{"id":87,"date":"2016-04-13T14:32:38","date_gmt":"2016-04-13T14:32:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/?p=87"},"modified":"2023-06-03T08:44:24","modified_gmt":"2023-06-03T08:44:24","slug":"france-une-nouvelle-generation-dauteurs-de-theatre-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/france-une-nouvelle-generation-dauteurs-de-theatre-en-france\/","title":{"rendered":"France \u2013 Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs de th\u00e9\u00e2tre en France"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jean-Pierre Han <a href=\"#end1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/strong><\/p>\n<p>En une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire depuis le d\u00e9but du nouveau si\u00e8cle, le paysage th\u00e9\u00e2tral fran\u00e7ais concernant les jeunes auteurs a singuli\u00e8rement chang\u00e9, peut-\u00eatre davantage que dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. \u00c0 cela plusieurs raisons \u00ab objectives \u00bb. Depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, le monde des \u00e9critures contemporaines fran\u00e7aises vivait dans la quasi impossibilit\u00e9 de faire le deuil de trois de ses plus grands auteurs (et hommes de th\u00e9\u00e2tre complets) d\u00e9c\u00e9d\u00e9s en 1989 pour Bernard-Marie Kolt\u00e8s, en 1995 pour Jean-Luc Lagarce et en 1996 pour Didier-Georges Gabily. Co\u00efncidence troublante, ces trois auteurs ont disparu alors qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 peu de choses pr\u00e8s \u00e2g\u00e9s de quarante ans, laissant le monde th\u00e9\u00e2tral fran\u00e7ais dans un r\u00e9el \u00e9tat de stupeur et de vide. La place \u00e9tait libre, mais qui pouvait donc bien songer \u00e0 l\u2019occuper ? Ce ne sont certes pas les pr\u00e9tendants qui manqu\u00e8rent. Les premiers temps qui suivirent la disparition de ces trois grands auteurs furent consacr\u00e9s \u00e0 honorer leur m\u00e9moire, \u00e0 leur rendre hommage. On comm\u00e9mora ainsi d\u00e8s 2007 le cinquantenaire de la naissance de Jean-Luc Lagarce, une comm\u00e9moration qui dura plusieurs ann\u00e9es (et dure encore un peu). Un peu plus tard, en 2009, ce furent les vingt ans de la disparition de Kolt\u00e8s qui furent c\u00e9l\u00e9br\u00e9s ! Ce sont essentiellement Kolt\u00e8s et Lagarce que l\u2019on vit sur les sc\u00e8nes hexagonales, et que l\u2019on voit encore souvent, au d\u00e9triment des jeunes auteurs qui, les premiers moments de timidit\u00e9 pass\u00e9s, firent (et font) part de leur m\u00e9contentement.<\/p>\n<p><strong>Un paysage th\u00e9\u00e2tral en pleine mutation<\/strong><\/p>\n<p>Autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui, celui-l\u00e0, ne concerne pas notre seul pays et qu\u2019avalise la parution de l\u2019essai de Hans-Thies Lehmann sur le <em>Th\u00e9\u00e2tre postdramatique<\/em> paru en Allemagne en 1999 et traduit en fran\u00e7ais en 2002. Il marque (quoi que l\u2019on pense de sa r\u00e9elle pertinence) la premi\u00e8re \u00e9tape th\u00e9orique d\u2019une mutation de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral qui ne trouve toujours pas aujourd\u2019hui, m\u00eame sous d\u2019autres appellations, son point d\u2019ach\u00e8vement. Hans-Thies Lehmann pointait simplement du doigt le ph\u00e9nom\u00e8ne de transformation du th\u00e9\u00e2tre contemporain, qui ne repose plus d\u00e9sormais uniquement sur le sacro-saint texte. Une transformation annonc\u00e9e au cours du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec la prise de pouvoir de la vie th\u00e9\u00e2trale par les metteurs en sc\u00e8ne. La litt\u00e9rature dramatique c\u00e9dait le pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du plateau et \u00e0 sa propre \u00ab \u00e9criture \u00bb. Ce n\u2019est donc d\u00e9sormais plus du tout du c\u00f4t\u00e9 de la litt\u00e9rature qu\u2019il faut chercher les auteurs, mais du c\u00f4t\u00e9 de la pratique th\u00e9\u00e2trale. Un simple coup d\u2019\u0153il sur les parcours des jeunes auteurs suffit pour le confirmer : sortis de cours de th\u00e9\u00e2tre, ils sont devenus acteurs, metteurs en sc\u00e8ne, dramaturges dans le sens allemand du terme, travaillent non plus comme des \u00e9crivains solitaires, mais au sein de compagnies, de collectifs, et ne sont venus \u00e0 l\u2019\u00e9criture que dans un deuxi\u00e8me temps et parfois apr\u00e8s bien des d\u00e9tours. Reste d\u2019ailleurs \u00e0 savoir \u00e9galement comment ils \u00e9crivent\u2026<\/p>\n<p>Les donnes ont tellement chang\u00e9 que certains auteurs, certes pas de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, semblent compl\u00e8tement perdus. \u00c9coutez la confession de l\u2019un d\u2019entre eux qui ne d\u00e9daigne pas la th\u00e9orie (il est professeur \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales de la Sorbonne Nouvelle, a \u00e9crit maintes \u00e9tudes th\u00e9oriques, a \u00e9t\u00e9 dramaturge sur des spectacles, etc.) : Joseph Danan, la soixantaine bien frapp\u00e9e, fait la confession suivante, se d\u00e9finissant comme un \u00ab auteur dramatique au bord de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire face \u00e0 ces mutations et qui se demande comment poursuivre \u00bb. Les mutations auxquelles il fait allusion sont justement celles que d\u00e9crit Hans-Thies Lehmann, et qu\u2019il reprend \u00e0 son compte en les d\u00e9passant pour parler du ph\u00e9nom\u00e8ne des performances qui a envahi nos sc\u00e8nes, dans un petit ouvrage dont le titre est on ne peut plus parlant : <em>Entre th\u00e9\u00e2tre et performance : la question du texte. <\/em>Un livre dans lequel il revient \u00e0 plusieurs reprises sur \u00ab le retournement th\u00e9oris\u00e9 par Bernard Dort, \u00e0 savoir l\u2019inversion du processus de cr\u00e9ation allant du texte \u00e0 la repr\u00e9sentation, pour mettre celle-ci \u00e0 l\u2019origine, radicalisant, du m\u00eame coup, l\u2019\u00e9loignement du th\u00e9\u00e2tre de tout textocentrisme \u00bb\u2026<\/p>\n<p>La derni\u00e8re d\u00e9cennie a bel et bien \u00e9t\u00e9 le cadre de discussions sur la place de l\u2019auteur, sur sa capacit\u00e9 d\u2019intervention dans le processus de cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale, sur sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire (et m\u00eame \u00e0 ne pas \u00e9crire !), etc\u2026 Le titre d\u2019un ouvrage collectif dirig\u00e9 par Matthieu M\u00e9vel en 2013 est de ce point de vue, lui aussi, assez clair sur le sujet : <em>La litt\u00e9rature th\u00e9\u00e2trale entre le livre et la sc\u00e8ne. <\/em>Encore Matthieu M\u00e9vel parle-t-il tout de m\u00eame de litt\u00e9rature, ce que d\u2019aucuns r\u00e9futent totalement d\u00e9sormais. \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un texte de th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui ? \u00bb demande-t-il d\u2019embl\u00e9e dans sa pr\u00e9face. Telle est bien la question, alors que pour ma part, je tentai dans cet ouvrage de m\u00e9nager la ch\u00e8vre et le chou en parlant du \u00ab texte comme soubassement de l\u2019\u00e9difice th\u00e9\u00e2tral \u00bb pour mieux rendre compte de spectacles sans texte apparent (ou difficilement compr\u00e9hensibles)\u2026<\/p>\n<p><strong>Les conditions d\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs<\/strong><\/p>\n<p>Apparemment, toutes les conditions seraient requises pour l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs. Le dispositif d\u2019aides qui les concerne mis en place par le minist\u00e8re de la Culture et par quelques autres instances bien avant la derni\u00e8re d\u00e9cennie, mais avalis\u00e9 et renforc\u00e9 depuis, est sans doute l\u2019un des plus int\u00e9ressants en Europe et au-del\u00e0. Est-il efficace pour autant ? Sans doute suffira-t-il de savoir comment les jeunes de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ont \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9s et accompagn\u00e9s. En l\u2019\u00e9tat, en tout cas, il para\u00eet peu probable qu\u2019un \u00ab illustre \u00bb inconnu puisse passer \u00e0 travers les mailles du filet des commissions, des organismes qui se sont donn\u00e9s pour mission de rep\u00e9rer les jeunes talents, des comit\u00e9s de lecture, des \u00e9diteurs, etc.<\/p>\n<p>La Commission d\u2019aide \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019\u0153uvres dramatiques cr\u00e9\u00e9e par le minist\u00e8re de la Culture est depuis 2007 g\u00e9r\u00e9e par le CNT (Centre national du th\u00e9\u00e2tre). Comme son nom l\u2019indique, il s\u2019agit pour la commission d\u2019aider, en leur accordant une subvention, les \u00e9quipes (et les auteurs, quel que soit leur \u00e2ge) travaillant \u00e0 partir d\u2019une \u0153uvre dramatique. Les plus jeunes et les plus talentueux peuvent recevoir une bourse d\u2019encouragement. Signe des temps, la commission comporte d\u00e9sormais un volet charg\u00e9 d\u2019examiner les dossiers concernant les \u00ab dramaturgies non exclusivement textuelles \u00bb !<\/p>\n<p>Le CNT justement est un organisme officiel qui g\u00e8re tout cela ainsi que tout ce qui concerne les r\u00e9sidences d\u2019auteurs. Celles-ci sont relativement nombreuses, la plus connue \u00e9tant celle de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon qui abrite le Centre national des \u00e9critures du spectacle (CNES). Finalement, la question est de savoir quels auteurs n\u2019ont pas encore obtenu de bourse de r\u00e9sidence dans cette prestigieuse structure ! D\u00e9sormais, nombre de th\u00e9\u00e2tres organisent leurs propres r\u00e9sidences d\u2019auteurs, certains de ces auteurs \u00e9tant par ailleurs tr\u00e8s officiellement associ\u00e9s \u00e0 leur fonctionnement tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Les manifestations et autres festivals, comme Actoral \u00e0 Marseille, se sont multipli\u00e9s ici et l\u00e0. Des concours sont organis\u00e9s avec publication des textes \u00e0 la cl\u00e9 pour les gagnants. Concernant l\u2019\u00e9dition des textes, pratiquement tous les textes jou\u00e9s sont publi\u00e9s, le plus souvent, pour ne pas dire la quasi totalit\u00e9, chez des \u00e9diteurs sp\u00e9cialis\u00e9s. Devant cet amas de publications, on se dit m\u00eame que la mesure est plus que comble ! Enfin, les manuscrits circulent de comit\u00e9 de lecture en comit\u00e9 de lecture des th\u00e9\u00e2tres, et l\u2019on finit toujours par retrouver ici et l\u00e0 les m\u00eames textes\u2026 Et le CNL (Centre national du livre) poursuit toujours sa mission de rep\u00e9rage et d\u2019aide aux auteurs.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, lectures, maquettes et mises en espace se sont multipli\u00e9es (souvent au d\u00e9triment de v\u00e9ritables productions de spectacles). Grand initiateur des mises en espace jadis, Lucien Attoun, qui dirigeait Th\u00e9\u00e2tre Ouvert \u00e0 Paris, a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre le minist\u00e8re de labelliser son th\u00e9\u00e2tre en Centre dramatique national des dramaturgies contemporaines. Il promeut donc les jeunes auteurs, et les publie \u00e9galement en tapuscrits (en son temps, Lucien Attoun avait \u00ab d\u00e9couvert \u00bb Kolt\u00e8s, Lagarce, Minyana et bien d\u2019autres jeunes auteurs qui devaient faire leur chemin par la suite). La radio (France culture essentiellement) joue \u00e9galement un r\u00f4le important dans la d\u00e9couverte et la diffusion des \u0153uvres des jeunes talents.<\/p>\n<p>Les organismes d\u2019apprentissage des m\u00e9tiers de th\u00e9\u00e2tre (com\u00e9diens, sc\u00e9nographes, dramaturges\u2026) se sont, eux aussi, mis de la partie. \u00c0 l\u2019ENSATT (\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure des arts et techniques du th\u00e9\u00e2tre), il existe d\u00e9sormais une section consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture de textes pour le th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est un auteur reconnu, Enzo Corman, qui la dirige, alors qu\u2019ici et l\u00e0 des conseils dramaturgiques sont largement dispens\u00e9s aux apprentis auteurs.<\/p>\n<p>Et pourtant, les jeunes auteurs (aid\u00e9s en cela par les moins jeunes) se trouvent bien des motifs de r\u00e9crimination. Ils sont peu jou\u00e9s, disent-ils. Ce qui est vrai, c\u2019est qu\u2019une fois cr\u00e9\u00e9s et jou\u00e9s, sur une courte dur\u00e9e le plus souvent, plus personne ne reprend leurs textes. Il est tout aussi vrai que les grandes structures th\u00e9\u00e2trales ne les programment pas tr\u00e8s souvent : prise de risque trop importante\u2026 Les jeunes auteurs se plaignent aussi, et ils n\u2019ont pas tout \u00e0 fait tort, de ne pas \u00eatre vraiment lus par les directeurs de th\u00e9\u00e2tre et les metteurs en sc\u00e8ne qui pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019en remettre \u00e0 leurs comit\u00e9s de lecture\u2026 Enfin, ils trouvent peu d\u2019\u00e9cho dans la presse (qui ne parle jamais d\u2019eux) et les m\u00e9dias. Quant aux syst\u00e8mes d\u2019aide, ils demeurent, \u00e0 leurs yeux, insuffisants. Ce qui est vrai c\u2019est qu\u2019ici comme ailleurs, ils ne peuvent gu\u00e8re vivre de leur plume.<\/p>\n<p><strong>La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs<\/strong><\/p>\n<p>La toute nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des auteurs, celle dont la moyenne d\u2019\u00e2ge tourne autour des trente ans, n\u2019a plus aucun complexe vis-\u00e0-vis des plateaux. Entendons par l\u00e0 qu\u2019elle ne vient pas du monde de la litt\u00e9rature, mais de celui de la pratique th\u00e9\u00e2trale. Alexandra Badea, une jeune femme d\u2019origine roumaine, d\u00e9couverte il y a un peu plus de deux ans, date \u00e0 laquelle elle a re\u00e7u le Grand prix de litt\u00e9rature dramatique d\u00e9cern\u00e9 par le CNT, est metteure en sc\u00e8ne et sc\u00e9nariste. Elle conserve un pied dans le domaine litt\u00e9raire puisqu\u2019elle vient de publier un roman, <em>Zone d\u2019amour prioritaire.<\/em> Mariette Navarro, elle, sort de l\u2019\u00e9cole du TNS (Th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg) et de la section de dramaturgie. Elle occupe cette fonction de dramaturge aupr\u00e8s de diff\u00e9rentes compagnies th\u00e9\u00e2trales et fait partie de nombreux comit\u00e9s de lecture\u2026 Cl\u00e9mence Weill, autre laur\u00e9ate du Grand Prix de litt\u00e9rature dramatique, en 2014, un an apr\u00e8s Alexandra Badea, est une com\u00e9dienne qui a jou\u00e9 avec de nombreux metteurs en sc\u00e8ne, adaptatrice et aussi metteure en sc\u00e8ne. Nicolas Doutey m\u00e9lange th\u00e9orie et pratique du th\u00e9\u00e2tre, il est aussi assistant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne aupr\u00e8s d\u2019Alain Fran\u00e7on\u2026 Tous ces exemples, que l\u2019on pourrait bien s\u00fbr multiplier, ne sont pas forc\u00e9ment significatifs en regard d\u2019autres pratiques d\u2019\u00e9criture qui se sont derni\u00e8rement fait jour (et qui ne sont jamais qu\u2019un retour aux origines du th\u00e9\u00e2tre ; voir Shakespeare, Moli\u00e8re ou Brecht !). Celles-ci ne sont pas sign\u00e9es, ou sign\u00e9es de mani\u00e8re collective, directement \u00e9labor\u00e9es sur et \u00e0 partir du plateau, plus ou moins improvis\u00e9es, en tout cas sans cesse reprises, retravaill\u00e9es. Mais c\u2019est bien l\u00e0 la tendance nouvelle qui rejoint tout simplement celle du jeune th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_237\" aria-describedby=\"caption-attachment-237\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"237\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/france-une-nouvelle-generation-dauteurs-de-theatre-en-france\/badea\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Badea.jpg\" data-orig-size=\"428,640\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Badea\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Alexandra Badea&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Badea.jpg\" class=\"wp-image-237\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Badea.jpg\" alt=\"Alexandra Badea\" width=\"400\" height=\"598\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Badea.jpg 428w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Badea-201x300.jpg 201w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-237\" class=\"wp-caption-text\">Alexandra Badea<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il semble difficile de discerner des lignes de force majeures qui seraient communes \u00e0 tous ces auteurs. Si toutefois on peut en tracer (en pointill\u00e9) quelques-unes, on ne sait si elles appartiennent vraiment aux auteurs ou d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale au th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame ! Cela revient \u00e0 dire que la place et la fonction de l\u2019auteur ne sont plus tout \u00e0 fait les m\u00eames d\u00e9sormais au sein de la fabrique th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>Il y a, en tout cas, la volont\u00e9 farouche de parler de son temps, de saisir \u00e0 bras-le-corps la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente qui est celle d\u2019un monde en pleine crise. On pourra toujours r\u00e9torquer que c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu\u2019ont fait tous les grands dramaturges de notre histoire. Sans doute, mais il y a chez les auteurs de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration une sorte de plus grande \u00e2pret\u00e9 \u00e0 vraiment parler du monde et comme un \u00e9tat d\u2019urgence \u00e0 le faire. Parler du monde, en rendre compte, ne veut pas forc\u00e9ment dire s\u2019orienter vers un th\u00e9\u00e2tre du r\u00e9el, comme ce fut le cas et la mode en France dans les ann\u00e9es 1990. En revanche, nombre d\u2019auteurs s\u2019informent sur place, collectent des paroles de personnes issues du monde du travail. C\u2019est le cas d\u2019Alexandra Badea pour sa pi\u00e8ce <em>Pulv\u00e9ris\u00e9s <\/em>ou de Mariette Navarro dans <em>Les Feux de poitrine<\/em>, \u00ab sp\u00e9cialement \u00e9crit pour les habitants de Saint-Priest (une ville de 43 000 habitants, ndlr) et les com\u00e9diens de la Fabrique \u00bb. Mais en aucun cas il ne s\u2019agit pour ces auteurs de faire du th\u00e9\u00e2tre-documentaire. Monde du travail et monde de l\u2019entreprise : Alexandra Badea propose dans <em>Pulv\u00e9ris\u00e9s <\/em>une quadruple plong\u00e9e dans le monde de l\u2019entreprise saisi aux quatre coins du monde (Shanga\u00ef, Lyon, Bucarest, Dakar) par deux hommes et deux femmes qui ne se connaissent pas et n\u2019ont donc aucun rapport les uns avec les autres. Nous avons d\u00e8s lors droit \u00e0 une s\u00e9rie de monologues et \u00e0 aucun dialogue. Magali Mougel, une autre jeune auteure sortie du cours du d\u00e9partement de litt\u00e9rature dramatique de l\u2019ENSATT, parle dans <em>Erwin Motor, d\u00e9votion<\/em> du processus d\u2019ali\u00e9nation au sein d\u2019une PME (petite et moyenne entreprise) du secteur automobile. C\u2019est la crise v\u00e9cue au quotidien dans le grand syst\u00e8me de la mondialisation, en quelque sorte. C\u2019est aussi une mani\u00e8re tr\u00e8s particuli\u00e8re d\u2019aborder le politique sans vouloir \u00e0 tout prix faire du th\u00e9\u00e2tre politique.<\/p>\n<p>Tel est le cadre g\u00e9n\u00e9ral dans lequel les individus se d\u00e9battent comme ils le peuvent. On passe aussi tr\u00e8s vite \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019ordre intime li\u00e9s \u00e0 la famille, aux relations entre amis, comme c\u2019est le cas chez Nicolas Doutey dans <em>Je pars deux fois<\/em> ou dans nombre de cr\u00e9ations dites collectives (donc non forc\u00e9ment sign\u00e9es). Ce qui nous est propos\u00e9 sur les plateaux, ce sont des conflits d\u2019ordre familial et surtout d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9rationnel. Les r\u00e9quisitoires \u00e0 l\u2019encontre des anciennes g\u00e9n\u00e9rations (les parents) notamment \u00e9tant monnaie courante\u2026 Pour ce faire, beaucoup d\u2019auteurs-metteurs en sc\u00e8ne-com\u00e9diens pr\u00e9f\u00e8rent se servir de textes, pas forc\u00e9ment th\u00e9\u00e2traux, les m\u00e9langer \u00e0 d\u2019autres textes, les adapter et en faire une nouvelle mati\u00e8re. Ainsi, le collectif \u00ab D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00bb vient-il de monter <em>Le Capital<\/em> de Karl Marx (!) de cette mani\u00e8re-l\u00e0\u2026 Personne, bien s\u00fbr, ne songe \u00e0 signer cette nouvelle mati\u00e8re textuelle, m\u00e9lange de collages et de fictions, qui se retrouve sans auteur d\u00e9sign\u00e9 !<\/p>\n<p>Reste que tous les r\u00e9quisitoires dont nous parlons sont trait\u00e9s de mani\u00e8re sinon parfaitement originale, du moins tout \u00e0 fait nouvelle par rapport aux anciennes pratiques. On l\u2019a vu, Alexandra Badea proc\u00e8de, dans <em>Pulv\u00e9ris\u00e9s<\/em>, de mani\u00e8re \u00e9tonnante (et efficace) : pas de dialogue, mais des monologues \u00e9crits \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du singulier, ce qui permet d\u2019avoir des personnages observ\u00e9s \u00e0 la fois de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur. La notion m\u00eame de personnage d\u2019ailleurs est totalement remise en question. Ceux-ci, lorsqu\u2019ils sont d\u00e9sign\u00e9s, ce qui n\u2019est pas toujours le cas, le sont de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique \u2013 le p\u00e8re, la m\u00e8re, l\u2019ami, un adulte \u2013, ou selon leur fonction : le concessionnaire, l\u2019ouvrier, etc. Mieux, dans <em>Nous les vagues<\/em> de Mariette Navarro, celle-ci \u00e9limine toute r\u00e9plique, proc\u00e8de par paragraphes dans lesquels un \u00ab nous \u00bb ou un \u00ab on \u00bb (la jeunesse) prend la parole pour s\u2019encourager \u00e0 aller de l\u2019avant dans un v\u00e9ritable mouvement de r\u00e9volte. De vague en vague (c\u2019est superbement \u00e9crit), Mariette Navarro parvient \u00e0 m\u00ealer l\u2019intime et le collectif et propose une nouvelle mani\u00e8re d\u2019aborder le politique.<\/p>\n<p>On le voit \u00e0 ces quelques exemples, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs (faut-il continuer \u00e0 les nommer ainsi ?) a d\u00e9finitivement fait \u00e9clater les formes des pi\u00e8ces traditionnelles. Chacun le fait \u00e0 sa mani\u00e8re, ou plut\u00f4t de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, car rien ne les emp\u00eache de changer de forme d\u2019une \u0153uvre \u00e0 l\u2019autre, leur libert\u00e9 d\u2019\u00e9criture \u00e9tant totale selon les projets et selon les commandes, autre mani\u00e8re importante de susciter de nouvelles \u00e9critures. Certains, suivant l\u2019exemple de leur a\u00een\u00e9e No\u00eblle Renaude, travaillent maintenant selon un dispositif typographique (sur ordinateur ou non) tr\u00e8s particulier, en tout cas tr\u00e8s visuel. Les mises en pages des textes sont de plus en plus \u00e9labor\u00e9es. Nicolas Doutey dans <em>Je pars deux fois<\/em> se contente de mettre \u00e0 la suite les unes des autres des phrases ou des vers comme dans un po\u00e8me, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence d\u2019attribution. Qui parle ? On finit par le deviner, bien s\u00fbr, et au metteur en sc\u00e8ne apr\u00e8s tout de distribuer les r\u00e9pliques dans lesquelles sont parfois incluses les didascalies que l\u2019on demande aux com\u00e9diens de dire sur sc\u00e8ne au m\u00eame titre que leur texte dont elles font int\u00e9gralement partie.<\/p>\n<p>De ce qui peut appara\u00eetre comme une effervescence, que (ou qui) restera-t-il ? Quels noms continueront d\u2019ici quelques ann\u00e9es \u00e0 \u00e9merger ? Les jeunes auteurs produisent beaucoup. Qui imprime leur rythme d\u2019\u00e9criture ? Le syst\u00e8me th\u00e9\u00e2tral qui en demande toujours plus les guette ; \u00e0 eux de savoir s\u2019en d\u00e9gager. En tout cas, la majorit\u00e9 d\u2019entre eux est engag\u00e9e dans des processus de recherches individuelles et collectives, l\u2019une ne cessant de nourrir l\u2019autre.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"236\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/france-une-nouvelle-generation-dauteurs-de-theatre-en-france\/han\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han.jpg\" data-orig-size=\"796,531\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Han\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-236\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han-150x150.jpg\" alt=\"Han\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Han-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[1] <strong>Jean-Pierre Han<\/strong>: Journaliste et critique dramatique et litt\u00e9raire. A fond\u00e9 la revue <em>Frictions, th\u00e9\u00e2tres-\u00e9critures<\/em> qu&#8217;il dirige. R\u00e9dacteur en chef des <em>Lettres fran\u00e7aises. <\/em>Collabore \u00e0 de nombreuse publications fran\u00e7aises et internationales. \u00c0 fait partie de nombreuses commissions minist\u00e9rielles. Ex-Pr\u00e9sident du Syndicat de la critique de th\u00e9\u00e2tre. Vice-Pr\u00e9sident de l&#8217;AICT. Directeur des s\u00e9minaires pour jeunes critiques.Son livre, <em>Derniers feux,<\/em> a obtenu le prix du meilleur livre sur le th\u00e9\u00e2tre d\u00e9cern\u00e9 par le Syndicat de la critique de th\u00e9\u00e2tre (2009).<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2015 Jean-Pierre Han<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Pierre Han [1] En une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire depuis le d\u00e9but du nouveau si\u00e8cle, le paysage th\u00e9\u00e2tral fran\u00e7ais concernant les jeunes auteurs a singuli\u00e8rement chang\u00e9, peut-\u00eatre davantage que dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. \u00c0 cela plusieurs raisons \u00ab objectives \u00bb. 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