Interviews

Section Editor: Hervé Guay (Quebec, Canada) [1]

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Les entretiens de ce numéro de Scène critiques ont pour fil conducteur la pratique de la mise en scène et la direction de festival qui sont des responsabilités que l’on peut cumuler ou non selon les individus concernés. D’ailleurs, le terme « festival » peut prendre des colorations différentes selon qu’il s’agisse d’un festival centré sur un auteur, un thème précis ou d’un événement multidisciplinaire ou uniquement dramatique, national ou international. Les syntagmes « mise en scène » ou « praticien » sont dotés de la même élasticité. Ils permettent de décrire un travail axé sur le répertoire ou la création contemporaine, tout en s’appliquant aujourd’hui à des formes où se mêlent des artistes issus d’arts ou de cultures variés dont les voix ne sont pas toujours convergentes.

Les individus qui ont accordé des entretiens à Scènes critiques proviennent non seulement de nombreux pays mais appartiennent à des traditions théâtrales fort différentes, ce qui rend leur perspective sur les arts de la scène particulièrement stimulante. S’ils ont tous le théâtre pour patrie, le travail de Jackie Maxwell au Shaw Festival de Niagara-on-the-Lake où elle tente d’imposer de nouveaux textes canadiens dans un festival érigé autour d’un auteur dramatique irlandais du XIXe siècle diffère énormément de celui de Willie White qui tente d’une année à l’autre de faire du Dublin Theatre Festival un événement composé équilibré où se côtoient un bon mélange de spectacles européens et de spectacles irlandais. Directeur du festival Interférences de Cluj-Napoca, Tompa Gabor vise, de son côté, à provoquer des rencontres interculturelles auxquelles il est d’autant plus sensible qu’il est issu de la minorité hongroise de Roumanie. Il le fait cette année en réunissant artistes et public autour de récits du corps, un élément si crucial du théâtre contemporain. À l’autre bout du spectre, les mises en scène de Sun-woong Koh ont fait de lui un homme de théâtre respecté de son pays grâce à leur humour et à leur ludisme où se mêlent douceur et amertume, tandis que Françoise Bloch, femme de théâtre wallonne, a opté pour le théâtre documentaire afin d’explorer de plus près le réel, moins dans une optique mimétique que dans celle d’en exposer la richesse et les contradictions. Femme de théâtre elle aussi, Mónica Calle se concentre quant à elle sur les grands classiques du XXe siècle qu’elle transporte en dehors des scènes institutionnelles, dans les marges de Lisbonne, qui servent ainsi de creuset à son travail créateur. Au terme de cette section, Ricardo Bartis insiste sur l’importance de la fonction de metteur en scène pour assurer la survie d’un théâtre qui demeure créateur, ce qui veut aussi dire pour lui prendre en compte la nature éphémère des arts de la scène.

En tant que nouveau responsable de la section, je tiens à remercier vivement les collaborateurs qui lui ont donné consistance et nous permettent de mieux suivre l’évolution du théâtre contemporain de partout en accordant la parole à ceux et celles qui le font.


[1] Hervé Guay est professeur régulier au Département de Lettres et Communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières. Il est aussi Directeur de la revue Tangence et Président sortant de la Société québécoise d’études théâtrales.


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