Savas Patsalidis*

Une partie de la politique éditoriale de Critical Stages/Scènes critiques a toujours consisté à éduquer les étudiants, à les aider à se développer, à leur offrir un espace pour exprimer leurs points de vue et les diffuser. Nous voulons qu’ils se joignent à nous, car nous croyons en eux, nous comptons sur eux. La présente livraison, comme chaque numéro de Critical Stages/Scènes critiques, confirme notre engagement depuis le début, qui consiste à découvrir et à diffuser les travaux de jeunes chercheurs.

Cela dit, les articles qui paraissent dans ce dossier « Marionnettes » nous sont parvenus selon le processus habituel d’appel à contribution. Les deux co-responsables, Margareta Sörenson et Jean-Pierre Han, ont choisi des textes qui couvrent la pratique contemporaine de la marionnette, et en partie la théorie, à partir de différents points de vue.

Pourquoi avons-nous décidé de publier un tel dossier ? Un principe de base de notre politique éditoriale consiste à attirer l’attention sur les genres, les sous-genres, les enjeux et les thèmes que nous considérons importants en rapport avec le développement d’un domaine, en l’occurrence la marionnette cette fois-ci. Bien que cet art ait déjà fait partie du paysage artistique depuis des siècles dans plusieurs pays, certains n’y ont pas prêté beaucoup d’attention ou, au mieux, l’ont considéré comme un simple passe-temps pour les enfants. Mais les choses ont récemment rapidement évolué. À l’époque du CGI et des films en 3D, la marionnette atteint une nouvelle visibilité, suscitant l’attention d’un public de tous âges.  Elle connaît une renaissance grâce à de nouvelles formes de culture et de technologie. L’intérêt pour les avatars, l’univers virtuel et les médias sociaux a aussi contribué à accroître l’intérêt pour la marionnette. Comme un de nos collaborateurs, Cariad Astles, l’écrit dans ce dossier, la marionnette « est, par essence, un être hybride entre les arts visuels et performatifs ; hybride dans sa construction et dans sa conception : vivant et non vivant ; anthropomorphique, mais pas humain ; à cheval sur des mondes, des cultures et des identités ». Les formes de marionnettes naissent et croissent à partir de discours et de politiques culturels, ce qui explique leur caractère hétérogène et toujours changeant.

Les articles qui constituent ce dossier soulignent la relation étroite entre la marionnette, l’artiste qui la manipule et le contexte culturel. Selon une représentante célèbre de cet art, Ilka Schönbein, « avec la marionnette, on peut exprimer tous les personnages que l’on porte en soi ». Notre numéro n’est en aucune façon exhaustif, et n’a jamais cherché à l’être. Nous voulions surtout mettre en avant une petite partie de ce qui se passe dans ce domaine, montrer sa diversité et son intérêt culturel en publiant une gamme de points de vue critiques dans le contexte plus large de la création et de la production.

Outre ce dossier, il y a dans ce numéro une réponse approfondie sur la question de la paternité de l’œuvre de Shakespeare qui a paru dans notre dernière livraison (Critical Stages/Scènes critiques, no. 18). Lus ensemble, selon M. Luke Prodromou, ces articles ne font pas que confirmer qu’il existe bien un doute raisonnable quant à la paternité de l’Homme de Stratford comme auteur des œuvres, mais suggèrent aussi que poursuivre les recherches sur cette question peut bel et bien nous donner un outil efficace pour mieux comprendre l’œuvre entier.

Dans cette même section d’articles longs il y a trois autres articles, par  Michel Vaïs, par Nele Wynants, et Maaike Bleeker et al, qui sont de plusieurs façons reliés, offrent une ouverture vers les chemins complexes de la pratique et de l’analyse de la représentation.

Dans la « section nationale », paraît entre autres une enquête sur la vie théâtrale contemporaine dans les trois pays baltes (Lettonie, Estonie et Lituanie), en plus d’un survol de celles en Azerbaïdjan, au Kazakhstan et au Liban. Comme nous le soulignons toujours, notre but est d’accueillir les cultures théâtrales qui ne sont pas très connues. Nous poursuivons cet objectif, car nous trouvons cela important.

En résumé : 38 articles de 25 pays (notamment : Nigéria, Japon, Afrique du Sud, Hongrie, Égypte et Liban) plus deux pages que nous mettons constamment à jour, constituent notre # 19. Notre prochain numéro, dont la parution est prévue en décembre 2019, s’attachera à un grand problème auquel font face de nombreux pays aujourd’hui : l’influence sur le théâtre d’une population vieillissante. C’est Yun Cheol Kim, président honoraire de l’AICT, qui le dirigera, avec l’assistance de Manabu Noda, du Japon.

Pour 2020, nous avons déjà annoncé les deux dossiers qui nous tiendront occupés pendant les prochains mois : le premier (à paraître en juin 2020) porte sur « La théâtralité de la musique et la musicalité du théâtre ». L’appel de textes invite les collaborateurs à examiner la relation entre ces deux univers complexes dans un 21e siècle marqué par des changements sans précédent. En quoi cette relation est-elle influencée par les nouvelles technologies et les nouveaux médias ? Dans quelle mesure l’est-elle aussi par l’évolution actuelle du monde sur les plans social, économique ou politique ?

Notre deuxième dossier portera sur « Le théâtre et la représentation arabes », qui aura pour objectif de « réorienter » ceux-ci à la lumière des transformations radicales qui façonnent le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, sur les plans esthétique et politique. Nous avons bien hâte de lire cela.

Je tiens à remercier Don Rubin et Jeffrey Eric Jenkins, respectivement administrateur et directeur de la revue, pour leur soutien et leur engagement. Je dois aussi des remerciements chaleureux à Matti Linnavuori pour son travail éditorial professionnel sur la section des comptes rendus de spectacles. Merci aussi à Michel Vaïs, Mark Brown et Ian Herbert pour la révision méticuleuse des articles. Je dois également témoigner de ma gratitude à tous les collaborateurs de ce numéro, dont les contributions ont ouvert Critical Stages/Scènes critiques à de nouvelles perspectives et à de nouveaux univers du théâtre.

Dernier, mais non le moindre, un immense et très spécial merci à Jeffrey Eric Jenkins et à son Département de théâtre de l’Université de l’Illinois à Urbana, pour le soutien précieux qu’ils nous apportent. Nous remercions enfin Mme Jin Xing et son école de danse pour son généreux don de 10 000 dollars.  Critical Stages/Scènes critiques, une publication d’accès libre et sans but lucratif, compte sur votre soutien. 


*Savas Patsalidis est professeur de théâtre ainsi que d’histoire et de théorie du spectacle à l’École d’anglais (Université Aristote), à l’Université libre hellénique et à l’Académie théâtrale du Théâtre National du nord de la Grèce. Il est aussi régulièrement chargé d’enseignement au Programme des études supérieures du Département de théâtre (Université Aristote). Il est l’auteur de treize livres sur le théâtre et sur la critique et la théorie du spectacle, et coauteur de treize autres. Son ouvrage en deux volumes Theatre, Society, Nation (2010) a reçu le prix du meilleur ouvrage théâtral de l’année. Outre ses activités académiques, il œuvre comme critique de théâtre pour les revues Web lavart, parallaxi, et le projet greekplay. Président en exercice de l’Association hellénique des critiques de théâtre et des arts du spectacle, il est rédacteur en chef de Critical Stages/Scènes critiques, la revue de l’Association internationale des critiques de théâtre.

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