e9es\nquatre-vingt-dix avec leur esth\u00e9tique de la cruaut\u00e9, de la salet\u00e9, de la\nviolence, des jurons vulgaires et des policiers stupides et sans scrupules. Le\nspectacle semblait ouvertement d\u00e9pass\u00e9 dans sa forme ainsi que dans ses id\u00e9es \u00e0\ninterpr\u00e9ter. Tout cela \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans le pass\u00e9. Les organisateurs \u00e9taient pris\n\u00e0 leur propre pi\u00e8ge&nbsp;: n\u2019\u00e9tant pas professionnels du th\u00e9\u00e2tre, ils donnaient\nleur propre r\u00e9v\u00e9lation th\u00e9\u00e2trale comme le dernier mot dans le monde du th\u00e9\u00e2tre.\nLes d\u00e9clarations nerveuses des proches aux critiques des milieux th\u00e9\u00e2traux du\nfestival au sujet de l\u2019\u00ab&nbsp;indisponibilit\u00e9&nbsp;\u00bb des citoyens d\u2019Almaty pour\ncomprendre et appr\u00e9cier ce mat\u00e9riel sc\u00e9nique complexe avaient \u00e9t\u00e9 prises\nironiquement, et pas plus, par les gens qui ont vu le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le\npremier festival a seulement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des soup\u00e7ons quant \u00e0 la constitution\nillusoire d\u2019une communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale dans la ville, le second a mis fin \u00e0 cette\nquestion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s\nla r\u00e9action vague sur The Ilkhome, le festival avait \u00e9videmment besoin d\u2019une\nposition plus active de la critique th\u00e9\u00e2trale avec laquelle il coop\u00e9rait. En\noutre, le soutien d\u2019information \u00e9tait n\u00e9cessaire aux th\u00e9\u00e2tres kazakhstanais,\ndont le public \u00e9tait constitu\u00e9 en grande partie de \u00ab&nbsp;siens&nbsp;\u00bb. Le\nniveau du \u00ab&nbsp;<em>showcase <\/em>kazakhstanais&nbsp;\u00bb\nrestait faible. Le probl\u00e8me d\u2019amener au festival des th\u00e9\u00e2tres kazakhophones (au\ndeuxi\u00e8me festival il y avait un seul th\u00e9\u00e2tre des jeunes kazakhophone, d\u2019Astana)\nse r\u00e9soudrait \u00e0 peine. Cette question \u00e9tait fondamentale. Sa r\u00e9solution\npourrait changer l\u2019attitude non seulement des autorit\u00e9s, mais aussi de la\njeunesse kazakhophone pour le festival. Il \u00e9tait \u00e9vident qu\u2019une partie du\npublic potentiel du festival manquait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En\n2014, le festival a radicalement chang\u00e9 son concept, cessant d\u2019\u00eatre comp\u00e9titif.\nDe plus, son programme a comport\u00e9 non seulement des repr\u00e9sentations, mais aussi\nune partie d\u2019\u00e9ducation comprenant des conf\u00e9rences d\u2019observateurs invit\u00e9s, des\nmaster-classes d\u2019experts \u00e9trangers, des projets collaboratifs, y compris\nsociaux. Ce programme a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u principalement pour le public \u00e9tudiant\n(aujourd\u2019hui, principalement kazakhophone) et les jeunes acteurs, metteurs en\nsc\u00e8ne et gestionnaires de th\u00e9\u00e2tre. N\u00e9anmoins, le programme \u00e9ducatif a aussi\nsuscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des sp\u00e9cialistes de th\u00e9\u00e2tre exp\u00e9riment\u00e9s ayant besoin d\u2019unecommunication\nprofessionnelle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"363\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/4.-Eug%C3%A8ne-On%C3%A9guine.jpg?resize=550%2C363&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-28\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/4.-Eug%C3%A8ne-On%C3%A9guine.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/4.-Eug%C3%A8ne-On%C3%A9guine.jpg?resize=300%2C198&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Th\u00e9\u00e2tre acad\u00e9mique russe d\u2019Astana (Kazakhstan). <em>Eug\u00e8ne On\u00e9guine<\/em> d\u2019Alexandre Pouchkine.  Photo :  DianaBalayan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis\n2016, le programme du festival, d\u00e9sormais connu sous le nom de \u00ab&nbsp;Festival\ndes arts du spectacle vivant&nbsp;\u00bb, a ainsi ouvert la voie \u00e0 des solutions\nexp\u00e9rimentales ult\u00e9rieures, et a \u00e9t\u00e9 enrichi par des spectacles de th\u00e9\u00e2tres\n\u00e9trangers&nbsp;: d\u2019abord, Gecko Theatre Company du Royaume-Uni a pr\u00e9sent\u00e9 le \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre\nphysique&nbsp;\u00bb inconnu au Kazakhstan. En 2018, unecompagnie th\u00e9\u00e2trale\nfran\u00e7aise ind\u00e9pendante <em>Les Platonnes <\/em>compos\u00e9e\nde six actrices a rendu perplexe le spectateur par un spectacle\nincompr\u00e9hensible, mais gracieux \u00e0 la fran\u00e7aise,<em> La&nbsp;Banquette<\/em>, avec un accent \u00ab&nbsp;gender&nbsp;\u00bb, effrayant\npour les Kazakhstanais, et une consommation de vin fran\u00e7ais pour les\nspectatrices (mais pas pourles spectateurs&nbsp;!). <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"364\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/5.-Les-Platonnes.jpg?resize=550%2C364&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-29\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/5.-Les-Platonnes.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/5.-Les-Platonnes.jpg?resize=300%2C199&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les hommes-spectateurs lors de la performance <em>Les Platonnes. La Banquette<\/em> (France). Photo : Marina Konstantinova<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La\nm\u00eame ann\u00e9e, le r\u00e9alisateur allemand Tilman Hecker \u00ab&nbsp;a enfin cass\u00e9 le\ncerveau en pi\u00e8ces et a tress\u00e9 les gyrus&nbsp;\u00bb (expression du po\u00e8te russe\nVladimir Vyssotski) par son projet d\u2019auteur, <em>Midnight<\/em>, en convainquant le public du retard de sa pens\u00e9e\nth\u00e9\u00e2trale. La mise \u00e0 nu publique du transgenre Kit Redstone, du Royaume-Uni, a\npassionn\u00e9 tout le public par le jeu dynamique et la verve des Anglais dans <em>Testosterone<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"365\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/6.-Tilman-Hecker.jpg?resize=550%2C365&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-30\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/6.-Tilman-Hecker.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/6.-Tilman-Hecker.jpg?resize=300%2C199&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tilman Hecker (Allemagne). <em>Midnight<\/em>. Photo : Marina Konstantinova<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis\n2017, les interactions de th\u00e9\u00e2tre inclusif du metteur en sc\u00e8ne et professeur de\nSaint-P\u00e9tersbourg Boris Pavlovitch ont rejoint le programme du festival. Et en\n2018, le festival a inclus des projets de collaboration kazakhstanais-croates\net kazakhstanais-finlandais&nbsp;: la lecture de la pi\u00e8ce <em>Mon Petit Lapin<\/em> du dramaturge finlandais Saara Mikkonen par les\ncom\u00e9diens kazakhstanais et le laboratoire th\u00e9\u00e2tral \u00ab&nbsp;Th\u00e9\u00e2tre\n+&nbsp;Musique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"363\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/7.-Rhum-and-Clay.jpg?resize=550%2C363&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-31\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/7.-Rhum-and-Clay.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/7.-Rhum-and-Clay.jpg?resize=300%2C198&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Rhum and Clay Compagny (Royaume-Uni). <em>Testosterone<\/em> de Kit Redstone. <br>Photo : Diana Balayan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De\nplus, en 2018, le festival a fait une perc\u00e9e pour attirer la participation des\ncompagnies th\u00e9\u00e2trales kazakhophones et par cons\u00e9quent, des jeunes spectateurs\nkazakhophones. Les journalistes ont imm\u00e9diatement expliqu\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne par le\nfait que, pendant les ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance du Kazakhstan, la population\nautochtone du pays a augment\u00e9 significativement (de 23,8&nbsp;% en 1989 \u00e0\n59&nbsp;% en 2017)&nbsp;; par cons\u00e9quent, le nombre de jeunes cr\u00e9ateurs kazakhs\na augment\u00e9 et, malgr\u00e9 leur attachement aux st\u00e9r\u00e9otypes culturels traditionnels,\nces jeunes essaient aujourd\u2019hui de se montrer assez europ\u00e9anis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"601\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/8.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Azamat.jpg?resize=400%2C601&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-32\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/8.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Azamat.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/8.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Azamat.jpg?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Azamat Satybaldy \u00ab 28 \u00bb. <em>Woyzeck<\/em> de Georg B\u00fcchner.  Photo : Diana Balayan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0, il\nconvient de citer une seconde raison de l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019<em>underground<\/em> dans la vie th\u00e9\u00e2trale kazakhe&nbsp;: la politisation\naccentu\u00e9e des sujets, lep\u00e9dalage&nbsp; de la th\u00e9matique antisovi\u00e9tique,\n\u00ab&nbsp;antitotalitaire&nbsp;\u00bb (parfois antirusse),\n\u00ab&nbsp;antibureaucratique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;d\u2019anticorruption&nbsp;\u00bb des troupes\nind\u00e9pendantes du Kazakhstan sont en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s en accord avec l\u2019id\u00e9ologie\nofficielle en fonctionnant paradoxalement avec succ\u00e8s pour elle et en\nl\u2019illustrant. Prenons comme exemple le spectacle&nbsp;assez faible \u2013&nbsp;<em>86&nbsp;\u2013 <\/em>du laboratoire \u00ab&nbsp;Star\nDrama&nbsp;\u00bb, qui \u00e9tait consacr\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements dramatiques de\nd\u00e9cembre&nbsp;1986 \u00e0 Alma-Ata (action de la jeunesse kazakhe contre la\nnomination d\u2019un Russe, et non d\u2019un Kazakh, au poste de premier secr\u00e9taire du\nParti communiste du Kazakhstan). Dans ce spectacle, les petites r\u00e9pliques des\nacteurs \u00e9taient s\u00e9par\u00e9es par la langue&nbsp;: la jeunesse kazakhe luttant pour\nla libert\u00e9 parlait kazakh, les punisseurs du KGB<a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\nparlaient russe. Ceci est un exemple de la sp\u00e9culation politique flagrante avec\nune teinte de scandale pr\u00e9vu, provoquant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des r\u00e9actions polaires du\npublic.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"612\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/9.-Laboratoire-%C2%ABStar-Drama%C2%BB.jpg?resize=400%2C612&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-33\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/9.-Laboratoire-%C2%ABStar-Drama%C2%BB.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/9.-Laboratoire-%C2%ABStar-Drama%C2%BB.jpg?resize=196%2C300&amp;ssl=1 196w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Laboratoire \u00ab Star Drama \u00bb (Kazakhstan). <em>86<\/em>. Photo : Diana Balayan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les\nquatre premiers festivals n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vains pour les jeunes com\u00e9diens.\nPendant ce temps, ils ont appris les mots \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre physique&nbsp;\u00bb,\n\u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre plastique&nbsp;\u00bb, sans vraiment p\u00e9n\u00e9trer et sans comprendre, je\ncrois, ni le premier ni le second. Cependant, on a fait la conclusion\nremarquable de tout ce que l\u2019on avait vu&nbsp;: ces deux termes th\u00e9\u00e2traux sous-entendent\nclairement un minimum de texte, mais un maximum de mouvements schizophr\u00e8nes sur\nsc\u00e8ne. De plus, ces termes exigent que, tout au long de la repr\u00e9sentation,\nl\u2019espace sc\u00e9nique soit encombr\u00e9 de divers mat\u00e9riaux naturels et artificiels\ntels que du sable, de l\u2019eau, des barils, des cordes, etc. Et au milieu de tout\ncela, des com\u00e9diens humides, sales, aux pieds nus avec les cheveux emm\u00eal\u00e9s et\nles visages d\u00e9form\u00e9s d\u00e9peignent ce \u00ab&nbsp;monde fou, fou&nbsp;\u00bb\u2026 Sans avoir le\nsoutien de l\u2019\u00c9tat ni souvent celui de sponsors, mais inspir\u00e9es par l\u2019absence\nproclam\u00e9e et r\u00e9elle de la censure [<em>sic&nbsp;!<\/em>],\nles compagnies th\u00e9\u00e2trales ind\u00e9pendantes ont fait les quatre cents coups en\nrattrapant ce que le th\u00e9\u00e2tre mondial avait d\u00e9couvert avec succ\u00e8s et mis en\npratique depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je crois que le\nth\u00e9\u00e2tre actuel du Kazakhstan, comme un \u00e9tudiant, doit \u00e0 sa mani\u00e8re marcher dans\ncette voie et faire ses propres erreurs, et ses propres conclusions. Le vecteur\nde ces essais et de ces erreurs n\u2019est pas encore clair pour les artisans du\nprocessus th\u00e9\u00e2tral du Kazakhstan eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinq ans de la vie d\u2019un\nfestival, c\u2019est tr\u00e8s peu, et, bien s\u00fbr, insuffisant pour des conclusions et des\ng\u00e9n\u00e9ralisations s\u00e9rieuses, mais il a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un certain nombre de conflits\nqui donnent une id\u00e9e de la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale kazakhstanaise&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1.<\/strong> Le conflit entre l\u2019initiative culturelle priv\u00e9e et les autorit\u00e9s qui g\u00e8rent les processus culturels dans le pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2.<\/strong> Le conflit entre les compagnies th\u00e9\u00e2trales ind\u00e9pendantes et les th\u00e9\u00e2tres d\u2019\u00c9tat. La grande majorit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres d\u2019\u00c9tat ne pr\u00eatent aucun int\u00e9r\u00eat au festival. Donc, sur neuf th\u00e9\u00e2tres d\u2019\u00c9tat d\u2019Almaty, un ou deux y participent plus ou moins r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3.<\/strong> Le conflit au sein des compagnies th\u00e9\u00e2trales ind\u00e9pendantes. La communaut\u00e9 de ces th\u00e9\u00e2tres n\u2019est pas tr\u00e8s vaste et est \u00e9conomiquement faible, ce qui provoque une forte rotation du personnel au sein des compagnies elles-m\u00eames. Les com\u00e9diens et les metteurs en sc\u00e8ne voyagent d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019autre, mettant en \u0153uvre leurs propres projets ou s\u2019int\u00e9grant dans les projets de leurs concurrents, principalement sur la base des ressources mat\u00e9rielles. Insatisfaits de leur situation pr\u00e9caire, les jeunes com\u00e9diens tentent souvent de \u00ab g\u00e9rer \u00bb le processus, se pr\u00e9cipitant dans la mise en sc\u00e8ne sans prendre en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s de ce domaine th\u00e9\u00e2tral fondamentalement diff\u00e9rent. Tout cela conduit \u00e0 la stagnation des processus dans les compagnies, dont la cr\u00e9ation elle-m\u00eame semblait \u00eatre caus\u00e9e par une protestation contre le conservatisme des th\u00e9\u00e2tres acad\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, le probl\u00e8me d\u00e9passe les\nlimites de la profession. Il est \u00e9vident que de telles collectivit\u00e9s de jeunes\nind\u00e9pendantes r\u00e9solvent aussi, avec des moyens improvis\u00e9s, la question de la\nformation du public. La majorit\u00e9 de leur public est faitd\u2019amis et de parents\ndes com\u00e9diens. Peu \u00e0 peu, cependant, autour de ces collectivit\u00e9s d\u2019art\nsemi-professionnelles se r\u00e9unissent aussi les n\u00e9ophytes, le public \u00ab&nbsp;de\nl\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, prenant au s\u00e9rieux ce qui se passe sur la\n\u00ab&nbsp;nouvelle&nbsp;\u00bb sc\u00e8ne, incapables de distinguer l\u2019art de\nl\u2019interpr\u00e9tation subjective des com\u00e9diens peu instruits et sans talent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4.<\/strong> Le conflit entre le festival et le grand public. Dans la ville, il n\u2019y a pas de publicit\u00e9 ext\u00e9rieure en raison de son co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 pour les organisateurs. Toutes les informations sont diffus\u00e9es uniquement par les r\u00e9seaux sociaux sur Internet. Cependant, cette fa\u00e7on de diffuser l\u2019information s\u2019est discr\u00e9dit\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du festival. La majorit\u00e9 des citoyens (y compris ceux qui vonttraditionnellement auth\u00e9\u00e2tre) n\u2019ont pas conscience que la ville accueille un \u00e9v\u00e9nement international. Cela conduit au fait que chaque ann\u00e9e, le festival est suivi par les m\u00eames personnes (\u00ab les siens \u00bb) et, rarement, par d\u2019\u00e9ventuels spectateurs \u00e9gar\u00e9s \u00ab de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb. C\u2019est un volet de la question. L\u2019autre est que les spectateurs d\u2019Almaty \u2013 les abonn\u00e9s des th\u00e9\u00e2tres acad\u00e9miques \u2013 se m\u00e9fient de tout type de spectacles \u00ab de sous-sol \u00bb et fr\u00e9quententsans plaisir les th\u00e9\u00e2tres o\u00f9, au lieu de fauteuils au velours confortable, il y a des bancs et des coussins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le festival offre plus souvent au public de se sentir\ncomme faisant partie non seulement de la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale, mais de son aile\nla pluscontestataire. Cela inqui\u00e8te et effraie la partie r\u00e9trograde du public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5.<\/strong> Le conflit entre les organisateurs du festival et la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale existante. Sur la base de pr\u00e9f\u00e9rences personnelles, les organisateurs du festival donnent des badges d\u2019h\u00f4tes aux professionnels d\u2019\u00e9lite, y compris \u00ab les siens \u00bb, journalistes et th\u00e9\u00e2trologues \u00ab s\u00e9rieux \u00bb, en rendant l\u2019establishment th\u00e9\u00e2tral et, plus largement, culturel d\u2019Almaty impropre \u00e0 voir des spectaclesgratuitement. Cette pratique provoque une opposition au sein de la communaut\u00e9 culturelle urbaine, peu nombreuse et encore d\u00e9sunie. Les organisateurs tentent de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de la r\u00e9ussite commerciale du festival, sans changer la strat\u00e9gie de publicit\u00e9 et de communication, mais souvent aux frais des spectateurs et des professionnels. Pour ces derniers, ce festival est en effet une occasion rare, et souvent la seule, de voir des spectacles de \u00ab siens \u00bb ainsi que d\u2019\u00ab autres \u00bb qui repr\u00e9sentent quelque chose de diff\u00e9rent dans la vie quotidienne du th\u00e9\u00e2tre de province.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, ces conflits et d\u2019autres, comme les moteurs et\npropulseurs des processus culturels, provoquent apr\u00e8s tout la formation d\u2019une\nnouvelle collectivit\u00e9 du festival de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: ce sont les acteurs et les\nmetteurs en sc\u00e8ne des compagnies th\u00e9\u00e2trales ind\u00e9pendantes et&nbsp;leurs\namis-fans, jouant souvent le r\u00f4le de b\u00e9n\u00e9voles, un ou deux critiques blogueurs\nsur la question de la culture \u00e0 la mode dans des milieux restreints, deux ou\ntrois th\u00e9\u00e2trologues professionnels exp\u00e9riment\u00e9s, qui ont encore conserv\u00e9 uneclart\u00e9\ndans la perception et qui ont d\u00e9j\u00e0 une grande exp\u00e9rience du festival, les\njournalistes des publications commerciales et un petit nombre de spectateurs\nr\u00e9els pour lesquels chaque festival est con\u00e7u. Comme vous pouvez le voir, cette\n\u00ab&nbsp;nouvelle communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale&nbsp;\u00bb form\u00e9e par le festival rappelle\nencore \u00ab&nbsp;\u201cla party\u201d pour les siens&nbsp;\u00bb avec la participation des\ninvit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la question principale est diff\u00e9rente. Cinq\nfestivals internationaux \u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence de\ndeux communaut\u00e9sth\u00e9\u00e2trales oppos\u00e9es dans le th\u00e9\u00e2tre kazakhstanais, dont chacune\na maintenant son public et m\u00eame son corps de critiques de th\u00e9\u00e2tre. Au lieu de l\u2019association\ncorporative mythique de professionnels et de l\u2019attraction dans le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un\n\u00ab&nbsp;spectateur ordinaire&nbsp;\u00bb, le festival a clairement trac\u00e9 une ligne de\nd\u00e9marcation entre les deux conceptions du th\u00e9\u00e2tre comme une r\u00e9alit\u00e9 sociale et\nspirituelle, capable d\u2019influer sur la vie publique. L\u2019opposition de l\u2019art\n\u00ab&nbsp;officiel&nbsp;\u00bb n\u2019est pas devenue <em>underground<\/em>,\nmais une collectivit\u00e9 \u00e9mergente subculturelle devient un ph\u00e9nom\u00e8ne notable dans\nla soci\u00e9t\u00e9. Le paysage th\u00e9\u00e2tral du Kazakhstan a commenc\u00e9 \u00e0 se transformer sous\nnos yeux. Ce que sera le vecteur de ces changements, le temps nous le dira.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Note&nbsp;: Apr\u00e8s avoir r\u00e9dig\u00e9 lepr\u00e9sent article, nous avons \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que le festival n\u2019aurait pas lieu cette ann\u00e9e, faute de financement.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes de fin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end1\" href=\"#back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Communaut\u00e9 des \u00c9tats Ind\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a name=\"end2\" href=\"#back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Le Comit\u00e9 pour la S\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat.<a name=\"end\">&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/Antonova.jpg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" alignnone class=\"wp-image-35\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"end\" href=\"#back\">*<\/a><strong>Irina Antonova : <\/strong>PhD, critique de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendante (Kazakhstan), membre de l&#8217;AICT etde l\u2019UNIMA. A enseign\u00e9 l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre pendant quinze ans \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des sciences humaines de Saint-P\u00e9tersbourg. Coorganisatrice des Festivals internationaux des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes et membre du jury du festival des arts visuels <em>\u00ab&nbsp;Otkrov\u00e9ni\u00e9<\/em> \u00bb (Almaty, Kazakhstan), participante aux festivals de marionnettes d\u2019Ekaterinbourg, Omsk (Russie, 2016, 2017). Observatrice aux festivals de marionnettes de Binic (France),Bia\u0142ystok(Pologne). Auteure d\u2019articles sur l&#8217;histoire du th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et de rue&nbsp;kazakhstanais et fran\u00e7ais, et sur les diff\u00e9rentes formes de repr\u00e9sentations contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2019 Irina Antonova<br><em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png?w=750&#038;ssl=1\" alt=\"Creative Commons Attribution International License\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\">This work is licensed under the<br>Creative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Irina Antonova* R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: Lorsque le Kazakhstan a obtenu son ind\u00e9pendance en 1991, le th\u00e9\u00e2tre devient un champ de conflits organisationnels, artistiques et id\u00e9ologiques. Le pouvoir politique continue \u00e0 suivre le syst\u00e8me sovi\u00e9tique de gestion de la culture, y compris pour<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":26,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[6],"tags":[9],"class_list":["post-24","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-national-reports","tag-by-irina-antonova","","tg-column-two"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paUXOT-o","jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/19\/wp-content\/uploads\/sites\/20\/2019\/04\/2.-Th%C3%A9%C3%A2tre-d%E2%80%99Etat.jpg?fit=550%2C366&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1399,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24\/revisions\/1399"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/19\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}