{"id":99,"date":"2017-03-27T18:16:55","date_gmt":"2017-03-27T18:16:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/?p=99"},"modified":"2023-06-03T08:03:36","modified_gmt":"2023-06-03T08:03:36","slug":"les-francais-warlikowski-agitateur-de-la-decadence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/les-francais-warlikowski-agitateur-de-la-decadence\/","title":{"rendered":"<em>Les Fran\u00e7ais<\/em> : Warlikowski, agitateur de la d\u00e9cadence"},"content":{"rendered":"<p><strong>Mathias Daval<\/strong><a href=\"#end\">*<\/a><\/p>\n<p><em>Les Fran\u00e7ais<\/em>, mise en sc\u00e8ne Krzysztof Warlikowski, d\u2019apr\u00e8s <em>A la recherche du temps perdu<\/em> de Marcel Proust. \u00a0\/ Cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 2015 \u00e0 la Ruhrtriennale. \/ Dur\u00e9e\u00a0: 4h30.<\/p>\n<blockquote><p><strong>English summary<\/strong><\/p>\n<p>Krzysztof Warlikowski\u2019s <em>The French<\/em>, based on <em>In Search of Lost Time<\/em>, uses Proust\u2019s deconstruction of time to draw a cruel and melancholic picture of the decadence of post-World War One Western societies\u2014the focus on France being a pretext. Choosing to oversize two topics, homosexuality and anti-Semitism, the Polish director conveys his usual theatrical grammar (different scenic layers, plexiglas walls, haunting music, video, and voyeurism\/sadism dialectics) with few original ideas. We soon realize that the project, however powerful it may be, is a portrait of Warlikowski by Proust\u2014not the contrary\u2014with little to no possibility for the spectator to really get involved in the process.<\/p><\/blockquote>\n<p>En choisissant <em>A la Recherche du temps perdu<\/em>\u00a0comme mati\u00e8re premi\u00e8re de sa cr\u00e9ation, Krzysztof Warlikowski savait que le r\u00e9sultat serait tout sauf une adaptation. Qu\u2019il lui faudrait tailler dans le gras du roman, et utiliser Proust comme une sorte de second dramaturge, de guide spirituel d\u2019un <em>ego<\/em> <em>trip<\/em> mais dont on ne peut ressortir tout \u00e0 fait indemnes.<\/p>\n<p>Inutile de chercher, dans <em>Les Fran\u00e7ais<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 2015 \u00e0 la Ruhrtriennale, vu \u00e0 Reims en f\u00e9vrier 2016, les traces de l\u2019intime proustien qui habitent le d\u00e9but de <em>La Recherche<\/em>\u00a0: pas de \u00ab\u00a0longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure\u00a0\u00bb, d\u2019\u0152dipe po\u00e9tique avec \u00ab\u00a0maman\u00a0\u00bb ni de \u00ab\u00a0madeleine dodues \u00bb d\u00e9gust\u00e9es en buvant un th\u00e9. Si le lecteur familier retrouvera quelques grandes saillies du texte, comme le tragique aveu de Swann sur Odette (\u00ab Dire que j&#8217;ai g\u00e2ch\u00e9 des ann\u00e9es de ma vie (\u2026) pour une femme qui ne me plaisait pas ! \u00bb), Warlikowski a voulu d\u2019abord extraire le champ social et politique du roman, quitte \u00e0 surdimensionner deux questions qu\u2019il juge fondamentales\u00a0: l\u2019homosexualit\u00e9 et l\u2019antis\u00e9mitisme, dont le lien avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par Proust dans <em>La\u00a0Race maudite<\/em>\u00a0de son <em>Contre Sainte-Beuve<\/em>. Et derri\u00e8re l\u2019homosexualit\u00e9, bien entendu, se tient le rapport au couple, noyau de toutes les interactions, moteur d\u2019hypocrisie et de culpabilisation.<\/p>\n<figure id=\"attachment_100\" aria-describedby=\"caption-attachment-100\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"100\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/les-francais-warlikowski-agitateur-de-la-decadence\/attachment\/1\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1.jpg\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Photo par Tal Bitton Agata Buzek, qui joue\u00a0\u00e0 la fois\u00a0les r\u00f4les de\u00a0Marie de Guermantes, Rachel et Ph\u00e8dre&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1.jpg\" class=\"wp-image-100 size-full\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1.jpg 700w, https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-100\" class=\"wp-caption-text\">Agata Buzek, qui joue\u00a0\u00e0 la fois\u00a0les r\u00f4les de\u00a0Marie de Guermantes, Rachel et Ph\u00e8dre. Photo par Tal Bitton<\/figcaption><\/figure>\n<p>Repr\u00e9senter la fa\u00e7on dont un monde d\u00e9cadent devient une caisse de r\u00e9sonance \u00e0 ce rapport angoiss\u00e9 et intol\u00e9rant \u00e0 l\u2019autre, voil\u00e0 le grand projet des <em>Fran\u00e7ais<\/em>. La pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne \u00e0 cet \u00e9gard la dialectique d\u2019amour\/d\u00e9samour que Warlikowski entretient avec la France. Le titre, totalement provocateur, est une fa\u00e7on de titiller nos consciences fatigu\u00e9es \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 plus personne ne sait ce qu\u2019\u00eatre Fran\u00e7ais veut dire, o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 nationale est devenue une chausse-trappe politique. C\u2019est dans ces interrogations et ces doutes que\u00a0<em>Les Fran\u00e7ais<\/em> d\u00e9cide d\u2019enfoncer son \u00e9pine th\u00e9\u00e2trale, tout en sachant tr\u00e8s bien que cette marche au bord du gouffre est celle de toutes les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, et n\u2019a rien de propre \u00e0 la France.<\/p>\n<p><strong>Une plong\u00e9e dans un entre-monde d\u00e9cadent et d\u00e9l\u00e9t\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>On reconna\u00eetra ici la grande ma\u00eetrise formelle\u00a0du metteur en sc\u00e8ne polonais, et son usage d\u2019un espace-temps qui lui est propre. Car Warlikowski est habilement proustien dans son approche de la narration ; il choisit de briser la lin\u00e9arit\u00e9 du roman, ou plut\u00f4t d\u2019en faire ressortir ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment tient \u00e0 ce jeu sur le temps qui est le c\u0153ur de <em>La Recherche<\/em>. Cela commence par le plateau lui-m\u00eame\u00a0: Warlikowski a toujours eu un faible pour l\u2019\u00e9clatement de la repr\u00e9sentation par un d\u00e9coupage en zones sc\u00e9niques qui fonctionnent parall\u00e8lement (ici la chambre, le wagon-aquarium, le bar). Pour aider \u00e0 la d\u00e9construction, il s\u2019appuie \u00e9galement sur un travail sonore et visuel minutieux\u00a0: la vid\u00e9o de Denis Gu\u00e9guin, et la musique omnipr\u00e9sente de Jan Duszynski, qui renforcent la plong\u00e9e dans un entre-monde d\u00e9cadent et d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Mais cet espace-temps, qui n\u2019est ni celui de Proust, ni le n\u00f4tre, reste vacillant et, en d\u00e9pit d\u2019une tentative manifeste d\u2019\u00e9purer la mise en sc\u00e8ne, est\u00a0satur\u00e9 d\u2019effets sc\u00e9niques qui ne trouvent pas toujours leur justification, et tiennent plus lieu de l\u2019utilisation d\u2019une \u00ab\u00a0grammaire warlikowskienne\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle le metteur en sc\u00e8ne c\u00e8de par facilit\u00e9. Ainsi ces s\u00e9quences film\u00e9es projet\u00e9es en fond, qui illustrent l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 sexuelle dans le monde v\u00e9g\u00e9tal et animal, \u00e9cho \u00e0 la repr\u00e9sentation de la sexualit\u00e9 par Proust.<\/p>\n<p>Plus d\u00e9cisives\u00a0sont les invocations ext\u00e9rieures (Pessoa, Celan et Racine) qui contribuent \u00e0 \u00e9paissir cet espace-temps. <em>Fugue de mort<\/em>, le po\u00e8me le plus c\u00e9l\u00e8bre de Paul Celan, projette directement l\u2019image des camps de concentration nazis. Pourquoi convoquer Celan dans Proust\u00a0? C\u2019est que, semble nous dire Warlikowski, il y a dans les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes de la Belle \u00c9poque, et particuli\u00e8rement en France, figure de proue de l\u2019Europe d\u00e9cadente, le germe du basculement dans l\u2019ab\u00eeme \u2013\u00a0dont l\u2019affaire Drefyus n\u2019est que la partie \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg. Warlikowski a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu\u2019on ne peut plus voir <em>Le Marchand de Venise<\/em> de Shakespeare ou \u00e9couter Wagner sans passer par le prisme de la Seconde Guerre mondiale, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment le point de convergence de l\u2019\u0153uvre de Celan (avec la date-pivot du 20 janvier, qui, comme expliqu\u00e9 dans <em>Le M\u00e9ridien<\/em>, est \u00e0 la fois celle du d\u00e9part de Lenz chez B\u00fcchner et de la Solution finale). Quant \u00e0 Nietzsche, dont on conna\u00eet la r\u00e9cup\u00e9ration politique, il appara\u00eet sous les mots du po\u00e8me <em>Ultimatum<\/em>\u00a0de Pessoa (1917), sorte de parodie violente et nerveuse de la parole zoroastrienne. C\u2019est Robert de Saint-Loup, le neveu de Charlus, bient\u00f4t mort \u00e0 la guerre, qui d\u00e9ploie ce monologue dont Warlikowski aura toutefois extrait ce qui l\u2019arrange, ignorant totalement sa dimension \u00ab\u00a0programmatique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Warlikowski a assez martel\u00e9\u00a0qu\u2019il n\u2019aimait finalement pas le th\u00e9\u00e2tre tout en se sentant inexorablement contraint d\u2019en faire. Du moins, la sc\u00e8ne ne doit-elle \u00eatre pour lui qu\u2019un lieu de confrontation et de connaissance. Pourtant, dans ce jeu de voyeurs et de sadomasochistes qu\u2019il a extrait de <em>La Recherche<\/em>, le spectateur peine \u00e0 trouver sa place. On lui soumet la repr\u00e9sentation de la d\u00e9cadence, mais \u00e0 aucun moment il n\u2019est v\u00e9ritablement confront\u00e9 \u00e0 interroger la sienne propre. Le narrateur (jou\u00e9 par Bartosz Gelner) est tout \u00e0 fait symptomatique de cette contradiction. \u00c0 la fois double de Proust et de Warlikoswki (avec lequel il entretient une sorte de mim\u00e9tisme), il n\u2019est l\u00e0 qu\u2019en t\u00e9moin silencieux \u2013\u00a0le plus souvent passif, rejet\u00e9 \u00e0 un bout du plateau, ou manipul\u00e9 par les autres\u00a0\u2013, tandis que les vrais conducteurs de l\u2019action sont les Guermantes et les Verdurin. Il subit, comme le spectateur, l\u2019exacerbation du sexuel et de son rapport intime \u00e0 la violence et \u00e0 la mort. Les personnages vieillissent et finissent par constituer une galerie de cadavres, \u00e0 l\u2019instar de ce Charlus m\u00e9tamorphos\u00e9 en Karl Lagerfeld sous perfusion (Lagerfeld, en parfaite repr\u00e9sentation de la violence d\u2019une certaine \u00e9lite, ne disait-il pas que \u00ab\u00a0la m\u00e9chancet\u00e9 est pardonnable si elle est spirituelle\u00a0\u00bb\u00a0?). Mais l\u00e0 o\u00f9 <em>La Recherche<\/em> \u00e9tait pour Proust, et son narrateur, une initiation \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9,\u00a0<em>Les Fran\u00e7ais<\/em>\u00a0agit comme une contre-initiation qui reste confin\u00e9e au monde de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p><strong>Il\u00a0ne s\u2019agit pas de Proust par Warlikowski, mais de Warlikowski par Proust<\/strong><\/p>\n<p>Car si Warlikowski a trouv\u00e9 chez Proust un compagnon de souffrance, englu\u00e9 par le poids de la culpabilit\u00e9 (celle d\u2019\u00eatre juif et homosexuel, et on pourrait ajouter d\u2019\u00eatre Polonais et fils d\u2019ouvrier, il demeure contraint, malgr\u00e9 cela, de faire du th\u00e9\u00e2tre bourgeois destin\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite occidentale. On comprend alors, par ce troisi\u00e8me projet autour de Proust, qui l\u2019obs\u00e8de depuis ses d\u00e9buts \u00e0 la mise en sc\u00e8ne (apr\u00e8s sa cr\u00e9ation de 1994 au Piccolo Teatro de Milan et en 2002 au th\u00e9\u00e2tre de Bonn), qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de Proust par Warlikowski, mais de Warlikowski par Proust.<em> Les Fran\u00e7ais<\/em>, plut\u00f4t qu\u2019un portrait de la France ou de l\u2019Europe, est d\u2019abord un autoportrait du metteur en sc\u00e8ne. De m\u00eame qu\u2019il ne faisait aucun doute que Castellucci \u00e9tait l\u2019\u0152dipe-proph\u00e8te de son <em>\u00d6dipus der Tyrann<\/em>\u00a0(2015), Warlikowski est ici le porteur de v\u00e9rit\u00e9s sombres, le t\u00e9moin d\u2019un monde cr\u00e9pusculaire qui n&#8217;est pas \u00e0 chercher dans une temporalit\u00e9 historique abstraite mais dans une\u00a0intimit\u00e9 humaine toujours conjugu\u00e9e au pr\u00e9sent.<\/p>\n<figure id=\"attachment_101\" aria-describedby=\"caption-attachment-101\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"101\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/les-francais-warlikowski-agitateur-de-la-decadence\/attachment\/2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/2.jpg\" data-orig-size=\"700,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Dans le salon de plexiglas des Guermantes, de gauche \u00e0 droite\u00a0: Maciej Stuhr, Jacek Poniedzialek, Agata Buzek, Ewa Dalkowska, Marek Kalita, Malgorzata Hajewska-Krzysztofik. Photo par Tal Bitton &lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/2.jpg\" class=\"size-full wp-image-101\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/2.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/2.jpg 700w, https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-101\" class=\"wp-caption-text\">Dans le salon de plexiglas des Guermantes, de gauche \u00e0 droite\u00a0: Maciej Stuhr, Jacek Poniedzialek, Agata Buzek, Ewa Dalkowska, Marek Kalita, Malgorzata Hajewska-Krzysztofik. Photo par Tal Bitton<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce rapport au tragique, on le retrouve par la s\u00e9quence finale de la pi\u00e8ce\u00a0: une longue tirade issue de <em>Ph\u00e8dre<\/em>, qui fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019obsession de Proust, tout au long de <em>La Recherche<\/em>, pour Racine, que Charlus v\u00e9n\u00e8re au plus haut degr\u00e9. Pour se convaincre de l\u2019importance de l\u2019allusion, on ira voir les Ph\u00e8dre\u00a0incarn\u00e9es par Isabelle Huppert\u2026 dans la mise en sc\u00e8ne de Warlikowski\u00a0! \u00ab\u00a0[C]e que je demandais \u00e0 cette matin\u00e9e, c\u2019\u00e9tait tout autre chose qu\u2019un plaisir\u00a0: des v\u00e9rit\u00e9s appartenant \u00e0 un monde plus r\u00e9el que celui o\u00f9 je vivais\u00a0\u00bb, avoue le narrateur de <em>La Recherche<\/em>\u00a0\u00e0 propos de <em>Ph\u00e8dre<\/em>. Et c\u2019est bien \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 un plaisir que convoque Warlikowski. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il anticipe la critique gr\u00e2ce \u00e0 ce mot de Proust\u00a0: \u00ab\u00a0ce sont les \u0153uvres vraiment belles (\u2026) \u00a0qui doivent le plus nous d\u00e9cevoir\u00a0\u00bb. Non pas une beaut\u00e9 formelle, mais la beaut\u00e9 d\u2019une v\u00e9rit\u00e9, de ce \u00ab\u00a0monde plus r\u00e9el\u00a0\u00bb\u00a0 auquel nous invite <em>Les Fran\u00e7ais<\/em>. Un spectacle\u00a0porteur de\u00a0toutes les contradictions propres \u00e0 la pens\u00e9e et au th\u00e9\u00e2tre de Warlikowski, d\u00e9rang\u00e9s et d\u00e9rangeants, qui font sa richesse, mais aussi sa limite, dans le foisonnement d\u2019une auto-analyse sc\u00e9nique un peu vaine.<\/p>\n<h6>Video<\/h6>\n<div align=\"center\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ZB45gMydFoI?rel=0\" width=\"700\" height=\"393\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/div>\n<p><a name=\"end\"><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"102\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/les-francais-warlikowski-agitateur-de-la-decadence\/mathiasdaval\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL.jpg\" data-orig-size=\"300,386\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"MathiasDAVAL\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-102\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/MathiasDAVAL-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end\"><\/a>*<strong>Mathias Daval<\/strong> was born in Paris, in 1977. He spent fifteen years in journalism, in print media and television. Concurrently, he was the administrator of a theatre company, \u201cUn Ange Passe.\u201d Also a writer, he won the Centre National du Th\u00e9\u00e2tre&#8217;s grant for his play <em>Followers<\/em>, in 2014, and he is the author of the Oulipian book <em>Les Doreurs de\u00a0pilule<\/em>. In 2015, he co-founded I\/O Gazette (<a href=\"http:\/\/www.iogazette.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.iogazette.fr<\/a>), a French newspaper dedicated to performing arts festivals all around the world. He is a member of the International Association of Theatre Critics and the managing editor of the festivals section of <em>The Theatre Times<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2017 Mathias Daval<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mathias Daval* Les Fran\u00e7ais, mise en sc\u00e8ne Krzysztof Warlikowski, d\u2019apr\u00e8s A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. \u00a0\/ Cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 2015 \u00e0 la Ruhrtriennale. \/ Dur\u00e9e\u00a0: 4h30. English summary Krzysztof Warlikowski\u2019s The French, based on In Search<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":100,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[6],"tags":[100],"class_list":["post-99","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews","tag-by-mathias-daval","","tg-column-two"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2017\/03\/1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8ugAy-1B","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=99"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1579,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99\/revisions\/1579"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/media\/100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=99"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=99"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/15\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=99"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}