{"id":119,"date":"2016-04-13T14:40:57","date_gmt":"2016-04-13T14:40:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/?p=119"},"modified":"2023-06-03T08:42:00","modified_gmt":"2023-06-03T08:42:00","slug":"ecritures-theatrales-en-martinique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/ecritures-theatrales-en-martinique\/","title":{"rendered":"\u00c9critures th\u00e9\u00e2trales en Martinique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Selim Lander<\/strong> <a href=\"#end5\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Ga\u00ebl Octavia, <em>Cette guerre que nous n\u2019avons pas faite<\/em>, Carni\u00e8res-Morlanwelz (Belgique), Lansman, 2014, 34 p.<\/p>\n<p>Jean-Durosier Desrivi\u00e8res, <em>La Jupe de la rue G\u00eet-le-C\u0153ur<\/em>, Carni\u00e8res-Morlanwelz (Belgique), Lansman, 2014, 49 p., avec un <em>Avant-jeu<\/em> de l\u2019auteur et un <em>Apr\u00e8s-jeu<\/em> de Faubert Bolivar.<\/p>\n<p>Faubert Bolivar, <em>La Flambeau<\/em>, Port-au-Prince (Ha\u00efti), \u00c9ditions Henri Deschamps, 2014, 89 p.<\/p>\n<p>Summary: Etc_Cara\u00efbe, an association based in Guadeloupe (&#8220;Etc&#8221; for &#8220;\u00c9criture th\u00e9\u00e2trale contemporaine&#8221;), encourages playwriting in the Caribbean region. Concerning plays written in French, the latest prize was given to \u201cThis War We Did Not Make\u201d (<em>Cette guerre que nous n\u2019avons pas faite<\/em>) by Ga\u00ebl Octavia, whereas \u201cThe Skirt of G\u00eet-le-C\u0153ur Street\u201d (<em>La Jupe de la rue G\u00eet-le-C\u0153ur<\/em>), by Jean-Durosier Desrivi\u00e8res, received a special award. Ga\u00ebl Octavia was born in Martinique (FWI); her writing is still influenced by the words and the colours of her island. Jean-Durosier Desrivi\u00e8res, born in Ha\u00efti, lives in Martinique, and so does Faubert Bolivar, rewarded by the Deschamps prize (Ha\u00efti) for his play &#8220;The Torch&#8221; (La Flambeau).<\/p>\n<p>L\u2019association Etc_Cara\u00efbe ( \u201cEtc\u201d pour \u00c9criture th\u00e9\u00e2trale contemporaine), bas\u00e9e en Guadeloupe, s\u2019emploie depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 faire \u00e9merger de nouveaux auteurs dramatiques dans la Cara\u00efbe, cette r\u00e9gion surtout insulaire, situ\u00e9e autour de la mer du m\u00eame nom depuis Cuba, au nord, jusqu\u2019au Venezuela, au sud. D\u2019abord limit\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature d\u2019expression francophone, Etc_Cara\u00efbe s\u2019int\u00e9resse d\u00e9sormais \u00e9galement au th\u00e9\u00e2tre d\u2019expression cr\u00e9olophone, anglophone ou hispanophone. Dans le domaine francophone, et pour s\u2019en tenir aux r\u00e9sultats de son dernier concours cat\u00e9gorie \u201cAdultes\u201d (2013), Etc a couronn\u00e9 une pi\u00e8ce de Ga\u00ebl Octavia, <em>Cette guerre que nous n\u2019avons pas faite<\/em>, et accord\u00e9 une mention sp\u00e9ciale \u00e0 <em>La Jupe de la rue G\u00eet-le-C\u0153ur <\/em>de Jean-Durosier Desrivi\u00e8res.<\/p>\n<figure id=\"attachment_395\" aria-describedby=\"caption-attachment-395\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"395\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/ecritures-theatrales-en-martinique\/gau00ebl-octavia\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Gau00EBl-Octavia.jpg\" data-orig-size=\"650,623\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Gau00EBl Octavia\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Ga\u00eal Octavia. Photo by Olga Tacieva&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Gau00EBl-Octavia.jpg\" class=\"wp-image-395\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Gau00EBl-Octavia.jpg\" alt=\"Ga\u00eal Octavia. Photo by Olga Tacieva\" width=\"500\" height=\"479\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Gau00EBl-Octavia.jpg 650w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Gau00EBl-Octavia-300x288.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-395\" class=\"wp-caption-text\">Ga\u00eal Octavia. Photo by Olga Tacieva<\/figcaption><\/figure>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a>Si Ga\u00ebl Octavia vit en France, elle est n\u00e9e en Martinique (en 1977) et son \u00e9criture reste impr\u00e9gn\u00e9e des dires et des couleurs de son \u00eele natale. Jean-Durosier Desrivi\u00e8res (n\u00e9 en 1972) est d\u2019origine ha\u00eftienne mais vit, lui, en Martinique. Il en va de m\u00eame pour Faubert Bolivar (n\u00e9 en 1979), lui aussi r\u00e9compens\u00e9, mais par le jury du Prix Deschamps (Ha\u00efti), cette fois, pour sa pi\u00e8ce <em>La Flambeau<\/em>. On est curieux de d\u00e9couvrir ce que donneront ces \u00e9critures th\u00e9\u00e2trales atypiques\u2014qui n\u2019ont fait l\u2019objet jusqu\u2019ici que de lectures ou de mises en espace\u2014lorsqu\u2019elles seront port\u00e9es par un metteur en sc\u00e8ne inventif.<\/p>\n<p><strong>Ga\u00ebl Octavia ou la tentation de la guerre<\/strong><\/p>\n<p>Octavia a d\u00e9montr\u00e9 dans sa pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente, <em>Congre et homard<\/em> (2012), sa virtuosit\u00e9 en mati\u00e8re de construction dramatique<a href=\"#end1\"><sup>[i]<\/sup><\/a>. Elle pr\u00e9sente une nouvelle facette de son talent avec <em>Cette guerre que nous n\u2019avons pas faite<\/em>, \u0153uvre minimaliste, m\u00e9ditation sur l\u2019ali\u00e9nation et la violence en forme de monologue, non d\u00e9pourvue n\u00e9anmoins de suspense. Un homme revient de guerre\u2014du moins est-ce ce qu\u2019il dit. Il est sale, d\u00e9penaill\u00e9. Il s\u2019adresse \u00e0 sa m\u00e8re, personnage virtuel qui ne lui donnera jamais la r\u00e9plique; il lui raconte pourquoi il est parti.<\/p>\n<blockquote><p><em>Nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 ce que les choses viennent jusqu\u2019\u00e0 nous: les pommes de terre, l\u2019ail, le basilic, les meubles, les gadgets, les berlines\u2026 Tu sais quoi, Maman, je crois qu\u2019il faut que nous perdions cette habitude d\u2019attendre que les choses arrivent jusqu\u2019\u00e0 nous [\u2026] Et pour commencer, je me suis dit\u2014puisqu\u2019il faut bien commencer par quelque chose\u2014qu\u2019il fallait faire cette guerre. Une guerre de chez nous, bien \u00e0 nous. <\/em>(p. 13-14).<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9vocation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne produit rien est directement inspir\u00e9e de la situation concr\u00e8te des territoires fran\u00e7ais d\u2019outremer, puisque la quasi-totalit\u00e9 des marchandises n\u00e9cessaires \u00e0 la vie y sont import\u00e9es, la production locale, trop co\u00fbteuse, ayant \u00e0 peu pr\u00e8s disparu pour laisser la place aux administrations, au commerce\u2026 et \u00e0 un ch\u00f4mage end\u00e9mique.<\/p>\n<p>Le lieu de la pi\u00e8ce n\u2019est jamais pr\u00e9cis\u00e9 mais la r\u00e9f\u00e9rence au rhum pointe vers les Antilles. Aussi la guerre dont il est question pourrait-elle \u00eatre celle pour l\u2019ind\u00e9pendance, mais cela aussi reste sous-entendu. La guerre a-t-elle d\u2019ailleurs eu lieu? C\u2019est l\u2019une des questions que nous nous posons, parmi d\u2019autres, en d\u00e9couvrant cette pi\u00e8ce: qu\u2019en est-il par exemple de l\u2019\u00e9pouse du soldat? Pourquoi n\u2019est-elle pas \u00e0 la maison \u00e0 l\u2019attendre? L\u2019a-t-elle tromp\u00e9, fait un enfant avec un autre? Et <em>quid<\/em> de l\u2019attitude de la m\u00e8re? Pourquoi reste-t-elle aussi froide? Est-elle bien l\u00e0, d\u2019ailleurs, cette m\u00e8re qu\u2019on ne voit pas? Ou tout cela n\u2019est-il qu\u2019un d\u00e9lire de l\u2019homme? Ces questions, bien s\u00fbr, s\u2019\u00e9clairciront \u00e0 la fin.<\/p>\n<p>L\u2019homme, quoi qu\u2019il en soit, raconte: les compagnons qu\u2019il s\u2019est trouv\u00e9, tout pr\u00eats, eux aussi, \u00e0 guerroyer\u2026 tant qu\u2019il ne s\u2019agit que de discussions de bistrot; tandis que celui qu\u2019il appelle \u201cle Pacifique\u201d s\u2019acharne, seul contre tous, \u00e0 les d\u00e9tourner de leur dessein, car il ne sait que trop, lui, la violence et la cruaut\u00e9 des combats, et la souffrance qui en r\u00e9sulte.<\/p>\n<blockquote><p><em>Il parlait d\u2019hommes traqu\u00e9s par d\u2019autres hommes, comme du gibier, dans les for\u00eats humides, les mar\u00e9cages, les mangroves. Des hommes qui devenaient des b\u00eates f\u00e9roces \u00e0 force d\u2019avoir peur, le groin dans la fange, les vers de terre dans la bouche, qui marinaient dans une intarissable dysenterie et qui \u00e9gorgeaient tout ce qui bougeait. <\/em>(p. 19)<\/p><\/blockquote>\n<p>On ne retrouve pas dans ce nouvel opus de G. Octavia la faconde de <em>Congre et homard<\/em>. Le style s\u2019accorde au r\u00e9cit d\u00e9senchant\u00e9 de l\u2019homme, au retour d\u2019une guerre qu\u2019il n\u2019a pas faite (comme le titre nous en avait pr\u00e9venus). Ce texte touchera directement tous les habitants des outremers, dont il est la m\u00e9taphore, si conscients du pi\u00e8ge dans lequel ils sont enferm\u00e9s, qui payent la prosp\u00e9rit\u00e9 bien r\u00e9elle dont ils jouissent d\u2019une d\u00e9pendance qu\u2019ils abhorrent, \u00e0 laquelle pourtant ils ne sauraient renoncer. Mais l\u2019ali\u00e9nation consentie est un ph\u00e9nom\u00e8ne bien plus g\u00e9n\u00e9ral: qui ne se rend compte de l\u2019\u00e9cart entre la grandeur de son id\u00e9al et la m\u00e9diocrit\u00e9 des moyens qu\u2019il d\u00e9ploie pour l\u2019atteindre?<\/p>\n<p><strong>Jean-Durosier Desrivi\u00e8res revisite <\/strong><strong>\u201c<\/strong><strong>l\u2019audience<\/strong><strong>\u201d<\/strong><\/p>\n<p>J.-D. Desrivi\u00e8res est connu comme po\u00e8te, avec deux recueils publi\u00e9s chez Caract\u00e8res<a href=\"#end2\"><sup>[ii]<\/sup><\/a>. Il est \u00e9galement l\u2019auteur, pour le th\u00e9\u00e2tre, de deux pi\u00e8ces br\u00e8ves<a href=\"#end3\"><sup>[iii]<\/sup><\/a>. <em>La Jupe de la rue G\u00eet-le-C\u0153ur <\/em>met en sc\u00e8ne deux personnages, \u201cl\u2019\u00e9crivain\u201d et \u201cl\u2019audienceur,\u201d sans qu\u2019il y ait pour autant dialogue, la d\u00e9rive verbale du premier\u2014qui accompagne sa d\u00e9rive p\u00e9destre au quartier latin, en qu\u00eate des bureaux de l\u2019\u00e9diteur auquel il entend proposer un manuscrit\u2014nourrissant les propos de l\u2019audienceur, une figure de la soci\u00e9t\u00e9 ha\u00eftienne, pas tout \u00e0 fait un conteur, plut\u00f4t un affabulateur qui brode \u00e0 loisir sur des faits r\u00e9els.<\/p>\n<figure id=\"attachment_396\" aria-describedby=\"caption-attachment-396\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"396\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/ecritures-theatrales-en-martinique\/j-d\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/J.-D..jpg\" data-orig-size=\"350,350\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"J.-D.\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Jean-Durosier Desrivi\u00e8res. 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Photo by Sandra Kraljevic<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le monologue de l\u2019\u00e9crivain s\u2019alimente \u00e0 plusieurs sources, parmi lesquelles la topographie du quartier latin, bien s\u00fbr, mais encore les passants et surtout les passantes dont il remarque qu\u2019elles sont toutes, ou presque, en ce printemps, v\u00eatues des m\u00eames pantalons blancs (<em>\u201c<\/em><em>Trop de pantalons blancs, me suis-je dit. Et trop de mauvaise fesses dans ces pantalons blancs<\/em><em>,\u201d<\/em> etc., p. 21). Et puis il y a ce po\u00e8me d\u2019Alan Ginsberg qui lui trotte dans la t\u00eate (<em>\u201c<\/em><em>No rest without love: no sleep without dreams of love,<\/em><em>\u201d<\/em> etc.), Alan Ginsberg qui habita justement au Beat Hotel, au num\u00e9ro neuf de cette rue G\u00eet-le-C\u0153ur que l\u2019\u00e9crivain finira par rencontrer au cours de son errance.<\/p>\n<p>L\u2019audienceur \u00e9coute et imagine. Par exemple l\u2019enfance de l\u2019\u00e9crivain, \u00e0 Port-au-Prince, po\u00e8te pr\u00e9coce, avec une m\u00e8re couturi\u00e8re, des catalogues emplis de jupes, toutes sortes de jupes, et puis la mini-jupe de cette \u00e9coli\u00e8re et les premiers \u00e9mois \u00e9rotiques. Cependant l\u2019audienceur ne se contente pas d\u2019inventer des histoires. Car elles ne sont que trop r\u00e9elles les plaies de son pays ensanglant\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p><em>Le dictateur succ\u00e8de \u00e0 un autre dictateur [\u2026] Une belle gueule le dictateur. Il fait de l\u2019effet, le dictateur. L\u2019image du dictateur entrecoup\u00e9e de la course tremblante aux images de ses forfaits. Puis on revient \u00e0 sa gueule [\u2026] Regarde-moi \u00e7a: une toute petite gueule\u2026 Pas tr\u00e8s belle gueule finalement, la gueule du dictateur ! Une gueule de timide, une gueule de boucher, naturellement. Une gueule de boucher timide, de boucher <\/em>top model<em>, le dictateur. Bien effil\u00e9 et bien \u00e9lanc\u00e9, le dictateur !Tout \u00e9lanc\u00e9. Mais compl\u00e8tement bouch\u00e9, le boucher. Ferm\u00e9 au monde, il a d\u00e9j\u00e0 tout tranch\u00e9, le boucher<\/em><em>\u201d<\/em> (p. 14).<\/p><\/blockquote>\n<p>Comment achever une telle histoire? L\u2019\u00e9crivain, d\u00e9sormais plus ou moins amoureux de l\u2019une des passantes, se perd dans un r\u00eave o\u00f9 il se voit \u201cl\u00e9ger comme du papier,\u201d comme les feuillets de son manuscrit depuis longtemps envol\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Faubert Bolivar sous influence du vaudou<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si le lieu n\u2019est pas nomm\u00e9, la pi\u00e8ce de F. Bolivar se situe bien en Ha\u00efti dont l\u2019auteur fut un temps le directeur du Livre, avant de venir enseigner la philosophie \u00e0 Fort-de-France. Il est \u00e9galement po\u00e8te<a href=\"#end4\"><sup>[iv]<\/sup><\/a>. <em>La Flambeau<\/em> est une \u201cvraie pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u201d avec plusieurs protagonistes et une intrigue qui se d\u00e9veloppe jusqu\u2019\u00e0 un aboutissement inattendu pour un lecteur fran\u00e7ais, puisqu\u2019il s\u2019agit de rien de moins que la zombification de l\u2019un des personnages. Les zombi(e)s, pour que nul n\u2019en ignore, sont ce qui peut se rapprocher le mieux dans la r\u00e9alit\u00e9 des \u201cmorts vivants\u201d: un individu laiss\u00e9 pour mort, enterr\u00e9, puis d\u00e9terr\u00e9 et qui se comporte comme une cr\u00e9ature d\u00e9cervel\u00e9e, ob\u00e9issant passivement aux directives de son ma\u00eetre. On a longtemps cru qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une simple croyance superstitieuse jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on doive admettre qu\u2019une certaine drogue, manipul\u00e9e \u00e0 bon escient par les pr\u00eatres du vaudou, pouvait entra\u00eener un tel r\u00e9sultat. Dans la pi\u00e8ce, le m\u00e9chant qui sera puni ainsi est un politicien (Monsieur) que l\u2019on voit, au d\u00e9but, roder au magn\u00e9tophone un discours plein de grands mots creux. Il sera finalement zombifi\u00e9 pour avoir viol\u00e9 sa nouvelle bonne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_398\" aria-describedby=\"caption-attachment-398\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"398\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/ecritures-theatrales-en-martinique\/faubert-bolivar\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar.jpg\" data-orig-size=\"564,564\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Faubert Bolivar\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Faubert Bolivar. Photo by Nadia Amory&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar.jpg\" class=\"wp-image-398\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar.jpg\" alt=\"Faubert Bolivar. Photo by Nadia Amory\" width=\"500\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar.jpg 564w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Faubert-Bolivar-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-398\" class=\"wp-caption-text\">Faubert Bolivar. Photo by Nadia Amory<\/figcaption><\/figure>\n<p>Cette extraordinaire conclusion est tr\u00e8s savamment amen\u00e9e gr\u00e2ce en particulier \u00e0 un certain nombre d\u2019objets r\u00e9currents: la bague de la bonne qui la tient d\u2019Ogou-La-Flambeau, l\u2019un des esprits du vaudou; le pot\u2014anim\u00e9?\u2014qui la fait se sentir une intruse dans sa propre chambre; l\u2019horloge \u00e0 laquelle toute la maisonn\u00e9e est soumise de par la volont\u00e9 du ma\u00eetre; la bible par le truchement de laquelle la ma\u00eetresse de maison, \u00e9pouse du politicien, s\u2019entretient avec sa d\u00e9funte m\u00e8re; le chapelet que Monsieur porte sur lui dans les grandes occasions, comme lors de sa nuit de noces, ainsi que le raconte sa veuve:<\/p>\n<blockquote><p><em>Quand tu as enlev\u00e9 ton costume, puis ta cravate, puis ta chemise, j\u2019ai vu que tu portais cette chose. C\u2019est qui cet homme nu qui pend au bout? Quand je l\u2019ai vu pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai pens\u00e9 dans ma t\u00eate: pourquoi tu as amen\u00e9 un autre homme dans mon lit? <\/em>(p.81).<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur poss\u00e8de l\u2019art des dialogues vifs, faits de courtes r\u00e9pliques, qui font avancer l\u2019action. Il sait d\u00e9poser \u00e7\u00e0 et l\u00e0 les indices qui am\u00e8nent le spectateur \u00e0 s\u2019interroger sur le sous-texte et l\u2019incitent \u00e0 deviner la suite de l\u2019intrigue. Ainsi cette pi\u00e8ce ha\u00eftienne de F. Bolivar int\u00e9resse-t-elle autant par son aspect documentaire qu\u2019elle s\u00e9duit par sa construction.<\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>[i] Cf. notre article in <em>Critical Stages<\/em> n\u00b0 6, juin 2012.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/archive.criticalstages.org\/criticalstages6\/entry\/Congre-et-homard-de-Gaeumll-Octavia-un-exercice-de-haute-eacutecole?category=7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/archive.criticalstages.org\/criticalstages6\/entry\/Congre-et-homard-de-Gaeumll-Octavia-un-exercice-de-haute-eacutecole?category=7<\/a><\/p>\n<p><a name=\"end2\"><\/a>[ii] <em>Bouts de ville \u00e0 vendre, Po\u00e9sie d\u2019urgence<\/em>, Paris, Caract\u00e8res, 2010, 39 p., avec des dessins de G\u00e9rard Bloncourt (retour \u00e0 Port-au-Prince apr\u00e8s le s\u00e9isme du 12 janvier 2010). <em>Lang nou souse nan sous \u2013 Notre langue se ressource aux sources<\/em>, Paris, Caract\u00e8res, 2011, 95 p., avec une pr\u00e9face de Robert Berrouet-Oriol (\u00e9dition bilingue cr\u00e9ole ha\u00eftien et fran\u00e7ais).<\/p>\n<p><a name=\"end3\"><\/a>[iii] <em>Magdala<\/em> et <em>Marques d\u00e9pos\u00e9es<\/em>, Vitry-sur-Seine, \u00c9ditions de la Gare, 2012, 78 p.<\/p>\n<p><a name=\"end4\"><\/a>[iv] Cf. M\u00e9moire des maisons closes, Port-au-Prince, Bas de Page, 2012, 77 p. (po\u00e8mes) et Lettre \u00e0 tu et \u00e0 toi, suivi de Sainte D\u00e9riv\u00e9e des trottoirs, Paris, ANIBWE, 51 p. (prose po\u00e9tique).<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"394\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/ecritures-theatrales-en-martinique\/lander\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander.jpg\" data-orig-size=\"336,423\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;3.5&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;FinePix2650&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1090303674&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;6&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;100&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.01&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Lander\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-394\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander-150x150.jpg\" alt=\"Lander\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end5\"><\/a>[1] <strong>Selim Lander<\/strong> vit en Martinique (Antilles fran\u00e7aises). Ses critiques dramatiques apparaissent dans les revues \u00e9lectroniques suivantes: <a href=\"http:\/\/mondesfrancophones.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">mondesfrancophones.com<\/a> and <a href=\"http:\/\/madinin-art.net\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">madinin-art.net<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2015 Selim Lander<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selim Lander [1] Ga\u00ebl Octavia, Cette guerre que nous n\u2019avons pas faite, Carni\u00e8res-Morlanwelz (Belgique), Lansman, 2014, 34 p. Jean-Durosier Desrivi\u00e8res, La Jupe de la rue G\u00eet-le-C\u0153ur, Carni\u00e8res-Morlanwelz (Belgique), Lansman, 2014, 49 p., avec un Avant-jeu de l\u2019auteur et un Apr\u00e8s-jeu<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":394,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-119","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-performance-reviews","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2016\/04\/Lander.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7rA5b-1V","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1039,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119\/revisions\/1039"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/media\/394"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/11\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}