Savas Patsalidis*

L’idée d’un dossier sur « Théâtre et situation d’apatride en Europe » semblait tomber à point nommé lorsque cela avait été décidé il y a deux ans. Aucun d’entre nous, cependant, n’avait pensé que ce numéro aurait été mis en ligne peu après qu’un champion des frontières serait élu aux États-Unis. À peine trente ans ont passé depuis la chute du mur de Berlin, et voilà que l’idée de Donald Trump voulant qu’« un mur vaut mieux qu’une clôture parce qu’il est plus haut et plus sûr » vient contester le rêve postmoderne d’un monde sans – ou avec moins de – frontières.

Nous n’offrons pas ici un cadeau de Grec. L’histoire de l’humanité est riche des empreintes de millions de gens qui, pour toutes sortes de raisons, ont dû franchir des frontières ou sauter par dessus murs et clôtures, au risque de leur vie. Il suffit de mentionner que, selon le HCR :

« Le nombre de personnes déplacées par la force dans le monde a atteint 59,5 millions à la fin de 2014, soit le plus haut niveau depuis la Deuxième Guerre Mondiale, ou une augmentation de 40% depuis 2011. Sur ce nombre, 19,5 millions étaient des réfugiés (14,4 millions sous mandat du HCR, plus 5,1 millions de réfugiés palestiniens sous mandat de l’UNRWA), et 1,8 millions étaient des chercheurs d’asile. Les autres étaient des personnes déplacées dans leur propre pays (des déplacés internes). Parmi eux, les Syriens sont devenus le groupe de réfugiés le plus important en 2014 (3,9 millions, soit 1,55 millions de plus que l’année précédente), surpassant les Afghans (2,6 millions), qui avaient constitué le groupe le plus nombreux depuis trois décennies. » (en.wikipedia.org/wiki/European_migrant_crisis, consulté le 21/12/2016).

La raison pour laquelle nous avons choisi l’Europe pour notre étude de cas est qu’elle se trouve plongée dans la plus grande crise humanitaire depuis la dernière Grande Guerre. Les dix articles (plus une vidéo) constituant notre dossier dirigé avec un soin méticuleux et un professionnalisme exemplaire par S. E. Wilmer et Azadeh Sharifi, loin d’être exhaustifs, montrent comment le théâtre participe à cette situation de manière aussi directe que vitale.

Beaucoup de gens désirent nous raconter leur histoire. Et il existe bien des façons de montrer comment le théâtre peut promouvoir une nouvelle vision du monde. De la création collective au théâtre à texte, documentaire, à participation, in situ ou interactif, l’art de Dionysos éclaire des aspects méconnus de cette crise ; il donne à tous ces « autres » gens la possibilité de raconter leurs histoires qui sont souvent perdues dans un maelstrom d’images médiatiques déformées, violentes et bouleversantes. Ainsi, le théâtre revient à sa mission première : celle de raconter des histoires. Et en les racontant, d’unir les gens pour qu’ils puissent les partager, dans l’espoir que cela ouvre des perspectives vers de nouvelles possibilités.

Je veux ici remercier Steve et Azadeh ainsi que tous les auteurs du dossier pour le temps qu’ils ont passé à écrire ces articles éclairants et originaux qui renforcent l’engagement de notre revue à maintenir les valeurs humanistes au cœur de notre mission. Je remercie également tous les autres collaborateurs de ce numéro dont les articles (32 au total) lancent Critical Stages/Scènes critiques vers de nouvelles perspectives et de nouveaux univers du théâtre. Par leur travail, ils montrent bien, en mettant en contexte l’activité théâtrale, comment ils contribuent à notre meilleure compréhension du monde où cette activité s’est déroulée.

Je tiens aussi à exprimer ma gratitude à tous ceux qui ont aidé à concevoir ce numéro de toutes les manières possible (correcteurs linguistiques, chefs de section, comité éditorial et équipe Web). Depuis le tout début, l’objectif du directeur de la publication Jeffrey Eric Jenkins, de l’administrateur Don Rubin et le mien comme rédacteur en chef, était de renforcer le rôle de Critical Stages/Scènes critiques en tant que forum engageant, provocant et accessible, ouvert à tout ce qui est nouveau, prometteur et humain. Les articles de ce numéro vont justement dans ce sens.

REMERCIEMENT PARTICULIER : Pour boucler ce numéro, l’ensemble du comité éditorial de Critical Stages/Scènes critiques et tous les membres du comité exécutif de l’AICT doivent à nouveau des remerciements spéciaux au professeur Jeffrey Eric Jenkins, directeur de la publication et membre du Comex, et au Département de théâtre de l’Université de l’Illinois à Urbana, pour leur soutien financier des plus précieux. C’est leur générosité qui nous permet de continuer. Nous en sommes particulièrement reconnaissants.


*Savas Patsalidis est professeur de théâtre ainsi que d’histoire et de théorie du spectacle à l’École d’anglais (Université Aristote), à l’Université ouverte hellénique et à l’Académie théâtrale du Théâtre National du Nord de la Grèce. Il est aussi régulièrement chargé d’enseignement au Programme des études supérieures du Département de théâtre (Université Aristote). Il est l’auteur de treize livres sur le théâtre et la critique et la théorie du spectacle, et co-auteur de treize autres. Son ouvrage en deux volumes Theatre, Society, Nation (2010) a reçu le prix du meilleur ouvrage théâtral de l’année. Outre ses activités académiques, il œuvre comme critique de théâtre pour les revues Web onlytheatre, athensvoice, parallaxi, et le projet greekplay. Président en exercice de l’Association hellénique des critiques de théâtre et des arts du spectacle, il est rédacteur en chef de Critical Stages/Scènes critiques, la revue Web de l’Association internationale des critiques de théâtre.

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