{"id":90,"date":"2016-04-06T14:37:46","date_gmt":"2016-04-06T14:37:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/?p=90"},"modified":"2023-03-23T15:44:55","modified_gmt":"2023-03-23T15:44:55","slug":"arithmetique-theatrale-lauteur-et-le-metteur-en-scene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/arithmetique-theatrale-lauteur-et-le-metteur-en-scene\/","title":{"rendered":"Arithm\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale : l\u2019auteur et le metteur en sc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"<p><strong>Konstantin Iliev<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"91\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/arithmetique-theatrale-lauteur-et-le-metteur-en-scene\/konstantin-iliev-8x61\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg\" data-orig-size=\"531,800\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Konstantin-Iliev-8&amp;#215;61\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-199x300.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg\" class=\"alignnone size-medium wp-image-91\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-199x300.jpg\" alt=\"Konstantin-Iliev-8x61\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-199x300.jpg 199w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg 531w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/p>\n<p><strong>Abstract:<\/strong><\/p>\n<p>From his experience as a playwright and dramaturge, K. Iliev describes the very conflictual relationship of author and director as he has experienced them in his career.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019acteur dit qu\u2019il n\u2019a pas besoin de metteur en sc\u00e8ne, le metteur en sc\u00e8ne qu\u2019il n\u2019a pas besoin d\u2019auteur, et que l\u2019auteur dit qu\u2019il n\u2019a pas besoin de metteur en sc\u00e8ne et qu\u2019il est capable de mettre en sc\u00e8ne ses pi\u00e8ces, on n\u2019aura pas longtemps \u00e0 attendre pour que le spectateur d\u00e9clare qu\u2019il n\u2019a pas besoin de th\u00e9\u00e2tre et que ce jeu absurde, o\u00f9 deux n\u2019est pas assez et trois beaucoup trop, touche \u00e0 sa fin.<\/p>\n<p>Dans le vieux b\u00e2timent de l\u2019ancien th\u00e9\u00e2tre Sofia, deux ma\u00eetres de la pantomime se produisaient sur sc\u00e8ne. Dans la salle, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, avaient pris place un homme et une femme. Lui, \u00e9tait vraisemblablement chauffeur ou ouvrier du b\u00e2timent ; elle, une femme assez insignifiante, avait exceptionnellement mis du rouge \u00e0 l\u00e8vres et, comme il convient pour une sortie au th\u00e9\u00e2tre, elle avait choisi sa plus belle toilette. D\u00e8s qu\u2019ils eurent pris place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, l\u2019homme semblait contrari\u00e9 (au m\u00eame moment, il y avait un important match de football), tandis que la femme \u00e9tait tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise. Elle avait r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019\u00e9loigner de son \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision et de son verre de liqueur, car elle aussi avait envie de se montrer, mais, de toute \u00e9vidence, elle ne savait pas trop quel type de compensation elle avait choisie pour son mari et elle esp\u00e9rait instamment que le spectacle lui plairait, afin de r\u00e9duire la port\u00e9e de son sacrifice. La repr\u00e9sentation se d\u00e9roulait, et quelque part dans un stade se d\u00e9roulait aussi le match de football. Au bout d\u2019un moment, l\u2019homme se tourna vers la femme et lui murmura \u00e0 l\u2019oreille, apparemment \u00e0 voix basse, mais suffisamment haut pour que je puisse l\u2019entendre : \u00ab Si ces deux l\u00e0-haut ne disent toujours rien dans les deux prochaines minutes, je vais te\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de ce spectateur, je sais ce que c\u2019est que la pantomime, j\u2019appr\u00e9cie hautement ce vieil art extraordinaire et je ne m\u2019attends pas \u00e0 ce que les acteurs se mettent \u00e0 parler. Et pourtant, il y a des repr\u00e9sentations o\u00f9 je ne me sens pas bien dans mon fauteuil. J\u2019ai l\u2019impression que \u00ab ceux d\u2019en haut \u00bb se tuent au travail. Apparemment quelqu\u2019un leur a coup\u00e9 la langue. Parfois, tout est si surcharg\u00e9 de mimiques et de gestuelle que je me mets \u00e0 penser \u00e0 quelque chose : \u00e0 un corps qui tressaille sous des convulsions \u00e9rotiques, un corps qui ne parvient pas \u00e0 l\u2019orgasme. L\u2019orgasme de la parole.<\/p>\n<p>Dans ce qu\u2019on nomme le th\u00e9\u00e2tre parl\u00e9, auquel ma vie est li\u00e9e depuis plusieurs d\u00e9cennies, il y a la parole. Il y a aussi beaucoup d\u2019autres choses : la mimique, les gestes, le d\u00e9cor, un \u00e9clairage plus ou moins compliqu\u00e9, des sons, de la musique. Mais la chose la plus importante \u00e0 mon avis, c\u2019est le mot. Pour une raison tr\u00e8s simple : le th\u00e9\u00e2tre est en principe une forme artistique qui a pour contenu les relations entre les \u00eatres humains. Et le moyen de contact le plus humain, c\u2019est la langue. Par exemple, la couleur rouge produit un effet tr\u00e8s particulier autant sur le taureau que sur le spectateur, mais le mot \u00ab rouge \u00bb laisse l\u2019animal indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Dans un po\u00e8me ou dans un roman, la langue est tout. Le mat\u00e9riau de construction de la litt\u00e9rature, c\u2019est le mot. Le mat\u00e9riau de construction du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est l\u2019homme parlant. Les aptitudes sp\u00e9cifiques de l\u2019auteur dramatique sont li\u00e9es au mot destin\u00e9 \u00e0 la parole.<\/p>\n<p>La relation entre les fonctions de l\u2019auteur dramatique et du metteur en sc\u00e8ne rappelle la relation entre l\u2019architecte et l\u2019ing\u00e9nieur en b\u00e2timent. Quand bien m\u00eame la nature n\u2019a pas donn\u00e9 \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur les dons d\u2019un artiste, l\u2019ing\u00e9nieur serait tout de m\u00eame capable de construire un b\u00e2timent, et il n\u2019aurait probablement pas besoin des dessins d\u2019une autre personne pour se rendre compte que les terrasses doivent de pr\u00e9f\u00e9rence \u00eatre orient\u00e9es vers le sud, les cuisines vers le nord, et non l\u2019inverse. Un architecte qui, par nature, n\u2019a aucune comp\u00e9tence dans le domaine de l\u2019organisation et qui n\u2019a pas l\u2019\u00e9nergie suffisante pour fr\u00e9quenter les conducteurs de pelleteuse, les camionneurs, les carreleurs, les investisseurs et toutes sortes de voleurs, pourrait lui aussi tenter de conduire un chantier, et il n\u2019est pas exclu qu\u2019il m\u00e8ne \u00e0 bien ce travail. Parmi les milliers d\u2019ing\u00e9nieurs et d\u2019architectes dans le monde, il y en a certainement beaucoup qui \u00e0 des degr\u00e9s divers poss\u00e8dent ces facult\u00e9s. Mais la probabilit\u00e9 qu\u2019une personne r\u00e9unisse en elle-m\u00eame les talents n\u00e9cessaires dans les deux domaines devrait \u00eatre incomparablement plus r\u00e9duite, si l\u2019on se souvient que le nombre de ceux qui, dans n\u2019importe quel pays du monde, montent sur sc\u00e8ne pour saluer apr\u00e8s une premi\u00e8re et qui m\u00e9ritent vraiment le terme d\u2019auteur dramatique ou de metteur en sc\u00e8ne, ne d\u00e9passent que rarement un nombre \u00e0 un chiffre.<\/p>\n<p>Tout ceci est une grossi\u00e8re analogie. Un ing\u00e9nieur du b\u00e2timent est avant tout un ex\u00e9cutant, mais le metteur en sc\u00e8ne est une personnalit\u00e9 cr\u00e9atrice, l\u2019auteur de son propre produit th\u00e9\u00e2tral, lequel produit se distingue de la multitude de tous les autres qui reposent sur les m\u00eames bases dramaturgiques. D\u2019autre part, les briques et le ciment sont certes tr\u00e8s lourds, mais ils constituent un mat\u00e9riau tr\u00e8s mall\u00e9able. En revanche, un acteur prendra rarement la position horizontale ou verticale seulement parce qu\u2019un type, assis dans la salle obscure, derri\u00e8re son pupitre, fumant sans crainte des pompiers, le lui demande. L\u2019acteur se fait sa propre id\u00e9e du r\u00e9sultat du travail commun et tr\u00e8s souvent aussi des chemins qui y m\u00e8nent. C\u2019est dans cette \u00e2me anim\u00e9e du mat\u00e9riau que r\u00e9side la sp\u00e9cificit\u00e9 et la force du th\u00e9\u00e2tre. Le metteur en sc\u00e8ne qui les ignore et qui traite l\u2019acteur comme de simples touches, de l\u2019argile ou des couleurs sans surprise, se prive lui-m\u00eame de toutes ces choses. Parfois, l\u2019intelligence de l\u2019acteur est nettement sup\u00e9rieure \u00e0 ses autres capacit\u00e9s professionnelles, mais elle est parfois aussi \u2013 malheureusement \u2013 nettement inf\u00e9rieure. Dans les deux cas, on gaspille bien des ressources nerveuses et un pr\u00e9cieux temps de r\u00e9p\u00e9tition pour prouver qui a raison et qui a tort. Mais la justification de celui qui en fin de compte sera pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne est d\u2019une certaine mani\u00e8re et sans aucun doute inattaquable : il est celui qui invite personnellement le spectateur \u00e0 jouer avec lui ce jeu nomm\u00e9 th\u00e9\u00e2tre, et il n\u2019aime pas beaucoup que l\u2019on refuse son invitation, que ce soit par une pr\u00e9sence priv\u00e9e de toute participation ou bien en quittant la salle discr\u00e8tement ou d\u00e9monstrativement. L\u2019acteur m\u00e9content pourrait lui aussi s\u2019asseoir derri\u00e8re le pupitre \u00e0 la lampe allum\u00e9e, lorsqu\u2019il a l\u2019impression qu\u2019il pourrait faire l\u00e0 beaucoup plus que fumer tranquillement sa cigarette. Ces tentatives d\u2019ailleurs fr\u00e9quentes, quoique rarement r\u00e9ussies, pour changer de m\u00e9tier n\u2019entament pas le moins du monde la place et la fonction du metteur en sc\u00e8ne dans le th\u00e9\u00e2tre. Dans la m\u00eame logique, il n\u2019y a aucune raison de refuser au metteur en sc\u00e8ne le droit de reprendre les fonctions de l\u2019auteur, et d\u2019ailleurs de les refuser \u00e0 quiconque, qu\u2019il exerce ou non une profession li\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre. Que le metteur en sc\u00e8ne ait beaucoup plus la possibilit\u00e9 de faire usage de ce droit qu\u2019un machiniste ou un ramoneur, c\u2019est l\u00e0 une autre question.<\/p>\n<p>Des deux c\u00f4t\u00e9s du rideau, le th\u00e9\u00e2tre est un lieu pour les \u00e9motions \u2013 souvent agr\u00e9ables, mais parfois moins agr\u00e9ables. Une des \u00e9motions les moins r\u00e9jouissantes se trouve \u00eatre la visite d\u2019un auteur qui attend que toutes les lettres qu\u2019il a align\u00e9es dans son cabinet de travail se trouvent telles quelles sur la sc\u00e8ne. Le metteur en sc\u00e8ne Simon McBurney (celui qui, d\u2019apr\u00e8s les nouvelles de Bruno Schulz, a cr\u00e9\u00e9 cette merveille<i>Crocodile Street<\/i>) a d\u00e9clar\u00e9 tr\u00e8s justement dans une interview que ce type d\u2019auteur, qui s\u2019accroche \u00e0 ses textes avec rapacit\u00e9, lui faisait penser \u00e0 une personne souffrant de constipation. Une des v\u00e9rit\u00e9s les plus banales du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est bien en effet que le texte existe \u00e0 cause de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Autre apparition tr\u00e8s p\u00e9nible : le metteur en sc\u00e8ne qui n\u2019arr\u00eate pas de bricoler avec le couperet et la hache jusqu\u2019\u00e0 transformer la poutre en un petit morceau de bois. La poutre a beau s\u2019appeler Shakespeare, Tchekhov ou Jovkov<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Le mat\u00e9riau n\u2019a aucune importance lorsqu\u2019on travaille avec le principe \u00ab la grand-m\u00e8re ne sait qu\u2019une seule chose qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te sans arr\u00eat \u00bb. Ceci n\u2019est pas une apologie born\u00e9e de la fameuse fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le th\u00e9\u00e2tre s\u2019est toujours relev\u00e9 parce qu\u2019il y a toujours eu un William culott\u00e9 ou un Bertolt aux principes assez l\u00e2ches en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Leur manque d\u2019\u00e9gards est cependant le r\u00e9sultat de leur immense cr\u00e9ativit\u00e9, elle s\u2019est vite trouv\u00e9e justifi\u00e9e par le r\u00e9sultat. Le dur m\u00e9tier du metteur en sc\u00e8ne peut parfois \u00eatre exerc\u00e9 avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 : il suffit pour cela d\u2019un peu de talent. Mais le plus souvent, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dont on fait preuve envers ce m\u00e9tier ne fait qu\u2019exprimer la paresse et l\u2019absence de don.<\/p>\n<p>\u00c0 notre \u00e9poque, le besoin humain appel\u00e9 \u00ab th\u00e9\u00e2tre \u00bb, ne peut manifestement plus \u00eatre satisfait ; c\u2019est pourquoi les sismographes, qui nous communiquent ce qu\u2019ils veulent nous dire en nous indiquant le nombre de places occup\u00e9es ou vacantes dans les th\u00e9\u00e2tres, font preuve d\u2019une grande nervosit\u00e9. Le succ\u00e8s remarquable de telle ou telle repr\u00e9sentation, l\u2019ascension de telle ou telle troupe ne changent rien \u00e0 ce tableau g\u00e9n\u00e9ral. Certes, le th\u00e9\u00e2tre de tout le vingti\u00e8me si\u00e8cle est aussi agit\u00e9 que les \u00eeles japonaises. Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 seulement le pr\u00e9lude \u00e0 un tr\u00e8s grand \u00e9branlement ? En plus des visions apocalyptiques normales pour une fin de si\u00e8cle ou de mill\u00e9naire, il y a certainement d\u2019autres raisons plus essentielles pour une telle hypoth\u00e8se. La crise qui a pr\u00e9cipit\u00e9 la fin du th\u00e9\u00e2tre antique a s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 une crise du contenu et des formes dans leur unit\u00e9 h\u00e9g\u00e9lienne, dialectique ou Dieu sait quoi encore. On peut tout \u00e0 fait supposer qu\u2019un \u00eatre humain, plus enclin \u00e0 \u00e9couter des sermons du genre \u00ab Tu ne tueras point \u00bb ou \u00ab Ton p\u00e8re et ta m\u00e8re honoreras \u00bb, ne peut pas vraiment prendre plaisir aux paroles d\u2019Eschyle, l\u00e0 o\u00f9 le sang de Clytemnestre colle aux mains de son propre fils vengeur.<\/p>\n<p>De quelle sorte de th\u00e9\u00e2tre l\u2019\u00eatre humain du troisi\u00e8me mill\u00e9naire a-t-il besoin ? L\u2019\u00eatre humain qui, en plus de l\u2019immacul\u00e9e conception et de la dictature du prol\u00e9tariat, ne croira pas non plus \u00e0 beaucoup d\u2019autres choses. De ces deux grandes id\u00e9ologies, celle de l\u2019humilit\u00e9 et des r\u00e9volutions, il restera s\u00fbrement quelque chose \u2013 par exemple, le respect fondamental pour les utopies des premiers temps du christianisme. Et les formes ? La technique semble provisoirement jouer en faveur du visuel. Mais rien n\u2019indique pourtant que nous nous dirigions vers une absence du mot. Est-ce que les metteurs en sc\u00e8ne de l\u2019avenir ne sauront pas plus quoi faire de Shakespeare ou Schiller que les metteurs en sc\u00e8ne d\u2019aujourd\u2019hui dans nos sc\u00e8nes \u00e0 l\u2019italienne ou nos pseudo sc\u00e8nes ne savent quoi faire d\u2019Eschyle et de Sophocle ? Il est possible que la distinction entre l\u2019auteur dramatique et le metteur en sc\u00e8ne disparaisse. Le fait que cette distinction persiste encore aujourd\u2019hui tient \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral, qui consiste \u00e0 r\u00e9unir diff\u00e9rentes facult\u00e9s cr\u00e9atives d\u2019un ensemble de personnes : lorsque chacun fait ce qu\u2019il sait le mieux faire, on atteint quelque chose qu\u2019un individu seul ne peut r\u00e9aliser. On disait autrefois que la division du travail avait \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but de tout progr\u00e8s, mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 la croyance aveugle dans le progr\u00e8s n\u2019est pas non plus la conclusion ultime de la sagesse.<\/p>\n<p>Texte paru en bulgare dans <i>Kultura<\/i> (Sofia), le 12. 05. 1995.<\/p>\n<p>Traduit de la version allemande de l\u2019auteur par Patrice Pavis.<\/p>\n<hr>\n<p><strong>Note de fin<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-size: 13px\">\n<a name=\"end2\"><\/a>[1] Yordan Yovkov (1880-1937), un des principaux auteurs dramatiques bulgares.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"91\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/arithmetique-theatrale-lauteur-et-le-metteur-en-scene\/konstantin-iliev-8x61\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg\" data-orig-size=\"531,800\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Konstantin-Iliev-8&amp;#215;61\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-199x300.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-91\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-150x150.jpg\" alt=\"Konstantin-Iliev-8x61\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\"><\/a>*<b>Konstantin iliev<\/b> is one of the most important contemporary Bulgarian playwright. His theatre has been performed in many Bulgarian theatres and abroad.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2014 Konstantin iliev<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Konstantin Iliev* Abstract: From his experience as a playwright and dramaturge, K. Iliev describes the very conflictual relationship of author and director as he has experienced them in his career. Lorsque l\u2019acteur dit qu\u2019il n\u2019a pas besoin de metteur en<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":91,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-90","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-special-topics","","tg-column-two"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/Konstantin-Iliev-8x61.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7qGU1-1s","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":839,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90\/revisions\/839"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/media\/91"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}