{"id":140,"date":"2016-04-07T14:46:37","date_gmt":"2016-04-07T14:46:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/?p=140"},"modified":"2023-03-23T15:32:23","modified_gmt":"2023-03-23T15:32:23","slug":"manifestations-francophones","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/manifestations-francophones\/","title":{"rendered":"Manifestations francophones"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jean-Pierre Han<\/strong><a href=\"#end1\">*<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"18\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/give-advice-be-a-political-journalist-%e2%94%81-interview-with-finnish-dramaturge-juha-pekka-hotinen\/attachment\/1197068675\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675.jpg\" data-orig-size=\"302,401\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"1197068675\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-226x300.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675.jpg\" class=\"alignnone size-medium wp-image-18\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-226x300.jpg\" alt=\"1197068675\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-226x300.jpg 226w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675.jpg 302w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/p>\n<p>Le moins que l\u2019on puisse dire \u2013 tout le monde s\u2019accorde sur ce point \u2013 est que la France entretient vis-\u00e0-vis de son pass\u00e9 colonial, en Afrique, en Indochine et plus encore au Maghreb, un v\u00e9ritable complexe. Elle aurait plut\u00f4t tendance \u00e0 vouloir occulter ce pass\u00e9, voire \u00e0 le faire basculer d\u00e9finitivement dans les oubliettes de l\u2019Histoire. Ce qui, bien s\u00fbr, rel\u00e8ve de la plus pure utopie, car il est de plus en plus difficile, on s\u2019en doute, de s\u2019en tenir sur la question \u00e0 une imagerie d\u2019\u00c9pinal. La relation de certains \u00e9v\u00e9nements en contradiction avec l\u2019histoire officielle surgit r\u00e9guli\u00e8rement gr\u00e2ce au travail de quelques historiens s\u00e9rieux et aussi gr\u00e2ce \u00e0 certains artistes et autres \u00e9crivains. L\u2019un des derniers \u00e9pisodes en date, dans le seul domaine th\u00e9\u00e2tral, concerne l\u2019histoire de ce que l\u2019on a appel\u00e9 la \u00ab R\u00e9volte des sagaies \u00bb \u00e0 Madagascar, qui \u00e9clata en 1947, deux ans apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, plus connus ceux-l\u00e0, de S\u00e9tif et de Guelma en Alg\u00e9rie<a href=\"#end2\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Elle a \u00e9t\u00e9 mise au jour et \u00e9crite par l\u2019\u00e9crivain malgache de langue fran\u00e7aise Jean-Luc Raharimanana, relay\u00e9e th\u00e9\u00e2tralement par Thierry Bedard, un metteur en sc\u00e8ne qui a toujours \u0153uvr\u00e9 \u00e0 mieux faire conna\u00eetre des \u00e9critures aussi fortes que singuli\u00e8res, telles celles de Reza Baraheni ou d\u2019Alain-Kamal Martial, un auteur et homme de th\u00e9\u00e2tre francophone de l\u2019\u00eele de Mayotte, au sud de l\u2019oc\u00e9an Indien.<\/p>\n<p>La \u00ab R\u00e9volte des sagaies \u00bb mobilisa 30 000 soldats fran\u00e7ais (autant qui ne furent pas envoy\u00e9s en Indochine), qui massacr\u00e8rent environ 80 000 paysans malgaches terr\u00e9s dans les for\u00eats et mourant de faim au sens propre du terme ; cette r\u00e9volte avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9ticuleusement effac\u00e9e de notre m\u00e9moire collective, si bien que peu de personnes connaissaient ce peu glorieux \u00e9pisode colonial jusqu\u2019\u00e0 ce que Jean-Luc Raharimanana aille mener enqu\u00eate sur place, chez lui, avec Thierry Bedard, recueillant les propos de quelques rares survivants\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il interroge la langue (fran\u00e7aise), et reprenne \u00ab parole pour redire un r\u00e9el souvent occult\u00e9, celui de l\u2019ailleurs refoul\u00e9 par la culpabilit\u00e9 des vainqueurs \u00bb, tout cela dans la langue de l\u2019oppresseur. Jusqu\u2019\u00e0 ce que le th\u00e9\u00e2tre donc fasse office de chambre d\u2019\u00e9cho \u00e0 son superbe texte, <i>47, <\/i>ni roman, ni essai, ni texte th\u00e9\u00e2tral. C\u2019est Thierry Bedard qui donna<i> <\/i>\u00e0 cette \u0153uvre sa forme th\u00e9\u00e2trale pr\u00e9sent\u00e9e ici et l\u00e0 en France et ailleurs \u00e0 partir de 2008. Avec deux seuls com\u00e9diens, un malgache et un fran\u00e7ais, pour porter la parole du po\u00e8te dans un espace nu, mais avec en toile de fond un immense \u00e9cran sur lequel \u00e9taient projet\u00e9es des photos d\u2019archives concernant le massacre, Thierry Bedard, \u00e0 son habitude, \u00e9pousait avec fid\u00e9lit\u00e9 et concision le rythme m\u00eame du texte jusque dans ses moindres subtilit\u00e9s, langues malgache et fran\u00e7aise m\u00eal\u00e9es, sans pathos mais avec une belle efficacit\u00e9. Le spectateur ne pouvait que recevoir de la mani\u00e8re la plus crue la violence du t\u00e9moignage de l\u2019auteur. Mais ce qui, paradoxalement, surgissait au fil du spectacle, c\u2019\u00e9tait la question du silence, de la douleur, ins\u00e9r\u00e9s et comme mis en friction dans une structure sonore tr\u00e8s travaill\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean-Luc Raharimanana \u00e9crivit d\u2019autres textes sur le sujet, et notamment<i> Rano, Rano <\/i>qu\u2019il pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne aujourd\u2019hui, assumant th\u00e9\u00e2tralement sa propre parole. Mais que l\u2019on ne se m\u00e9prenne pas, <i>47, <\/i>le spectacle jou\u00e9 en France, ne put tourner dans l\u2019oc\u00e9an Indien comme cela avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu. Censure ? Non pas, clam\u00e8rent les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ; mais il existe d\u00e9sormais mille et une mani\u00e8res plus subtiles pour b\u00e2illonner une \u0153uvre en toute bonne conscience\u2026 Ce ne fut l\u00e0 que la manifestation de l\u2019embarras que produisit cette \u0153uvre de \u00ab th\u00e9\u00e2tre postcolonial francophone \u00bb. Un malaise qui se fit encore plus sensible lorsque le m\u00eame Jean-Luc Raharimanana, toujours avec la complicit\u00e9 de Thierry Bedard, pr\u00e9senta un an plus tard <i>Les Cauchemars du Gecko <\/i>au Festival d\u2019Avignon. L\u00e0, c\u2019en \u00e9tait trop, et une bonne partie de la critique fran\u00e7aise trouva l\u2019\u0153uvre, qui interrogeait les relations Nord-Sud et \u00e9tait une critique virulente de l\u2019Occident, insupportable\u2026 parce que ne respectant pas les r\u00e8gles de biens\u00e9ance que nous enseigne notre bonne soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Jean-Luc Raharimanana faisait en quelque sorte sienne \u00ab en un vol sublime \u00e0 exhiber \u00bb cette phrase de Kateb Yacine dans laquelle le po\u00e8te et homme de th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien affirmait que \u00ab la langue fran\u00e7aise reste un butin de guerre ! \u00c0 quoi bon un butin de guerre, si l\u2019on doit le jeter ou le restituer \u00e0 son propri\u00e9taire d\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>Reste, concernant notre th\u00e9\u00e2tre postcolonial et la francophonie, que des pionniers se sont \u00e9vertu\u00e9s et s\u2019\u00e9vertuent encore \u00e0 le promouvoir dans les meilleures conditions possibles. Ce n\u2019est certainement pas un hasard si <i>47<\/i> de Thierry Bedard et Jean-Luc Raharimanana a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 d\u00e8s 2008 au Festival international des francophonies en Limousin. Ce festival qui a aujourd\u2019hui plus de trente ans d\u2019\u00e2ge, et qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1984 par Pierre Debauche, est le plus important de sa cat\u00e9gorie. Il a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 jusqu\u2019en 2000 par Monique Blin et l\u2019on n\u2019en finirait pas d\u2019\u00e9num\u00e9rer les auteurs et les metteurs en sc\u00e8ne francophones qu\u2019elle a fait conna\u00eetre, du Congolais Sony Labou Tansi \u00e0 l\u2019Ivoirienne Were Were Liking ou au Nig\u00e9rian Wole Soyinka, en passant par les Qu\u00e9b\u00e9cois Robert Lepage et Wajdi Mouawad, et bien d\u2019autres. C\u2019est devenu au fil des ans un rendez-vous automnal incontournable et son influence a largement d\u00e9pass\u00e9 la seule r\u00e9gion du Limousin pour s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019international. On aura remarqu\u00e9 qu\u2019une majeure partie des spectacles (pas seulement th\u00e9\u00e2traux, mais \u00e9galement musicaux ou chor\u00e9graphiques) programm\u00e9s venaient d\u2019Afrique et du Qu\u00e9bec, mais \u00e0 un degr\u00e9 moindre auteurs et troupes venus de Belgique, de Suisse, des Cara\u00efbes, du Vietnam et du Cambodge ont aussi \u00e9t\u00e9 accueillis. Bien s\u00fbr, la venue de tous ces spectacles (certains tout simplement fran\u00e7ais !) est primordiale, mais on n\u2019aura garde d\u2019oublier que ce festival est aussi un formidable lieu de rencontres, d\u2019\u00e9changes, de confrontations d\u2019exp\u00e9riences diverses, comme l\u2019avait \u00e9minemment souhait\u00e9 son cr\u00e9ateur Pierre Debauche.<\/p>\n<p>Malheureusement, et le r\u00e9seau culturel et de coop\u00e9ration fran\u00e7ais \u00e9tant devenu ce qu\u2019il est, le festival a vu ses subventions baisser de mani\u00e8re draconienne ces derni\u00e8res ann\u00e9es au point o\u00f9 Marie-Agn\u00e8s Sevestre, la nouvelle directrice depuis 2006, se bat d\u00e9sormais pour la simple survie de la manifestation. Jusqu\u2019\u00e0 quand ? Restera alors \u00e0 se tourner vers des lieux comme le Tarmac \u00e0 Paris, un th\u00e9\u00e2tre enti\u00e8rement consacr\u00e9 aux spectacles francophones qui a pris la suite du TILF (Th\u00e9\u00e2tre international de langue fran\u00e7aise) imagin\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne Gabriel Garran\u2026 \u00c0 signaler tout de m\u00eame que l\u2019\u00e9dition 2014 du festival des francophonies en Limousin programme <i>Rano, Rano<\/i> de Raharimanana, mis en sc\u00e8ne par Thierry Bedard\u2026<\/p>\n<hr>\n<p><b>Note de fin<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size:13px\">\n<a name=\"end2\">[1]<\/a> Les massacres de S\u00e9tif et de Guelma eurent lieu contre des ind\u00e9pendantistes en mai 1945, dans le d\u00e9partement de Constantine, en Alg\u00e9rie.<br \/>\nNote : On trouvera un dossier consacr\u00e9 \u00e0 <i>47<\/i>, mis en sc\u00e8ne par Thierry Bedard, dans<i> Frictions<\/i> n\u00b0 13<i>,<\/i>automne-hiver 2008. 27, rue Beaunier, 75014 Paris, France.<\/p>\n<hr>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"18\" data-permalink=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/give-advice-be-a-political-journalist-%e2%94%81-interview-with-finnish-dramaturge-juha-pekka-hotinen\/attachment\/1197068675\/\" data-orig-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675.jpg\" data-orig-size=\"302,401\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"1197068675\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-226x300.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675.jpg\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-18\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-150x150.jpg\" alt=\"1197068675\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-302x300.jpg 302w, https:\/\/www.critical-stages.org\/10\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2016\/04\/1197068675-230x230.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/p>\n<p><a name=\"end1\">*<\/a> <b>Jean-Pierre Han<\/b> est journaliste, critique dramatique et directeur de la revue <i>Frictions<\/i>. R\u00e9dacteur en chef des <i>Lettres fran\u00e7aises<\/i>, ancien pr\u00e9sident du Syndicat fran\u00e7ais de la critique dramatique et vice-pr\u00e9sident de l\u2019AICT, il y dirige les stages pour jeunes critiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">Copyright <strong>\u00a9<\/strong> 2014 Jean-Pierre Han<br \/>\n<em>Critical Stages\/Sc\u00e8nes critiques<\/em> e-ISSN: 2409-7411<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.critical-stages.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/88x31.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 14px;\">This work is licensed under the<br \/>\nCreative Commons Attribution International License CC BY-NC-ND 4.0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Pierre Han* Le moins que l\u2019on puisse dire \u2013 tout le monde s\u2019accorde sur ce point \u2013 est que la France entretient vis-\u00e0-vis de son pass\u00e9 colonial, en Afrique, en Indochine et plus encore au Maghreb, un v\u00e9ritable complexe. 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