{"id":118,"date":"2015-12-21T19:55:21","date_gmt":"2015-12-21T19:55:21","guid":{"rendered":"http:\/\/cs2.enl.auth.gr\/12\/?p=118"},"modified":"2023-06-03T08:36:42","modified_gmt":"2023-06-03T08:36:42","slug":"peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/","title":{"rendered":"Peindre et repeindre l\u2019\u0153uvre classique de Danwon: th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 et performance chez Lee Ok Kyoung"},"content":{"rendered":"<p><strong>Patrice Pavis<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p>La peintre contemporaine Lee Ok Kyoung a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif une \u0153uvre consid\u00e9rable dont la s\u00e9rie \u00ab Homage to Danwon \u00bb n\u2019est qu\u2019une facette particuli\u00e8re dans une cr\u00e9ation tr\u00e8s vari\u00e9e et ce, m\u00eame au sein de l\u2019exposition en solo qui lui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment consacr\u00e9e<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Cet hommage \u00e0 l\u2019un des peintres les plus connus du 18<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Kim Hong-Do (1745-1809), appel\u00e9 souvent Danwon par les Cor\u00e9ens, est d\u2019une grande originalit\u00e9 dans le contexte cor\u00e9en et international. Il nous permet de mieux comprendre la mani\u00e8re dont la peinture classique cor\u00e9enne est re\u00e7ue, retravaill\u00e9e, reprise, \u00ab repeinte \u00bb, pourrait-on presque dire. En effet, Lee Ok Kyoung s\u2019est donn\u00e9 pour t\u00e2che de \u00ab traduire \u00bb, d\u2019\u00ab adapter \u00bb, de \u00ab repeindre \u00bb treize tableaux de Danwon, parmi ceux que l\u2019on classe dans la cat\u00e9gorie des sc\u00e8nes de genre.<\/p>\n<p>Les tableaux de Lee Ok Kyoung ont besoin de la connaissance de ceux de Danwon non seulement pour \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s, mais pour que la d\u00e9marche m\u00e9ta- ou inter-picturale de l\u2019artiste soit comprise. Le terme d\u2019hommage est le plus g\u00e9n\u00e9ral, et aussi le plus vague, pour qualifier ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019imitation et de r\u00e9\u00e9laboration d\u2019une \u0153uvre pr\u00e9c\u00e9dente. La m\u00e9ta-peinture qui en r\u00e9sulte est une peinture qui part d\u2019une autre peinture qu\u2019elle transforme en une \u0153uvre nouvelle (\u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre vraiment originale). Pour l\u2019observateur, le plaisir est autant d\u2019examiner comment la peintre a \u00ab vu \u00bb, \u00ab repeint \u00bb une \u0153uvre pr\u00e9c\u00e9dente que de d\u00e9couvrir quelles cons\u00e9quences elle en a tir\u00e9es pour fonder sa propre \u0153uvre, une \u0153uvre \u00e0 part enti\u00e8re. Car m\u00eame en imitant Danwon, Lee Ok Kyoung, a d\u2019abord d\u00fb analyser chaque \u0153uvre classique ; elle ne pouvait pas ne pas interpr\u00e9ter chaque tableau, ne serait-ce que pour le comprendre et l\u2019appr\u00e9cier avant d\u2019en proposer sa propre version. Il lui faut imaginer comment Danwon a lui-m\u00eame probablement vu telle sc\u00e8ne ou telle action ; elle doit ensuite imaginer et reconstituer ce processus. Il lui faut donc non seulement relever le contenu narratif de la sc\u00e8ne, mais aussi imaginer comment Danwon a souhait\u00e9 repr\u00e9senter et donc interpr\u00e9ter la sc\u00e8ne. Elle observe et elle se figure les traces du regard de Danwon sur ses sujets, son sens de la repr\u00e9sentation, sa compr\u00e9hension du motif et son regard port\u00e9 sur les sc\u00e8nes. C\u2019est seulement alors que Lee Ok Kyoung est en mesure d\u2019en proposer un \u00e9quivalent graphique, un relev\u00e9 topographique presque, une <em>reprise.<\/em> Ce n\u2019est pas tant une reprise comme r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame qu\u2019une \u00ab reprise de feu \u00bb : lorsqu\u2019un incendie mal \u00e9teint reprend de plus belle. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de Lee Ok Kyoung, la peinture de Danwon \u00ab reprend \u00bb elle aussi, comme d\u2019un foyer mal \u00e9teint ou d\u2019une peinture classique qui ne demande qu\u2019\u00e0 \u00e9tinceler ou \u00e0 rena\u00eetre de ses cendres\u2026<\/p>\n<p>Cette <em>reprise<\/em>, cette <em>re-peinture<\/em>, n\u2019est pas une technique comparable \u00e0 celle des peintres classiques occidentaux, particuli\u00e8rement des peintres en apprentissage, qui ex\u00e9cutaient une copie d\u2019une \u0153uvre de leur ma\u00eetre ou d\u2019un mod\u00e8le admir\u00e9. Elle ne doit pas non plus \u00eatre confondue avec la pratique des peintres du 20<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, lorsqu\u2019ils s\u2019inspiraient d\u2019une \u0153uvre classique pour reprendre des motifs ou des compositions afin, ou avant, de cr\u00e9er leur propre \u0153uvre (ainsi Picasso avec <em>Las Meninas<\/em> de Velasquez, ou Miro avec <em>Le joueur de luth<\/em> de Sorgh, ou encore Bacon refaisant le portrait d\u2019<em>Innocent X <\/em>de Velasquez). Dans ces reprises contemporaines, on note une nette transformation de la vision, de l\u2019impression et de la technique des \u0153uvres classiques dont s\u2019inspirent les artistes. On verra que chez Lee Ok Kyoung, l\u2019imitation n\u2019est pas une simple copie, qu\u2019elle varie d\u2019une toile \u00e0 l\u2019autre. M\u00eame si la peintre semble toujours montrer et dire la m\u00eame chose, c\u2019est \u00e0 chaque fois dans un style diff\u00e9rent, d\u2019une autre mani\u00e8re. Mais tout est \u00e9videmment dans l\u2019art et la mani\u00e8re d\u2019imiter une \u0153uvre classique.<\/p>\n<p>Lee Ok Kyoung a choisi de se concentrer sur quelques \u0153uvres d\u00e9peignant la vie quotidienne des gens du peuple, dans un type de sujet que l\u2019on nommera, au 18<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle europ\u00e9en, la peinture de genre. Danwon a \u00e9galement peint la vie \u00e0 la cour, mais il est demeur\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre et adul\u00e9 en Cor\u00e9e pour ses \u0153uvres qui t\u00e9moignent avec tendresse de la vie des petites gens dans leurs activit\u00e9s journali\u00e8res. Que ce soit dans les tableaux de genre hollandais d\u00e8s le 16<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, puis europ\u00e9ens en g\u00e9n\u00e9ral au 17<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, ou dans les \u0153uvres de Danwon \u00e0 la fin du 18<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, la peinture de genre ob\u00e9it aux m\u00eames r\u00e8gles : la sc\u00e8ne saisit sur le vif une r\u00e9alit\u00e9 sociale ou socio-professionnelle ; elle ne renvoie qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame, sans symbolisme, sans allusion cach\u00e9e, sans souci d\u2019\u00e9dification morale ; elle montre des situations et des actions typiques d\u2019un milieu social ordinaire. Une des m\u00e9thodes les plus commodes, pour d\u00e9finir la peinture de genre, serait d\u2019\u00e9num\u00e9rer tout ce qu\u2019elle se garde bien d\u2019\u00eatre : \u00ab Tout ce qui, dans un tableau concerne les activit\u00e9s de l\u2019homme et n\u2019a pas de signification historique, religieuse ou mythologique, tout ce qui n\u2019est pas caract\u00e9ris\u00e9, exalt\u00e9 ou consacr\u00e9 par la connaissance, la pens\u00e9e ou la foi rel\u00e8ve du &#8220;genre&#8221;<a href=\"#end3\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Ces quelques exemples d\u2019hommage \u00e0 la peinture de Danwon nous aideront peut-\u00eatre \u00e0 comprendre comment cette <em>reprise,<\/em> cette <em>r\u00e9-vision<\/em> par une peintre contemporaine contribue \u00e0 reconsid\u00e9rer le pass\u00e9, la tradition et la culture cor\u00e9ennes \u00e0 l\u2019\u00e9poque Choson. La question se posera alors de savoir si la reprise d\u2019un tableau est comparable \u00e0 la relecture, la r\u00e9\u00e9criture, la mise en sc\u00e8ne d\u2019un classique de la litt\u00e9rature dramatique. La mise en sc\u00e8ne est en effet toujours l\u2019art de poser un regard critique, historique, politique sur une \u0153uvre du pass\u00e9, en la transformant, plus ou moins, pour un public contemporain.<\/p>\n<p>Prenons le tableau de Danwon, Boy Dancer, repris par Lee Ok Kyoung.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"327\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture11\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture11.jpg\" data-orig-size=\"340,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture11\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture11.jpg\" class=\"alignnone size-medium wp-image-327\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture11-255x300.jpg\" alt=\"Picture11\" width=\"255\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture11-255x300.jpg 255w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture11.jpg 340w\" sizes=\"auto, (max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"331\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture21\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture21.jpg\" data-orig-size=\"599,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture21\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture21.jpg\" class=\"alignnone wp-image-331\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture21.jpg\" alt=\"Picture21\" width=\"449\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture21.jpg 599w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture21-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 449px) 100vw, 449px\" \/><\/p>\n<p>Ce qui frappe, au premier regard, c\u2019est la proximit\u00e9, voire la similarit\u00e9 des deux tableaux. Lee Ok Kyoung reprend telle quelle la structure spatiale de l\u2019original : m\u00eame cadrage, m\u00eame position des personnages dans l\u2019espace, m\u00eame art raffin\u00e9 et pr\u00e9cis du dessin et des traits, m\u00eame colorisation de quelques \u00e9l\u00e9ments vestimentaires. Elle met \u00e0 plat le tableau de Danwon, comme pour un plan d\u2019architecte ou un relev\u00e9 topographique, elle stylise, elle simplifie, elle sch\u00e9matise les attitudes et des mouvements, les lignes de force du tableau. Elle accentue la stylisation d\u00e9j\u00e0 sensible chez Danwon. Chez les deux peintres, la r\u00e9partition des figures dans l\u2019espace du tableau est propre \u00e0 la tradition chinoise et cor\u00e9enne. L\u2019ensemble n\u2019est ni centr\u00e9 ni cadr\u00e9, il semble flotter dans un espace sans limites. En revanche, chaque personnage pris individuellement est trait\u00e9 avec un r\u00e9alisme minutieux dans les lignes du dessin. La sc\u00e8ne repose sur la tension entre le statisme introverti des musiciens et le mouvement vertical du danseur ainsi que le balancier des bras.<\/p>\n<p>On note chez Lee Ok Kyoung une g\u00e9om\u00e9trisation des contours, encore plus pouss\u00e9e que dans l\u2019\u0153uvre originale : g\u00e9om\u00e9trisation des traits et des formes, comme si l\u2019exigence de pr\u00e9cision et d\u2019exemplarit\u00e9 des situations, des conditions et des actions conduisait n\u00e9cessairement \u00e0 cette abstraction quasi math\u00e9matique des r\u00e9alit\u00e9s sociales. Le tableau de genre ne recherche pas seulement l\u2019exactitude historique d\u2019un milieu, il vise \u00e0 saisir la valeur et l\u2019esprit d\u2019une \u00e9poque avec le d\u00e9tachement et la pr\u00e9cision d\u2019un entomologiste.<\/p>\n<p>Danwon est un des inventeurs de cette tradition de la peinture de genre. Il a certes de brillants anc\u00eatres dans la peinture chinoise comme celle de Wou Wei (1459-1508) dans <em>Village de<\/em> <em>p\u00eacheurs<\/em>, ou Tai Tsin (actif au 15<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) dans <em>P\u00eacheurs au bord du fleuve<\/em>. La sc\u00e8ne de genre est parfois un d\u00e9tail dans un immense paysage (ainsi : <em>Retour tardif d\u2019une excursion au printemps<\/em>, de Tai Tsin<a href=\"#end4\"><sup>[3]<\/sup><\/a>). Ces peintres chinois n\u2019ont pas le trait aussi pr\u00e9cis et r\u00e9aliste que Danwon.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 vient alors l\u2019impression d\u2019\u00eatre, avec Danwon et Lee Ok Kyoung, en pr\u00e9sence de deux \u0153uvres diff\u00e9rentes dont l\u2019atmosph\u00e8re (cette atmosph\u00e8re dont parlent les gens de th\u00e9\u00e2tre) varie d\u2019un artiste \u00e0 l\u2019autre ? Cette diff\u00e9rence ne s\u2019explique pas seulement par le trait plus net et rectiligne de Lee Ok Kyoung, par les surfaces planes des v\u00eatements. Elle tient aussi \u00e0 quelques d\u00e9tails ajout\u00e9s qui influent sur la composition d\u2019ensemble. Ainsi les chapeaux des musiciens : six taches noires produisent un effet dynamique d\u2019un demi-cercle qui s\u2019oppose d\u2019autant plus nettement au danseur, \u00e0 sa chevelure noire, \u00e0 son bonnet rouge et sa veste violette.<\/p>\n<p>L\u2019adaptation picturale de Lee Ok Kyoung accentue l\u2019id\u00e9e que la danse et le mouvement sont soutenus par la musique, ce qui fait encore davantage ressortir les actions physiques et la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de cette sc\u00e8ne de genre.<\/p>\n<p>Nous pourrions poser aux autres \u0153uvres des questions similaires, car le principe g\u00e9n\u00e9ral de la reprise reste le m\u00eame. Mieux vaut cependant observer la diversit\u00e9 de cette adaptation picturale.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"332\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture31\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture31.jpg\" data-orig-size=\"343,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture31\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture31.jpg\" class=\"alignnone size-medium wp-image-332\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture31-257x300.jpg\" alt=\"Picture31\" width=\"257\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture31-257x300.jpg 257w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture31.jpg 343w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"333\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture41\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture41.jpg\" data-orig-size=\"596,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture41\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture41.jpg\" class=\"alignnone wp-image-333\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture41.jpg\" alt=\"Picture41\" width=\"447\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture41.jpg 596w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture41-300x201.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 447px) 100vw, 447px\" \/><\/p>\n<p>Ainsi le tableau des marchands ambulants (The peddlers) nous interpelle sur le contenu familial ou professionnel de ces sc\u00e8nes de la vie quotidienne. En jouant au jeu des diff\u00e9rences, on finit par comprendre ce qui a motiv\u00e9 le tableau-source de Danwon et le tableau-cible de Lee Ok Kyoung. Cette derni\u00e8re recadre la sc\u00e8ne des deux marchands en se concentrant sur une bande laissant de c\u00f4t\u00e9, en haut, le panier port\u00e9 par l\u2019homme et, en bas, les mollets et les pieds des protagonistes. Les rapports de couple s\u2019en trouvent l\u00e9g\u00e8rement accentu\u00e9s. L\u2019homme, dans la version contemporaine, est en d\u00e9s\u00e9quilibre comme s\u2019il \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9loigner. L\u2019absence de bouche, les yeux baiss\u00e9s rendent son visage anonyme et ferm\u00e9. On ne saurait dire si son b\u00e2ton est vraiment dirig\u00e9 vers la femme, ou s\u2019il s\u2019agit dans les deux cas d\u2019une illusion d\u2019optique. La femme (la m\u00e8re) baisse le regard, elle incline la t\u00eate, son b\u00e9b\u00e9 adopte la m\u00eame attitude de sommeil ou de soumission. Ces modifications de d\u00e9tail rendent la sc\u00e8ne plus ambigu\u00eb et dramatique : ce qui chez Danwon n\u2019\u00e9tait probablement qu\u2019une situation de travail et de voyage devient chez Lee Ok Kyoung l\u2019observation rapproch\u00e9e d\u2019un couple. Cet \u00e9cart avec la version de Danwon doit faire l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation de notre part, avec le risque d\u2019une surinterpr\u00e9tation, comme lorsque nous croyons voir, dans la reprise de Lee Ok Kyoung, une critique f\u00e9ministe des relations de pouvoir dans le couple. Pareille lecture nous \u00e9loigne du m\u00eame coup de la peinture de genre, laquelle multiplie les d\u00e9tails r\u00e9alistes et les observations typiques d\u2019un milieu ou d\u2019une \u00e9poque, sans chercher \u00e0 prendre trop directement parti. Chez Lee Ok Kyoung, la stylisation et la g\u00e9om\u00e9trisation effacent les d\u00e9tails trop pr\u00e9gnants. La sc\u00e8ne court le risque de devenir sch\u00e9matique, abstraite, voire conceptuelle. On perd alors la pr\u00e9cision d\u2019une sc\u00e8ne de genre, comme chez Danwon, mais on gagne la rapidit\u00e9 du message et le regard contemporain, plus critique sur les rapports des sexes. Cette focalisation, cette sch\u00e9matisation des traits souligne plus ou moins consciemment le processus de d\u00e9vitalisation, d\u2019acculturation et de globalisation de notre \u00e9poque, notre besoin aussi de nous pencher sur un pass\u00e9 certes id\u00e9alis\u00e9, mais moins standardis\u00e9 et uniformis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"334\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture51\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture51.jpg\" data-orig-size=\"335,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture51\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture51.jpg\" class=\"alignnone size-medium wp-image-334\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture51-251x300.jpg\" alt=\"Picture51\" width=\"251\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture51-251x300.jpg 251w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture51.jpg 335w\" sizes=\"auto, (max-width: 251px) 100vw, 251px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"335\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture61\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture61.jpg\" data-orig-size=\"646,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture61\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture61.jpg\" class=\"alignnone wp-image-335\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture61.jpg\" alt=\"Picture61\" width=\"485\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture61.jpg 646w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture61-300x186.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 485px) 100vw, 485px\" \/><\/p>\n<p>D\u2019autres tableaux confirment la perspective critique de Lee Ok Kyoung, notamment sur le monde du travail. C\u2019est le cas d\u2019une \u0153uvre comme <em>The Spinning Wheel<\/em>. L\u00e0 encore, les \u00e9carts, aussi minimes soient-ils, sont r\u00e9v\u00e9lateurs du regard de Lee Ok Kyoung. Cette derni\u00e8re choisit une des trois figures, celle de la fileuse, dont les gestes et les attitudes corporelles semblent domin\u00e9es par un jeu de lignes rectilignes. L\u2019expression du visage de la fileuse est difficile \u00e0 d\u00e9chiffrer chez Danwon (\u00e0 cause du mauvais \u00e9tat du papier). Chez Lee Ok Kyoung, les traits de la fileuse sont apais\u00e9s et, chose rare dans toutes ces reprises, un sourire affleure \u00e0 ses l\u00e8vres. La technique du corps de la femme accroupie est rest\u00e9e la m\u00eame : pr\u00e9cision des gestes, \u00e9quilibre entre la t\u00eate et les bras, entre le buste et les jambes sous l\u2019ample robe traditionnelle. Cette harmonie des gestes s\u2019impose, en d\u00e9pit de la s\u00e9v\u00e8re g\u00e9om\u00e9trie des traits. De Danwon \u00e0 Lee Ok Kyoung, on est ainsi pass\u00e9 de la courbe \u00e0 la droite, de la fluidit\u00e9 des gestes \u00e0 la rectitude g\u00e9om\u00e9trique des plis. Le fil tendu entre la main et un invisible instrument a lui aussi perdu sa courbure vers le bas de l\u2019image.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"336\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture71\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture71.jpg\" data-orig-size=\"336,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture71\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture71.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-336\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture71.jpg\" alt=\"Picture71\" width=\"336\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture71.jpg 336w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture71-252x300.jpg 252w\" sizes=\"auto, (max-width: 336px) 100vw, 336px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"337\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture81\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture81.jpg\" data-orig-size=\"271,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture81\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture81.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-337\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture81.jpg\" alt=\"Picture81\" width=\"271\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture81.jpg 271w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture81-203x300.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 271px) 100vw, 271px\" \/><\/p>\n<p>Avec <em>Lunch<\/em> se confirme l\u2019id\u00e9e que les adaptations de Lee Ok Kyoung adoptent toujours un point de vue personnel, ne serait-ce que dans le choix d\u2019une partie du tableau jug\u00e9e la plus pertinente. L\u2019\u0153uvre originale compte neuf personnages en train de manger. La reprise de Lee Ok Kyoung \u00e9limine la partie gauche du tableau : trois mangeurs et un chien en attente de nourriture. Cette omission ne pose aucun probl\u00e8me, car les deux tableaux restent soumis \u00e0 la m\u00eame conception de l\u2019espace : un espace plan, non cadr\u00e9, dans lequel les figures semblent pos\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Cette juxtaposition des corps dans un espace neutralis\u00e9 unicolore et sans arri\u00e8re-fond mim\u00e9tique n\u2019emp\u00eache pas la focalisation et la mise au premier plan de la femme, une m\u00e8re qui nourrit son b\u00e9b\u00e9 au sein. Elle est la seule \u00e0 ne pas manger, concentr\u00e9e qu\u2019elle est sur l\u2019enfant accroch\u00e9 \u00e0 son sein. Malgr\u00e9 ce recentrage sur la m\u00e8re et son abn\u00e9gation, la structure dramatique de l\u2019espace est pr\u00e9serv\u00e9e. Elle tourne en un arc de cercle autour de la figure maternelle et matricielle ; \u00e0 la voracit\u00e9 masculine s\u2019oppose la douceur maternelle. Cette dramatisation anecdotique anime toute la sc\u00e8ne : les diff\u00e9rentes attitudes des mangeurs deviennent les \u00e9tapes d\u2019un cadran imaginaire autour de la m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"338\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture91\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture91.jpg\" data-orig-size=\"338,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture91\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture91.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-338\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture91.jpg\" alt=\"Picture91\" width=\"338\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture91.jpg 338w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture91-254x300.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 338px) 100vw, 338px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"326\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture10\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture10.jpg\" data-orig-size=\"270,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture10\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture10.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-326\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture10.jpg\" alt=\"Picture10\" width=\"270\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture10.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture10-203x300.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><\/p>\n<p>M\u00eame dispositif spatial et id\u00e9ologique dans <em>A Well Side<\/em> : les femmes travaillent ; au centre l\u2019homme est servi et boit. Les deux femmes pr\u00e8s du puits d\u00e9tournent les yeux, le visage sans bouche (\u00e0 la diff\u00e9rence de chez Danwon) est peu expressif, tandis que la femme qui s\u2019\u00e9loigne a le visage ferm\u00e9, les sourcils fronc\u00e9s, les commissures des l\u00e8vres tir\u00e9es vers le bas dans une mimique de d\u00e9sapprobation. La corde qui sort du puits relie les trois principaux personnages et la femme sur le d\u00e9part se situe encore dans le prolongement de la corde et donc de l\u2019action principale. Les quatre protagonistes sont reli\u00e9s par le syst\u00e8me des regards, ce qui marque bien les interactions et les diff\u00e9rents points de vue. Seul l\u2019homme boit, sans nulle g\u00eane. Une femme regarde vers le fond du puits ; une autre se d\u00e9tourne de l\u2019homme d\u00e9penaill\u00e9 ; la derni\u00e8re s\u2019\u00e9loigne de la sc\u00e8ne, comme pour marquer sa d\u00e9sapprobation.<br \/>\nLes sc\u00e8nes de Danwon comme celles de Lee Ok Kyoung d\u00e9roulent la temporalit\u00e9 en plusieurs \u00e9pisodes, seulement sugg\u00e9r\u00e9s, aux dimensions variables, telle une bande dessin\u00e9e dont l\u2019observateur d\u00e9cide des cadres en vue des actions. Les tableaux de Danwon ou de Lee sont un concentr\u00e9 de situations sociales et psychologiques qui s\u2019entrechoquent, et qui laissent deviner un jugement ironique, voire critique sur la situation d\u00e9peinte. Ce jugement d\u00e9passe la litt\u00e9ralit\u00e9 de la sc\u00e8ne de genre, sans pour autant se r\u00e9duire \u00e0 une morale ou \u00e0 une conclusion sociale, voire politique. C\u2019est pourquoi les \u0153uvres de Danwon gardent une certaine neutralit\u00e9, voire une ambigu\u00eft\u00e9, comme pour nous \u00e9pargner tout commentaire trop explicite et laisser libre cours \u00e0 notre appr\u00e9ciation. On ne saurait pr\u00e9juger des intentions de l\u2019auteur, mais on sent bien la sympathie pour ses personnages, sa volont\u00e9 de faire conna\u00eetre leur modeste existence, le d\u00e9sir de t\u00e9moigner de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9, \u00e0 un moment, la vraie vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"339\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture111\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture111.jpg\" data-orig-size=\"331,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture111\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture111.jpg\" class=\"alignnone wp-image-339\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture111.jpg\" alt=\"Picture111\" width=\"248\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture111.jpg 331w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture111-248x300.jpg 248w\" sizes=\"auto, (max-width: 248px) 100vw, 248px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"328\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture12\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture12.jpg\" data-orig-size=\"600,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture12\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture12.jpg\" class=\"alignnone wp-image-328\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture12.jpg\" alt=\"Picture12\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture12.jpg 600w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture12-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<p>De cet humour pince-sans-rire, <em>Watching a Picture<\/em> nous donne un bon exemple. Car quel sens donner \u00e0 cette contemplation par un ar\u00e9opage d\u2019experts d\u2019un tableau encore vide ? Qui sont ces observateurs ? Des sp\u00e9cialistes appel\u00e9s \u00e0 juger l\u2019\u0153uvre ? Un commanditaire (en habit violet) qui se laisse expliquer par l\u2019artiste en chaussures rouges le sens de l\u2019\u0153uvre ou le projet de cette commande ? Ou bien un artiste qui, de honte, se cache le visage, tandis que les experts devisent sur son travail ? Lee Ok Kyoung ne cherche pas \u00e0 r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme ; elle accentue la blancheur et le vide de la surface centrale ; elle d\u00e9tache encore un peu plus de l\u2019ensemble le personnage au premier plan, l\u2019homme au chapeau et au voile violet et \u00e0 l\u2019habit bleu, le seul, avec l\u2019 \u00ab artiste \u00bb au fond, qui ne touche pas la toile, comme s\u2019il n\u2019avait pas encore pris possession du tableau ou bien comme s\u2019il \u00e9tait en train de passer commande. Quoi qu\u2019il en soit, la reprise de Lee Ok Kyoung simplifie et clarifie l\u2019original, elle souligne les contours et les traits pertinents des personnages, elle les traite comme des figures gris\u00e9es sur un fond noir, presque caricaturales, elle colorie quelques rares \u00e9l\u00e9ments, qui sont autant d\u2019indices de son interpr\u00e9tation.<br \/>\nOn n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la question de savoir si la peinture de genre de Danwon tenait d\u00e9j\u00e0 un discours politique, certes implicite, non-verbal mais tout aussi subversif que peut l\u2019\u00eatre une mise en sc\u00e8ne. Car la mise en sc\u00e8ne est \u00e0 tout moment en mesure de d\u00e9placer, transformer et subvertir le message explicite ou neutre d\u2019un texte ou d\u2019une tradition de jeu et d\u2019interpr\u00e9tation. Quant \u00e0 l\u2019intervention de Lee Ok Kyoung, on a encore plus de difficult\u00e9 \u00e0 n\u2019y voir qu\u2019un exercice de style, une variation artistique sur un mat\u00e9riau classique ; on n\u2019imagine pas que la peintre contemporaine n\u2019ait pas elle aussi voulu interroger politiquement ces sc\u00e8nes de la vie culturelle cor\u00e9enne d\u2019il y a trois si\u00e8cles.<\/p>\n<p>S\u2019il en est ainsi, on doit interroger l\u2019\u0153uvre de Danwon comme une m\u00e9moire culturelle, qu\u2019il s\u2019agit \u00e0 pr\u00e9sent de d\u00e9ployer pour en saisir la port\u00e9e alors et maintenant dans la \u00ab relecture \u00bb de Lee Ok Kyoung. Il faut donc commencer par Danwon : en quoi a-t-il contribu\u00e9 \u00e0 forger une identit\u00e9 cor\u00e9enne, parfois imaginaire, \u00e0 la fois comme document historique \u00e0 travers son art et comme objet artistique unique, insaisissable, mais tout de m\u00eame inscrit dans l\u2019histoire ? Ces sc\u00e8nes de genre, ces sayn\u00e8tes dramatiques, ces observations toujours satiriques de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 sont en effet autant un document historique qu\u2019une \u0153uvre esth\u00e9tique touchant encore profond\u00e9ment le public contemporain. \u00c0 travers sa reprise des \u0153uvres classiques, Lee OK Kyoung r\u00e9alise ce que tout observateur et amateur de Danwon fait naturellement : approfondir sa connaissance visuelle d\u2019une \u00e9poque ancienne et inscrire l\u2019\u0153uvre picturale dans l\u2019\u00e9volution et la recherche des formes. Sa m\u00e9ta-peinture, son inter-picturalit\u00e9 para\u00eetront \u00e0 certains, notamment aux Occidentaux obs\u00e9d\u00e9s par la nouveaut\u00e9 et l\u2019originalit\u00e9, une \u00e9trange et trop fid\u00e8le paraphrase, une tentative artistique vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, \u00e9tant donn\u00e9 le g\u00e9nie de l\u2019original. Pourtant, cette tentative pour rendre hommage \u00e0 Danwon se justifie pleinement quelle que soit la modestie du propos, des intentions d\u00e9clar\u00e9es et des interventions artistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"329\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture13\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture13.jpg\" data-orig-size=\"354,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture13\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture13.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-329\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture13.jpg\" alt=\"Picture13\" width=\"354\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture13.jpg 354w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture13-266x300.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 354px) 100vw, 354px\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"330\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/picture14\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture14.jpg\" data-orig-size=\"263,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Picture14\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture14.jpg\" class=\"alignnone size-full wp-image-330\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture14.jpg\" alt=\"Picture14\" width=\"263\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture14.jpg 263w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/Picture14-197x300.jpg 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 263px) 100vw, 263px\" \/><\/p>\n<p>Prenons, pour nous en convaincre, un dernier exemple, celui de <em>The<\/em> <em>Ferry<\/em>. Lee Ok Kyoung a enti\u00e8rement recompos\u00e9 la sc\u00e8ne en choisissant un d\u00e9tail : les deux passeurs d\u2019une barque lourdement charg\u00e9e d\u2019animaux et d\u2019humains font glisser la barge vers une destination inconnue. Transport\u00e9s au premier plan, les deux hommes sont en plein effort, \u00e0 en juger par la courbure de la perche, ils semblent sur le point de quitter le cadre du tableau par la gauche, laissant au-dessus d\u2019eux les deux fresques des passagers entass\u00e9s sur le bac. Le statut spatial des deux barges est incertain : chez Danwon elles pourraient appartenir \u00e0 un espace r\u00e9aliste, \u00e9tant vues de loin et de haut (la grandeur des barques et des passagers diff\u00e8re, selon les r\u00e8gles de la perception) ; chez Lee Ok Kyoung, elles sont superpos\u00e9es, telles deux bas-reliefs, dans un espace virtuel, symbolique auquel est juxtapos\u00e9, tout aussi arbitrairement et par un effet de collage, le d\u00e9tail de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la barque. L\u2019espace de Lee Ok Kyoung est mixte : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, c\u2019est l\u2019espace neutralis\u00e9 et infini de la peinture chinoise ou cor\u00e9enne : un arri\u00e8re-fond unicolore sur lequel on colle diff\u00e9rentes figures ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est l\u2019espace du premier plan : un espace focalis\u00e9 sur les protagonistes tout en ne craignant pas d\u2019\u00eatre quelque peu d\u00e9centr\u00e9 et d\u00e9cadr\u00e9. Il semble que l\u2019espace combine ici des principes incompatibles et une esth\u00e9tique tant\u00f4t occidentale tant\u00f4t cor\u00e9enne. Cela n\u2019a en soi rien d\u2019\u00e9tonnant puisque la peintre a elle-m\u00eame une formation autant europ\u00e9enne (allemande) que cor\u00e9enne. Dans la soci\u00e9t\u00e9 cor\u00e9enne contemporaine, les influences euro-am\u00e9ricaines (et internationales) sont au moins aussi fortes que l\u2019impr\u00e9gnation culturelle cor\u00e9enne classique. Quand bien m\u00eame la peintre le souhaiterait, son adaptation des \u0153uvres de Danwon ne saurait se produire dans le seul contexte intra-cor\u00e9en ; elle est ouverte aux courants de l\u2019art contemporain international. Il convient de bien distinguer les facteurs anthropologiques ou sociologiques et les donn\u00e9es esth\u00e9tiques de la peinture. Distinction \u00e9videmment tr\u00e8s d\u00e9licate, voire probl\u00e9matique. Dans ces exemples, les corps, leurs attitudes, et les mouvements (sugg\u00e9r\u00e9s) paraissent correspondre \u00e0 des techniques corporelles asiatiques, voire sp\u00e9cifiquement cor\u00e9ennes. En revanche, l\u2019abstraction-codification des corps ou des visages conduit \u00e0 une standardisation des contours qui \u00e9voquent davantage une informatisation et une globalisation des comportements, bien loin de la tradition culturelle cor\u00e9enne. Il y a, en somme, une tension (mais pas une hybridation) entre la tradition th\u00e9matique culturelle cor\u00e9enne et l\u2019universalisation-globalisation dans la mani\u00e8re de repr\u00e9senter le r\u00e9el. Il y aurait l\u00e0 une tentative de synth\u00e8se entre deux tendances contraires : la tradition culturelle locale et l\u2019\u00e9conomie standardis\u00e9e globale. Pareille synth\u00e8se est-elle r\u00e9alisable ou n\u2019est-elle que le v\u0153u pieux d\u2019un politicien national-moderniste ou d\u2019un artiste localement universel et universellement local, une sorte de \u00ab Catalan universel \u00bb, comme Miro aimait \u00e0 se d\u00e9finir ?<br \/>\nAvec ces sc\u00e8nes de genre, Danwon a magnifiquement t\u00e9moign\u00e9 des dures conditions de vie de son temps. Le travail de Lee Ok Kyoung ne consiste \u00e9videmment pas \u00e0 remplacer Danwon, lequel reste miraculeusement en phase avec notre \u00e9poque tout comme les sc\u00e8nes de genre de Vermeer nous sont rest\u00e9es accessibles. Lee Ok Kyoung n\u2019a d\u2019autre ambition qu\u2019un hommage, une variation, une adaptation, un commentaire, un regard nouveau. Dans une peinture tr\u00e8s dessin\u00e9e, volontairement sch\u00e9matique, elle nous propose une radiographie du pass\u00e9 qui imite, rejoue, \u00e9nonce, <em>performe<\/em> une \u0153uvre, locale dans les d\u00e9tails, universelle dans l\u2019esprit. C\u2019est l\u00e0 une mani\u00e8re tr\u00e8s saine, directe et critique, d\u2019\u00e9voquer le pass\u00e9 cor\u00e9en, sans l\u2019id\u00e9aliser comme dans les nombreux <em>musicals<\/em>, les films pour le cin\u00e9ma et la t\u00e9l\u00e9vision, les pi\u00e8ces th\u00e9\u00e2trales de commande : autant d\u2019\u0153uvres qui \u00e9chappent mal aux directives officielles des d\u00e9cideurs, ceux qui tiennent les cordons de la bourse.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9signer cette entreprise de m\u00e9ta- ou de re-peinture, le terme tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral et impr\u00e9cis <u>d\u2019adaptation<\/u> est peut-\u00eatre le moins mauvais. L\u2019adaptation d\u2019un texte en un autre ne pr\u00e9tend pas \u00eatre une copie, un calque, une traduction ; elle admet que toutes les composantes de l\u2019\u0153uvre peuvent changer jusqu\u2019\u00e0 rendre m\u00e9connaissable le texte de d\u00e9part, dans son contenu narratif comme dans sa forme et sa mat\u00e9rialit\u00e9. De la copie ou du travestissement \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture ou \u00e0 la parodie, toutes les transpositions sont imaginables. Lee Ok <span style=\"text-decoration: line-through;\">Young<\/span> Kyoung a souhait\u00e9 rendre hommage \u00e0 Danwon, en prenant soin de transf\u00e9rer le plus d\u2019\u00e9l\u00e9ments possible dans son adaptation. On pourrait presque parler de traduction fid\u00e8le des dessins de Danwon, de transfert scrupuleux de la dramaturgie des \u0153uvres. On retrouve les m\u00eames actants, le m\u00eame usage de l\u2019espace, l\u2019exacte pr\u00e9cision des lignes, des objets, des personnages repr\u00e9sent\u00e9s, m\u00eame langage et technique corporelle, et finalement la m\u00eame reconnaissance par le spectateur des situations, des m\u00e9tiers, du regard sympathique mais humoristique sur ces sans-grades de l\u2019Histoire. En ce sens, l\u2019adaptation est presque une copie de l\u2019original. Mais, en m\u00eame temps, l\u2019\u0153uvre de Lee Ok Kyoung n\u2019a rien d\u2019une photocopie au laser ! Elle diff\u00e8re (plus ou moins selon les tableaux) de l\u2019original dans sa mat\u00e9rialit\u00e9, ne serait-ce que dans l\u2019\u00e9paisseur des traits, dans l\u2019usage inattendu de quelques couleurs, dans le recadrage. Rien de surprenant \u00e0 ces \u00e9carts, puisque toute traduction, (toute adaptation, toute r\u00e9\u00e9criture) ne saurait reproduire une autre \u0153uvre, en d\u00e9pit de toutes ses protestations de fid\u00e9lit\u00e9. En effet, la lecture, la pr\u00e9paration, le passage \u00e0 l\u2019acte cr\u00e9ateur implique une interpr\u00e9tation \u00e0 travers ce que les th\u00e9\u00e2trologues nomment l\u2019analyse dramaturgique. Cette interpr\u00e9tation (du moins telle que nous l\u2019imaginons \u00e0 la suite d\u2019intuitions comme de patientes analyses formelles) implique des choix, des obsessions, des valeurs propres \u00e0 l\u2019artiste, et \u00e0 l\u2019artiste dans la situation mat\u00e9rielle et spirituelle concr\u00e8te de son \u00e9poque. Dans ces hommages interpicturaux, l\u2019interpr\u00e9tation a consist\u00e9 \u00e0 \u00ab souligner le trait \u00bb de Danwon, au sens propre et au sens figur\u00e9 : les contours sont renforc\u00e9s et le commentaire implicite de ces sc\u00e8nes familiales ou soci\u00e9tales est rendu encore plus explicite, humoristique, critique, voire satirique.<\/p>\n<p>Toute traduction ou toute adaptation r\u00e9alise, par rapport \u00e0 l\u2019original, des pertes mais aussi des gains. Dans le cas pr\u00e9sent, la principale perte, c\u2019est justement la finesse du trait de Danwon, le sens du d\u00e9tail pertinent, la richesse de ces \u00e9tudes ethnologiques de diff\u00e9rents groupes sociaux, l\u2019intersubjectivit\u00e9 encore lisible dans ces rencontres humaines. Tout commentaire m\u00e9tapictural est simplificateur, surtout s\u2019il n\u2019est pas renforc\u00e9 par un contre-discours original et puissant, celui de l\u2019artiste qui cr\u00e9e son \u0153uvre selon sa propre \u00ab mani\u00e8re \u00bb. Le principal gain, en revanche, est celui d\u2019une r\u00e9flexion approfondie sur l\u2019h\u00e9ritage \u00e0 la fois culturel et pictural de l\u2019\u0153uvre de Danwon. Cet h\u00e9ritage, ce patrimoine doit non seulement \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9, entretenu, comment\u00e9 par les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Il ne doit cependant pas \u00eatre seulement conserv\u00e9 pour les \u00e9rudits et pour les conservateurs de mus\u00e9e ; ni d\u2019ailleurs congel\u00e9 pour les sp\u00e9culateurs de l\u2019art (les financiers agiles comme les philosophes instables). Il doit \u00eatre p\u00e9riodiquement questionn\u00e9, r\u00e9\u00e9valu\u00e9 et si possible retravaill\u00e9 dans un cheminement nouveau : ni id\u00e9alis\u00e9 dans une admiration b\u00e9ate, ni d\u00e9truit dans un usage iconoclaste. En ce sens, la tentative de Lee Ok Kyoung contribue aussi \u00e0 la pr\u00e9servation du patrimoine classique. Son travail sur Danwon, cette \u00ab mise en sc\u00e8ne \u00bb de l\u2019\u0153uvre classique, est comparable \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des classiques du th\u00e9\u00e2tre occidental : c\u2019est un hommage et un maillon dans la cha\u00eene de transmission des \u0153uvres du pass\u00e9. C\u2019est une reconnaissance que les \u0153uvres du pass\u00e9 ne sont jamais d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi une mani\u00e8re de mettre en doute la notion de <em>Zeitgeist<\/em> ou de <em>Volksgeist<\/em> qui serait l\u2019essence d\u2019une \u00e9poque, d\u2019une philosophie, d\u2019un art, que l\u2019on pourrait ramener \u00e0 une essence et que Danwon aurait miraculeusement incarn\u00e9e et saisie dans ses sc\u00e8nes de genre. Or la pens\u00e9e esth\u00e9tique cor\u00e9enne recourt souvent \u00e0 ces raccourcis un peu rapides et nationalistes en affirmant que l\u2019\u0153uvre de Danwon est l\u2019essence du peuple cor\u00e9en, de la cor\u00e9anit\u00e9. Au contraire, en consid\u00e9rant que cette \u0153uvre comme toutes les autres a constamment besoin d\u2019\u00eatre mise en sc\u00e8ne (c\u2019est-\u00e0-dire remise sur le m\u00e9tier, r\u00e9\u00e9valu\u00e9e d\u2019un point de vue contemporain et pour un nouveau public), on prend le contre-pied de cette vision essentialiste<a href=\"#end5\"><sup>[4]<\/sup><\/a>). Cette reprise de Lee Ok Kyoung est peut-\u00eatre une tentative pour briser le cercle de l\u2019admiration et de la <em>Volksgeist<\/em> \u00e0 la Panofsky, pour r\u00e9activer le pass\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9sent, au lieu de fuir dans la suppos\u00e9e essence de la cor\u00e9anit\u00e9 ou autre \u00e9loge de la cor\u00e9anisation. Gr\u00e2ce \u00e0 notre regard contemporain sur l\u2019art du pass\u00e9 depuis notre point de vue actuel nous connaissons mieux les \u0153uvres du pass\u00e9. C\u2019est un peu ce que fait Lee Ok Kyoung, m\u00eame si elle n\u2019en est peut-\u00eatre pas consciente. Elle ne pr\u00e9tend pas r\u00e9activer et r\u00e9\u00e9valuer Danwon \u00e0 travers ses propres reprises. Mais son travail m\u00e9tapictural t\u00e9moigne d\u2019une position anti-essentialiste. C\u2019est une tentative pour faire exister Danwon dans notre \u00e9poque, comme si on pouvait proposer une nouvelle mise en sc\u00e8ne de ce tableau, et donc le performer et re-performer ! Ce qui, au fond, est un moyen non tant de conserver le patrimoine que le faire revivre. Au fond, Lee Ok Kyoung ne tente pas d\u2019\u00e9lucider le symbolisme de Danwon, tout simplement parce que celui-ci d\u00e9crivait le monde plus qu\u2019il ne l\u2019interpr\u00e9tait, fid\u00e8le en cela \u00e0 la m\u00e9thode de la peinture de genre. Elle-m\u00eame n\u2019interpr\u00e8te pas son mod\u00e8le, elle se borne \u00e0 le d\u00e9crire : pour son spectateur cela est un peu frustrant, car on est habitu\u00e9 \u00e0 des interpr\u00e9tations toujours nouvelles des artistes comme des critiques.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9servation et cette ouverture du patrimoine nous rappellent opportun\u00e9ment que <em>l\u2019adaptation <\/em>implique toujours <em>l\u2019adoption <\/em>d\u2019un point de vue renouvel\u00e9 en fonction du public des spectateurs et des regardants. Adopter un point de vue devrait \u00eatre la moindre des choses pour un artiste, mais il s\u2019agit aussi d\u2019adapter l\u2019\u0153uvre aux possibilit\u00e9s et \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de son public. Dans l\u2019hommage, il s\u2019agit d\u2019\u00eatre respectueux sans \u00eatre servile : c\u2019est le cas ici. Dans la parodie ou la r\u00e9\u00e9criture (<em>rewriting<\/em>), on se moque de l\u2019objet critiqu\u00e9, sans pour autant le m\u00e9priser ou le d\u00e9truire : on est loin de cette strat\u00e9gie avec Lee Ok Kyoung. Ni vestale, ni vandale. Lui fallait-il, d\u2019ailleurs, adopter un nouveau point de vue ? Oui et non. Non, parce que Danwon appartient au patrimoine cor\u00e9en et n\u2019avait nul besoin d\u2019\u00eatre restaur\u00e9 pour un public ignare. Oui, tout de m\u00eame, parce que Lee Ok Kyoung a pris plaisir \u00e0 souligner les travers persistants de la soci\u00e9t\u00e9 cor\u00e9enne (machisme, ob\u00e9issance aveugle, travail acharn\u00e9 et mal consid\u00e9r\u00e9, autorit\u00e9 vide et sid\u00e9rante des savants et des chefs, etc.). Elle s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de la culture cor\u00e9enne tout en l\u2019\u00e9largissant \u00e0 une perspective humaine universelle, dans la satire comme dans la tendresse envers l\u2019\u00eatre humain. Le point de vue de la peintre et la nature du public vis\u00e9 restent ambigus. Les influences, les emprunts, la connaissance des pratiques sociales, corporelles, rituelles sont difficiles \u00e0 \u00e9tablir : autant pour l\u2019\u0153uvre de Danwon dans son \u00e9poque que pour celle de Lee Ok Kyoung dans la n\u00f4tre. \u00ab Repeignant \u00bb Danwon \u00ab \u00e0 la mani\u00e8re de \u00bb, elle trouve aussi, paradoxalement, sa propre mani\u00e8re. Tout se passe comme si elle devait d\u2019abord prendre conscience de la mani\u00e8re, de la technique et de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de Danwon. C\u2019est seulement alors qu\u2019elle d\u00e9couvre comment elle-m\u00eame pourra trouver sa voix, quelle pourra \u00eatre la prochaine \u00e9tape de sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Cette prise de position sur le patrimoine, sa pr\u00e9servation autant que sa r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, sont essentielles, \u00e0 un moment o\u00f9 la Cor\u00e9e h\u00e9site sur sa mani\u00e8re d\u2019h\u00e9riter, notamment d\u2019un pass\u00e9 lointain dont bien des traces ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es ou volontairement supprim\u00e9es au cours de ces soixante-dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Or ce pass\u00e9 ne se limite pas \u00e0 quelques tr\u00e9sors artistiques ou vivants num\u00e9rot\u00e9s, il s\u2019\u00e9tend \u00e0 des traditions performatives (danse, f\u00eates, chant, arts du quotidien) que les dictatures ont cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9liminer pour que le peuple se consacre exclusivement au d\u00e9veloppement \u00e9conomique globalis\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise de Lee Ok Kyoung, et de bien d\u2019autres artistes cor\u00e9ens, ne se borne pas \u00e0 faire acc\u00e9der aux chefs d\u2019\u0153uvre du pass\u00e9. Elle s\u2019inscrit dans une dynamique de reconnaissance et de continuation de l\u2019art traditionnel avec les moyens d\u2019expression contemporains et pour un public vivant.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Notes de fin<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-size: 13px;\"><a name=\"end2\"><\/a>[1] \u00c0 la galerie Seoho (2 Insadong 6-gil, Jongno-gu, S\u00e9oul) du 3 au 9 octobre 2012.<br \/>\n<a name=\"end3\"><\/a>[2] \u00ab Genre (peinture de), <em>Dictionnaire de la peinture<\/em>. Sous la direction de Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin, Paris, 1987, p. 331.<br \/>\n<a name=\"end4\"><\/a>[3] James Cahill. <em>La peinture chinoise<\/em>, Gen\u00e8ve, Skira-Flammarion, 1977, p. 117-123, pour les tableaux.<br \/>\n<a name=\"end5\"><\/a>[4] Je rejoins ici la critique qu\u2019Ernst Gombrich fait de la th\u00e9orie de l\u2019art selon Panofsky : \u00ab Panofsky repr\u00e9sentait une tradition germanique de l\u2019histoire de l\u2019art, que j\u2019ai souvent critiqu\u00e9e. C\u2019est une tradition qui remonte, comme j\u2019ai essay\u00e9 de le montrer, \u00e0 la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne de l\u2019histoire et qui aime \u00e0 op\u00e9rer avec les id\u00e9es de <em>Zeitgeist<\/em> (esprit du temps) et du <em>Volksgeist<\/em> (esprit d\u2019un peuple). Cette tradition postule que toutes les manifestations d\u2019une \u00e9poque, la philosophie, l\u2019art, les structures sociales, etc. doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme l\u2019expression d\u2019une essence ou d\u2019un esprit identique. Par cons\u00e9quent, toute \u00e9poque est consid\u00e9r\u00e9e comme une totalit\u00e9 dans laquelle tout se tient. \u00bb Ernst Gombrich, Didier Eribon. <em>Ce que l\u2019image nous dit.<\/em> <em>Entretiens sur l\u2019art et la science<\/em>. Paris, Adam Biro, 1991, p.131-132.<a name=\"end1\"><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"266\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/peindre-et-repeindre-loeuvre-classique-de-danwon-theatralite-et-performance-chez-lee-ok-kyoung\/pavis-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1.jpg\" data-orig-size=\"639,422\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"pavis\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-266\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1-150x150.jpg\" alt=\"pavis\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>* <b>Patrice Pavis<\/b> est professeur \u00e0 la School of Arts, University of Kent, \u00e0 Canterbury. Derniers ouvrages : <em>Dictionnaire de la performance et du th\u00e9\u00e2tre contemporain<\/em> (Armand Colin) et <em>Performing Korea <\/em>(Palgrave).<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2015 Patrice Pavis<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrice Pavis* La peintre contemporaine Lee Ok Kyoung a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif une \u0153uvre consid\u00e9rable dont la s\u00e9rie \u00ab Homage to Danwon \u00bb n\u2019est qu\u2019une facette particuli\u00e8re dans une cr\u00e9ation tr\u00e8s vari\u00e9e et ce, m\u00eame au sein de l\u2019exposition<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":266,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-topics","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/12\/pavis-1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9xLnm-1U","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1074,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118\/revisions\/1074"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/media\/266"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/12\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}