{"id":89,"date":"2016-04-13T14:33:26","date_gmt":"2016-04-13T14:33:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/?p=89"},"modified":"2023-06-03T08:44:22","modified_gmt":"2023-06-03T08:44:22","slug":"espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/","title":{"rendered":"Espagne &#8211; Nouvelles dramaturgies espagnoles"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon <a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Les sc\u00e8nes d&#8217;un monde \u00e9clat\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Quels sont les orientations, les enjeux, les engagements artistiques, \u00e9thiques et politiques des nouvelles dramaturgies en Espagne ? De quelles r\u00e9alit\u00e9s t\u00e9moignent-elles ? De quelles visions du monde sont-elles porteuses ?<\/p>\n<p>Les \u00e9critures de Blanca Domenech, de Jose Manuel Mora et de Antonio Rojano me semblent embl\u00e9matiques des \u00e9volutions qui se sont produites dans la dramaturgie actuelle en Espagne, \u00e0 la fois par rapport \u00e0 celle de leurs ain\u00e9s, aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s sc\u00e9niques mais aussi par rapport aux r\u00e9percussions de la crise \u00e9conomique et des \u00e9v\u00e9nements politiques sur la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Blanca Domenech: <\/strong><strong>Conjuguer le regard critique avec la distance.<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_241\" aria-describedby=\"caption-attachment-241\" style=\"width: 238px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"241\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/domenech\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Domenech.jpg\" data-orig-size=\"238,357\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Domenech\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Blanca Domenech Photo: marcosGpunto&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Domenech.jpg\" class=\"size-full wp-image-241\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Domenech.jpg\" alt=\"Blanca Domenech Photo: marcosGpunto\" width=\"238\" height=\"357\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Domenech.jpg 238w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Domenech-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 238px) 100vw, 238px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-241\" class=\"wp-caption-text\">Blanca Domenech Photo: marcosGpunto<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dipl\u00f4m\u00e9e en dramaturgie de l&#8217;\u00c9cole Royale Sup\u00e9rieure d&#8217;Art Dramatique de Madrid, Blanca Domenech (n\u00e9e en 1976) commence \u00e0 travailler comme sc\u00e9nariste \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et \u00e0 \u00e9crire du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 en poursuivant en m\u00eame temps le travail de recherche, en particulier sur le th\u00e9\u00e2tre de Beckett.<\/p>\n<p><em>Eco<\/em>, sa premi\u00e8re pi\u00e8ce est publi\u00e9e aux \u00c9ditions Fundamentos en 2001.<\/p>\n<p>Parmi ses pi\u00e8ces <em>Vagamundos, La muse, La maladie de la pierre, Le point mort. Boomerang<\/em>, sa derni\u00e8re pi\u00e8ce, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en juin 2014 au Centre Dramatique National par Ernesto Caballero, directeur de ce th\u00e9\u00e2tre et en d\u00e9cembre 2014 traduite en russe au Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Art de Moscou.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de Blanca Domenech, politique mais pas engag\u00e9, n&#8217;affirme pas, ne prend pas parti, mais s&#8217;attache \u00e0 mettre au grand jour ce qui d\u00e9range, ce qu&#8217;on occulte et \u00e0 bousculer les certitudes.<\/p>\n<p>Les th\u00e8mes r\u00e9currents de se pi\u00e8ces: la situation de l&#8217;individu dans la soci\u00e9t\u00e9, son rapport au pouvoir, la d\u00e9shumanisation, la marchandisation de tout, y compris de l&#8217;\u00eatre humain, la lutte pour le pouvoir.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9criture tr\u00e8s concise, incisive, qui va au but sans chercher des effets stylistiques, s&#8217;op\u00e8re une alliance rare du concret avec la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Blanca Domenech distingue trois \u00e9tapes dans son \u00e9criture tr\u00e8s \u00e9troitement li\u00e9e avec son exp\u00e9rience personnelle et des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape est celle de \u00ab\u0153uvres impossibles\u00bb textes con\u00e7us \u00e0 partir de ce qu&#8217;elle appelle \u00ab l&#8217;inconscience \u00bb. Ces pi\u00e8ces ont une atmosph\u00e8re de science-fiction, plusieurs strates de lecture, un souffle surr\u00e9aliste et lancent des d\u00e9fis \u00e0 la sc\u00e8ne. \u00c0 cette veine appartiennent <em>\u00c9cho<\/em> (2002), <em>Pattes de chat<\/em> (2007), <em>Vagamundos<\/em> (2009), <em>La muse<\/em> (2010).<\/p>\n<p>La seconde p\u00e9riode de son \u00e9criture qu&#8217;elle d\u00e9finit comme \u00ab alarme sociale \u00bb d\u00e9bute en 2011 avec un changement radical dans sa proposition dramatique. Elle commence \u00e0 collaborer avec des collectifs th\u00e9\u00e2traux et inscrit son travail dans la proximit\u00e9 de la pratique sc\u00e9nique, en se confrontant aux impossibilit\u00e9s et aux exigences concr\u00e8tes du plateau, de la mise en sc\u00e8ne et du jeu d&#8217;acteur. Elle r\u00e9duit les couches de lecture et les ambigu\u00eft\u00e9s de ses pi\u00e8ces en leur conf\u00e9rant une structure plus synth\u00e9tique mais pas lin\u00e9aire. En m\u00eame temps la crise \u00e9veille sa conscience politique et sociale. Les \u00e9v\u00e9nements politiques, le d\u00e9sastre \u00e9conomique en Espagne, le mouvement des &#8220;Indign\u00e9s&#8221;, les expulsions des gens qui ne peuvent plus payer leur loyer, l&#8217;\u00e9migrations de jeunes Espagnols pour chercher du travail, la r\u00e9cup\u00e9ration de la m\u00e9moire historique, sont des th\u00e8mes de ses pi\u00e8ces \u00e9crites dans un \u00e9tat d&#8217;urgence et de col\u00e8re.<\/p>\n<p>En montrant des personnages dans des situations limites, de crise, elle interroge les possibilit\u00e9s d&#8217;action citoyenne et la capacit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 \u00eatre un instrument d&#8217;agitation sociale, son pouvoir de provocation, de rassembler, d&#8217;\u00e9veiller les consciences. \u00c0 cette p\u00e9riode appartient entre autres:<em>Point mort<\/em> (2012), La maladie de la pierre (2012), <em>Formalit\u00e9<\/em> (2013) <em>La troisi\u00e8me personne<\/em> (1013), <em>Boomerang<\/em> (2014).<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me \u00e9tape de l&#8217;\u00e9volution de son \u00e9criture qu&#8217;elle entame actuellement rassemble certaines caract\u00e9ristiques des \u00e9tapes pr\u00e9c\u00e9dentes, en conjuguant son engagement civique avec l&#8217;affirmation d&#8217;une ind\u00e9pendance intellectuelle et artistique. Une ind\u00e9pendance totale \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des mouvements id\u00e9ologiques, sociaux, des \u00e9coles et des chapelles esth\u00e9tiques. Sa recherche actuelle est centr\u00e9e sur la condition humaine et les fondements sociologiques du d\u00e9bat politique.<\/p>\n<p>Parmi ses mod\u00e8les et influences modernes et contemporains Blanca Domenech cite Bertolt Brecht et David Hare pour le th\u00e9\u00e2tre politique, Tchekhov et Pinter pour le \u00ab sous-texte \u00bb et dans le th\u00e9\u00e2tre espagnol contemporain Jose Sanchis Sinisterra, Juan Mayorga, Ernesto Caballero et Jordi Galceran.<\/p>\n<p><em>Vagamundos<\/em> est une pi\u00e8ce la plus repr\u00e9sentative de la premi\u00e8re p\u00e9riode de l&#8217;\u00e9criture de Blanca Domenech. Elle y recourt \u00e0 la m\u00e9taphore d&#8217;un monde insulaire, immobile, d\u00e9cal\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 normalis\u00e9e dans laquelle nous vivons. Ce monde insulaire incarne des possibilit\u00e9s de l&#8217;utopie qui permet de sortir au grand jour les erreurs du syst\u00e8me. Sa pi\u00e8ce est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;une vie insulaire que Blanca Domenech a faite entre 2005 et 2009 dans l&#8217;\u00eele de Minorque et ses rencontres avec la communaut\u00e9 des \u00ab anti syst\u00e8me \u00bb qui y vivent en marge de la soci\u00e9t\u00e9 en refusant tout compromis. Dans <em>Vagamundos<\/em> tout comme dans <em>La muse<\/em> l&#8217;histoire est construite sur le mode surr\u00e9aliste au sens de l&#8217;\u00e9criture de l&#8217;inconscient, comme un voyage sans cap d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 partir d&#8217;un point \u2013 dit-elle &#8211; l&#8217;\u00e9criture devient \u00ab automatique \u00bb avec le minimum d&#8217;intervention rationnelle. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;arbitrer mais de faire confiance \u00e0 l&#8217;histoire qui s&#8217;\u00e9crit et \u00e0 mes propres ressources qui se d\u00e9veloppent de fa\u00e7on intuitive, irrationnelle. Les \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s divers convergents de fa\u00e7on tr\u00e8s impr\u00e9visible en produisant une quantit\u00e9 de sens, ce qui donne la possibilit\u00e9 de lectures et d&#8217;approches sc\u00e9niques diff\u00e9rentes. \u00bb<\/p>\n<p>En 2011 Blanca Domenech s&#8217;engage dans un mouvement \u00ab Th\u00e9\u00e2tre Uncut \u00bb lanc\u00e9 en Angleterre qui propose aux auteurs de r\u00e9agir imm\u00e9diatement dans des textes courts contre les restrictions injustes dans le service public.<\/p>\n<p>\u00ab La politique et notre vie quotidienne sont inextricablement li\u00e9es &#8211; dit-elle. Je ne crois pas que le th\u00e9\u00e2tre puisse changer la politique mais c&#8217;est un espace id\u00e9al pour poser des questions sur la r\u00e9alit\u00e9 que nous vivons, sur des faits que les politiques dissimulent ou sur lesquels ils nous mentent. Je ne prends ni parti ni position d\u00e9termin\u00e9e, je pose seulement des questions d\u00e9rangeantes qui bousculent les certitudes des spectateurs. \u00bb<\/p>\n<p><em>Point mort<\/em> \u00e9crit dans le cadre de \u00ab Th\u00e9\u00e2tre Uncut \u00bb parle de la r\u00e9volte impuissante d&#8217;un homme en \u00e9chec professionnel et personnel. Il se rebelle contre l&#8217;ordre social et dans un moment de crise s&#8217;enferme dans les toilettes de son entreprise. \u00c0 partir de l\u00e0 nait en lui un combat dialectique. En r\u00e9alit\u00e9 sa r\u00e9volte est contre lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_243\" aria-describedby=\"caption-attachment-243\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"243\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/point\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point.jpg\" data-orig-size=\"1466,833\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Point\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Blanca Domenech, Point mort [Punto muerto] Photo: Pirata digital&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point-1024x582.jpg\" class=\"size-large wp-image-243\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point-1024x582.jpg\" alt=\"Blanca Domenech, Point mort [Punto muerto] Photo: Pirata digital\" width=\"700\" height=\"398\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point-1024x582.jpg 1024w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point-300x170.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point-768x436.jpg 768w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Point.jpg 1466w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-243\" class=\"wp-caption-text\">Blanca Domenech, <em>Point mort<\/em> [Punto muerto] Photo: Pirata digital<\/figcaption><\/figure>Blanca Domenech ne se limite pas \u00e0 d\u00e9noncer l&#8217;organisation stressante du travail mais elle interroge notre responsabilit\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui nous arrive dans ce syst\u00e8me injuste. Le personnage de la pi\u00e8ce, dans l&#8217;intimit\u00e9 des toilettes, fait et dit ce qu&#8217;en r\u00e9alit\u00e9 il s&#8217;interdit de faire et de dire. Il est pris dans ses propres cha\u00eenes de peur, de l\u00e2chet\u00e9, dont il est incapable de se lib\u00e9rer.<\/p>\n<p><em>La maladie de la pierre<\/em> parle du rapport de la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;histoire de la guerre civile Espagnole dont les blessures restent toujours ouvertes. Comment affronte-t-elle cette m\u00e9moire ?<\/p>\n<p>Certains des grands th\u00e8mes de Blanca Domenech sont reconduits d&#8217;une pi\u00e8ce \u00e0 l&#8217;autre. Comme <em>La muse<\/em>, <em>Boomerang<\/em> questionne la fronti\u00e8re floue entre une v\u00e9ritable \u00e9motion et son simulacre. <em>La muse<\/em> se passe dans un immense ensemble de bureaux de luxe construit sur un ancien quartier pauvre, <em>Boomerang<\/em> dans une cit\u00e9 financi\u00e8re pharaonique. Les deux lieux sont embl\u00e9matiques de notre soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par le capital et le march\u00e9 o\u00f9 l&#8217;individu n&#8217;existe pas s&#8217;il n&#8217;entre pas dans l&#8217;engrenage. Les deux pi\u00e8ces refl\u00e8tent le mod\u00e8le de l&#8217;\u00e9volution des grandes entreprises et son impact sur les comportements des individus qui y travaillent. Mais tandis que dans <em>La muse<\/em> le surr\u00e9alisme prend le dessus sur la r\u00e9alit\u00e9 dans <em>Boomerang<\/em> c&#8217;est le contraire. <em>Boomerang<\/em> reprend quelques th\u00e8mes trait\u00e9s d\u00e9j\u00e0 dans d&#8217;autres textes : la d\u00e9shumanisation, le mercantilisme vorace, la lutte pour le pouvoir. Mais le point de mire de Blanca Domenech dans <em>Boomerang<\/em> est la violence occult\u00e9e par des attitudes en apparence \u00ab civilis\u00e9es \u00bb dans notre soci\u00e9t\u00e9 soumise au capitalisme sauvage, cynique, dont l&#8217;avenir porte un doux nom: la barbarie.<\/p>\n<p><strong>Jos\u00e9 Manuel Mora: Chronique d&#8217;un monde en d\u00e9composition.<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_244\" aria-describedby=\"caption-attachment-244\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"244\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/mora\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora.jpg\" data-orig-size=\"824,619\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Mora\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Jos\u00e9 Manuel Mora &amp;#8211; Javier Bastias. Espacio Draft.inn. Photo: Rafael&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora.jpg\" class=\"wp-image-244\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora.jpg\" alt=\"Jos\u00e9 Manuel Mora - Javier Bastias. Espacio Draft.inn. Photo: Rafael\" width=\"700\" height=\"526\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora.jpg 824w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Mora-768x577.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-244\" class=\"wp-caption-text\">Jos\u00e9 Manuel Mora &#8211; Javier Bastias. Espacio Draft.inn. Photo: Rafael<\/figcaption><\/figure>\n<p>La carri\u00e8re de Jose Manuel Mora (n\u00e9 en 1978 \u00e0 S\u00e9ville) entam\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 est fulgurante, ses pi\u00e8ces prim\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises, certaines traduites en diverses langues, se sont impos\u00e9es en un temps record sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>Auteur, metteur en sc\u00e8ne, form\u00e9 \u00e0 S\u00e9ville, Madrid et Amsterdam, Jos\u00e9 Manuel Mora r\u00e9invente le th\u00e9\u00e2tre, renouvelle l&#8217;\u00e9criture dramatique, l&#8217;exp\u00e9rimente dans un rapport pluridisciplinaire. Il est fondateur en 2012 \u00e0 Madrid de Draft inn, espace d&#8217;essais, d&#8217;exp\u00e9rimentations et d&#8217;\u00e9changes internationaux des dramaturgies.<\/p>\n<p>Parmi ses pi\u00e8ces <em>La puret\u00e9 b\u00e9nie<\/em> (2000),<em> Cancer<\/em> (2003), <em>Trevelez<\/em> (2006) \u00e9crit et pr\u00e9sent\u00e9 au Royal Court \u00e0 Londres, <em>Mon \u00e2me ailleurs<\/em> (2008), <em>Les corps perdus <\/em>(2009), <em>Les nageurs nocturnes<\/em> (2014).<\/p>\n<p>Il vient de cr\u00e9er avec un compositeur et un chor\u00e9graphe un spectacle pluridisciplinaire \u00e0 partir du <em>Don Carlos<\/em> de Schiller et Verdi <em>My own private Don Carlos<\/em>.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9criture dramatique de Jos\u00e9 Manuel Mora se caract\u00e9rise par une structure elliptique, un langage concis, des dialogues laconiques, l&#8217;entrelacement des histoires fragmentaires, charg\u00e9es de sous-entendus, d&#8217;\u00e9nigmes, d&#8217;ambigu\u00eft\u00e9s. Mora n&#8217;en offre pas les cl\u00e9s, n&#8217;apporte pas de r\u00e9ponses obligeant ainsi le spectateur ou le lecteur \u00e0 d\u00e9nouer les fils, \u00e0 recomposer les histoires. Parmi ses th\u00e8mes r\u00e9currents : la famille avec ses zones d&#8217;ombre, ses secrets, la violence des rapports, la frustration affective, la qu\u00eate du sens, la transgression des normes, des conventions, la soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9composition.<\/p>\n<p>Dans les pi\u00e8ces de Mora impr\u00e9gn\u00e9es d&#8217;une atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante, myst\u00e9rieuse, le r\u00eave, le cauchemar, l&#8217;\u00e9tat de demi veille, troublent le r\u00e9el, le rendent suspect.<\/p>\n<p>Dans <em>Cancer<\/em>, une de ses premi\u00e8res pi\u00e8ces, Jos\u00e9 Manuel Mora aborde le th\u00e8me de l&#8217;amour face \u00e0 la mort, des racines et de la famille \u00e0 travers l&#8217;histoire d&#8217;un homme X qui fuit la maison natale et l&#8217;oppression familiale f\u00e9minine (sa m\u00e8re, ses deux s\u0153urs et son ex fianc\u00e9e) en se r\u00e9fugiant dans la grande ville o\u00f9 il vit avec Y son fianc\u00e9. Il d\u00e9couvre qu&#8217;il a un cancer. Alors que son fianc\u00e9 l&#8217;accompagne jusqu&#8217;\u00e0 la mort, sa famille, les quatre femmes qui appartiennent au pass\u00e9 de X, vont essayer de se rapprocher de lui, puis de ramener son corps mort \u00e0 ses racines, \u00e0 sa terre natale. On assiste \u00e0 une sorte de rituel fun\u00e8bre ou les quatre femmes identifi\u00e9es comme A B C D se livrant aux souvenirs impudiques, douloureux, font penser \u00e0 un ch\u0153ur de pleureuses. Jos\u00e9 Manuel Mora croise dans la pi\u00e8ce le pr\u00e9sent et le pass\u00e9 : les sc\u00e8nes paires ont lieu dans le pass\u00e9, avant la mort de X, les sc\u00e8nes impaires apr\u00e8s sa mort, dans le pr\u00e9sent. Ainsi les personnages se dessinent-ils par petites touches, \u00e0 travers divers moments, fragments de leurs vies. Il traite sur le mode po\u00e9tique, sans pathos, avec m\u00eame un certain humour, les th\u00e8mes de la maladie incurable, de l&#8217;homosexualit\u00e9, de l&#8217;amour face \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>La famille fissur\u00e9e, l&#8217;enracinement dans la terre, les secrets enfouis, l&#8217;enfance, la maison, la transmission sont des th\u00e8mes de <em>Mon \u00e2me ailleurs<\/em> dont la structure s&#8217;articule aussi sur un constant va et vient entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. Les personnages n&#8217;ont pas d&#8217;identit\u00e9 pr\u00e9cise ils se d\u00e9finissent par leurs liens g\u00e9n\u00e9rationnels : homme \u00e2g\u00e9, femme \u00e2g\u00e9e, homme jeune, leur fils, femme jeune, son \u00e9pouse et leur fils. Le temps, la dur\u00e9e est un \u00e9l\u00e9ment fondamental dans la pi\u00e8ce. Alors que les g\u00e9n\u00e9rations vieillissent et se succ\u00e8dent la maison, la ferme, demeure. Le grand-p\u00e8re, homme \u00e2g\u00e9, qui passe son temps \u00e0 soigner de nombreux chiens malades, veut transmettre la ferme \u00e0 son fils mais celui-ci veut la vendre. Jos\u00e9 Manuel Mora nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans ce territoire labyrinthique des passions humaines, des paysages inqui\u00e9tants des souvenirs de l&#8217;enfance, qui finalement conservent leur secret.<\/p>\n<p>Dans <em>Les corps perdus<\/em> \u00e9crit sur le mode d&#8217;une enqu\u00eate polici\u00e8re, Jos\u00e9 Manuel Mora superpose \u00e9galement plusieurs plans temporels, multiplie les \u00e9nigmes, les indices, les points de vue et les versions diff\u00e9rentes d&#8217;un m\u00eame fait et introduit un personnage Moi (projection de l&#8217;auteur ?) \u00e0 la fois dans et hors de l&#8217;action. Il pousse plus loin encore la fragmentation et les ambigu\u00eft\u00e9s de l&#8217;histoire qui s&#8217;inspire de faits r\u00e9els : les multiples meurtres non \u00e9lucid\u00e9s de jeunes femmes dans la ville de Ciudad Juarez au Mexique.<\/p>\n<p>\u00c0 travers la structure labyrinthique de la pi\u00e8ce, Mora trace une cartographie d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 depuis ses hauts lieux intellectuels : universit\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 la prison en passant par plusieurs lieux dans et hors la ville, dont les protagonistes vont du doyen de l&#8217;universit\u00e9, l&#8217;inspecteur de justice et professeur d&#8217;histoire \u00e0 l&#8217;universit\u00e9, journaliste, chauffeur de taxi, jeunes filles qui disparaissent et leurs familles au prisonnier coupable pr\u00e9sum\u00e9 des meurtres. Plusieurs d&#8217;entre eux pourraient \u00eatre impliqu\u00e9s dans les meurtres ou m\u00eame leurs auteurs. Mais Mora donne \u00e0 cette trag\u00e9die une dimension embl\u00e9matique, m\u00e9taphorique pour interroger \u00e0 travers elle les forces du mal dans l&#8217;homme, les racines de la violence et de la barbarie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_245\" aria-describedby=\"caption-attachment-245\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"245\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/nocturnes\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes.jpg\" data-orig-size=\"890,505\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"nocturnes\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Les nageurs nocturnes (Los nadadores nocturnos) | De Jose Manuel Mora | Mise en sc\u00e8ne Carlota Ferrer | Matadero 2015 Madrid | Photos: Sirai Siriano&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes.jpg\" class=\"wp-image-245\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes.jpg\" alt=\"Les nageurs nocturnes (Los nadadores nocturnos) | De Jose Manuel Mora | Mise en sc\u00e8ne Carlota Ferrer | Matadero 2015 Madrid | Photos: Sirai Siriano\" width=\"700\" height=\"397\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes.jpg 890w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes-300x170.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/nocturnes-768x436.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-245\" class=\"wp-caption-text\">Les nageurs nocturnes (Los nadadores nocturnos) | De Jose Manuel Mora | Mise en sc\u00e8ne Carlota Ferrer | Matadero 2015 Madrid | Photos: Sirai Siriano<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans <em>Les nageurs nocturnes<\/em> il recourt \u00e0 la m\u00e9taphore de la piscine et d&#8217;une communaut\u00e9 disparate de nageurs nocturnes pour parler des jeunes gens, condamn\u00e9s \u00e0 naviguer dans les eaux troubles de nos soci\u00e9t\u00e9s en d\u00e9composition. Une pi\u00e8ce pessimiste o\u00f9 le d\u00e9sastre est abord\u00e9 avec un certain humour surr\u00e9aliste. Une radiographie de la g\u00e9n\u00e9ration qui entre dans la vie active sans trop de perspectives et s&#8217;interroge sur le sens \u00e0 donner \u00e0 la vie. Des jeunes gens en \u00e9chec, frustr\u00e9s affectivement, ab\u00eem\u00e9s dans leur solitude, en qu\u00eate d&#8217;amour, de tendresse, d&#8217;un leader spirituel pour lesquels finalement la fuite dans le sexe, l&#8217;exc\u00e8s, la violence s&#8217;av\u00e8re le moyen de se lib\u00e9rer de leurs angoisses, de leur d\u00e9sarroi. Un groupe de gens qui viennent nager la nuit \u00e0 la piscine, image aussi de la matrice maternelle g\u00e9n\u00e9ratrice et r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice, mais qui communiquent peu entre eux, une sorte de famille rassemblant des solitudes et des incompr\u00e9hensions. Des personnages \u00e0 la d\u00e9rive, en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 qui frapp\u00e9e par la crise f\u00e9roce du capitalisme, n&#8217;a rien \u00e0 leur proposer.<\/p>\n<p><strong>Antonio Rojano: La sc\u00e8ne d&#8217;un monde en crise sans valeurs ni id\u00e9al<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_246\" aria-describedby=\"caption-attachment-246\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"246\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/rojano\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Rojano.jpg\" data-orig-size=\"600,300\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Rojano\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Antonio Rojano Photo: Mari \u00c1ngeles Romero Hierro&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Rojano.jpg\" class=\"size-full wp-image-246\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Rojano.jpg\" alt=\"Antonio Rojano Photo: Mari \u00c1ngeles Romero Hierro\" width=\"600\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Rojano.jpg 600w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Rojano-300x150.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-246\" class=\"wp-caption-text\">Antonio Rojano Photo: Mari \u00c1ngeles Romero Hierro<\/figcaption><\/figure>\n<p>Un des plus remarquables auteurs de th\u00e9\u00e2tre de la jeune g\u00e9n\u00e9ration Antonio Rojano (n\u00e9 en 1982 \u00e0 Cordoba) entame son \u0153uvre dramatique avec un projet ambitieux, une trilogie, sorte de r\u00eave am\u00e9ricain sous forme de cauchemar, dont le premier volet <em>R\u00eaves de sable<\/em> a re\u00e7u en 2005 le prestigieux Prix National Calder\u00f3n de la Barca.<\/p>\n<p>Il est aujourd&#8217;hui auteur de plus d&#8217;une dizaine de pi\u00e8ces parmi lesquelles : <em>La d\u00e9cadence \u00e0 Varsovie<\/em>, <em>Le cimeti\u00e8re de n\u00e9on<\/em>, <em>Fair Play<\/em>, <em>Katiuskas<\/em>, <em>La ville obscure<\/em>, J<em>e suis n\u00e9 dans le Nord pour mourir dans le Sud<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 boursier du Royal Court \u00e0 Londres et a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs festivals internationaux.<\/p>\n<p>On d\u00e9gage dans ses pi\u00e8ces l&#8217;influence du cin\u00e9ma et du th\u00e9\u00e2tre nord-am\u00e9ricain entre autres de Mamet, Carver, Shepard mais aussi d&#8217;auteurs europ\u00e9ens : Pinter, Becket, Heiner Muller.<\/p>\n<p>Son \u00e9criture concise, incisive, violente, syncop\u00e9e, elliptique et la structure dramatique avec des superpositions et des d\u00e9doublements de sc\u00e8nes, dialogues simultan\u00e9s, traduisent l&#8217;urgence des situations dans lesquelles se trouvent les personnages. Une \u00e9criture irr\u00e9ductible \u00e0 une esth\u00e9tique d\u00e9termin\u00e9e qui recourt \u00e0 la fois aux \u00e9l\u00e9ments hyperr\u00e9alistes, po\u00e9tiques, oniriques ou m\u00eame surr\u00e9alistes. Ses th\u00e8mes : la jeunesse d\u00e9racin\u00e9e sans futur, vou\u00e9e \u00e0 la violence, le d\u00e9sir de fuir, la mise en \u00e9chec de la structure familiale, la marginalit\u00e9, la manipulation de la v\u00e9rit\u00e9, le refus de la bien-pensance, des normes, des id\u00e9ologies qui restreignent l&#8217;individu.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas dans le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Antonio Rojano de prises de position ni de messages id\u00e9ologiques ou politiques. Les \u00e9v\u00e9nements historiques ou politiques auxquels il fait r\u00e9f\u00e9rence lui servent \u00e0 cr\u00e9er une distance et \u00e0 mettre en perspective la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui : la globalisation, la crise \u00e9conomique\u2026<\/p>\n<p>Dans sa trilogie am\u00e9ricaine : <em>R\u00eaves de sable<\/em> (2005), <em>La d\u00e9cadence \u00e0 Varsovie<\/em> (2006) et <em>Les gens de Las Vegas<\/em> (2008) Antonio Rojano d\u00e9place dans l&#8217;espace, en Am\u00e9rique du Nord, et dans le temps sa r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9 espagnole actuelle et ses perdants, sur la corruption et l&#8217;amoralit\u00e9 du pouvoir. Les protagonistes de la trilogie comme ceux de plusieurs autres pi\u00e8ces sont des personnages \u00ab on the road \u00bb. Ils fuient l&#8217;atmosph\u00e8re asphyxiante de l&#8217;endroit o\u00f9 ils vivent vers un ailleurs. Ce voyage vers l&#8217;inconnu est aussi un voyage vers leur propre v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>De jeunes amis Ian et Starky, protagonistes de <em>R\u00eaves de sable<\/em>, n&#8217;aspirent qu&#8217;\u00e0 fuir l&#8217;atmosph\u00e8re \u00e9touffante de leur village du Nouveau-Mexique situ\u00e9 en plein d\u00e9sert. Le monde, le vrai est au-del\u00e0 du d\u00e9sert. Au fur et \u00e0 mesure se dessine dans la pi\u00e8ce une cartographie des voyages et des fuites des nombreux personnages : tueurs et leurs victimes, prostitu\u00e9e, violeur\u2026 Nous sommes dans un monde qui tient d&#8217;un asile de fou o\u00f9 les fronti\u00e8res entre la r\u00e9alit\u00e9, la folie et le r\u00eave s&#8217;effacent.<\/p>\n<p>Dans <em>La d\u00e9cadence \u00e0 Varsovie<\/em> d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Harold Pinter, trois adolescents nord-am\u00e9ricains en marge de la soci\u00e9t\u00e9 Tom, Dave et Charlie s&#8217;enlisent dans la violence, dans le meurtre. Comme les deux jeunes de <em>R\u00eaves de sable<\/em> ils r\u00eavent de fuir la routine abrutissante de leur petit village de l&#8217;Am\u00e9rique profonde. Mais la fuite s&#8217;av\u00e8re impossible.<\/p>\n<p>L&#8217;action des <em>Gens de Las Vegas<\/em> se passe \u00e0 Las Vegas dans les ann\u00e9es 1990. Un couple le croupier et sa femme, le fils de celle-ci avec lequel ils n&#8217;arrivent pas \u00e0 communiquer, deux policiers d&#8217;origine italienne qui enqu\u00eatent sur les meurtres de plusieurs femmes dans la ville, un adolescent qui parle \u00e0 son chat, sont les protagonistes de la pi\u00e8ce qui nous met en pr\u00e9sence d&#8217;un univers d\u00e9shumanis\u00e9, brutal, cynique o\u00f9 on lutte pour la survie ou pour le pouvoir.<\/p>\n<p>Le monde du sport, du football dans <em>Fair Play<\/em> est une m\u00e9taphore de la vie au sens de la lutte, de la comp\u00e9tition permanente, du d\u00e9passement de soi. L&#8217;univers d&#8217;une \u00e9quipe de football avec ses tensions, rivalit\u00e9, jalousie, peur de vieillir renvoit l&#8217;image condens\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_247\" aria-describedby=\"caption-attachment-247\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"247\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/fair-play\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Fair-Play.jpg\" data-orig-size=\"1400,934\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fair Play\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Fair Play. Cuarta Pared (2011). Autor: Antonio Rojano. Photo: Marc de Cock&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Fair-Play-1024x683.jpg\" class=\"size-large wp-image-247\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Fair-Play-1024x683.jpg\" alt=\"Fair Play. Cuarta Pared (2011). Autor: Antonio Rojano. 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Photo: Marc de Cock<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans <em>Je suis n\u00e9 dans le Nord pour mourir dans le Sud<\/em>, Rojano propose un voyage dans le temps entre 1930 &#8211; 1960 \u00e0 travers des guerres dans diverses parties du monde, en l&#8217;occurrence : la guerre civile d&#8217;Espagne, les guerres d&#8217;Indochine et du Vietnam. Il recourt \u00e0 son proc\u00e9d\u00e9 favori : la confusion entre le r\u00e9el, le r\u00eave, le surr\u00e9el, l&#8217;irrationnel et entrelace deux histoires. L&#8217;une a pour protagoniste le capitaine Linares, v\u00e9t\u00e9ran de la guerre civile espagnole, engag\u00e9 dans la L\u00e9gion \u00c9trang\u00e8re fran\u00e7aise dans la guerre d&#8217;Indochine. Il est gravement bless\u00e9 dans une embuscade. Quand il reprend conscience il est dans un h\u00f4pital de campagne du c\u00f4t\u00e9 des R\u00e9publicains pendant la guerre civile d&#8217;Espagne. Il s&#8217;enfuit de l&#8217;h\u00f4pital pour diriger un peloton de soldats nord-vietnamiens. Dans la seconde histoire, de soldats nord-am\u00e9ricains sont envoy\u00e9s en mission sp\u00e9ciale qui est en r\u00e9alit\u00e9 la recherche de la fille disparue du commandant. Seuls, bless\u00e9s dans la jungle ils sont t\u00e9moins d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment par Linares : l&#8217;apparition d&#8217;un OVNI et le d\u00e9barquement des extraterrestres.<\/p>\n<p>\u00c9crite en 2012, apr\u00e8s l&#8217;explosion dans la centrale nucl\u00e9aire \u00e0 Fukushima au Japon, <em>Katiuskas<\/em> dont l&#8217;action se d\u00e9roule en Espagne dans un village contamin\u00e9 \u00e0 la suite d&#8217;un accident dans une centrale nucl\u00e9aire, interroge les r\u00e9percussions de cet accident sur la vie, les comportements des habitants, leurs rapports entre eux et leur psychisme.<\/p>\n<p>Antonio Rojano vient de cr\u00e9er en mars 2015 au Centre Dramatique National \u00e0 Madrid sa pi\u00e8ce <em>La ville obscure, <\/em>avec une structure polyphonique o\u00f9 la r\u00e9flexion sur le processus de l&#8217;\u00e9criture s&#8217;entrelace avec une enqu\u00eate polici\u00e8re sur le suicide \u00e9trange d&#8217;un jockey et la tentative d&#8217;un coup d&#8217;\u00c9tat par les militaires en Espagne en 1981.<\/p>\n<p>Rojano revient dans sa pi\u00e8ce sur l&#8217;histoire r\u00e9cente d&#8217;Espagne \u00ab l&#8217;histoire de notre pays, dit-il, pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une histoire de terreur comme une maison hant\u00e9e pleine de pr\u00e9sences, d&#8217;\u00e9v\u00e9nements paranormaux, des voix des spectres politiques, qui produisent toujours des r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Plus que jamais nous devons nous confronter \u00e0 nos fant\u00f4mes. \u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"240\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/espagne-nouvelles-dramaturgies-espagnoles\/sadowska\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska.jpg\" data-orig-size=\"398,337\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Sadowska\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-240\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska-150x150.jpg\" alt=\"Sadowska\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon <\/strong>est critique dramatique et essayiste, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain et pr\u00e9sidente de \u00ab Hispanit\u00e9 Explorations \u00bb, \u00c9changes franco-hispaniques des dramaturgies contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2015 Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ir\u00e8ne Sadowska-Guillon [1] Les sc\u00e8nes d&#8217;un monde \u00e9clat\u00e9. Quels sont les orientations, les enjeux, les engagements artistiques, \u00e9thiques et politiques des nouvelles dramaturgies en Espagne ? De quelles r\u00e9alit\u00e9s t\u00e9moignent-elles ? De quelles visions du monde sont-elles porteuses ? Les<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":240,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-89","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-topics","","tg-column-two"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7rA5b-1r","jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Sadowska.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1053,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89\/revisions\/1053"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/media\/240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}