{"id":624,"date":"2017-11-10T21:15:08","date_gmt":"2017-11-10T21:15:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/?p=624"},"modified":"2023-03-19T10:49:11","modified_gmt":"2023-03-19T10:49:11","slug":"espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/","title":{"rendered":"Espaces musicaux pour Marie NDiaye"},"content":{"rendered":"<p><strong>Christiane Makward<a href=\"#end\" name=\"back\">*<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Mettre un texte en musique est un exercice du fond des \u00e2ges mais il est question ici, plut\u00f4t que de musique au sens habituel, de travail de cr\u00e9ation sonore pour la sc\u00e8ne partant d\u2019un texte et dialoguant diversement avec lui: pour l\u2019oreille, pour la vue et pour cette instance ind\u00e9finissable, l\u2019\u00e2me ou psych\u00e8 qui, si elle est atteinte, fait le succ\u00e8s de l\u2019entreprise. Les recherches et r\u00e9flexions qui suivent concernent deux textes brefs de Marie NDiaye, <em><i>Te craindre en ton <\/i><\/em>absence<a href=\"#end1\" name=\"back1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> et <em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em><a href=\"#end2\" name=\"back2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, textes moins connus ou moins accessibles du fait qu\u2019ils ont uniquement fait l\u2019objet de spectacles \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, noble et dure loi des arts vivants.<\/p>\n<p>Un plasticien (Denis Cointe), un compositeur (Hector Parra) sont \u00e0 l\u2019origine des demandes faites \u00e0 NDiaye de textes d\u2019environ une demi-heure devant \u00eatre mis en espace sonore et en musique. On trouve des traces de ces spectacles sur internet, en particulier un film documentaire d\u2019Antoine Pecqueur sur le site de l\u2019IRCAM pour le monodrame <em><i>Te craindre<\/i><\/em>. <em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em> est une suite de huit lettres enregistr\u00e9es par Jean-Yves Cendrey, \u00e9crivain partenaire de l\u2019auteure, le document-texte sonore \u00e9tant alors mis en sc\u00e8ne par Cointe. Suite aux spectacles, et sans la moindre pr\u00e9tention d\u2019ordre musicologique, je propose de faire conna\u00eetre ces oeuvres en hommage \u00e0 NDiaye.<a href=\"#end3\" name=\"back3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Je pr\u00e9sente donc ici des consid\u00e9rations et quelques donn\u00e9es obtenues gr\u00e2ce \u00e0 la bonne volont\u00e9 de responsables \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie, au Centre de Documentation sur la Musique Contemporaine et aux artistes eux-m\u00eames que j\u2019ai interview\u00e9s par t\u00e9l\u00e9phone dans le cas de <em><i>D\u00e9livrance.<\/i><\/em><\/p>\n<blockquote><p>J\u2019ai \u00e9crit sans songer \u00e0 la musique.&nbsp; J\u2019ai une relation si distante avec elle\u2026<\/p>\n<p>(<em><i>Le Monde<\/i><\/em> 03.03.2014)<\/p><\/blockquote>\n<p><em><i>Te craindre en ton absence<\/i><\/em>, un \u201cop\u00e9ra\u201d ou \u201cmonodrame\u201d de 75 minutes environ, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord en pr\u00e9sence de NDiaye. Enregistr\u00e9e le 4 mars 2014 \u2013 jour o\u00f9 j\u2019ai pu la voir \u00ad\u2013 l\u2019oeuvre a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e le 31 mars sur France Musique dans l\u2019\u00e9mission d\u2019Arnaud Merlin, \u201cLe Concert contemporain.\u201d On peut l\u2019\u00e9couter au Centre de Documentation sur la Musique Contemporaine de La Villette (Cit\u00e9 de la Musique, Paris) mais la captation vid\u00e9o n\u2019est pas accessible. Le texte \u2013 dit par l\u2019actrice Astrid Bas \u2013 reste in\u00e9dit en dehors du programme du spectacle qui en donne la version int\u00e9grale avec des extraits d\u2019entretiens avec Hector Parra et Georges Lavaudant. Deux brefs extraits d\u2019enregistrement sont accessibles en ligne.<a href=\"#end4\" name=\"back4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> La musique de Parra, assist\u00e9e par ordinateur, \u00e9tait compos\u00e9e pour un ensemble de douze instruments (Ensemble Intercontemporain). Peu apr\u00e8s, Parra a de nouveau compos\u00e9 sur un texte de NDiaye, \u201cLa vie sacrifi\u00e9e,\u201d oeuvre cr\u00e9\u00e9e en traduction allemande \u00e0 Fribourg, le 31 mai 2014, sous le titre: <em><i>Das Geopferte Leben.<\/i><\/em><a href=\"#end5\" name=\"back5\"><sup>[5]<\/sup><\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_626\" aria-describedby=\"caption-attachment-626\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"626\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_1_te-craindre\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;4&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;NIKON D3S&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1393700013&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;70&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;5000&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.00625&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_1_Te Craindre\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Te craindre en ton absence. Astrid Bas et l&amp;#8217;Ensemble Intercontemporain, 2014\u00a0 \u00a9 Luc Hossepied&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-626\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?resize=700%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-626\" class=\"wp-caption-text\"><em>Te craindre en ton absence<\/em>. Astrid Bas et l&#8217;Ensemble Intercontemporain, 2014&nbsp; \u00a9 Luc Hossepied<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le titre \u00e9nigmatique de <em><i>Te craindre<\/i><\/em> est une r\u00e9miniscence de la Bible mais NDiaye ne peut en pr\u00e9ciser la source (elle avait particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9dition Bayard de 2001 de <em><i>La Bible<\/i><\/em>). Le d\u00e9cor de <em><i>Te craindre<\/i><\/em> \u00e9tait frappant de simplicit\u00e9. On conna\u00eet les courbes enfum\u00e9es du th\u00e9\u00e2tre avec son cadre d\u2019arabesques limitant le plateau qu\u2019occupait l\u2019orchestre \u00e0 cette occasion. La sublime id\u00e9e \u00e9tait un merveilleux chemin de plumes blanches qui coupait en deux le plan d\u2019avant-sc\u00e8ne couvert d\u2019une b\u00e2che noire. Une grosse b\u00fbche noire d\u00e9racin\u00e9e s\u00e9parait aussi l\u2019actrice de l\u2019orchestre, le chemin neigeux se d\u00e9roulant jusqu\u2019aux pieds des spectateurs. Au bout de quelques minutes on comprend qu\u2019il s\u2019agit du \u201cn\u00e9gatif\u201d au sens photographique de l\u2019espace dont on entend parler: un ruban de bitume, une autoroute m\u00e8ne la conductrice du Brandebourg o\u00f9 elle-m\u00eame r\u00e9side \u00e0 un coin de France o\u00f9 sa m\u00e8re est mourante. Aucun autre \u00e9l\u00e9ment du d\u00e9cor ne vient distraire le spectateur du drame int\u00e9rieur que d\u00e9ploient tour \u00e0 tour ou conjointement la r\u00e9citante, l\u2019orchestre et la sonorisation \u00e9lectronique. En pantalon et gilet noirs, l\u2019actrice sera seule d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Il y aura une douzaine d\u2019interm\u00e8des purement musicaux, des moments o\u00f9 seule la voix de l\u2019actrice se fait entendre, des passages o\u00f9 l\u2019orchestre accompagne la voix ou \u201cr\u00e9agit\u201d au texte allant jusqu\u2019\u00e0 le dominer. Le mode principal du spectacle est le dialogue \u00e0 parit\u00e9 avec la voix qui porte le texte.<\/p>\n<figure id=\"attachment_627\" aria-describedby=\"caption-attachment-627\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"627\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_2-te-craindre-astrid-bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_2-Te-craindre...-Astrid-Bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;2.8&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;NIKON D3S&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1393703858&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;116&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;5000&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.0125&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_2 Te craindre&amp;#8230; Astrid Bas sur le chemin de plumes de neige\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Te craindre en ton absence. Astrid Bas sur le chemin de plumes de neige &amp;#8220;Mais voil\u00e0 qu&amp;#8217;une route s\u00e9v\u00e8re&amp;#8230;&amp;#8221; \u00a9 Luc Hossepied&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_2-Te-craindre...-Astrid-Bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-627\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_2-Te-craindre...-Astrid-Bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige.jpg?resize=700%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_2-Te-craindre...-Astrid-Bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_2-Te-craindre...-Astrid-Bas-sur-le-chemin-de-plumes-de-neige.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-627\" class=\"wp-caption-text\"><em>Te craindre en ton absence<\/em>. Astrid Bas sur le chemin de plumes de neige &#8220;Mais voil\u00e0 qu&#8217;une route s\u00e9v\u00e8re&#8230;&#8221; \u00a9 Luc Hossepied<\/figcaption><\/figure>\n<p>Astrid Bas avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 avec Georges Lavaudant et souhait\u00e9 que Parra compose pour elle un monodrame, terme qui d\u00e9signe une forme all\u00e9g\u00e9e d\u2019op\u00e9ra ou de m\u00e9lodrame, les grands ant\u00e9c\u00e9dents du genre \u00e9tant <em><i>L\u00e9lio<\/i><\/em> (1832) de Berlioz ou <em><i>Erwartung<\/i><\/em> (1909) de Schoenberg. <em><i>Te craindre<\/i><\/em> dure environ 70 minutes. C\u2019est Parra qui a sollicit\u00e9 NDiaye et s\u2019est trouv\u00e9 transport\u00e9 par le texte, l\u2019ayant analys\u00e9 avec Daniel Loaysa, assistant de Lavaudant selon le documentaire de Pecqueur.<a href=\"#end6\" name=\"back6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Parra connaissait certains textes dramatiques de NDiaye: \u201cJe sentais dans son \u00e9criture la fa\u00e7on dont le personnage se rapporte, dont il cache aussi parfois ses \u00e9motions et toute l\u2019irridescence \u00e9motionnelle de caract\u00e8re.\u201d Il touche \u00e0 l\u2019essentiel du g\u00e9nie de l\u2019auteure lorsqu\u2019il d\u00e9clare \u00e0 Marie qu\u2019il s\u2019agissait pour lui \u201cpeut-\u00eatre d\u2019explorer mes propres \u00e9motions par rapport \u00e0 ton texte \/\u2026\/ tu donnes l\u00e0 des pistes, des autoroutes vers sentir des sentiments qui parfois restent cach\u00e9s dans notre vie\u2026 sans aucune emphase. [Il n\u2019y a] pas de pathos\u2026[Ca laisse la] possibilite \u00e0 la musique d\u2019agir en pleine libert\u00e9\u2026 l\u2019histoire est dure, avec le suicide etc. [mais il n\u2019y a pas de pathos], on ne duplique pas les \u00e9motions.\u201d<a href=\"#end7\" name=\"back7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Sans majuscules ni ponctuation, le texte est pr\u00e9sentifi\u00e9 d\u2019embl\u00e9e par projection sur \u00e9cran de la phrase d\u2019ouverture: \u201cil fut un temps o\u00f9 je suppliais qu\u2019on ne rie pas de moi\u2026\u201d Ce motif de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, de la marginalisation est familier aux lecteurs de NDiaye. Il revient tr\u00e8s vite, lest\u00e9 d\u2019une angoisse \u00e9nigmatique: \u201cil fut un temps o\u00f9 j\u2019\u00e9tais ainsi\/ o\u00f9 le pire malheur avait la figure du sarcasme.\u201d Il y aura, parcimonieusement, d\u2019autres fragments de texte projet\u00e9s. Soulign\u00e9e par un jeu tr\u00e8s retenu, la diction d\u2019Astrid Bas est particuli\u00e8re: jamais sa voix ne baisse en fin de phrase ou de syntagme, elle reste en suspens comme pour amener la suite par une pause, un silence qui est une attente, pour faire place \u00e0 la musique ou \u00e0 la phrase suivante sans qu\u2019il y ait de rupture.<\/p>\n<p>Ceci correspond parfaitement \u00e0 la nature non ponctu\u00e9e et formellement po\u00e9tique du texte, avec ses retours de formules et ses leitmotive: souffrance des animaux, morgue et cruaut\u00e9 des adultes, sang des lapins sacrifi\u00e9s et \u00e9corch\u00e9s, sang des menstrues, probablement d\u2019une fausse-couche, d\u00e9sir frustr\u00e9 d\u2019enfant car l\u2019excellent mari n\u2019en d\u00e9sire pas. Et il y a deux douleurs supr\u00eames. D\u2019abord la vision du corps de la soeur \u201cen suspens\u201d (r\u00e9miniscence du suicide de Madeleine dans <em><i>Tous les matins du monde?<\/i><\/em>): la tendre soeur s\u2019est suicid\u00e9e pendant qu\u2019elle-m\u00eame \u00e9tait \u00e0 une f\u00eate. La seconde blessure supr\u00eame: ne pas pouvoir partager la premi\u00e8re avec la m\u00e8re. En fin de vie et moins que lucide, la m\u00e8re s\u2019\u00e9tonnera \u00e0 peine (c\u2019est ce que fantasme la conductrice-narratrice) que sa fille tienne tout enti\u00e8re dans l\u2019urne fun\u00e9raire qu\u2019apporte la narratrice.<\/p>\n<figure id=\"attachment_628\" aria-describedby=\"caption-attachment-628\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"628\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_3-te-craindre-luc-hossepied\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_3-Te-craindre-Luc-Hossepied.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;4&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;NIKON D3S&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1393699505&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;195&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;5000&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.005&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_3 Te craindre Luc Hossepied\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Te Craindre en ton absence. Astrid Bas. Avant la fin je dois lui dire que les be\u0302tes ont mange\u0301 ma soeur \u00a9 Luc Hossepied&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_3-Te-craindre-Luc-Hossepied.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-628\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_3-Te-craindre-Luc-Hossepied.jpg?resize=700%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_3-Te-craindre-Luc-Hossepied.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_3-Te-craindre-Luc-Hossepied.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-628\" class=\"wp-caption-text\"><em>Te Craindre en ton absence<\/em>. Astrid Bas. Avant la fin je dois lui dire que les be\u0302tes ont mange\u0301 ma soeur \u00a9 Luc Hossepied<\/figcaption><\/figure>\n<p>Alors la voix de l\u2019actrice peut s\u2019approcher du hurlement: r\u00e9volte de la vie et du sang contre la mort et l\u2019absence. L\u2019exemple le plus frappant en sera \u201cpas dispers\u00e9es\u201d qui suit \u201cje prendrai soin de vous\/cendres unies pas dispers\u00e9es\u201d comme un ultime cri. Il signifie que la jeune femme ne pourra pas se s\u00e9parer (en les dispersant) des cendres de la soeur suicid\u00e9e qui seront m\u00eal\u00e9es \u00e0 celles de la m\u00e8re. Cependant, en un pr\u00e9c\u00e9dent paroxysme du texte et de la voix, la fille avait d\u00e9clar\u00e9: \u201cnotre m\u00e8re se meurt il faut qu\u2019elle entende les mart\u00e8lements\/de mon coeur furieux\/ je ne la laisserai pas s\u2019en aller dans sa robe pourpre\/avant qu\u2019elle ait entendu et appris\/ \u2026\/ m\u00e8re j\u2019ai un cadeau pour toi\/ m\u00e8re j\u2019ai pour toi\/ un pr\u00e9sent terrible un amour rancunier et du sang et du sang\/ vers\u00e9 pour rien\/ puisses-tu \u00eatre assez lucide encore pour appr\u00e9cier \u00e0 sa mesure\/ la boisson am\u00e8re que je te forcerai de boire\/\u201d&nbsp; Ces fantasmes, ces injonctions contradictoires qui poss\u00e8dent la narratrice accr\u00e9ditent la bizarre mise en garde du d\u00e9but du texte: \u201ctout enti\u00e8re tourn\u00e9e\/ vers mon coeur tracassier \/ gris\u00e9 enivr\u00e9 de modestie\/ et d\u2019humilit\u00e9 diabolique.\u201d Comme l\u2019a fort bien compris et d\u00e9ploy\u00e9 Parra, nous entendons en r\u00e9alit\u00e9 le discours de l\u2019inconscient en proie au cauchemar de passions antagonistes.<\/p>\n<p>La musique de Parra s\u2019inspire de ce chatoiement textuel d\u2019images et d\u2019\u00e9motions qui est ponctu\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments narratifs suffisants pour cr\u00e9er une situation dramatique et pour communiquer angoisse et douleur. C\u2019est Parra lui-m\u00eame qui parle d\u2019\u201diridescence \u00e9motionnelle\u201d \u2013 cette qualit\u00e9 qu\u2019ont certaines surfaces de diffracter le spectre de la lumi\u00e8re lorsque l\u2019angle de vue change sur l\u2019objet (bulle de savon, labradorite). Il a compos\u00e9 en recherchant d\u2019abord la texture musicale \u00e0 partir du texte et sugg\u00e8re que le basson d\u2019abord associ\u00e9 au lapin \u00e9corch\u00e9 finit par incarner la femme.&nbsp; Apr\u00e8s avoir \u2013 cela arrive aux \u00e9crivains \u2013 attribu\u00e9 des couleurs aux motifs dominants il a fini par concevoir son oeuvre comme un lac perturb\u00e9 par des vagues avec des \u201ctrous noirs.\u201d Ses propos recueillis par Szpirglas pr\u00e9cisent:<\/p>\n<blockquote><p>Concernant l\u2019articulation entre acoustique et \u00e9lectronique, je me suis attach\u00e9 \u00e0 distinguer, dans ce monologue qui rel\u00e8ve de l\u2019auto-psychanalyse, ce qui rel\u00e8ve du pr\u00e9sent et de l\u2019anecdotique \u2013 incarn\u00e9 par l\u2019instrumental \u2013 et ce qui rappelle les ab\u00eemes du traumatisme \/\u2026\/ Ainsi la partition est-elle \u00e0 l\u2019image du paysage que traverse cette femme, transperc\u00e9e par ces vortex vertigineux, v\u00e9ritables trous noirs dans lesquels elle se laisse parfois glisser, par complaisance masochiste ou pour tenter de s\u2019en sortir.&nbsp; Ces trous noirs sont le domaine de l\u2019\u00e9lectronique, parfois d\u2019une tendresse s\u00e9duisante et ambigu\u00eb, parfois d\u2019une aridit\u00e9 \u00e9touffante, presque claustrophobe.<a href=\"#end8\" name=\"back8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<figure id=\"attachment_629\" aria-describedby=\"caption-attachment-629\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"629\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_4-te-craindre-julien-leroy-lensemble-intercontinental-et-astrid-basluc-hossepied\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_4-Te-craindre-Julien-Leroy-lEnsemble-Intercontinental-et-Astrid-BasLuc-Hossepied.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;4&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;NIKON D3S&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1393704370&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;Luc Hossepied&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;66&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;5000&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.01&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_4 Te craindre, Julien Leroy, l&amp;#8217;Ensemble Intercontinental et Astrid Bas`Luc Hossepied\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Te craindre en ton absence. Julien Leroy conduit l&amp;#8217;Ensemble Intercontinental et Astrid Bas\u00a9 Luc Hossepied&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_4-Te-craindre-Julien-Leroy-lEnsemble-Intercontinental-et-Astrid-BasLuc-Hossepied.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-629\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_4-Te-craindre-Julien-Leroy-lEnsemble-Intercontinental-et-Astrid-BasLuc-Hossepied.jpg?resize=700%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_4-Te-craindre-Julien-Leroy-lEnsemble-Intercontinental-et-Astrid-BasLuc-Hossepied.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_4-Te-craindre-Julien-Leroy-lEnsemble-Intercontinental-et-Astrid-BasLuc-Hossepied.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-629\" class=\"wp-caption-text\"><em>Te craindre en ton absence<\/em>. Julien Leroy conduit l&#8217;Ensemble Intercontinental et Astrid Bas\u00a9 Luc Hossepied<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le travail conjoint de l\u2019informaticien et fl\u00fbtiste Thomas Goepfer, r\u00e9alisateur en informatique musicale, intervient comme \u201cmoteur du tragique.\u201d Selon Para, tout ce qui se rapporte au pass\u00e9 lointain, \u00e0 l\u2019enfance et ses grands \u201cpetits\u201d drames et traumatismes serait le domaine de l\u2019\u00e9lectronique. On remarque en particulier le son r\u00e9current des battements d\u2019ailes furieux d\u2019un oiseau.&nbsp; C\u2019est le bruit num\u00e9ris\u00e9 d\u2019un vrai pigeon entrav\u00e9 qui veut s\u2019\u00e9chapper et qui r\u00e9sume \u00e0 lui seul le drame de la jeune femme prisonni\u00e8re de sa voiture et surtout de ses angoisses et de son \u201ccoeur tracassier.\u201d<\/p>\n<blockquote><p>Il ne s\u2019agit pas de tenter une exp\u00e9rience mais de renouveler ma pratique de l\u2019\u00e9criture, de l\u2019inscrire et d\u2019essayer de la d\u00e9ployer dans une forme pour moi in\u00e9dite, celle <em><i>d\u2019un monologue qui ne peut s\u2019entendre, peut-\u00eatre m\u00eame se comprendre sans la musique<\/i><\/em>. Ce ne devra \u00eatre ni de la narration ni de la po\u00e9sie mais un m\u00e9lange de fiction et de lyrisme. C\u2019est une femme qui s\u2019exprimera.<a href=\"#end9\" name=\"back9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est ce que d\u00e9clarait l\u2019auteure dans une note d\u2019intention conjointe avec Parra qui annon\u00e7ait la cr\u00e9ation de l\u2019oeuvre. La gageure \u00e9tait donc de cr\u00e9er un texte qui d\u00e9pendrait de son espace musical pour \u00eatre entendu et compris, c\u2019est pourquoi il n\u2019est pas publi\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment de la partition de Parra et du programme de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Alors le d\u00e9fi de NDiaye est-il gagn\u00e9? Non dans la mesure o\u00f9 le texte est en soi un magistral po\u00e8me narratif lyrique. Il distille un drame et un chant d\u2019amour quintessentiel de l\u2019\u00e9criture de NDiaye, avec les pulsions contradictoires et l\u2019\u00e9nigmaticit\u00e9 qui sont sa marque. M\u00eame s\u2019il n\u2019est jamais publi\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment du programme, le texte en soi cr\u00e9e un univers et clame la douleur de la perte et l\u2019angoisse devant la mort telles que l\u2019op\u00e9ra lyrique les exhale depuis toujours. Ce m\u00e9lodrame s\u2019\u00e9prouve d\u2019abord par le texte, surtout pour les personnes qui ont v\u00e9cu les situations de perte dont il est question: \u201cmort vivante\u201d d\u2019une personne \u00e2g\u00e9e s\u00e9nile, choc de la plus cruelle perte qui soit, le suicide d\u2019un proche. Mais tout de m\u00eame\u2026 oui, le pari est tenu car ce texte est absolument sublim\u00e9 par sa mise en sc\u00e8ne et l\u2019espace musical cr\u00e9\u00e9 pour lui comme le mythe dans les temp\u00eates orchestrales de Wagner.<\/p>\n<p>Car le texte est d\u00e9multipli\u00e9 par la diction et la musique, il est enlumin\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne dans le lieu magiquement pauvre qu\u2019est le th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord. Alors le texte <em><i>prend<\/i><\/em> place, il s\u2019installe dans deux ou trois fois la dur\u00e9e probable d\u2019une lecture. Et d\u00e8s lors ce n\u2019est plus de la marche d\u2019une ligne \u00e0 la suivante mais de la danse pour paraphraser Paul Val\u00e9ry sur prose et po\u00e9sie. Ce ne sont plus des mots mais des pl\u00e9iades d\u2019images qui vont jaillir et revenir composer un tableau d\u2019immenses proportions. Certes on ne retiendrait pas grand chose de la musique sans le texte, sinon ces impressions de d\u00e9chirement, de cacophonie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, de temp\u00eate acoustique avec en prime les ineffables battements d\u2019ailes d\u2019un oiseau prisonnier. Mais la colonne vert\u00e9brale de l\u2019oeuvre reste le narratif et ses atours, les images et la situation entre deux pays, entre deux amours perdus et le paradis d\u2019enfance, l\u00e0 o\u00f9 la cruaut\u00e9 des adultes n\u2019est pas consciente et n\u2019en d\u00e9ferle que plus violemment sur le pr\u00e9sent de la femme.<\/p>\n<p><em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em>, spectacle de forme radicalement diff\u00e9rente et nouvelle, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Bordeaux en mars 2016 et repris en particulier \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie \u00e0 Paris le 14 avril 2016, suivi d\u2019un d\u00e9bat avec NDiaye et Jean-Yves Cendrey.<a href=\"#end10\" name=\"back10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> C\u2019est une seconde collaboration entre Denis Cointe et l\u2019auteure. La premi\u00e8re \u00e9tait une mise en espace d\u2019une lecture par NDiaye elle-m\u00eame avec des videos originales prises \u00e0 Berlin par Cointe. <em><i>Y penser sans cesse<\/i><\/em> (<em><i>Die Dichte<\/i><\/em> en allemand) \u00e9voque les d\u00e9buts du s\u00e9jour \u00e0 Berlin de la jeune \u00e9trang\u00e8re avec son enfant, ses appr\u00e9hensions non explicit\u00e9es, et les fant\u00f4mes de la Seconde Guerre. Cette \u201clecture\u201d mise en sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e en particulier au Th\u00e9\u00e2tre du Rond Point en avril 2011, th\u00e9\u00e2tre qui acceuillait en mars 2017 le nouveau travail de Marie NDiaye, <em><i>Honneur \u00e0 notre \u00e9lue<\/i><\/em>, pi\u00e8ce formellement plus \u201cnormale\u201d que les oeuvres discut\u00e9es ici; c\u2019est une fable politique \u00e9tonnante dans le contexte de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2017.<\/p>\n<figure id=\"attachment_630\" aria-describedby=\"caption-attachment-630\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"630\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_5-delivrance1\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_5-D%C3%A9livrance1.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;2&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;Canon EOS 5D Mark II&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1459253171&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;35&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;640&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.033333333333333&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_5 D\u00e9livrance1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;De\u0301livrance. Didier Lasserre et Denis Cointe sur le plateau, maison de la Poe\u0301sie. \u00a9 Denis Cointe&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_5-D%C3%A9livrance1.jpg?fit=700%2C466&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-630\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_5-D%C3%A9livrance1.jpg?resize=700%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_5-D%C3%A9livrance1.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_5-D%C3%A9livrance1.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-630\" class=\"wp-caption-text\"><em>De\u0301livrance<\/em>. Didier Lasserre et Denis Cointe sur le plateau, maison de la Poe\u0301sie. \u00a9 Denis Cointe<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mieux vaut, pour appr\u00e9cier <em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em>, avoir fr\u00e9quent\u00e9 les \u201coutrenoirs\u201d de Pierre Soulages, les silences de John Cage et la pens\u00e9e zen. Noirs, silences, percussions audacieuses et subtiles, ce sont les ingr\u00e9dients majeurs qui encadrent, affrontent et contestent une voix d\u2019homme. Elle est grave et monolithique, c\u2019est celle d\u2019un amant tourment\u00e9 par le silence d\u2019une lointaine \u00e9pouse qui ne lui r\u00e9pond jamais. L\u2019homme fait d\u2019abord sourire par ses exigences, ses suppliques (elle doit aller prier avec ses vieux parents plut\u00f4t que soigner des vieillards d\u00e9biles, elle doit leur apporter des bonbons mais pas du vin, leur enfant est-il bien de lui? etc). Il se plaint de tout, de sa solitude mais aussi d\u2019une tourterelle qui le r\u00e9veille, dans une froide contr\u00e9e avec une affreuse vieille comme domestique\u2026 Il est fonctionnaire au consulat d\u2019un pays peu hospitalier du genre obscure r\u00e9publique socialiste.<a href=\"#end11\" name=\"back11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Le d\u00e9cor implique que nous sommes bien avant l\u00b4\u00e8re num\u00e9rique et que le t\u00e9l\u00e9phone n\u2019est pas une option. Car nagu\u00e8re on correspondait par audio-cassettes, en situation de pauvret\u00e9 et d\u2019illettrisme, ce qui a inspir\u00e9 le superbe monologue du mari dans <em><i>Ton beau capitaine<\/i><\/em> de Simone Schwarz-Bart. Nous sommes donc bien avant l\u2019implacable d\u00e9luge des communications num\u00e9riques instantan\u00e9es. Ici, le spectacle s\u2019ouvre par un noir prolong\u00e9 d\u2019o\u00f9 \u00e9merge lentement l\u2019acteur principal: un \u00e9norme magn\u00e9tophone ancien qui bourdonne plus ou moins discr\u00e8tement pour d\u00e9livrer huit \u201clettres\u201d dont l\u2019une est divis\u00e9e en deux parties. Ce monologue intermittent r\u00e9pond \u00e0 des interm\u00e8des de silence, il est parfois synchrone avec la percussion ou la projection de paysages hypnotiques d\u2019immobilit\u00e9. Au milieu du spectacle, la percussion se tait, elle reviendra mais elle est supplant\u00e9e pour une dizaine de minutes par un \u00e9cran o\u00f9 sont projet\u00e9s deux plans en temps r\u00e9el de paysages lacustres embrum\u00e9s. Seul le passage d\u2019oiseaux, et le glissement imperceptible d\u2019un minuscule bateau nous font comprendre que ce ne sont pas des photographies.<\/p>\n<p>Selon Cointe et ses coll\u00e8gues, la sonorisation de la voix est pass\u00e9e du num\u00e9rique \u00e0 l\u2019analogique et le bruit de la machine intervient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par moments car il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019avoir une voix \u201coff\u201d diffus\u00e9e en surplomb et \u00e0 l\u2019\u00e9cart: la voix est centrale. Jamais l\u2019intention n\u2019est d\u2019illustrer le texte: le frottement de la peau du tambour co\u00efncidant avec le motif des chaussons de la vieille est un hasard. On a cependant l\u2019impression que le tambour dialogue avec la voix, qu\u2019il s\u2019excite et accompagne sa frustration ou au contraire proteste contre cette parole.<\/p>\n<p>L\u2019intention des artistes est d\u2019ouvrir aux spectateurs leur propre espace mental pour cr\u00e9er du sens. L\u2019\u00e9clairage est mesur\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, les contours de visage, parfois les mains seules sont \u00e0 peine perceptibles quant au percussionniste, et derri\u00e8re sa console \u00e9lectronique \u00e0 droite, Cointe demeure quasiment invisible. On est sans cesse en train de deviner et non de voir: tout est suggestion, mise en pr\u00e9sence de l\u2019absence (femme, lettres, personnage, certitude) d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du spectacle. Cela s\u2019obtient en m\u00e9nageant des vides: \u201con nourrit un \u00e9tat de contemplation\u201d dit Cointe. Un paroxysme en l\u2019occurrence est ce silence et ce noir total de quatre minutes qui suit lui m\u00eame un descrescendo de deux minutes de battement de baguette sur le pourtour de la grosse caisse.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la mi-temps du spectacle. Pour le public, c\u2019est un test de Rorschach collectif et silencieux, \u00e9preuve de d\u00e9privation sensorielle pour les uns, mise au cabinet noir dans les histoires d\u2019enfants maltrait\u00e9s pour les autres. C\u2019est une approche tr\u00e8s formelle qui veut faire \u00e9prouver la pr\u00e9sence au monde ou la pleine conscience des philosophies orientales, vulgaris\u00e9e r\u00e9cemment par bien des mouvements post-religieux en Occident. Ceci va dans le sens m\u00eame du fil narratif et du progr\u00e8s du personnage qui m\u00e9dite, sans nous faire sourire, comment on fait pour \u201cDevenir un saint? Serait-ce ne plus pouvoir distancier son esprit de la f\u00e9rocit\u00e9 du monde?\u201d Il demande (aux trois quarts de son parcours): \u201cQui suis-je?\u201d puis l\u00e2che prise: \u201cSi tu m\u2019abandonnes, tes raisons sont justes\/ Si tu me rejoins [aussi]&#8230; mais comme c\u2019est dur!\u201d Il accepte tout avec gratitude, la haine (qu\u2019il imagine) pour ses vieux parents, la non-paternit\u00e9 (qu\u2019il imagine) de l\u2019enfant. Il va sans dire que nous sommes loin de tout registre r\u00e9aliste, dans un texte et une mise en espace sonore radicalement novateurs.<\/p>\n<p>Il faut saluer particuli\u00e8rement la performance du percussioniste Lasserre, spectacle captivant en soi car il travaille avec une subtilit\u00e9 consomm\u00e9e ses instruments particuliers: grosse caisse \u00e0 peaux rares, horizontale sur tr\u00e9pied, archet turc sur le pourtour de la caisse, tapotements et caresses en divers points d\u2019une petite cymbale ancienne, balayage de la peau avec tige de bois.&nbsp; Il pr\u00e9cise qu\u2019il aura travaill\u00e9 tout particuli\u00e8rement les roulements avec mailloche en bois et baguette. Il aime, dit-il, mais n\u2019emprunte pas les pratiques japonaises ou cor\u00e9ennes. C\u2019est en effet surtout avec les roulements de sa caisse qu\u2019il dialogue avec la voix \u201cde granit\u201d de l\u2019homme en renaissance existentielle. On en jugera gr\u00e2ce \u00e0 cet extrait de l&#8217;avant-derni\u00e8re lettre (minutes 56-60 du spectacle): l\u00b4\u00e9cran \u00e0 demi-obscurci, Didier Lasserre \u00e0 gauche, Denis Cointe \u00e0 droite.<\/p>\n<h6>Video<\/h6>\n<div align=\"center\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/171056016?color=aea789&amp;portrait=0\" width=\"700\" height=\"393\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/div>\n<p>Au cours du d\u00e9bat Cendrey confirme ce que les spectateurs avertis avaient compris: ce personnage, c\u2019est \u201cl\u2019homme discut\u00e9 par les f\u00e9ministes\u201d, cet homme nouveau qui doute enfin de lui-m\u00eame au point de se d\u00e9tacher de sa d\u00e9pendance amoureuse \u00e9gocentrique. En effet, le cheminement narratif qui se d\u00e9gage est celui d\u2019un voyage int\u00e9rieur de dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, quelques semaines ou mois. C\u2019est le contraire d\u2019une anamn\u00e8se, c\u2019est aussi le chemin contraire de la jeune femme de <em><i>Te craindre<\/i><\/em>. Ici, l\u2019angoisse est presque r\u00e9solue, elle est du moins sublim\u00e9e en progression spirituelle vers le renoncement au besoin de l\u2019autre. Il r\u00e9ussit l\u2019apprentissage du respect de l\u2019\u00eatre m\u00eame de l\u2019autre, la femme aim\u00e9e, en tant qu\u2019\u00eatre essentiel et non plus en tant que (sa) femme. On peut d\u2019ailleurs se demander qui domine ou manipule qui dans cette situation? NDiaye, en sphynge avis\u00e9e, d\u00e9clare lors du d\u00e9bat: \u201cJ\u2019ai fait en sorte qu\u2019on ne sache jamais.\u201d<\/p>\n<figure id=\"attachment_631\" aria-describedby=\"caption-attachment-631\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"631\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7_6-debat-avec-auteur\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_6-debat-avec-auteur.jpg?fit=700%2C393&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"700,393\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;2.4&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;SM-G530FZ&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1460669773&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;3.3&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;1250&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.058823529411765&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7_6 debat avec auteur\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;De\u0301livrance. J.-Y. Cendrey, Francesca Isidori, Marie NDiaye au cours du de\u0301bat apre\u0300s la repr\u00e9sentation, Maison de la Po\u00e9sie. \u00a9 C. Makward&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_6-debat-avec-auteur.jpg?fit=700%2C393&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-631\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_6-debat-avec-auteur.jpg?resize=700%2C393&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_6-debat-avec-auteur.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_6-debat-avec-auteur.jpg?resize=300%2C168&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-631\" class=\"wp-caption-text\"><em>De\u0301livrance<\/em>. J.-Y. Cendrey, Francesca Isidori, Marie NDiaye au cours du de\u0301bat apre\u0300s la repr\u00e9sentation, Maison de la Po\u00e9sie. <br \/>\u00a9 C. Makward<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce que mettent en relief les deux textes brefs sc\u00e9nographi\u00e9s et sonoris\u00e9s de fa\u00e7on incomparable dans les deux oeuvres discut\u00e9es ici c\u2019est la quintessence m\u00eame du travail de NDiaye. Il s\u2019agit de ne pas r\u00e9soudre l\u2019ambiguit\u00e9 du v\u00e9cu, de ne pas clarifier la complexit\u00e9 de la vie psychique et affective mais de la faire \u00e9prouver. Il s\u2019agit d\u2019aller toucher et remuer au tr\u00e9fonds les spectateurs pour partager sa propre substance fondamentale qui est celle de l\u2019angoisse et l\u2019inqui\u00e9tude devant la cruaut\u00e9. Aux antipodes du divertissement dont le but est de la fuir, l\u2019\u00e9criture de NDiaye est celle de l\u2019angoisse vitale en pleine conscience. Dans les deux cas, un fil narratif \u00e9merge. La douleur semble r\u00e9solue dans <em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em>. Le terme l\u2019implique mais la forme de lettres sans r\u00e9ponses contraint la r\u00e9ception du texte. Contrairement \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence majeure, pour la mise en sc\u00e8ne de la voix enregistr\u00e9e qu\u2019est <em><i>La derni\u00e8re bande<\/i><\/em> de Beckett, <em><i>D\u00e9livrance<\/i><\/em> escamote le personnage physique. Pas de dialogue du sujet avec son moi d\u2019autrefois, pas de trag\u00e9die de la d\u00e9cr\u00e9pitude au pied de la mort. Ici le spectateur est le seul \u2018r\u00e9pondant\u2019 muet de la parole enregistr\u00e9e\u2026 comme le locuteur lui-m\u00eame, amant \u00e9pistolier qui ne re\u00e7oit jamais de r\u00e9ponse, le spectateur est priv\u00e9 de personnage sur sc\u00e8ne. La voix enregistr\u00e9e n\u2019est pas \u201coff\u201d, elle est au centre m\u00eame de la sc\u00e8ne, bien en \u00e9vidence, et elle domine tout sans dialoguer avec des sons et rythmes dont les auteurs, le percussionniste et l\u2019acousticien, restent dans l\u2019ombre, escamot\u00e9s eux aussi. Cette douleur de la perte, de l\u2019isolement absolu reste enti\u00e8re dans <em><i>Te craindre en ton absence<\/i><\/em>. Les arri\u00e8re-plans g\u00e9o-politiques restent en sourdine chez NDiaye mais l\u2019angoisse r\u00e8gne omnipr\u00e9sente. Il s\u2019agit de la subir pour s\u2019en d\u00e9livrer ne serait-ce que le temps d\u2019un partage, dans la cr\u00e9ation artistique qui est un appel \u00e0 l\u2019autre. D\u2019une femme qui publie depuis l\u2019\u00e2ge de 17 ans le discours n\u2019a pas chang\u00e9 mais il n\u2019a cess\u00e9 de se renouveler.&nbsp; Les espaces musicaux cr\u00e9\u00e9s pour NDiaye sont \u00e0 coup s\u00fbr des amplificateurs de cette puissante parole: les relations proches, \u201cen famille\u201d, continuent d\u2019\u00eatre une exp\u00e9rience \u00e9trange. Les autres, l\u2019autre sont choses \u00e9tranges\u2026 et inqui\u00e9tantes.<\/p>\n<hr>\n<p><strong>Notes de fin<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-size: 13px\">\n<a href=\"#back1\" name=\"end1\">[1]<\/a> Spectacle vu au Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord, Paris, le 4 mars 2014.<br \/>\n<a href=\"#back2\" name=\"end2\">[2]<\/a> Spectacle vu \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie, Paris, le 14 avril 2016.<br \/>\n<a href=\"#back3\" name=\"end3\">[3]<\/a> Depuis notre entretien informel de fin d\u00e9cembre 1991, je suis avec bonheur cette oeuvre consid\u00e9rable. J\u2019ai sous-titr\u00e9 mon<em><i> Dictionnaire litt\u00e9raire des femmes de langue fran\u00e7aise<\/i><\/em> (Karthala, 1996): \u201cDe Marie de France \u00e0 Marie NDiaye<em><i>.<\/i><\/em>\u201d<br \/>\n<a href=\"#back4\" name=\"end4\">[4]<\/a> Voir <a href=\"https:\/\/soundcloud.com\/ensembleintercontemporain\/te-craindre-en-ton-absence\">https:\/\/soundcloud.com\/ensembleintercontemporain\/te-craindre-en-ton-absence<\/a>, exemple d\u2019une s\u00e9quence o\u00f9 la musique domine la voix et texte.<br \/>\n<a href=\"#back5\" name=\"end5\">[5]<\/a> Voir <a href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/2014\/06\/04\/le-troiseme-ouvrage-scenique-dhector-parra-sur-la-scene-fribourgeoise\/\">http:\/\/www.resmusica.com\/2014\/06\/04\/le-troiseme-ouvrage-scenique-dhector-parra-sur-la-scene-fribourgeoise\/<\/a>. Selon le critique, le sujet (de la <em><i>Vie sacrifi\u00e9e<\/i><\/em>) rejoint tr\u00e8s subtilement le monde baroque en empruntant au mythe d\u2019Orph\u00e9e que l\u2019\u00e9crivaine d\u00e9tourne.<br \/>\n<a href=\"#back6\" name=\"end6\">[6]<\/a> Cf le film documentaire d\u2019Antoine Pecqueur: <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1el0n3_images-d-une-oeuvre-n-17-te-craindre-en-ton-absence-d-hector-parra_music\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em><i>Hector Parra, Te craindre en ton absence, Images d\u2019une oeuvre<\/i><\/em><\/a> sur le site de l\u2019IRCAM ou sur Youtube.<br \/>\n<a href=\"#back7\" name=\"end7\">[7]<\/a> Je transcris \u00e0 partir du documentaire de Pecqueur; il s\u2019agit de transcription litt\u00e9rale, Parra \u00e9tant hispanophone de naissance, je clarifie en ins\u00e9rant des crochets.<br \/>\n<a href=\"#back8\" name=\"end8\">[8]<\/a> J\u00e9r\u00e9mie Szpirglas. <a href=\"http:\/\/www.opus64.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/DP.TeCraindre.BdNlight.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Extrait de <\/a><em><i>L\u2019Etincelle, le journal de l\u2019IRCAM<\/i><\/em> 10: 4.<br \/>\n<a href=\"#back9\" name=\"end9\">[9]<\/a> Voir <a href=\"http:\/\/www.opus64.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/DP.TeCraindre.BdNlight.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la note d\u2019intention NDiaye &amp; Parra dans le m\u00eame document<\/a> de l\u2019IRCAM, p. 3<br \/>\n<a href=\"#back10\" name=\"end10\">[10]<\/a> Des reprises de ce spectacle sont pr\u00e9vues pour la Foire du Livre de Francfort, en octobre 2017 et au Luxembourg le le 19 sept. 2017.<br \/>\n<a href=\"#back11\" name=\"end11\">[11]<\/a> Le point de d\u00e9part du texte fut la nouvelle de la nomination de quelqu\u2019un \u00e0 un poste au Tadjikistan. La souffrance de ce personnage qui se d\u00e9sint\u00e8gre fait \u00e9videmment penser au fameux <em><i>Vice-Consul<\/i><\/em> de Marguerite Duras, mais ici l\u2019homme se recompose, \u201cd\u00e9livr\u00e9\u201d pour ne pas dire \u201c\u00e9veill\u00e9\u201d au sens du boudhisme.<a name=\"end\"><\/a><\/p>\n<hr>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"625\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/espaces-musicaux-pour-marie-ndiaye\/7-bio-portrait-christiana-makward\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?fit=400%2C394&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"400,394\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;2.2&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;iPhone 6s&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1507139981&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;4.15&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;25&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.0011834319526627&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"7 bio portrait Christiana Makward\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?fit=400%2C394&amp;ssl=1\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-625\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?resize=270%2C270&amp;ssl=1 270w, https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7-bio-portrait-Christiana-Makward.jpg?resize=230%2C230&amp;ssl=1 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a href=\"#back\" name=\"end\">*<\/a><strong><b>Christiane Makward<\/b><\/strong>, professeur \u00e9m\u00e9rite de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Etat de Pennsylvannie, a publi\u00e9 de nombreux articles dans des revues savantes , des encyclop\u00e9dies et dictionnaires, un essai biographique (<em><i>Mayotte Capecia<\/i><\/em>), un <em><i>Dictionnaire lit\u00e9raire des femmes de langue fran\u00e7aise, de Marie de France \u00e0 Marie NDiaye<\/i><\/em>. Elle a construit l\u2019autobiographie de Corinna Bille, \u00e9dit\u00e9 deux volumes de th\u00e9\u00e2tre (Corinna Bille et Ina C\u00e9saire), et deux volumes de co-traductions en anglais (nouvelles de Corinna Bille et pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre de femmes francophones).<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2017 Christiane Makward<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png?resize=88%2C31&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christiane Makward* Mettre un texte en musique est un exercice du fond des \u00e2ges mais il est question ici, plut\u00f4t que de musique au sens habituel, de travail de cr\u00e9ation sonore pour la sc\u00e8ne partant d\u2019un texte et dialoguant diversement<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":626,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[2],"tags":[34],"class_list":["post-624","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-topic","tag-by-christiane-makward","","tg-column-two"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.critical-stages.org\/16\/wp-content\/uploads\/sites\/17\/2017\/11\/7_1_Te-Craindre.jpg?fit=700%2C466&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9iUM2-a4","jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/624","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=624"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/624\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1475,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/624\/revisions\/1475"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/media\/626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=624"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=624"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/16\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=624"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}