By Patrice Pavis
360 pp. London and New York: Routledge

Reviewed by Philippe Rouyer* (France)

Le Dictionnaire du théâtre de Patrice Pavis date de 1980 et de nombreuses révisions 1987, 2009 et 2015 ont fait de cet ouvrage un outil incontournable traduit en plus de dix langues avec une édition en anglais de 1998 : University of Toronto Press, Dictionary of the Theatre : terms, concepts and analysis. Aujourd’hui son nouveau Dictionnaire de la performance et du théâtre contemporain (A. Colin, 2014) vient d’être traduit et publié en 2016 par Routledge : The Routledge Dictionary of Performance and Contemporary Theatre traduit par Andrew Brown. Cette nouvelle production de Pavis deviendra certainement elle aussi un nouvel outil de référence incontournable.

J’ai comparé l’original et la traduction : le travail d’Andrew Brown est impeccable. Le fait que Pavis soit un authentique bilingue y est certes pour beaucoup. La copieuse bibliographie (pp 279-91) montre que les chercheurs et les critiques anglo-saxons ont joué un rôle crucial dans le travail de Pavis : les concepts souvent empruntés à la recherche en langue anglo-américaine ne posaient pas de problème d’adaptation: un exemple cultural performance (p. 56 du Dictionnaire) est identique dans le Dictionary (p. 43) puisque ce concept est dû à Milton Singer (1959).

200 termes et plus de 500 synonymes sont développés dans l’édition en Français et des conventions typographiques très pratiques autorisent une passionnante lecture transversale qui renforce le classement alphabétique. De plus un système de double ** permet le renvoi au Dictionnaire du Théâtre. L’édition anglaise a conservé le même système. Dans l’original comme dans la traduction, il n’y a pas d’index systématique car « dans la création contemporaine, les catégories, les disciplines, les genres, les points de vue sont inextricablement enchevêtrés » comme l’explique Pavis p. 8 du Dictionnaire [p. xv du Dictionary]. Le souci de fidélité à l’original de la traduction se retrouve parfaitement puisque pour chaque article en anglais la référence est donnée  au terme de l’original ; un exemple suffira: awareness (p. 28 du Dictionary) correspond à «conscience» (p. 50 du Dictionnaire).

N’oublions pas non plus que Patrice Pavis a été un des pionniers de l’utilisation pragmatique de la Sémiologie (voir semiology, p. 219-24). Il s’étonne que ce concept ait presque disparu du vocabulaire de la recherche et de la critique aujourd’hui ; c’est là sans doute une des raisons qui justifie la publication de ce nouveau Dictionary of Performance and Contemporary Theatre.

Avec la globalisation (globalization, p. 86) des échanges (voir postcolonial, p. 185), le paysage théâtral a beaucoup changé après les années 1990; avec l’impact des changements culturels, sociaux et politiques (voir Politics and Theatre p. 176-83) dans le monde depuis la décennie 1970-80 et jusqu’en 2010 la confrontation s’est éloignée entre mise en scène et performance, danse et théâtre (Body and Corporeality, p. 29, Choreography and mise en scène p. 36), esthétique et anthropologie, art et société.

Ce Dictionnaire est une contribution à la reconstruction de l’art théâtral et à la refondation des théories esthétiques et politiques de notre temps. L’essor prodigieux des performance studies dans l’espace critique à dominante anglaise a provoqué un véritable tournant performatif que nourrissent brillamment les articles cultural performance (p. 56), film performance (p. 76), performance (p. 157), performance studies (p. 159), performative theatre (p.162), performative writing (p.162), performativity (p. 163), post-performance conversation (p. 200), presentation/representation (p. 207).

De la même manière, on sera attentif à tous les termes (et à leurs renvois avec un *) qui commencent par post : post-dramatic (mot crée par Hans-Thies Lehmann en 1999 dans Postdramatisches Theatre (1999) traduit en français en 2002 et en anglais en 2006) et post-modern (p. 195).

La période couverte par ce Dictionary concerne la lutte d’influence entre théories continentales et européennes du postdramatique et de la déconstruction – terme inventé par le philosophe français Jacques Derrida (1930-2004) – et les théories de la philosophie pragmatique de la performance et de la performativité qui cherchent à débarrasser l‘art théâtral de la perspective euro-centriste encore plus centrée sur le texte et la dramaturgie nouvelle (text p. 249, new dramaturgy p. 147). Spinoza reste une référence européenne qui reste attachée à la définition de « la nature des choses plutôt que du sens des mots ».

A cet égard tout le travail de Pavis cherche à maintenir une description de pensée et une explication théorique sans vouloir être normatif ou considérer que certaines théories sont meilleures que d’autres. Il s’agit de constater ce qui se passe. L’incertitude marquée de nihilisme s’est emparée des publics (voir intersubjectivity p. 109, mediation p. 136, participation p. 156, spectator p. 236) et de la critique mondialement. Il s’agit d’essayer de porter un jugement tenant compte de l’entrée en force des recherches, en sociologie, en anthropologie (theatre anthropology, p. 252), en économie, dans le champ de l’esthétique (aesthetic experience, p. 2 et aesthetics p. 4). Les résultats de ces disciplines n’ont pas encore été assez pris en compte dans le champ théâtral. Il y a eu et il y a des changements réels dans le management culturel et la programmation (voir programming p. 208) dans notre société mondialisée, ouverte aux multimedia (p. 145).

À une époque où le spectacle théâtral est souvent une réflexion sur le théâtre en train de se faire (practice as research, p.201), l’ouvrage de Pavis veut être un auto-manuel de pédagogie consentie, d’éducation sentimentale et conceptuelle qui nous conduise vers les autres. Il doit servir à révéler l’imbrication des problèmes à la communauté des créateurs, des chercheurs, de la critique et des publics dans un monde où l’internet et ses algorithmes ont modifié notre accès aux savoirs et aux opinions. Nous sommes entrés de plain pied dans l’univers du rhizome – « Rhizomes are also called creeping rootstalks and rootstocks ; If a rhizome is separated into pieces, each piece may be able to give rise to a new plant » – qui rend caduc tout effort de taxinomie normative.

Réussir à éclaircir le sens de nouveaux mots qui nous paraissent bien souvent du jargon, redonner au vocabulaire du théâtre d’hier et d’aujourd’hui toute sa fascinante polysémie, voilà résumée en une courte phrase l’objectif de ce Dictionnaire de la performance et du théâtre contemporain.


*Philippe Rouyer est Professeur émérite Université Bordeaux-Montaigne.

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The Routledge Dictionary of Performance and Contemporary Theatre